Bonjour à tous et à toutes!
Oui, cela fait longtemps! Suite à mon dernier affichage, mon temps a été très occupé par le boulot et, de ce fait, un peu routinier, ce qui fait que je ne me trouvais aucune raison pour en ajouter à mon blogue. J’étais convaincu, et le suis encore, qu’un déferlement des mes activités professionnelles et de mes menus ne saurait intéresser grand monde! Ce sont mes excuses, du moins!
Les derniers mois ont été assez calmes (dans le sens Macfarlane du mot) : boulot, dodo, sortie du samedi (bibliothèque, supermarché), repos le dimanche. J’ai réussi à faire deux petits voyages dont je vous parlerai ci-dessous, et j’ai été très heureux de profiter de quatre semaines de vacances, de la fin juillet au 20 août. Je ne vous ferai pas le détail des vacances car je suis certain qu’elles feront l’objet d’une bonne partie de la lettre annuelle qui sortira peut-être avant janvier 2010 (ou peut-être plus tard, qui sait?). En résumé, Marion et moi avons passé deux semaines en Grande Bretagne et ensuite deux semaines au Canada avant mon retour à Yaoundé.
Ici, au Cameroun, je profite des jours fériés locaux. J’aurais pu, selon les termes de mon contrat, choisir de profiter des jours canadiens, mais il me semblait un peu bizarre d’être en congé pendant que mes collègues travaillaient, et vice-versa. Tout ça pour expliquer que le 1er mai, Fête du travail partout dans le monde sauf en Amérique du Nord, tombait cette année un vendredi, m’offrant ainsi une longue fin de semaine. Bien sûr, il y avait plusieurs célébrations auxquelles j’aurais pu assister, y compris un grand repas au Centre, mais j’avais informé mes collègues que je n’y serais pas, expliquant qu’un jour férié pour les travailleurs, de mon point de vue, voulait dire qu’on se reposait et qu’on avait pas d’obligations professionnelles. Quel rebelle! J’ai décidé qu’une longue fin de semaine m’offrait une occasion superbe pour un petit voyage, et j’ai choisi d’aller à Dschang (prononcer Tchang, comme dans Tintin au Tibet), une ville universitaire tapie dans les montagnes à environ 400 km de Yaoundé.
Préférant ne pas voyager seul, j’ai invité un de mes collègues, Serge (enseignant en métallerie, âgé de 23 ans, avec qui je travaille beaucoup côté pédagogique) à m’accompagner. Serge m’avait raconté, un jour, qu’il avait un cousin qui étudiait à Dschang et m’avait aussi dit, en passant, qu’il (Serge) n’avait pas beaucoup voyagé au Cameroun. J’ai été soulagé quand Serge a accepté l’invitation, car je craignais qu’il ne se sente obligé de participer aux célébrations organisées par le Centre. J’aime bien voyager, mais il est quand même plus agréable de le faire en compagnie et plus sûr aussi, surtout lorsque les biceps de la personne qui vous accompagne impressionnent plus d’un (et une!). J’ai passé une bonne partie de la semaine qui précédait le départ à tenter de rejoindre l’hôtel qui m’avait été recommandée et, finalement, deux jours avant le départ, j’ai réussi à y réserver une chambre. Le Centre climatique de Dschang a été construit pendant la Deuxième guerre mondiale afin de permettre aux expatriés (administration coloniale et autres) de s’y prélasser, étant donné qu’ils ne pouvaient rentrer au pays en vacances. C’était le seul hôtel à recommander à Dschang, m’a-t-on dit.
Serge et moi nous étions mis d’accord de nous rencontrer à la gare routière à 6h30 le vendredi matin, afin de prendre le premier autobus en direction de Dschang qui devait partir à 7h (en principe). Njikam, un de mes chauffeurs de taxi, a eu la gentillesse de se lever plus tôt que d’habitude afin de m’amener à la gare routière et, heureusement, a décidé d’attendre que Serge se pointe avant de partir. À 6h40, j’ai téléphoné à Serge (normalement ponctuel), pour comprendre qu’il essayait toujours de trouver un taxi, ceux-ci se faisant rares un 1er mai. Njikam est parti à la course le chercher et l’a déposé à la gare routière à 7h15 et a pris congé de nous. Serge et moi avons acheté nos billets, et comme nous étions les premiers (!!!) passagers (sur 70), nous avons pu réserver les sièges de la première rangée de l’autobus. Le responsable nous a annoncé que l’autobus partirait à 9h au plus tard – hem! Le véhicule a mis beaucoup de temps à se remplir (vous vous souviendrez qu’un autobus ne part jamais avant d’avoir rempli tous les sièges) et il était 11h30 avant que ce but ait été accompli. Heureusement que j’avais avec moi une revue et plusieurs bouquins, sachant bien que j’aurais à attendre. Enfin, à 11h30, les portes de l’autobus ont claqué, et dans un vrombissement de moteur diésel, nous sommes partis. Après quelques manœuvres compliquées pour sortir de la gare routière, l’autobus s’est installé devant cette dernière, le chauffeur a éteint le moteur et est sorti. Quelques minutes plus tard, un type est entré dans le bus pour contrôler les billets, et un certain nombre de passagers ont quitté l’autobus et sont retournés à la caisse. C’était les passagers à qui on devait de la monnaie… et nous avons attendu, attendu. Finalement, à 12h45, nous sommes partis pour de bon! Ah, patience, patience…
Le trajet a été long et pas très confortable, avouons-le. Nous étions bien placés pour tout voir et admirer, et c’était une belle journée pour voyager, sans pluie mais sous un ciel couvert. La route principale est en assez bon état, et autre que deux ou trois « arrêts-pipi » en route (« C’est un vrai taureau, celui-là, il n’arrête jamais de pisser! »), un arrêt à un marché et deux contrôles policiers, le voyage s’est passé sans accrocs. À l’un des contrôles, nous avons dû patienter environ 45 minutes, car – nous l’avons appris par la suite – le bus était « surchargé » (code pour un pourboire obligatoire) et que le chauffeur n’avait pas de permis de conduire. On n’a jamais su si cela voulait dire qu’il n’en avait pas du tout, ou s’il l’avait tout simplement oublié à la maison (!). C’était, au départ, un chauffeur pas très avenant, et cet arrêt n’a rien fait pour améliorer son humeur, surtout qu’il a dû être obligé de verser une somme assez importante pour que lui permettre de poursuivre son chemin. Passant au dessus des cahots et dans tous les nids de poule qu’il pouvait trouver, nous nous sommes arrêtés dans une ville, Bafoussam, ou un certain nombre de passagers nous ont quitté, et en avons reçu d’autres. Une heure plus tard, vers 18h30, nous sommes partis vers Dschang, à une cinquantaine de kilomètres de Bafoussam. Cela nous a pris environ 30 minutes pour négocier les trois kilomètres pour sortir de Bafoussam (état de la route, piétons, véhicules, etc.). Une fois hors de la ville, la route était en excellent état, mais, bien sûr, nous avons dû nous arrêter pour laisser descendre des passagers près des palmiers qu’ils indiquaient. Nous sommes finalement arrivés à Dschang à 20h30.
Une fois descendus de l’autobus, Serge et moi avons cherché des yeux un taxi – on n’en voyait aucun! Il n’y avait qu’un seul moto taximan qui nous a gentiment informés qu’il n’y avait pas de taxis du tout à Dschang, alors où voudrions-nous être déposés? (De fait, nous n’avons vu aucun taxi pendant notre séjour.) Nous ne voyions qu’un seul moto taximan, et ce dernier n’allait certainement pas appeler un copain!)… donc, Serge et moi avons grimpé sur la moto (mobylette, plutôt!); le moto taximan a placé ma petite valise sur les guidons devant lui, derrière lui, Serge a porté son petit sac sur les genoux, et je me suis installé sur le porte-bagages, portant mon petit sac et tenant fermement mon parapluie multicolore, qui ne me quitte jamais, afin d’être certain qu’il ne pleuve jamais. Superstitieux, vous direz, mais je vous assure qu’il ne pleut pas quand j’ai mon parapluie avec moi…
Le trajet a été assez court, heureusement, car il faisait pas mal frais, et nous sommes arrivés sous peu au Centre climatique, où tout était en noirceur et ne brillait qu’une seule petite lumière à la réception, et où le personnel brillait par son absence. Finalement, nous avons réussi à trouver quelqu’un pour nous aider, pour découvrir que la chambre que j’avais réservée avait été vendue à une tierce personne (« Il aurait fallu que vous confirmiez aujourd’hui, Monsieur! »); finalement, on m’a montré une chambre dans un des bungalows. Le moto taximan patientait pendant que nous nous installions et que Serge essayait de rejoindre son cousin, sans succès. Le téléphone de ce dernier ne sonnait même pas, ce qui n’était pas pour plaire à Serge, surtout qu’il avait dit à son cousin qu’il arrivait le vendredi soir. Il n’y avait pas grand choix, évidemment, alors Serge a dû passer la nuit sur le canapé (divan, sofa) du petit salon. Mais avant de dormir, il fallait bien manger; le restaurant étant fermé, nous sommes remontés sur le mototaxi pour aller se ravitailler dans une boutique non loin de l’hôtel, tandis qu’à l’hôtel, on éteignait le courant (21h). Nous avons réussi à trouver de vieux biscuits (sans larves, heureusement) et de l’eau, et nous sommes rentrés à l’hôtel.
Oui, j’ai parlé d’un salon. Toutes les chambres du Centre climatique se trouvent dans des bungalows, deux chambres et un salon par maisonnette, une toilette à partager mais une douche pour chaque chambre. Les appointements sont très basiques, pour en dire le moins, mais le salon est doté d’une cheminée (mais pas de bois à brûler, hélas). La chambre à coucher était correcte, quoique j’aie trouvé le matelas un peu trop mou à mon goût. Puisque je n’avais réservé qu’une chambre, nous n’avions pas accès à la deuxième chambre, mais nous pouvions utiliser le salon. J’étais pas mal éreinté par le voyage et à 21h30, j’étais couché, et Serge ronflait au salon. Il faisait froid et (Ô! Quelle surprise!) je me suis servi de la couverture posée sur le lit les deux nuits que j’y ai passées. Mis à part la fois où j’ai fait mon paludisme en avril 2008, c’est la seule fois que j’ai utilisé une couverture depuis que je suis au Cameroun. Il n’y avait pas de moustiques, sans doute à cause du froid de canard (!), ce qui était tant mieux, car il n’y avait pas de moustiquaires.
Le lendemain matin, sous un ciel dégagé et un air frais (j’ai mis mon chandail, il faisait sans doute environ 14 C, l’hiver, quoi!), Serge a réussi à rejoindre son cousin qui a expliqué qu’il avait éteint son téléphone à 20h le soir avant afin de le charger. N’ayant pas eu de nouvelles de Serge au courant de la journée du vendredi, il s’était dit que Serge n’arriverait pas avant le samedi. Enfin… Serge a invité son cousin à se joindre à nous pour le petit déjeuner, et une heure plus tard, Max s’est présenté à l’hôtel, accompagné de sa copine. On ne peut pas refuser l’hospitalité… Au moins Max n’avait pas invité toute la résidence universitaire à le suivre! Après un petit déjeuner relax, vers 11h, j’ai décidé qu’il faudrait bien que fasse un petit tour de ville (quel touriste je fais!), et nous avons fait venir le moto taximan qui nous avait amenés à l’hôtel le soir précédent. Il est arrivé assez rapidement; Serge, son cousin et la copine sont partis à pied et j’ai grimpé à bord de la moto.
J’étais un peu nerveux, avouons-le, car je n’aime pas ces engins du tout et j’ai été témoin de beaucoup d’accidents de moto à Yaoundé. Pas de casque, bien sûr! Le soleil avait quelque peu réchauffé l’air (quoique beaucoup de personnes portaient un chandail; j’avais enlevé le mien), et j’ai expliqué au moto taximan que je voulais tout simplement me faire une idée de la ville, et de conduire prudemment. Très gentiment, Augustin, car c’était son nom, m’a fait visiter la ville, m’indiquant les endroits intéressants. « Voici la station Texaco, et voici l’Hôtel de ville. Ça, c’est l’hôtel Miramar et ça, c’est Texaco 2. On l’appelle Texaco 2 parce que c’est la deuxième station Texaco. » Hé, hé…Il m’a amené à l’hôpital, tout un complexe d’édifices, géré par les Sœurs Saint Vincent de Paul (j’ai refusé de visiter l’intérieur) et nous avons fait un tour à l’université, ayant réussi à négocier l’entrée à la barrière (« Le gardien, c’est mon ami » = 500 francs [1,25$]).
Dschang est un très bel endroit, situé dans une vallée très agréable. Le moto taximan a offert de m’amener à une falaise dont j’ai oublié le nom, en me disant que cela prendrait environ trente minutes pour s’y rendre. J’ai refusé, en disant que je profiterais de mon prochain séjour à Dschang pour faire cette visite-là. Vers 13h, j’étais de retour au Centre climatique. Et non, il n’y a rien à faire à Dschang… le cousin nous a dit que c’était une ville universitaire, donc personne n’avait beaucoup d’argent; par conséquent, il n’y a même pas « une vie normale de nuit, c’est un endroit très sérieux. On y vient pour étudier, et à 19h30, tout est fermé. »
13h, c’est l’heure de la sieste, et je me suis étendu sur le lit pour me faire réveiller par Serge vers 15h. Il se demandait s’il pouvait aller se baigner dans la piscine. J’ai été très surpris de le revoir si tôt, mais il m’a expliqué que son cousin avait un travail à rédiger. Serge se trouvait donc au dépourvu. Comme j’avais moi aussi prévu me baigner, nous nous sommes rendus à la piscine, la seule à Dschang. Une musique forte nous y accueillis, et un grand nombre de jeunes personnes profitaient du beau temps. La piscine est pas mal grande, et j’ai pris du plaisir à y nager et ensuite à passer du temps à l’ombre à observer les gens. Mon crâne étincelait suite à la promenade en moto, et non, je n’avais pas apporté de chapeau avec moi! Il faut dire que c’était agréable de regarder tout le monde se laisser aller au son de la musique, qu’il se trouvait à l’eau ou sur les bords de la piscine. Les jeunes hommes, en particulier, se pavanaient pas mal; l’un d’eux nous a fait toute une démonstration de pas de danse sur le plongeoir avant de piquer vers l’eau. Il avait l’air très fier de son corps et était très bon danseur, il faut l’avouer. Je ne sais pas comment il l’a fait, mais je vous jure que ses mamelles très musculaires rythmaient chacune différemment! Il y avait aussi une jeune dame, vêtue d’un maillot à jupe, qui s’enguirlandait autour de poteaux avant de se rendre à l’eau en dandinant au rythme de la musique. Un bel après-midi, croyez-moi, et beaucoup plus agréable que de passer du temps devant la télé!
Vers 18h, j’ai demandé à Serge quels étaient ses projets pour la soirée; il a proposé que nous invitions son cousin et sa copine pour le repas du soir (un couple sympa, je l’avoue), et je n’ai pas pu lui refuser ça. Enfin, je suppose que j’aurais pu, mais j’avoue que je prenais Serge en pitié, forcé qu’il était de passer son temps avec un « p’tit vieux » au lieu de faire le fou avec son cousin, comme il l’avait sans doute espérer. Bien sûr, personne ici ne refuse une invitation, et le couple s’est présenté vers 19h pour partager le bon repas avec nous. C’est alors que nous avons appris qu’il n’y avait pas de lit pour Serge chez son cousin (le couple loue une petite chambre), et le pauvre a dû se résigner à passer une autre nuit au salon de notre bungalow.
Le lendemain, après notre petit déjeuner, vers 10h (aucune raison de se précipiter vers la gare routière), nous avons pris le chemin de retour. Nous avons trouvé l’autobus à moitié plein, ce qui était encourageant, pour en dire le moins, et vers 11h30, nous avons commencé à partir, suivant la même séquence qu’à Yaoundé (départ, arrêt, contrôle de billets, remboursement) et nous avons quitté Dschang à 12h30. Dès la sortie de la ville, un jeune homme, très correctement vêtu, s’est levé et a commencer un sermon en anglais, un collègue à ses côtés qui offrait l’interprétation simultanée en français. Il s’est fait un silence mortuaire au début avant que certains passagers ne réagissent quand il est devenu évident que le sermon allait durer jusqu’à Bafoussam au moins. À la demande vivement exprimée par beaucoup, le chauffeur a arrêté l’autobus et a réussi à faire taire le jeune homme. Le tout a causé une dispute dans l’autobus, car certains passagers étaient de l’avis qu’il n’y avait pas de tort à entendre la parole de Dieu, quelle que soit la personne qui pérorait, tandis que la plupart insistait qu’ils n’avaient pas payé pour devenir une congrégation captive et que s’ils voulaient être à l’église, c’est là qu’ils se seraient rendus!
L’autobus était comble, et Serge et moi avions réussi à trouver deux places côte-à-côte sur le dernier banc à l’arrière, pas très confortables car elles se trouvaient au dessus des roues et nous nous trouvions projetés vers le plafond à chaque cahot. Cela ne nous a pas pris beaucoup de temps à nous rendre à Bafoussam, où nous nous sommes arrêtés pour très peu de temps, et ensuite, c’est à l’allure de course Formule 1 que nous nous sommes lancés vers Yaoundé, où nous sommes arrivés vers 17h. Il y a eu quelques arrêts, bien sûr, pour permettre aux passagers d’acheter des vivres aux marchés situés le long de la route (des mangues, des ananas, de la viande de rat, etc.). À ma gauche se trouvait une dame africaine de « constitution traditionnelle » qui ne s’est pas privé de se ravitailler à chaque arrêt, ce qui voulait dire que je me suis rapidement retrouvé entouré de mangues, d’ananas, un genre d’épinards, et deux sacs de viande de rat que je portais dans un panier sur mes genoux. Pas gênée, la dame! Vive la vitesse de Formule 1!
Ce matin-là, avant notre départ, Njikam m’avait téléphoné pour annoncer la naissance de sa fille et pour confirmer qu’il viendrait nous chercher à la gare routière, à condition que nous donnions trente minutes d’avis, ce que nous avons fait. Nous avons dû l’attendre un peu, car il avait été étonné du fait que nous étions arrivés si tôt et avait dû aller chercher son taxi dans la garderie (comme on dit ici) où la laisse quand il ne s’en sert pas. Bien sûr, il était de très bonne humeur, et ayant déposé Serge chez lui, j’étais rentré chez moi à 18h.
Une fin de semaine exténuante, mais agréable. C’est ici un bon moment pour prendre une pause, mes amis, avant d’entamer le récit du prochain voyage qui a eu lieu il y a six semaines environ.
***
Un de mes collègues, Jean-Vincent, l’enseignant de maths et de physique au Centre, m’avait proposé, au mois de juin, que je l’accompagne à son village afin d’y admirer la ferme familiale. Malheureusement, il n’avait pas été possible d’entreprendre ce petit voyage avant mon départ en vacances à la fin juillet, et nous nous sommes mis d’accord de reporter ce petit périple à la deuxième fin de semaine après mon retour. Pour ce voyage, j’ai réservé les services de Simplice, mon autre taximan, car j’étais certain qu’il apprécierait d’aller « au village » et, soyons francs, je n’avais pas particulièrement envie de me rendre audit village en autobus et taxi-brousse. Il a donc été décidé que nous partirions à 13h un vendredi après-midi et que nous rentrions le dimanche après-midi.
Jean-Vincent est venu déposer ses bagages chez moi à l’heure convenue, mais a demandé qu’on vienne le chercher en haut de la colline du coin, afin de s’assurer les curieux du Centre n’observerait pas notre départ ensemble (il faut passer devant le Centre pour sortir de la ville, et il fallait éviter de créer des jalousies). Une demi-heure plus tard, Simplice et moi sommes partis rejoindre JV qui nous attendait avec deux cousins, à notre grande surprise : Stéphanie, invitée pour qu’elle puisse aider « la maman » à s’occuper de nous et Jean-Pierre (je crois; on l’appelait toujours JP) dont la famille habite le village voisin de celui de JV. Des valises et des sacs partout, y compris la nourriture que j’avais apporté comme contribution car, en tant qu’invité « principal » (et blanc!), il était entendu que j’arriverais avec un stock impressionnant : deux sacs de 10 kg de riz, une grosse boîte de poisson, et des litres et des litres de vin! Le voyage a été agréable, car il ne pleuvait pas, et la voiture de Simplice n’est pas tombée en pièces – c’est un vrai tacot, pour en dire le moins, mais le moteur fonctionne bien. La route était pavée pour la plupart du trajet, sauf les avant-derniers 50 km qui étaient bitumés et les derniers 3 kilomètres n’étaient qu’une piste de brousse dans la meilleure tradition de pistes de brousse. Je ne sais pas comment Simplice a fait pour faire avancer la voiture chargée, mais il a réussi!
Il était 19h quand nous sommes arrivés, il faisait donc noir et nous, les hommes, se sont assis à l’extérieur tandis que les dames s’affairaient dans la cuisine à préparer rapidement un repas. Il n’y a pas d’électricité au village, et à la lumière des lanternes, il était difficile de distinguer les visages des voisins qui venaient nous saluer. Pour souper, du poulet (y compris les entrailles et les pattes) accompagné de plantains frits. On m’a offert du vin de palme, que j’ai refusé, mais j’ai accepté un alcool préparé à partir de ce même vin, en me disant qu’il n’y aurait aucune retombée néfaste de cette ingurgitation. J’avais apporté beaucoup d’eau en bouteille, bien sûr. Comme il n’y avait pas d’eau courante, si on ne tient pas compte de la rivière qui roucoulait à 300 mètres de là, le vin de palme est la boisson de choix, matin, midi et soir. Finalement, vers 23h, on m’a montré ma chambre. À ma grande surprise, j’allais être logé dans la chambre des parents de Jean-Vincent (j’étais certain que j’allais dormir dans le dortoir réservé aux hommes), lit double et moustiquaire. J’ai bien dormi, malgré le fait que les lattes du lit se faisaient sentir à travers le matelas de mousse très mince, et je n’ai même pas eu à me lever pour me servir du pot de chambre qu’on avait placé au pied du lit.
Le samedi matin, il faisait un beau soleil, et à 6h30 nous étions tous debout. Édouard, le beau-père de Jean-Vincent, m’a accueilli avec un grand sourire et m’a annoncé qu’on visiterait la ferme après le petit déjeuner. Très sympathique, le type, plein d’idées pour améliorer sa ferme et de bonnes habiletés de gestion (j’ai découvert ça au cours de la journée, bien sûr). Il avait travaillé aux Brasseries du Cameroun avant de se faire « débaucher » lors d’une des crises économiques et avait décidé de rentrer au village pour vivre en autosuffisance. Il n’a pas d’enfants à lui (chose rare pour un homme de son âge, à peu près le même que le mien) et il n’a pas eu d’enfants avec la mère de Jean-Vincent, Agnès.
En attendant que le petit déjeuner soit servi, deux gros lièvres sont apparus, tenus par les oreilles. Ils avaient été pris dans une trappe au cours de la nuit précédente, et on nous a annoncé que nous aurions droit à cette viande au courant de la journée. Il y avait aussi une file de visiteurs qui venaient nous saluer avant de passer à la cuisine pour recevoir leur petit cadeau – une partie des vivres que j’avais offerts à la maisonnée. Certain sont repartis avec du poisson, d’autres avec un litre de vin. On m’a expliqué qu’il était attendu que mes hôtes partagent la manne dont ils profitaient; un peu désolant pour moi, mais je ne crois pas que mes hôtes avaient le choix, tradition oblige.
Le petit déjeuner a consisté d’une sauce avec des morceaux de bœuf (il fallait de bonnes dents!) et du plantain frit, et vers 9h, nous avons commencé notre périple autour de la ferme, moi, équipé de mes bottes en caoutchouc toutes neuves, car Jean-Vincent m’avait averti qu’il y aurait beaucoup de boue. En faisant le tour de certains champs, on m’a montré comment on « récolte » le vin de palme. On abat le palmier, on en découpe le haut et on scie à un certain endroit dans le tronc de l’arbre, et de là coule le vin. Il n’y a qu’une certaine partie de l’arbre qui produit la sève en question, et j’avoue que ça ressemble à la récolte du sirop d’érable. C’est un peu dommage d’être obligé d’abattre l’arbre, mais il serait très difficile, je l’imagine, de faire des entailles à 10 mètres de hauteur! Le vin de palme se boit tel quel, sans aucun traitement, mais, bien sûr, j’ai refusé d’en prendre. Il faut dire qu’observer Jean-Vincent, JP et Édouard enlever les fourmis, les mouches et autres insectes qui se trouvaient dans le seau n’était pas pour m’encourager à participer à l’ingestion de ce liquide sans doute délicieux. Heureusement, JV a pu confirmer que je buvais rarement de l’alcool, et le moment est passé sans incident culturel. Eh oui, la sève est légèrement alcoolisée naturellement, et Édouard, JV et JP n’ont pas lésiné à en boire pendant toute notre promenade, car il y avait des palmiers producteurs abattus un peu partout!
Ayant admiré les palmiers, le mil, les plants de tabac, les caféiers (Édouard cultive peu de café depuis que les cours ont baissé sur le marché mondial) et d’autres cultures, nous sommes rentrés à la maison pour une petite pause avant de continuer la visite. Je dois dire que les habitudes de travail d’Édouard méritent mon admiration, car il entreprend lui-même les travaux de ferme. Il embauche de temps en temps des dames pour l’aider (le travail de champs est la responsabilité des femmes), mais en général, c’est lui qui se paie tout l’effort.
Passant à côté des latrines (une pour les hommes, une pour les femmes), nous avons pénétré la forêt dense – la jungle, en effet, Édouard et Jean-Vincent nous frayant le passage avec leur machette, et JP se tenant derrière moi, au cas où je glisserais. Nous avons dégringolé une berge très boueuse pour arriver à la rivière dont nous avons remonté le cours, pataugeant dans l’eau (vive les bottes!), patinant sur de la boue pour enfin arriver à destination, le champ numéro 2. Mes compagnons ont fait le chemin en soulier ou nu-pieds, et plusieurs fois j’ai observé des regards portés vers mes bottes, sans doute dans l’espoir que je les laisserais au village à mon départ (ce qui n’est pas arrivé!).
Le champ numéro 2 était celui où on cultivait le maïs, les arachides et la canne à sucre, et j’ai admiré, comme il le fallait, toutes les gerbes qui y poussaient, tout en discutant avec Édouard des difficultés de gérer une ferme par les temps qui courent (oui, on espère que je vais y investir, et non, cela ne m’a pas étonné!). Par la suite, nous avons retracé nos pas vers la maison pour le repas du midi – les lièvres étaient au menu avec, vous le devinerez, des plantains frits. Je commençais à me demander ce qui était arrivé au riz que j’avais apporté…
Après le repas, il a été proposé qu’on ne visite pas le champ numéro 3 (ouf! Plantation de bananes et de plantains) afin qu’on puisse rendre visite à la famille de JP au village voisin, à environ 4 km de là. Tous empilés dans la voiture de Simplice, nous nous y sommes rendus. Même s’il n’y a pas de couverture de réseau téléphonique dans la région (et pas de courant ni d’eau courante), nous étions attendus, car le télégraphe de brousse avait annoncé notre arrivé par tam-tam le soir avant, et l’invitation avait été reçu par la même voie de transmission. Des tas de gens à rencontrer et à saluer, et deux heures après, nous sommes rentrés à la maison, pour y retrouver Stéphanie; cette dernière ne nous avait pas accompagnés, car elle avait du laver la vaisselle et commencer à préparer le repas du soir, où étaient conviés les hommes de l’autre famille (des frères d’Agnès) qui venaient nous saluer, même si venions tout juste de nous quitter.
Les hommes se sont pointés sous peu, et nous sommes restés assis sous les frondes du grand palmier dans le jardin. Les invités se gavaient de vin de palme, allant jusqu'à oublier ou négliger d’en enlever les insectes ou buvaient du vin que j’avais apporté. Mon Dieu, que ces gens boivent des quantités extraordinaires d’alcool! Le repas, un festin, a été servi vers 20h, et offrait du varan (une sorte d’iguane, le dictionnaire l’appelle lézard varanus, et, oui, du plantain frit, mais aussi du plantain bouilli et en purée. Le varan est d’un très bon goût, beaucoup plus agréable que le crocodile. Finalement, les gens sont partis, et je me suis couché, très fatigué par cette vie sociale inaccoutumée!
Le lendemain matin, ce n’est qu’à 7h que je me suis réveillé! Nous devions partir à 8h30, mais il y avait des préparatifs dont il fallait s’occuper avec de quitter les lieux. Dans la voiture, on a placé trois gros régimes de plantain, un gros régime de bananes, un gros sac d’arachide, un autre de maïs, de la canne à sucre, un peu de tout cela pour moi, mais la plupart pour JP, Stéphanie et JV. Bien sûr, avant de placer tout ça dans la voiture, il a fallu aller récolter… À un certain moment, Édouard est arrivé avec un gros sourire, tenant un varan vivant par la queue. La pauvre bête s’était fait prendre dans un des pièges tendus un peu partout sur la ferme. Édouard lui ayant tranché le cou, il l’a vidé de son sang, et le varan s’est retrouvé dans le coffre de la voiture avec les autres denrées. Vers 11h, presque à l’heure à l’horloge camerounaise, nous avons quitté Édouard et Agnès pour aller retrouver JP qui était resté dans sa famille. Là, nous avons dû passer un peu de temps à visiter, pendant qu’on nous préparait un repas. JV a réussi à persuader la famille de nous donner la nourriture préparée en forme de pique-nique, donc nous avons pu partir, enfin, vers 12h30. En l’occurrence, il s’agissait d’un ragoût de cochons d’Inde, très bon.
Il pleuvait à boire debout quand nous sommes partis, un vrai déluge, mais heureusement, nous n’avions pas à négocier la piste de boue. Du bitumé jusqu’au goudron, et une bonne route jusqu’à Yaoundé et il a plu presque tout le long. Nous nous sommes fait arrêter seulement une fois par les policiers, qui prétextait, en examinant le contenu du coffre, qu’on n’avait pas le droit de partir avec du varan qui venait des terrains qui environnent le village du président (le village d’origine de ce dernier n’est pas loin d’où on était et était bien gardé!). Ça nous a coûté 3 000 francs (environ 7,50 $), ce qui a dû payer la bière des policiers assoiffés. Ce genre de truc n’est guère amusant, mais on s’y fait. On s’est arrêté un peu plus loin pour mettre le varan sur le plancher du siège arrière, au cas on où se ferait arrêté une autre fois.
Comme on dit ici, on a commencé à arriver à Yaoundé vers 17h, et avons déposé JP chez lui (avec visite obligatoire des lieux, il est tailleur, ce qui est bon à savoir); ensuite, c’était au tour de Stéphanie à déposer ses valises chez elle (une autre visite) ainsi que le varan dont elle allait s’occuper. Ensuite, elle nous a accompagnés pour déposer JV chez lui, car elle devait partager un certain nombre de « médicaments du village » avec la sœur de JV, Nathalie. La maison de Jean-Vincent n’est pas loin de la mienne, et il a insisté que Simplice pourrait le déposer chez lui, que le chemin serait passable malgré la pluie, ce dont je doutais fort. Simplice a réussi à se battre contre le mauvais chemin jusqu’au moment où nous étions en train de grimper une colline, glissant à droite et à gauche, pour enfin se retrouver les quatre roues dans des ornières creusées par la pluie. Pauvre Simplice! Il ne savait pas s’il devait jurer contre JV ou non, car Simplice avait été convaincu que le chemin ne serait pas passable (il avait déjà ramené JV chez lui auparavant et connaissait donc la route). Enfin, nous étions dans de beaux draps. Nous sommes sortis de la voiture, et un nombre de jeunes hommes forts se sont regroupés autour de la voiture pour la soulever et la remettre (plus ou moins) sur le chemin. Simplice a réussi à reculer et garer la voiture que nous avons vidée de son chargement et avons abandonné JV et Stéphanie sur le bord de la route à chercher une solution au transport des bananes, des plantains etc. qui devait être livrés chez JV.
Simplice m’a ramené à la maison, a déchargé ma part du butin (plantains et bananes donnés à la famille d’André). J’avais aussi un lièvre entier qui m’était destiné et j’ai demandé à André de m’en découper des morceaux, que j’ai congelés, et de garder le reste. André était un peu déçu qu’il n’y avait pas d’entrailles (ça s’était fait manger au village). Le soir suivant, Jean-Vincent et Stéphanie sont passés me remettre ma part de varan qui attend lui aussi son occasion au congélateur.
Sur ce, mes amis, je vous quitte! Du côté professionnel, c’est assez occupé puisque la nouvelle année scolaire a commencé et la routine s’est établie. Il y a des nouvelles par rapport à la vie d’André (mon Dieu, les gardiens…), mais cela devra attendre un nouvel élan d’énergie de ma part, surtout que ce texte est déjà suffisamment long!
Bien des choses à tous!
Ciao!
David
Sunday, October 11, 2009
Sunday, March 8, 2009
Yaoundé, le dimanche 8 mars 2009
Bonjour!
Oui, cela fait très, très longtemps depuis ma dernière communication! Je n’ai aucune excuse à vous offrir, sauf la paresse. Ceci dit, armez-vous de patience, car cette lettre sera très longue!
Les mois de novembre et de décembre ont été très calmes, le train-train habituel, quoi, mais je ne m’en plains pas. La saison des pluies s’est terminée à la mi-décembre, ce qui a voulu dire que je pouvais enfin remettre mes sandales. Les pieds en étaient très heureux (je suis certain que ça vous intéresse!). Noël a été très tranquille et je l’ai célébré en compagnie d’André et de sa famille. Les deux plus vieux avaient reçu de leurs parents un téléphone jouet portable et s’amusaient à se « téléphoner », et je leur ai offert un petit camion chacun. Le bébé, pauvre de lui, n’a rien reçu, mais semblait heureux de gazouiller dans son coin. Le jeune David est vraiment un bébé charmant, mais avouons que j’ai un petit faible pour lui. Il aura un an au mois de mai.
Le mois de janvier a été superbe car j’ai pu prendre quelques jours de congé pour profiter de la visite de Marion et de Sonja qui ont passé un peu plus de trois semaines au Cameroun. Nous avons pris grand plaisir à nous revoir et à sillonner un peu le pays pendant leur séjour. Je ne peux rien faire de mieux que de reproduire ici le récit de nos périples que Sonja a composé. Il y en a beaucoup, je vous avertis tout de suite. Aucune modification n’a été apportée au texte, mais la traduction de l’anglais est la mienne. Donc, s’il y a des erreurs ou coquilles, c’est de ma faute. Vous vous souviendrez peut-être que Sonja a pris un congé non payé de six mois afin de voyager; elle s’est rendue au Népal pour quelques semaines et ensuite a profité d’un tour organisé en Afrique du Nord, se rendant en Égypte, en Libye, en Tunisie et au Maroc avant de débarquer au Cameroun.
J’ai essayé de conserver le même ton…
***
J’ai trouvé le Cameroun plus intéressant que je ne l’aurais pensé. On y trouve une variété de climats (enfin, au moins 2 : la forêt tropicale humide et le désert)
Mon vol du Maroc est arrivé avec trois ou quatre heures de retard, ce qui a fait que je suis arrivée vers 1h du matin. Heureusement, l’avion de ma mère (nous sommes arrivées le même jour) est aussi arrivé avec du retard, donc elle n’a pas dû attendre sept heures à l’aéroport – pas comme mon père, son collègue Roger et son collègue/sa sentinelle de fin de semaine, Oumarou, ainsi qu’une amie de Roger, Mme Fanta, qui ont dû se payer l’attente. Je suis certaine qu’ils ont trouvé cela passionnant car l’aéroport a deux petits endroits où on peut acheter de quoi boire et un total d’environ 30 sièges pour se reposer… Mon père s’était armé de thé chaud, d’eau glacée et des arachides pour ma mère. L’aéroport se trouve à environ 45 minutes de la maison de mon père, donc ils avaient décidé d’attendre mon arrivée au lieu de faire deux allers-retours. Enfin, je suis descendue de l’avion, ce qu’on a tendance à faire à l’arrivée, et un peu abasourdie (cela faisait environ 14h que j’étais en déplacement), j’ai entendu une dame m’appeler par mon nom; j’ai hoché la tête et je l’ai suivie. J’avais été avertie qu’il y aurait sans doute quelqu’un pour me rencontrer dès mon arrivée ce qui me permettrait de passer les contrôles sans avoir à payer des pots-de-vin. Effectivement, tout s’est passé très rapidement. Roger m’attendait au carrousel d’où j’ai pu saluer mes parents (on ne leur avait pas permis de pénétrer le hall de bagages), les valises sont arrivées (ouf!) et nous nous sommes dirigés vers la maison de mon père, enfouis dans un « pick-up ». Le trajet n’a pas pris trop de temps, et on ne s’est fait arrêté qu’une seule fois par des militaires qui « avaient soif » (code pour dire qu’ils voulaient qu’on leur offre 500 francs, un peu plus de un dollar canadien, ce qui représente le prix d’une grande bouteille de bière). Nous avons réussi à passer sans rien payer parce qu’il s’avérait que Mme Fanta les connaissaient. C’est un peu inquiétant de se faire arrêter par un homme armé d’une carabine automatique qui a soif, mais on peut s’y habituer (en général) même si on n’aime pas ça.
La maison qu’habite mon père est assez grande – trois chambres à coucher, une cuisine, 2 salles de bains, une toilette, un salon/aire de travail. La chose la plus amusante qu’on y trouve c’est le grand mur qui a l’air d’avoir des taches de léopard – il faudra vous référer à la photo (ce genre de mur est très populaire pour l’extérieur des maisons). L’autre chose qui m’a amusée, c’était les meubles dont mon père avait hérité de la personne qui l’avait précédé dans le poste qu’il occupe : les sofas et les fauteuils sont très rembourrés (genre aussi très populaire, comme en témoigne le fait qu’on en voit en vente sur le bord des chemins), et il y a 4 de chaque genre, ainsi des vaisseliers énormes. En arrivant à la maison, nous avons rencontré André, la sentinelle de semaine, un type très gentil. Le lendemain, nous avons rencontré Judith, la dame qui fait le ménage et prépare les salades de mon père (mon père ne mange que des salades depuis qu’il est au Cameroun, salades vertes et salades de fruits, mais il a changé son régime pendant notre visite, donc nous avons pu déguster de la viande également).
Yaoundé, c’est vert. L’impression que j’en ai eu était de beaucoup de petites maisons à un étage situées parmi plusieurs plantes (bananiers, palmiers, etc.), de la végétation et plein de collines. Le deuxième jour (nous avons passé le premier à nous prélasser sur les sofas sur-rembourrés), nous avons fait une sortie passionnante au centre-ville, où nous avons visité le Haut Commissariat du Canada, le Bureau de la Coopération canadienne, la banque et le supermarché, et avons été présentés à toutes les personnes qui s’y trouvaient. Le centre-ville est doté de quelques tours dont l’architecture est intéressante, mais il est assez petit. Nous avons aussi visité le quartier huppé (ambassades et maisons de richissimes), mais malgré cela, la ville semble assez provinciale (c’est la capitale politique, au cas où vous ne seriez pas au courant). Plus tard, nous avons fait un tour de ville avec Njikam, l’un des deux taximen de mon père (mon père n’a pas de voiture et ne semble pas vouloir conduire en ville – ça peut paraître chaotique au départ, mais il y a un système à la conduite; généralement, cela veut dire que tout le monde s’avance dans une intersection et à chacun son tour réussit à passer ou à changer de direction, selon ce qu’il veut faire; on a l’impression qu’il y a trop de voitures à l’intersection et elles se rapprochent d’un peu près l’une de l’autre tout en roulant très lentement, et puis après, une bosse de plus ou de moins sur une voiture qui tombe en morceaux, ce n’est pas très grave). Enfin, retournons au tour de ville… Nous avons réussi à voir combien de collines il y a à Yaoundé (on l’appelle la ville aux 7 collines parce que d’où qu’on se situe on peut voir 7 collines, même s’il y en a beaucoup plus que ça), avons visité des endroits d’où nous avions belle vue sur la ville (mais difficile de voir loin car l’atmosphère semble être voilée presque tout le temps à Yaoundé). Nous nous sommes retrouvées finalement au Grand Marché. J’ai trouvé le Grand Marché pas mal étrange. Le gouvernement a fait construire un grand bâtiment pour y contenir le marché, mais peu de personnes s’en servent. Le marché est rond et comporte plusieurs étages. Le problème c’est que personne ne veut grimper aux étages supérieurs pour y magasiner, donc il n’y a que les deux ou trois premiers étages où se trouvent des boutiques. Le haut de l’édifice offre un beau panorama du reste du marché, car il y a beaucoup d’étalages qui encerclent le marché (des parapluies de toutes les couleurs, des tas de CD et DVD piratés. Je crois que nous avons pris trop de photos car un certain nombre de personnes nous ont demandé si nous étions de la BBC ou RFI… Je n’ai pas vu beaucoup de nourriture à vendre au Grand Marché, mais je crois que les gens s’approvisionnent dans les marchés de quartier (ce qui fait du sens puisque un grand nombre de personnes ne possèdent pas de frigo et doivent donc acheter la nourriture à chaque jour, et se rendre au centre-ville tous les jours pour y faire ses achats serait toute une croix à porter). Oh! Comment aurais-je pu oublier??? Njikam nous a fait voir presque tous les ministères qui se trouvent en ville (on dirait que c’est la chose à faire pour les touristes!). Cet après-midi-là, nous nous sommes rendus au Centre Don Bosco, où travaille mon père, pour être présenté à tous ceux qui s’y trouvaient. Un autre jour, mon père a invité tout le personnel à venir prendre un verre au bar local afin que tous puissent nous rencontrer (ce qu’on doit endurer dans la vie!); nous avons réussi à nous échapper après que les collègues ont commencé à danser, mais assez tôt pour que je n’aie pas à refuser de danser. Le Centre Don Bosco offre de la formation en menuiserie, métallerie, couture et informatique, ainsi qu’une formation plus normale. Le centre est géré par les Salésiens, et mon père travaille au Département informatique (fonctions administratives et pédagogiques).
Une des mes matinées préférées à Yaoundé a été celle où nous nous sommes promenées (accompagnées d’André, qui a refusé de nous laisser sortir seules) dans le quartier où habite mon père. C’était très intéressant de voir toutes les maisons et les petites boutiques construites de tôles et en grillages de basse-cour, ainsi que de voir toutes les plantes. Nous nous sommes rendus jusqu’au bout du chemin goudronné et ensuite nous nous sommes aventurés le long d’un chemin de terre étroit, d’où on pouvait apercevoir un quartier construit dans la vallée. Il y a beaucoup de quartiers comme celui-là et j’imagine que ça doit devenir pas mal mouillé et désagréable en saison pluvieuse. Nous avons ensuite suivi une autre piste de terre, ce qui nous a permis de voir des cheveux suspendus à sécher au vent (les dames du Cameroun ajoutent souvent des cheveux à leur tête et je suppose que les suspendre à une corde à linge est une façon comme une autre de les faire sécher) ainsi que plusieurs espèces d’arbres fruitiers, de grandes maisons (et beaucoup de petites) et des écoles. C’était agréable de se promener avec André car personne ne nous a dérangées et nous n’avions pas l’impression de violer la propriété de qui que ce soit et il nous a fourni des tas d’explications.
Le premier des trois voyages que nous avons fait au Cameroun nous a amenées dans la région de Lolodorf, au sud-est de Yaoundé. Mon père ne se sentait pas très bien et voulait se remettre en forme avant le grand voyage dans le Nord, ainsi ma mère et moi sommes parties avec Roger au volant de la camionnette, et André. Ces deux derniers sont originaires de cette région, ce qui a rendu la visite intéressante. En route vers Ebolowa, notre premier arrêt, nous avons remarqué des formes humaines découpées dans du bois qui se trouvaient le long de la route. Parfois, il y avait de petits panneaux qui indiquaient « Ici, trois morts ». Il paraît que ces avertissements sont placés par le gouvernement dans des endroits où il y a eu des accidents mortels (et étant donné le mode de conduite, ça ne m’étonne pas qu’il y ait tant de ces avertissements; j’en reparlerai plus tard). À Ebolowa, nous avons rencontré Judith qui s’y trouvaient pour rendre visite aux quelques onze neveux et nièces dont elle a la charge. Elle nous a fait visiter la ville : nous avons traversé le marché et, bizarrement (du moins, de mon point de vue), l’hôpital (et je veux dire traverser : d’un bout à l’autre, en passant par les chambres des malades), de retour au marché pour nous rendre au Centre Don Bosco d’Ebolowa (plus grand que celui de Yaoundé). La route qui nous a menés à Ebolowa était goudronnée, mais dès que nous avons quitté cette ville en direction de Lolodorf, le goudron cessait. Roger et André nous ont cassé les oreilles tout le long du voyage à se lamenter que cette première route du Cameroun n’était pas goudronnée et que c’était une honte. J’ai compris, à la fin, que cette route avait la première a être construite pendant la colonisation allemande, et qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on évitait de la goudronner. Nous avons eu droit également aux critiques à l’égard des Français qui n’ont rien laissé de tangible au Cameroun, pas comme les Allemands, les Espagnols et les Américains (pas tous des colonisateurs, évidemment) qui, eux, avaient pu doter le Cameroun d’installations durables, tandis que les Français n’avaient laissé qu’une bureaucratie lourde, et ainsi de suite. En exemple, Roger et André nous ont montré un pont construit par les Allemands qui durait toujours, tandis que le pont français, juste à côté, avait perdu le pilier du centre et seuls les piétons et les cyclistes pouvaient l’utiliser, ce qui prouvait que la construction française n’était pas durable (remarquez, je ne me serais pas aventurée sur le pont allemand puisqu’il lui manquait sa surface inférieure). Un autre thème qui est revenu souvent était le fait que les routes du Nord étaient en bien meilleur état que les routes du Sud. D’après eux, toutes les routes du Nord étaient goudronnées, ce qui n’est pas ce que nous avons constaté lors de notre voyage dans le Nord. La route principale offrait des nids de poule est seulement deux voies, tandis que la route principale dans le sud offrait des voies pour doubler de temps en temps ainsi que des accotements. Ni Roger, ni André n’était allé dans le Nord, donc l’état des routes n’était qu’un mythe du sud.
M’enfin, nous sommes arrivés à Lolodorf, ayant passé un grand nombre de plantes et de montagnes. C’est très vert dans cette région, presque la jungle. J’ai trouvé intéressante la construction de maisons dans la région. On construit une charpente de planches de bambou, les planches verticales séparées de 30 cm et les planches horizontales séparées d’environ 15cm. Ensuite, on rempli les espaces de taille de briques d’un mélange de terre et d’eau. Ceux qui en ont les moyens recouvrent ensuite le mur d’une couche de ciment et peignent peut-être les murs; si non, on laisse les murs de boue. Les murs durent assez longtemps, quoiqu’on me dise qu’il faut les réparer de temps en temps. La maison de famille d’André a été construite par la mère d’André il y a plus de vingt ans et on y retrouve encore les briques originales. À notre arrivée à Lolodorf, Roger, ma mère et moi sommes allés prendre un verre pendant qu’André s’est évertué à nous trouver une chambre d’hôtel (cela afin que le prix de la chambre n’augmente pas à la vue de notre peau blanche, ce qui arrive souvent). Une dame nous a invités à nous asseoir avec elle, nous disant qu’elle voulait nous parler (mais à part de dire « bonjour », ne s’est pas adressée à nous). En face de nous se trouvait un type militaire à l’air morose, sirotant une bière tout en s’accoudant sur sa carabine automatique – pas ce à quoi je m’attends à trouver dans un bar. André est revenu ayant trouvé une chambre pour nous – l’hôtel était pas mal fondamental – les salles de bain n’avaient pas d’eau courante, mais l’hôtelier nous a offert un bac contenant de l’eau suspecte ainsi que deux seaux pour que nous puissions vider la cuvette (au besoin) et nous « laver ». Une autre promenade « à l’André » a eu lieu, aussi intéressante que la première, ce qui nous a permis de parcourir Lolodorf par les petits chemins et de voir un grand nombre d’églises de diverses dénominations, toutes dotées d’une « cloche » qui consistait en une roue de voiture (sans pneu). Et encore, de la verdure, ainsi qu’une rivière qui traversait le centre de la ville. Nous avons pu persuader Roger et André que nous pourrions manger de la nourriture locale, à condition qu’elle soit bien cuite, et André nous a procuré deux très grands et délicieux poissons. Nous étions assises à la terrasse de l’hôtel lorsque la musique (très forte) a commencé, et nous avons décidé de nous retirer vers la terrasse supérieure pour y déguster notre repas et d’éviter les danseurs. Notre hôtel était le seul endroit où il y avait du courant ce soir-là (il avait un groupe électrogène); il paraît que le courant manquait depuis le jour précédent et que, souvent, des semaines peuvent se passer avant que cela soit réparer. Nous avons réussi à nous endormir (enfin, moi), et Roger et André se sont également couchés tôt afin d’éviter de payer les consommations de tout le monde, car ils avaient de la famille et des amis dans le coin. Ils rentrent rarement au village car, étant donné qu’ils vivent dans la grande ville, les membres de la famille et les amis s’attendent toujours à des cadeaux (de préférence en forme de don monétaire) lorsque Roger/André rentrent au village, et ça peut revenir cher. Même s’ils vivent à la ville, la vie y coûte cher et ils ne peuvent pas cultiver une terre. La vie des citadins n’est pas très facile et si on y perd son travail, on peut toujours rentrer au village – mais pour cela, il faut s’assurer d’un bon accueil en offrant des cadeaux à chaque visite. On s’attend également à ce que nous (les étrangers) offrions de l’argent à droite et à gauche; mon père, souvent, offre l’excuse qu’il n’est pas la Banque mondiale afin de s’en sortir.
Le lendemain, nous nous sommes rendus au village d’André, Mvile, sans pouvoir faire réparer la crevaison à cause du manque de courant. C’était quelque peu inquiétant puisque le chemin à suivre invitait à d’autres crevaisons. En premier lieu, nous nous sommes arrêtés pour rendre visite à la grand-mère de Roger qui, à l’âge impressionnant de 103 ans, se remettait d’une maladie (Roger s’était occupé de ses besoins médicaux le soir précédent). Nous sommes entrés dans la maison pour la saluer. C’était intéressant de voir l’intérieur d’une maison – plancher de terre, un lit en bambou, une petite aire pour faire la popote, une étagère où elle gardait quelques assiettes, etc. Les autres intérieurs que j’ai vus ressemblaient beaucoup à celui-ci.
En arrivant à Mvile, nous avons dû nous arrêter pour acheter des bonbons pour les enfants de la famille d’André et aussi pour distribuer aux pygmées qu’on continuait à nous dire que nous allions rencontrés. Cela nous semblait étrange d’offrir des bonbons à ces derniers, mais André a insisté, car, selon lui, les pygmées aiment beaucoup les bonbons. Suite à cet achat, nous nous sommes rendus à la mission catholique (mission/ hôpital/école) où habitent un nombre de pygmées et où le frère d’André travaille. La mission est bien située sur le haut d’une petite colline avec un panorama superbe. De nouveau, un tour de l’hôpital où nous avons rencontré des pygmées. On nous a ensuite informées que nous irions à une maison où habitaient des pygmées, où nous pourrions même leur parler (on nous a assurées qu’ils étaient instruits et pouvaient parler français). Franchement, j’aurais préféré éviter cette visite, cela me semblait vraiment bizarre. Enfin, nous nous sommes rendus à la dite maison, avons offert les bonbons achetés pour l’occasion (le contenu duquel a tout de suite été distribué). On m’a ensuite demandé de prendre une photo d’une pygmée âgée, ce que j’ai fait (pour ensuite me faire demander de payer pour le privilège accordé). Ma mère a tenté de faire de la conversation et finalement (ouf!) nous nous sommes rendus chez le frère d’André, en s’arrêtant de nouveau pour remplir le stock de bonbons, car nous avions dû distribuer ce qui nous restait à des enfants qui se trouvaient sur la route. Nous avons rencontré la famille d’André, avons visité des maisons, et pris connaissance de la distillerie de vin de palme; il s’agissait de deux grandes cruches liées par des tubes. Un tube sortant d’un des côtés d’une des cruches déversait, goutte par goutte, le vin distillé. Une scène un peu « scientifique déraisonné », quoi. Ça faisait longtemps qu’André attendait ce vin et il est rentré à Yaoundé avec un contenant en plastique de 4L plein. Après une conversation au salon avec le frère d’André (il habite une maison dont les murs sont revêtus de ciment) – le thème étant que la jeunesse du village avait besoin d’activités œcuméniques (ou quelque chose comme ça) – et ayant offert un don pour la cause (sans doute dirigé vers la poche du frère en question), nous avons repris le chemin pour nous rendre à deux chutes. Au premier site, j’ai lancé un défi à André pour une course à pied (c’est lui qui a proposé que je me monte la colline à la course) et, un, deux, trois, nous voilà partis! La course n’a pas duré très longtemps, car les cigarettes d’André lui ont échappé, mais il avait l’air de trouver la course amusante.
Le prochain arrêt a eu lieu un peu plus loin, pour trouver le « pied de Jésus ». La chasse au pied s’est faite le long d’une rivière et a consisté en essayant de trouver une pierre dans la rivière où on trouverait l’empreinte d’un pied. André en a trouvé une, mais a été incapable d’en trouver une meilleure. De toute façon, c’était agréable de se laisser glisser sur les pierres mouillées. L’arrêt touristique final se trouvait à être les chutes Bidjoka, où Roger a insisté à nous conduire (en voiture) le long de la piste, même si cela voulait dire qu’il fallait descendre dans un grand fossé et d’en ressortir, presque en s’y faisant prendre. Arrivés au haut de la colline, il a fallu tourner le dos pour quelques minutes, pour permettre à un vieillard qui se baignait dans la rivière de s’habiller. Pénétrant dans la jungle, traversant à pied la rivière et précédés d’un troupeau d’enfants, nous sommes arrivés aux chutes. Une fois rendus, les enfants se sont déshabillés et ont offert une démonstration de leurs prouesses maritimes en sautant de rochers vers l’eau ou vers les chutes. Ces dernières étaient impressionnantes et les enfants voulaient se faire photographier, évidemment. Oups, j’ai oublié de dire que nous avions passé ce qu’on appelle un campement de pygmées (où nous avons laissé descendre un pygmée). Très propre et intéressant du fait que les maisons identiques étaient peintes d’une même couleur (elles paraissaient mieux que les autres maisons dans le coin). Apparemment, c’est le gouvernement qui les a construites afin d’encourager les pygmées à mener une vie un plus sédentaires. Également apparemment, ça ne marche pas bien, car les pygmées ont tendance à disparaître dans la brousse pour ne revenir que de temps en temps habiter les maisons. J’ai aussi négligé de mentionner que dans certains villages on retrouvait des maisons construites entièrement de ciment, vestiges de la colonisation allemande. Un des sites les plus étranges a été une intersection en plein milieu de nulle part où se situe une énorme église construite de briques. Rien d’autre. En général, j’ai trouvé que les villages dans cette région étaient bien plus propres que ceux dans d’autres pays que j’ai visités. Il y avait beaucoup moins d’arbres à plastique. J’ai remarqué plus tard que même si les cours étaient propres, souvent les détritus se trouvaient amassés sur le terrain voisin.
Après le repas de midi au village d’André, où nous avons mangé du rat de brousse (l’autre choix, c’était du hérisson, et bien sûr, vous choisiriez également le rat) et des bâtons de manioc. Et là, c’est devenu une course pour se rendre à Yaoundé. Nous avions mis pas mal de temps pour nous rendre aux divers villages et aux chutes puisque les chemins étaient parsemés de nids de poule, de roches et, bien sûr, de la poussière. Roger voulait à tout prix rentrer avant la noirceur et moi, je voulais rentrer vivante. Dès que le goudron a été atteint, la vitesse a augmenté. La première section de la route était assez étroite, juste assez large pour que deux voitures se croisent, aucun accotement et des buissons frôlant la carrosserie. Des nids de poule se trouvaient à des endroits stratégiques, ainsi que des piétons en plein chemin. Roulant au centre de la voie (je suppose que c’était pour éviter les piétons et les nids de poule) à 140 km/h, j’étais certaine que qu’il serait inévitable de tuer quelqu’un ou que la voiture s’envolerait si une roue sombrait dans un nid de poule. Heureusement qu’il y avait peu de circulation et nous nous sommes rendus à une ville assez large où il y avait du courant et où on a pu faire réparer le pneu crevé. Pendant que Roger s’occupait du pneu, André était chargé de s’occuper de nous à un bar où nous nous désaltérions. Stressé par le fait qu’il risquait de se faire voler son contenant de vin de palme qu’il avait oublié à l’arrière de la camionnette, il nous a quittées pour garder son trésor. Une fois le pneu réparé, nous avons continué notre course effrénée. Pour ajouter à notre frayeur, Roger commençait à s’endormir, mais refusait de s’arrêter pour se reposer, ne fût-ce que quelques minutes, malgré les suggestions douces de ma mère. On s’est arrêté un moment, mais ce n’était pour que Roger se « soulage », comme on dit, et on a repris la route immédiatement. Le dernier bout de chemin, toujours à 140 km/h, offrait au moins des accotements et, de temps en temps, des voies pour doubler les voitures, même si Roger n’avait pas la patience d’attendre 100 mètres avant de commencer à doubler un véhicule qui avait le malheur de se trouver devant nous. Sa technique pour doubler laissait à désirer, puisqu’il s’agissait toujours de doubler à une courbe en montant une colline. Il a néanmoins ralenti un peu après que nous avons failli faire un accident. Nous étions en train de doubler un énorme transport (sur une courbe, bien sûr) quand une voiture a osé se présenter devant nous sur l’autre voie. Le milieu du transport était à notre côté, il n’y avait plus de temps pour terminer la manœuvre, on ne pouvait se tasser à droite à moins d’aller sous le transport. Roger a freiné fort, mais ce n’était pas assez pour que nous puissions reprendre notre place à l’arrière du camion. Heureusement, l’autre voiture a pu rouler sur l’accotement. Il faut dire que la méthode utilisée par Roger pour doubler des véhicules n’est pas la sienne seule. Enfin… même rendus à Yaoundé et à environ 100 mètres de chez nous, Roger insistait à doubler les voitures. J’ai décidé que cette promenade était plus effrayante que celle effectuée au Népal, dans un autobus rempli de monde qui doublait un autre autobus sur une route à une voie, un abîme à droite. Nous sommes arrivées saines et sauves, mais jamais plus je ne voyagerai avec Roger comme chauffeur.
Il a bien fallu faire une autre petite course avec Roger, le jour où nous sommes allés visiter l’orphelinat pour lequel mes parents cherchaient des fonds pour y construire une nouvelle latrine. C’est un orphelinat non officiel, commencé par une dame et son mari, et ils s’occupent d’environ 45 enfants dans une maison assez petite. Il y a une grande aire de séjour, et ensuite quatre chambres à coucher (grands/petits garçons, grandes/ petites filles), les enfants partageant les lits. La cuisine est à l’extérieur de la maison, et on cultive un peu sur le terrain. L’eau provient d’une rivière qui se trouve au bas du jardin, mais elle ne paraît pas très propre – j’espère que l’eau à boire vient d’ailleurs. Les enfants fréquentent tous des écoles privées dans le quartier, car les écoles publiques sont beaucoup trop loin. Je ne sais pas comment la dame fait pour payer tous les frais de scolarité, la nourriture et les autres besoins, car elle ne reçoit rien du gouvernement et, je suppose, ne travaille pas à l’extérieur de la maison (il y a assez de travail à l’intérieur!). Elle doit avoir le don de trouver des dons.
Après quelques jours de repos, le moment était arrivé pour le départ vers LE voyage vers le Grand Nord. Nous nous sommes dirigés vers la gare en début de soirée. Il n’y a pas de route goudronnée qui lie le sud du Cameroun au nord (allez savoir pourquoi!), donc prendre l’autobus ou s’y rendre en voiture aurait été l’affaire de quelques jours. Donc, le train… qui est parti à l’heure à 18h10. L’heure d’arrivée est flexible. Nous étions logés dans le wagon-lit dont chaque cabine comportait quatre lits. Oumarou, l’autre vigile de mon père (celui de fins de semaine) s’est joint à nous en tant que guide, car il est de la région du Grand Nord (Extrême Nord, on dit au Cameroun), et il allait profiter de ce voyage pour rester quelques semaines dans son village pour y rendre visite à sa famille qu’il n’avait pas revue depuis trois ans environ. Les wagons-lits étaient protégés par des gardes armés qui s’assuraient que personne ne viendrait nous déranger, ou viendrait s’installer dans le couloir. Nous avions aussi des hôtesses qui sont venues nous demander ce qu’on voulait pour notre repas du soir et nous l’ont ensuite livré. Très chouette. Il y aussi des voitures de première classe où tous les voyageurs ont des places assises et des voitures de deuxième classe qui, selon ce qu’on nous a raconté, débordent de monde et de valises et d’objets divers. Il y a également un wagon-restaurant, mais il est également bondé de personnes à qui on a vendu des billets frauduleux. Hem. J’avoue que je n’aimerais pas voyager pour 18 heures ou plus assise ou debout au milieu d’une allée.
Dès notre départ, le premier brouhaha! Des gens criaient « Arrêtez-le! Arrêtez-le! », pendant que les gardes poursuivaient quelqu’un qui avaient sauté du train (le train s’est arrêté pour la circonstance). Il paraît que c’était un malfrat que la police recherchait. Les gardes ont réussi à l’attraper et l’ont ramené dans le train et, je crois, l’ont remis à la gendarmerie à la première gare. Il faisait pas mal chaud dans le train, et il n’y avait qu’une seule fenêtre dans notre compartiment. On se trouvait bien dans le couloir, mais le compartiment était vraiment un fourneau. J’ai pris une des couchettes supérieures et, au milieu de la nuit, je me suis réveillée en grosse sueur (le train s’était arrêté et il n’y avait aucun mouvement d’air). Les gares où nous nous sommes arrêtés étaient amusantes. Il y avait différents « modèles » de gare : l’élégant (peu utilisé), la gare où on entendait qu’on allait s’arrêter à mesure que chaque wagon heurtait celui qui se trouvait devant lui (avertissement utile pour la secousse à venir) et la gare où on s’arrêtait subitement, où la secousse nous atteignait sans avertissement et où il fallait faire attention de ne pas tomber de la couchette (ou de renverser son assiette, si on était en train de manger). À chaque arrêt, quelque soit l’heure de la nuit, il y avait des dames et des enfants qui vendaient de la nourriture et de la boisson. Les enfants demandaient aussi les bouteilles vides – un thème qui est revenu partout dans le Nord, où partout où on s’arrêtait, on nous demandait des bouteilles vides. Le lendemain matin, nous n’étions toujours pas arrivés à destination à 8h (heure officielle) et nous semblions être encore pas mal loin de Ngaoundéré, le terminus, situé à mi-pays. C’était quand même agréable de pouvoir regarder passer le paysage – des villages, beaucoup d’arbres, des nids d’abeilles construits dans les arbres (par des humains; je suppose que les abeilles doivent choisir de s’y loger et puis ensuite les humains récoltent le miel), des termitières en forme de champignon et du bétail. Finalement, nous sommes arrivés à Ngaoundéré à midi.
Le chauffeur dont Oumarou avait réservé les services pour notre séjour dans le nord ne s’était pas rendu à Ngaoundéré, prétextant que sa voiture était tombée en panne (Oumarou, plus tard, a supposé qu’il n’avait jamais quitté Maroua). Oumarou nous a donc trouvé un autre chauffeur pour nous amener à l’hôtel, mais celui-ci devait conduire un autre client à sa destination et devait ensuite revenir nous chercher. Une heure plus tard, ce chauffeur n’était toujours pas revenu, et Oumarou est parti à la recherche d’un deuxième; c’est comme cela que nous avons fait la connaissance d’Aboubakar. Il nous a amenés à l’hôtel et ensuite nous avons réservé ses services pour nous faire faire un tour de ville pendant l’après-midi. Bref, nous avons décidé de réserver ses services pour notre voyage vers Maroua et aussi pour les journées que nous allions y passer.
Ngaoundéré est une ville assez grande. Des tas de rochers agréables à voir : on aurait dit que les collines avaient été créées à partir de gros rochers (il y avait sans doute de la terre sous ça). Nous avons grimpé un des rochers (ben, moi, au moins) afin d’admirer la ville et son paysage avoisinant (quelques montagnes, mais plutôt plat). Nous avons aussi vu l’habitation de l’homme le plus riche de Ngaoundéré, un palace dans une cour énorme et dotée de sa mosquée privée, très beau et très orné tout ça. Outre cela, nous avons fait un tour au marché, avons vu d’autres mosquées (le Nord étant à dominance musulmane, le Sud à dominance chrétienne), ainsi que l’extérieur de l’habitation du chef local (nous avons décliné l’invitation de la visiter à cause des frais d’entrée très élevés).
Le lendemain, nous avons parcouru les 473 km qui séparent Ngaoundéré de Maroua. La première partie de la route nous a menés au haut d’une montagne et ensuite sur l’autre versant. Il y avait pas mal de forêt au haut de la montagne, et nous avons aperçu ce qui semblaient être des drapeaux bleus suspendus à des arbres. On nous a expliqué que ces « drapeaux » servaient à attraper une sorte de mouche, mais ni Aboubakar, ni Oumarou, pouvait nous expliquer à quoi servaient les mouches. Après la montagne, nous avons passé un grand nombre de villages. En cet endroit, les maisons étaient construites d’adobe, plusieurs cases regroupées autour d’une cour intérieure, où se trouvait le grenier. Les murs de la cour étaient faits soit de roseaux, soit qu’il s’agissait des murs des cases qui se rejoignaient. Nous avons passé beaucoup de troupeaux de bétail – différent du bétail qu’on retrouve en Amérique du Nord car les vaches et les bœufs ont une sorte de bosse au dos. Et toutes ces belles bêtes avaient des cornes impressionnantes. Pour le reste, nous avons vu des personnes qui marchaient sur du coton empilé dans des conteneurs (c’était la saison de la récolte du coton), des villages, de la forêt, des ânes cherchant un peu d’ombre le long des murs de cour (je ne m’attendais pas à voir des ânes, aucune idée pourquoi) et des lits de cours d’eau sans eau (il y avait une seule rivière avec de l’eau, à Garoua) – c’était la saison sèche. C’était quand même bizarre de voir des gens qui lavaient leur linge à même le lit desséché de la rivière (j’en reparle plus tard). Il n’y avait pas beaucoup de circulation sur la route, mais à un moment donné on s’est retrouvé au milieu d’un convoi ministériel (apparemment, le ministre évaluait l’état de la route qu’on était en train de réparer à plusieurs endroits – heureusement, elle en avait besoin) et nous avons également vu une voiture bizarre qui roulait assez lentement; on aurait dit qu’elle avait roulé sous un camion, et il y avait tout juste assez d’espace du côté du conducteur pour qu’il puisse conduire la voiture dont le moteur semblait bien fonctionné. Impossible de s’asseoir ailleurs dans la voiture, laissez-moi vous le dire. Il faut dire qu’il y avait des épaves de voitures un peu partout dont il ne restait rien que la carrosserie – on aurait dit que les vautours s’y étaient attaqué. Nous avons aussi passé une fausse barrière : des enfants avaient placé des mottes de terre sur la route dans l’espoir que les voitures s’arrêteraient et que les passagers leur offre de l’argent. Ailleurs, il y avait des personnes qui remplissaient les nids de poule avec le même espoir de recevoir un petit cadeau. Sans parler des nombreux barrages de la gendarmerie ou de l’armée et des postes de péage. Au Cameroun, il faut toujours avoir sur soi son passeport (ou une photocopie certifiée), si non on est passible d’une amende. Nous avons eu à montrer nos passeports qu’une seule fois, et le pauvre type avait l’air bien triste de trouver que tout le monde (et la voiture) était en règle. Finalement, nous sommes arrivés à Maroua en fin d’après-midi et nous nous sommes installés à l’hôtel, qui était très agréable à voir – les chambres avaient la forme de case, le tout sous un parasol d’arbres. Le seul « hic », c’était que l’hôtel est situé au carrefour de deux rues principales, et que l’air semblait pas mal bleu.
Le lendemain matin, nous nous sommes levés tôt pour notre prochaine aventure : nous rendre en voiture à Rhumsiki, au sud-ouest de Maroua, où on peut trouver des formations rocheuses impressionnantes. La route vers la ville principale voisine était goudronnée, et nous avons passé des champs de mil, des personnes à bicyclette et, bien sûr, beaucoup de villages. C’est après ça que l’aventure a commencé : une route de terre en très mauvais état. Impossible de rouler vite sur ce genre de route, alors nous avons cahoté lentement vers notre destination (cela permettait de prendre des photos par la fenêtre, cependant). Le paysage était beaucoup plus sec que ceux que nous avions vus auparavant et très rocailleux. On voyait également de l’agriculture pratiquée en terrasse. Il y avait des tas d’endroits intéressants où nous nous sommes arrêtés, car Aboubakar avait le don d’apercevoir ce qui pourrait nous intéresser question photographie, avec excursions à pied. Nous avons inspecté un champ de coton (nous n’avions jamais vu un plant de coton de près) et, au retour, avons remarqué des dames qui portaient ce qui semblait être un demi-tronc d’arbre sur la tête (incroyable ce que les gens peuvent porter sur la tête). Nous nous sommes ensuite arrêtés devant une maison pour demander la permission de voir leur installation grenier : une plateforme surélevée sur laquelle on plaçait le grain (plutôt qu’un grenier fait d’adobe). Il y avait aussi du maïs qui séchait, accroché aux arbres. En remarquant des personnes qui récoltaient du coton, nous nous sommes joints à elles pour en faire un peu aussi. Et puis il y a eu un arrêt (à vrai dire, des dizaines!) pour prendre des photos du paysage. À l’un des arrêts, j’ai décidé qu’il était temps de prendre la photo « Sonja au Cameroun » (j’ai une série de photos prises dans divers pays, où on peut me trouver dans la distance; le tout pour mon amusement personnel), j’ai donc remis mon appareil photo à ma mère et j’ai couru vers des gros rochers qui se trouvaient à une distance convenable pour la photo. C’est là que j’ai aperçu des dames derrières les rochers. Elles m’ont fait signe de venir les voir, invitation que je n’ai pas refusée. Elles étaient en train de récolter des arachides – cela paraissait très pénible et très lent comme travail : elles battaient la terre avec un outil de métal émoussé afin de trouver les arachides et les placer dans un panier. C’est à ce moment que nous avons rencontré notre premier guide potentiel pour Rhumsiki (il nous restait encore deux heures ou plus en voiture lente avant d’y arriver), mais nous avons refusé ses services. On commençait à voir les rochers en forme de fuseau que nous recherchions.
Ensuite, la motocyclette avec chèvre : une motocyclette qui est passée, portant deux hommes, et entre eux, une chèvre, placée sur son ventre, qui observait placidement le paysage passant. Elle avait l’air content. On voyait des tas de choses sur les bicyclettes : des familles de cinq personnes, trois ou quatre adultes, d’énormes emballages. Il n’y avait pas beaucoup de voitures et la plupart des taxis et des minibus était bondés de personnes et on aurait dit que leurs essieux allaient toucher la route. Il y avait également des gens qui s’accrochaient à l’extérieur du véhicule.
Finalement, nous sommes arrivés à Mogodé, le village avant Rhumsiki, où nous sommes descendus de la voiture pour admirer des formations rocheuses. Un jeune garçon a décidé qu’il deviendrait notre guide; je ne voulais pas de guide, puisque il était évident où se trouvait les rochers en question, mais il était évident que nous n’avions pas le choix. À la fin, c’était correct car il était sympathique, n’a pas parlé d’argent et nous avons eu une conversation intéressante. Nous nous sommes dirigés vers les rochers (laissant mon père garder la voiture, son occupation préférée lorsqu’il s’agit de marcher), et avons vu des petits regroupements de cases, dont certaines avaient des pneus de bicyclette pour retenir la toiture de paille. Nous avons aussi vu deux gros vautours qui nous évitaient à petits bonds (ils ne comprenaient pas que je voulais faire leur connaissance). Le rocher était pas mal impressionnant, sortant verticalement de la terre en forme de pouce. Au retour à la voiture, le guide potentiel no. 2 pour Rhumsiki s’y trouvait, tentant de nous faire commander un repas très cher au restaurant où il travaillait; de nouveau, ce guide a essuyé un refus de notre part. Nous avons repris le chemin de Rhumsiki, et avons trouvé une vallée superbe sculptée dans la roche devant nous, ayant une colline en forme de cône au centre. Très impressionnant. On pouvait voir Rhumsiki de l’autre côté de la vallée. Et encore un guide potentiel pour Rhumsiki qui nous attendait à la voiture… j’ai donc proposé aux autres de rebrousser chemin. Jusque là, la journée avait été très agréable, et ça ne me tentait pas de me faire harceler par des gens habitant une ville touristique. Nous avons donc fait demi-tour et sommes rentrés lentement vers Maroua (la condition des routes prouvant, une fois pour toutes, que pas toutes les routes du Nord étaient goudronnées). Une chose qui m’a étonnée lors de ce périple est le nombre d’églises que j’ai vues, puisque la région est à dominance musulmane. Toutes les dénominations avaient l’air de s’y trouver, y compris les Témoins de Jéhovah.
Le lendemain, nous nous sommes retrouvés sur la route menant à Pouss où nous devions voir les « Cases Obuso-Mousgoum » (j’aime bien ce nom). Le premier bout de route était bitumé (ce qui veut dire que c’est une route de terre bien tassée, sans pierres mais beaucoup de nids de poule), le deuxième bout était goudronné (un peu bizarre, puisque cette section se trouvait au beau milieu de nulle part et aucune autre route s’y joignait), et le troisième bout de route était bitumé également. À un certain moment, du côté droit de la voiture, une élévation est apparue – elle paraissait artificielle car elle mesurait des kilomètres. On voyait des gens qui s’y promenaient à pied et à vélo. Éventuellement, nous nous sommes arrêtés pour que ma mère puisse prendre des photos d’oiseaux, et mon père et moi avons décidé d’aller voir ce qui se trouvait de l’autre côté de cette petite élévation. Et voilà, il s’agissait du Lac Maga, un lac artificiel énorme. Malheureusement, ma mère a glissé et est tombée au retour vers la voiture et s’est fait mal aux côtes; pour l’aider à récupérer, nous avons poursuivi nos randonnées en voitures sur des routes cahoteuses pendant cinq jours. Finalement, nous avons trouvé les cases Obus. Faites d’adobe, elles sont de forme coniques, avec des rives sur les côtés et un trou au haut du toit. Il y avait plusieurs cases à l’intérieur d’une cour, entourée d’un mur construit d’adobe. Les murs des cases Obus, à l’intérieur, étaient peints. D’ailleurs, j’ai vu plusieurs murs peints dans cette région (très différente des autres). Nous avons pu pénétrer à l’intérieur des cases (c’était un genre de musée car on ne construit plus ce genre d’habitation), où on nous disait qu’il faisait toujours 10 C. Selon mon thermomètre, il faisait plus chaud que ça, mais il est vrai que c’était plus frais qu’à l’extérieur. Une série de cases avait une sorte de passage secret entre deux cases (en fait, la deuxième case n’avait pas de porte qui donnait sur l’extérieur). C’était amusant de se pencher pour entrer dans la deuxième case. On suppose que c’était pour tromper l’ennemi. Ce qui était le plus agréable, c’est qu’on peut grimper l’extérieur des cases à l’aide d’une corde, ce que j’ai fait. Je suis certaine que ma mère a pris une photo de cet exploit.
De retour à Maroua, nous avons pris le temps de visiter cette ville très verte. Mis à part la qualité de l’air, je crois que j’ai mieux aimé Maroua que Yaoundé. On y trouve de larges rues où sont plantés des arbres (très utile étant donné le soleil ardent). Nous avons traversé le pont et avons regardé des gens qui avaient l’air de laver leur linge dans le sable. Finalement, nous avons compris ce qu’ils faisaient – ils creusaient dans le lit de la rivière pour trouver l’eau, lavaient ensuite leur linge et l’étendaient sur le sable par la suite pour le faire sécher! Après nous être promenés le long d’une rue principale pas très intéressante, nous avons traversé le lit de la rivière (très amusant!) pour retrouver l’autre côté ombragé et nous rendre à l’hôtel. Nous avons passé des gens qui, je croyais, vendaient du miel dans des bouteilles de 2L recyclées. Mais ce n’était pas du miel, mais du carburant (erreur facile à faire, car la couleur et les contenants se ressemblent; la consistance peut-être que non). Par la suite, nous nous sommes dirigés, en voiture, vers la Dent de Mindif, une formation rocailleuse bizarre dans le sens qu’elle ressemble à une dent. Ce qui était le plus impressionnant, c’est le fait que la « dent » sortait tout droit du sol et toute seule de la plaine qui l’entourait. La plaine s’étendait à perte de vue, et nous avions l’impression d’être dans la savane. Nous avons aussi vu des endroits où on faisait sécher des peaux d’animal – il paraît qu’on travaille beaucoup le cuir dans le nord du Cameroun.
Notre périple suivant nous a vu nous diriger vers Mora pour y déposer Oumarou (nous croyions qu’il venait de cette ville, mais il vient d’un village à une heure de là, en moto – on peut seulement se rendre à son village en moto ou à pied). En route vers Mora, nous avons vu beaucoup de personnes à vélo portant des contenant de 16L en plastique – pleins de carburant à bon marché en provenance du Nigéria (les frontières du Nigéria et du Tchad ne sont pas loin dans le nord du Cameroun). Une fois à Mora, nous nous sommes rendus à la petite clinique où travaille un cousin d’Oumarou. Après avoir fait le tour de la clinique, le cousin nous a amené, en camionnette 4X4, à Oudjilla. Lors de ma planification du voyage, j’avais espéré que nous puissions faire un circuit qui nous ramènerait par un chemin différent à Moral. Heureusement que nous avons changé d’idée, car d’aucune manière aurions-nous pu suivre ce chemin en voiture « normale ». La « route » grimpait en spirale et était franchement rocailleuse et pleine de trous. Il y avait de superbes panoramas de la vallée et des villages avoisinants. Oudjilla est un village assez grand, construit sur le haut de la montagne, et qui consiste en cases construites de pierre et beaucoup de terrasses pour l’agriculture. Le terrain y est très rocailleux. Nous sommes allés voir l’habitation du chef, et le chef était assis devant l’entrée. Nous l’avons salué avant d’entrer et avons demandé permission de visiter sa « maison ». Le chef a cinquante femmes mais seulement cent douze enfants (je dis seulement car c’est un petit nombre d’enfants par femme). Une fois dans l’enceinte de l’habitation, nous sommes entrés dans la case où se situe le tribunal, ensuite dans la case qui contient la tombe du père du chef (un chef ne peut pas être enterré au soleil et est normalement enterré dans sa case). La troisième case (les cases dont je parle ici communiquaient entre elles) contenait un taureau qui n’avait jamais vécu à l’extérieur et dont le destin est d’être sacrifié à un festival quelconque. Dans une autre case se trouvaient trois contenants, un représentant le village actuel, un deuxième l’ancien village et je n’ai aucune idée de ce que représentait le troisième. Nous sommes sortis de cette série de cases pour nous retrouver à l’air frais et dans une des cours où vivent les femmes. Chaque femme a une case où elle dort, une cuisine et deux greniers. Environ huit femmes partagent une cour; les filles couchent avec leur mère, et les garçons aussi jusqu’à l’âge de huit ans (ensuite, ils partagent un dortoir). Vingt-cinq des femmes préparent le petit déjeuner pour tout le monde, et les vingt-cinq autres préparent le repas du soir. Les greniers. Les greniers sont pas mal haut de taille, et nous avons eu la chance de voir une dame en sortir d’un. Lorsque nous sommes entrés dans la cour, on nous a dit qu’il y avait quelqu’un dans le grenier, ce qui nous semblait impossible puisque l’ouverture pour y entrer se trouvait à environ deux mètres du sol et avait un diamètre d’environ soixante centimètres. Mais là, la dame a sorti sa tête pour nous saluer… elle a ensuite remis un plat d’arachides à notre guide, et s’est glissée hors du grenier , les pieds en premier, réussissant à poser ces derniers sur une branche en forme d’Y qui était posé contre le mur du grenier. Il paraît qu’il y a une échelle à l’intérieur du grenier, mais je ne comprends pas encore tout à fait comment les dames font pour y entrer, surtout quand il n’y reste plus grand-chose. J’imagine qu’il faudrait qu’elles entrent la tête en premier, mais je ne sais pas comment elles pourraient ensuite se placer sur l’échelle. M’enfin, je ne crois pas qu’elles peuvent se permettre de trop engraisser, si non elles ne pourraient pas entrer dans le grenier (c’est peut-être ça le secret – trop grasse pour entrer, on ne mange pas et ensuite on peut y entre de nouveau!). De toutes les façons, c’est un événement que j’ai bien apprécié. Nous avons poursuivi notre visite de la cour vers le haut d’où on voyait la vallée et les montagnes autour. À la sortie, nous avons remercié le chef en lui faisant nos adieux; ce dernier était en train de regarder des vidéos musicales avec un nombre d’enfants. On voit bien que l’endroit est touristique car les enfants du coin au lieu de nous souhaiter « bonne année » à tue-tête demandaient « cadeau, cadeau ». Au retour, à la descente, nous avons croisé un minibus qui transportait des touristes.
Nous sommes retournés à Mora pour y récupérer notre voiture et pour fouiner un peu au marché, ce qui était pas mal intéressant : des tas de sandales en plastique de différentes couleurs (des babouches, comme on dit au Cameroun), beaucoup de maïs, des haricots et autres légumes et légumineuses et des fruits à vendre.
Nous avons laissé Oumarou à Mora, pour qu’il se rende à son village, et nous avons remarqué, sur le chemin du retour (avec Aboubakar au volant, bien sûr) un village qui s’appelait « Village Obama ». Je crois que le vrai nom du village était « Ojabama » mais on avait effacé le « ja » pour le renommer. C’était ahurissant de voir le nombre de bars et de boutiques qui s’étaient dotés du nom « Obama » à travers le pays. Tout le monde parlait de lui (cela se passait juste avant son inauguration) et Roger, entre autres, répétait souvent « Un jour peut-être, nous aurons notre Obama. »
Notre dernière destination dans le Nord était la Réserve nationale Waza. C’est le plus au nord que nous nous sommes dirigés et la route s’empirait à mesure qu’on avançait. De plus en plus de gros transports sur le chemin (se rendant à Ndjamena, capitale du Tchad, situé à la frontière avec le Cameroun). Nous avons même croisé un convoi du Programme alimentaire mondial et un autre convoi qui transportait des camions et tracteurs destinés à ramasser les détritus (il paraîtrait qu’une société camerounaise s’est vu accorder le contrat de ramassage d’ordures pour la ville de Ndjamena). Notre premier arrêt en direction de la réserve Waza n’a pas été très agréable. Pour l’occasion, nous avions loué une camionnette 4X4 avec chauffeur, et comme nous étions partis très tôt, Aboubakar et le chauffeur n’avaient pas mangé. Nous nous sommes donc arrêtés dans une petite bourgade où il y avait un marché, et pendant que nos compagnons sont allés se remplir la panse, en nous disant qu’ils n’en avaient que pour dix minutes, nous les avons attendus dans la voiture. Celle-ci a vite été entourée d’enfants qui mendiaient et ne se fatiguaient pas d’essayer d’ouvrir les portières et de toquer aux vitres. Finalement, nous sommes repartis et avons passé un endroit intéressant où des gens étaient en train d’arroser de petits terrains où poussaient des oignons, en utilisant une poutre en porte-à-faux pour puiser l’eau. La route longeait les bordures de la réserve, et nous avons commencé à regarder de près la nature dans l’espoir d’apercevoir des animaux. Les premiers qu’on a vus étaient des phacochères, ce qui, pour nous, ne présageait rien d’intéressant – souvenirs du Togo où, lors d’un voyage dans une réserve, nous n’avions vu que des phacochères. Un peu plus tard, on vu des homo sapiens qui pêchaient dans la boue (aucune quelle espèce de poisson ils en retiraient). Enfin, rendus à l’entrée du parc, nous avons engagé le guide obligatoire et, installés à l’arrière de la camionnette, on a pu voir des tas d’animaux. Très intéressant de se promener à l’arrière d’une camionnette jusqu’au moment où se sentait brûlé par le soleil. Nous avons vu des faisans, des troupeaux de damalisques, des hippotragues (un beau nom, n’est-ce pas? C’est une sorte d’antilope/cheval), beaucoup d’oiseaux et de cobs. Le seul aperçu que nous avons eu de lions était de leurs traces (pour voir des lions, apparemment, il faut se lever très tôt) et des éléphants, des pâtés de matières fécales. Aboubakar, ce qui nous a fortement amusés, a ramassé de ces pâtés pour apporter à sa sœur qui n’en n’avait jamais vu, mais avec lequel, nous a-t-il dit, on prépare un médicament quelconque (beuk!). Les pâtés nous accompagnés pour le reste du voyage… À un certain moment, nous essayions de photographier un oiseau bleu, et le chauffeur s’est gentiment arrêté dans toutes sortes d’endroits, faisant marche arrière lorsque c’était nécessaire, pour satisfaire nos désirs. Hélas, les oiseaux s’envolaient à chaque fois (évidemment, ils n’étaient pas conscients que nous avions payé les frais de photographie à l’entrée du parc). Ce que je voulais vraiment voir, c’était des girafes. Nous en avions vu une dans le lointain, mais vers la fin de notre promenade, nous nous sommes approchés d’un troupeau d’environ une dizaine de ces bêtes. Le guide, ma mère et moi avons quitté le véhicule et nous nous sommes rapprochés le plus tranquillement possible. Elles étaient très drôles, les girafes, car certaines tentaient de se cacher derrière les arbres et sortaient la tête un petit peu pour nous regarder d’un air curieux. À un moment donné, nous nous sommes arrêtés et, sans bouger, avons regardé les girafes nous regarder. Pour moi, cela représentait le point culminant de cette sortie. Un peu plus tard, nous avons vu une girafe qui s’éloignait à pas de course ainsi qu’une autruche. Notre guide, une fois que nous avions trouvé les girafes, avait perdu intérêt, et s’était mis à lire notre guide touristique. Ce n’est que grâce à mon père et Aboubakar, qui se trouvaient toujours à l’arrière de la camionnette que nous avons aperçu l’autruche. Un autre moment amusant était la fois où on s’était arrêté pour grignoter un peu, et Aboubakar, ayant terminé son paquet de biscuits, a jeté l’emballage à terre (comme le font presque tous les Camerounais). Le guide s’en est aperçu et a ramassé l’emballage sans rien dire à Aboubakar. Au moins, on forme bien les guides…
De retour à Maroua, Aboubakar a placé les pâtés et quelques fruits qu’il avait ramassés dans le coffre de la voiture, avec toutes les bouteilles d’eau vides qu’on lui remettait chaque jour. Le coffre en était plein! Sa sœur (celle des pâtés) prépare un genre de jus (on n’a pas posé trop de questions) et avait besoin de bouteilles à remplir pour son commerce. On ne pouvait pas laisser les bouteilles vides dans la chambre d’hôtel, sachant qu’elle disparaîtrait. J’avoue que c’était un peu difficile de dire à tous les enfants qui nous en demandaient que nous n’avions pas de bouteilles vides quand ils voyaient le coffre qui en débordait. Enfin…
Le voyage dans le Grand Nord tirait à sa fin, et nous avons repris la route en direction de Ngaoundéré, tout en prenant des détours. Le premier arrêt était un champ de marbre où nous devions pouvoir trouver des peintures rupestres et des empreintes de dinosaures. On a fait le tour du terrain, y compris l’enclos qui ressemblait à la description dont on en faisait dans le guide touristique (clôture à réparer, disait le guide), mais on n’a rien trouvé. Mais c’était quand même super de se promener dans un champ de marbre. La prochaine attraction, c’était la Gorge de Kola. Nous avons réussi à suivre la piste qui menait à un lit de rivière qui semblait être rempli de rochers noirs avec des rayures blanches. Là-dedans, en quelque part, il y avait une gorge. Un guide (évidemment, il y en a toujours!) nous a montré le chemin à suivre, et voilà, en effet, une gorge, d’environ cinq ou 6 mètres en profondeur, mais invisible du haut. J’y suis descendu avec Aboubakar et le guide (mes parents n’étaient pas chaussés convenablement) et j’ai marché le long du bas de la gorge, avec son filet d’eau. Les rochers étaient très lisses et il y avait de petites cavités qui ressemblaient à de petites caves. C’était très joli à cause des rayures blanches sur la roche noire. Nous sommes ressortis de la gorge à l’autre bout, et y sommes redescendus avec ma mère, car ce chemin était plus praticable. Si jamais vous êtes dans les parages, ça en vaut la visite. Peu après notre visite à la gorge, nous avons eu droit à une crevaison (ça nous a surpris que nous n’en ayons pas fait avant). Lorsque Aboubakar a arrête la voiture, on croyait que c’était à cause d’un gros tracteur semi-remorque qui s’était retrouver sur son côté le long de la route, mais non, c’était une crevaison. Nous avons vu plusieurs voitures accidentées, y compris un camion citerne, ce qui expliquait le nombre de contenants de carburant à vendre le long de la route. Nous avons aussi vu un troupeau de singes, juchés sur des arbres. Il y avait eu un grand nombre de feux de brousse entre nos deux passages sur la route, dont un dans une autre réserve faunique, malheureusement.
De retour à Ngaoundéré, à l’hôtel, personne ne s’est précipité pour nous aider avec nos valises, même pas pour recevoir un pourboire. Il y avait quelqu’un à la réception, mais c’est tout. Ah… c’était l’heure de regarder l’inauguration d’Obama! Nous nous sommes installés dans notre chambre et avons allumé la télé, et, finalement, avons choisi la chaîne locale, CRTV pour cet événement, cela parce qu’on pourrait entendre les discours en anglais, sans traduction. Au cas où vous ne le sauriez pas, l’anglais et le français sont les langues officielles du Cameroun, et la CRTV présente ses émissions dans l’une ou l’autre des langues, et parfois en même temps! Nous avons donc écouté un panel d’experts qui s’exprimaient, les uns en français, les autres en anglais (et en répondant aux questions posées dans l’autre langue). Très intéressant, mais je me demande comment la majorité des Camerounais comprennent ce genre d’émission car, en général, j’ai trouvé que les francophones ne parlaient pas anglais. Enfin, le fait que la CRTV retransmettait l’émission de CNN faisait en sorte qu’on n’avait pas besoin d’écouter un interprète au lieu du nouveau président américain lui-même.
Nous avions à passer une journée à Ngaoundéré, car il fallait acheter le billet de train le jour-même du départ. Aboubakar nous a proposés des endroits à visiter, donc nous sommes allés voir un lac volcanique, où j’ai vu de très jolis oiseaux mauves pendant que je faisais le tour du lac à pied. Le prochain arrêt, une chute d’eau impressionnante, où nous avons pu nous rendre jusqu’où l’eau se déverse dans l’abîme. Elle n’était pas aussi volumineuse que d’habitude car nous étions en saison sèche, mais c’était bien. Notre destination finale a été un ranch pour touriste, auquel mon père a décidé de retourner. Le ranch est situé près d’un lac où j’ai pu faire un peu de kayak et est très tranquille. Les routes sont tellement sèches que toute la végétation est recouverte de poussière rouge. De retour à Ngaoundéré, nous avons eu le temps de faire une petite sieste et une douche avant de reprendre le train. Ce voyage en train n’a pas été aussi agréable que le premier car nous avons dû manger dans le wagon-restaurant, où on se sentait reluqué comme si on prenait des places réservées aux autres. Pour une raison ou une autre, il n’y avait pas d’hôtesse pour notre wagon. Mais, du bon côté, nous sommes arrivés avant l’heure prévue, un peu avant 8h.
Notre dernière randonnée au Cameroun a été un voyage de trois jours en direction nord-ouest de Yaoundé. Nous sommes allés à Foumban avec Njikam (un des taximen de mon père et originaire de Foumban). Le trajet s’est passé sans incidents, et nous avons trouvé la région de Foumban plus fraîche que Yaoundé. Apparemment, il n’y a qu’une petite saison sèche de trois mois. Je ne peux pas m’imaginer vivre à Foumban le reste du temps, car il y a beaucoup de collines et très peu de rues goudronnées. Il doit n’y avoir que de la boue le reste du temps. Aux environs de Foumban, nous avons commencé à voir des cases dont le toit est rectangulaire, une particularité de la région. Je crois que, en route, on a vérifié nos papiers une fois ou deux, mais tout était en règle. Comme nous voyagions dans une voiture jaune, donc indication que c’était un taxi, on se faisait rapidement repéré. Njikam avait dû couvrir le numéro du taxi sur les portes, ainsi que la fiche faisant état des tarifs afin de ne pas avoir à payer une amende pour conduite de taxi hors Yaoundé. Heureusement, il s’était également procuré une lettre lui permettant de conduire son taxi hors de la capitale. Avec Aboubakar, nous nous étions promenés dans une voiture « normale », donc on ne s’était pas fait arrêter si souvent. Mais nous n’avons pas eu à payer des bakchichs, alors c’était bien.
Nous sommes restés à l’Hôtel du Prunier rouge, qui était sombre et pas mal délabré, mais correct mis à part ça. Une belle vue sur la ville, avouons-le. De l’autre côté de la rue se trouvait un restaurant où nous avons pris tous nos repas (matin et soir) : La Fourchette, géré par une très gentille famille. La fille aînée mettait le couvert avec attention et les deux filles et la mère nous servaient nos délicieux repas.
Il y avait un lac en particulier que nous voulions voir, mais nous avons raté l’intersection, et sommes allés en voir un autre pour commencer – le lac Petponoun. Sur place, on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’une propriété privée d’un club très chic (et cher!), doté d’un golf superbe, des petites cabines où séjourner, un restaurant hyper-cher (ça coûtait cinq fois plus cher pour y boire une boisson que dans un bar normal!). La seule façon de devenir membre du club était de s’y faire inviter par un autre membre. Il y avait même une piste d’atterrissage (pour de petits porteurs). Franchement, pas l’endroit pour un taxi jaune un peu bossé, mais nous avons fait semblant que mon père voulait en devenir membre. Finalement, en rebroussant chemin, nous avons trouvé la piste qui menait au lac que nous désirions voir. Hélas, au bas de la colline qui menait au lac, on nous demandait un prix d’entrée ridicule. Njikam a essayé de marchander, mais ça n’a pas marché, et se fâchant, nous sommes repartis. Une fois de retour à l’hôtel, j’ai regardé ma mère et je n’ai pas pu m’empêcher de rire, tellement que sa figure était recouverte de poussière qui avait pénétré la voiture par la vitre ouverte, seule forme d’air climatisé que nous avions. Il faut dire qu’après une promenade en voiture, nos cheveux étaient raides de poussière. Cet après-midi-là, Njikam nous a amenés à différents endroits d’où on pouvait admirer la ville et toutes ses collines.
Cette même journée-là, sur la route de retour vers Foumban, nous nous sommes arrêtés pour regarder un type qui faisait des briques de boue. C’est un mélange de terre et d’adobe (ou de glaise) qu’on mélange avec un bâton et qu’on piétine. Ensuite, le mélange est placé dans un seau et verser dans des moules (quatre côtés seulement). On mouille l’intérieur du moule et on le remplit de boue, on s’assure de bien rendre le haut lisse et, par la suite, on enlève le moule, et la brique tient sa forme. Il faut qu’elle sèche pendant deux semaines. Il est donc important de construire pendant la saison sèche, si non les briques se détérioreraient. Et il faut construire une charpente pour soutenir un toit avant que la saison des pluies ne commence.
Le lendemain, nous avons essayé de nous rendre au Musée des Beaux arts à pied (Foumban est reconnu comme un des grands centres des arts en Afrique). Malheureusement, la rue qui mène au musée est remplie de boutiques d’artisans. Nous avons dû entrer dans l’une d’elles, car le gérant était un homme d’un certain âge (ça aurait été plus facile de refuser si nous avions été seuls, mais nous devions faire attention de ne pas causer des ennuis à Njikam). Puisque nous avions visité cette boutique-là, tous les autres vendeurs s’attendaient à ce que nous venions regarder leur marchandise. Bref, nous nous sommes rendus compte que nous n’arriverions pas au musée à l’heure que nous le voulions (nous voulions également visiter le palais), donc nous avons prétexté une rencontre et avons fait demi-tour. Mais il faut dire qu’on a vu des sculptures impressionnantes à Foumban, plus grande que nature. Le palais du sultan (Foumban a un sultan au lieu d’un chef, je ne sais pas pourquoi) était pas mal intéressant. L’édifice lui-même avait un air européen (le sultan qui l’avait dessiné s’était inspiré des allemands), mais le musée à l’intérieur était très bien, et présentait des artéfacts intéressants, par exemple des œuvres d’art faites de petites perles multicolores, une cape faite de scalpes humains, des calebasses ornées de mâchoires humaines (retirées des ennemis), des vêtements et la cane d’un sultan qui mesurait 2m60! À la fin, on nous a permis de jeter un coup d’œil dans la salle du trône, où on voyait des trônes recouverts de perles multicolores. Malheureusement, on ne pouvait pas prendre de photos. À l’origine, le trône d’un sultan était enterré avec lui, mais suite à la conversion à l’islam, on ne fait plus ça. Chaque nouveau sultan peut utiliser les trônes de ses prédécesseurs mais doit, à un certain moment, en faire fabriquer un pour lui. Souvent, les trônes comportent des sculptures de jumeaux (où s’adosser) car les jumeaux étaient considérés sacrés. En fait, on donnait les jumeaux au sultan une fois qu’ils avaient atteint l’âge de 8 ans (peut-être que cela se fait encore?), les filles devenant des épouses et les garçons des employés de la cour. Un des sultans a même inventé un alphabet pour transcrire sa langue, et on voyait, à certains endroits à Foumban, des panneaux où on la voyait inscrite (très peu de personnes peuvent lire, écrire ou même parler cette langue, car je crois que c’était, à l’origine, la langue secrète de la cour). À chaque année, il y a un festival pendant lequel le peuple peut critiquer le sultan, et celui-ci doit défendre ses décisions. Je crois que c’est possible pour le peuple de le déposer. Le prochain sultan est choisi par le sultan en place, le seul critère étant qu’il doit être un homme et que sa mère doit venir de Foumban (donc, par exemple, le sultan actuel qui était monogame, avec une femme de Kribi, a dû prendre une deuxième femme de Foumban lorsqu’il a accéder au trône. Suite à cette visite du palais, nous sommes allés directement au marché et la mosquée afin d’éviter toutes les boutiques d’artisanat. Nous avons traversé le marché et sommes sortis de façon à éviter toutes sortes d’autres boutiques. J’aurais bien aimé admiré des œuvres d’art, mais je n’étais pas prête à passer tout l’après-midi à ce faire, et nous aurions été obligés de nous présenter à toutes les boutiques.
Donc, un retour à l’hôtel pour une courte pause et ensuite la visite aux familles. La première visite nous a menés au village de l’épouse de Njikam, où nous sommes restés assis pendant un bout de temps au salon de la mère de celle-ci. La maison était très sombre et il y avait un énorme vaisselier qui contenait au moins 4 séries de casseroles qui n’avaient pas l’air d’avoir été utilisé. Elle était enceinte de nouveau (sa fille, l’épouse de Njikam, aussi, soit dit en passant). Apparemment, son mari lui a dit de se rappeler qu’il était un homme et qu’elle était une femme et qu’elle se devait d’avoir plus d’enfants… elle en a déjà huit, et le père a quatre femmes (et environ vingt-huit enfants). Bref. Pour nous rendre au village, nous avons dû traverser un pont qui avait été construit de planches de bois non usinées. Nous sommes tous sortis du taxi, sauf Njikam et nous l’avons guidé, car à certains moments, il devait passer d’une planche à une autre pour éviter celles qui étaient pourries. À notre surprise, nous avons réussi à aller et au retour. Une fois la visite à la mère de l’épouse de Njikam, nous avons fait un tour du village, saluant des tas de gens et sommes allés offrir nos condoléances à une des familles qui était en deuil (les funérailles étaient en cours). C’est un peu étrange, ce genre de visite, car on se fait inviter au salon et tout le monde s’assoit en cercle (sur des chaises) et ne dit rien jusqu’au moment c’est le moment de repartir (je ne sais pas trop comment on décide que c’est le bon moment). Après cela, nous sommes rentrés à Foumban, où nous avons rendu visite à toute la famille de Njikam. Il y avait beaucoup plus de monde à voir, mais les visites ont été rapides car nous avons passé très peu de temps à chaque endroit, y compris à la maison de l’imam de Foumban, un des oncles de Njikam.
Sur le chemin de retour à Yaoundé, nous avons pris le temps de visiter le palais du chef de Bandjoun (chefferie des Bamilékés). La case centrale était en reconstruction car elle avait été détruite par un incendie il y a quelques années. Les cases dans l’enceinte étaient énormes, et des piliers sculptés (un peu comme des totems) ornaient la case centrale. Très chouette. Nous ne pouvions pas entrer dans cette case, mais nous avons pu visiter le musée qui présentait beaucoup de trônes de chefs, des costumes et des masques de danseurs. Il y avait tellement de postes de vérification de cartes d’identité au retour, ce n’était pas drôle du tout. À un moment, on s’est fait arrêté à deux postes séparés d’à peine deux kilomètres (différents genres de policiers/soldats). Mais on a réussi à passer à chaque fois sans rien payer, même si les gendarmes ont tout fait pour trouver une raison de demander une « amende ».
Deux jours plus tard, j’ai quitté le Cameroun. En route vers l’aéroport, on a vu des militaires, armés de grosses carabine, à environ tous les 500 mètres. Il y avait des militaires également sur des balcons et sur des toits. On a appris que le président, Paul Biya, s’était rendu dans son village le matin et qu’on attendait son retour en soirée, en avion, on supposait. Nous avons réussi à nous rendre à l’aéroport sans avoir à attendre le président. Je me suis enregistrée (ainsi que les valises) et j’ai passé les points de sécurité, y compris celui de Swiss Air où nous avons eu au traitement total et tous les sacs ont été fouillés. Il faisait très chaud à l’intérieur de l’aéroport (beaucoup plus chaud qu’à l’extérieur, et je transpirais beaucoup, car je portais une chemise à manches longues (en préparation pour l’arrivée froide à Paris). Nous avons embarqué et on nous a annoncé que l’aéroport venait de fermer car le président arrivait. Le pilote ne savait pas combien de temps nous devrions attendre car ce n’était pas lui le président. Je suppose que c’est une raison intéressante pour accuser un retard (plus intéressant qu’un problème mécanique ou intempérie). Finalement, nous avons décollé avec une heure de retard, ce qui m’a inquiété car je ne disposais que d’une heure à Zurich pour ma correspondance. Après le saut à Douala, la capitale économique à à peine 300 km (vingt minutes – le temps de décoller et d’atterrir), l’avion a continué vers Zurich où nous sommes arrivés à l’heure, j’ai eu ma correspondance et j’ai pu admirer les Alpes qui pointaient leurs pics à travers les nuages.
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Comme vous avez pu le constater, les différentes voyages ont été très agréables. Sonja se trouve en ce moment au Nicaragua, où elle fait du bénévolat pendant quelques mois avant de rentrer à Vancouver, et Marion est enneigée à Fredericton, où elle fait de son mieux pour traduire les énoncés de politiciens. Je dois ajouter, ici, qu'une soirée très agréable a eu lieu à Maroua, où nous avons pris un repas avec Sid Woolfrey, un Terre-neuvien, que j'ai connu il y a quelques années. Sid est l'une des personnes qui m'a formé lorsqu'on implantait le français intensif au Nouveau-Brunswick (le programme qui m'a tenu très occupé pendant mes trois dernières années au ministère de l'Éducation) et cela a été chouette de renouer connaissance. Sid a pris sa retraite il y a environ dix-huit mois, et a rejoint VSO Canada, qui l'a envoyé faire de la formation d'enseignants dans une école normale à Kaélé, petite ville située à une heure de Maroua. C'était clair qu'il adorait son expérience.
La vie a été un peu ennuyeuse pendant quelques jours après le départ de ces dames, avouons-le. Mais tout a changé avec l’arrivée du Canada de deux collègues, une pour deux semaines et l’autre pour trois semaines. C’est le moment de l’année où on doit préparer le rapport annuel et préparer le plan d’action pour l’année à venir, les deux devant être déposés auprès de l’ACDI pour approbation. Comme vous pouvez vous l’imaginer, il s’agissait de beaucoup de réunions, de consultations, de rédactions, de révisions, etc. Beaucoup de travail, bien sûr, mais l’exercice fait comprendre ce que nous avons accompli et ce qu’il reste à faire. C’est très bien pour l’esprit, j’en suis certain. Le deuxième collègue est reparti le 28 février, et ça m’a pris près de dix jours pour me remettre de l’allure canadienne en matière de travail! Il reste encore de quoi à faire (la fin de l’année étant le 31 mars), mais en général, tout est bien bouclé.
Ce qui fait bouger Yaoundé, en ce moment, ce sont les préparatifs pour l’arrivée du Pape. Il arrive à Yaoundé le 17 de ce mois pour passer quelques jours avant de se rendre en Angola, où il doit participer aux célébrations marquant le 500e anniversaire de l’évangélisation de ce pays. Le séjour à Yaoundé, c’est pour préparer un grand congrès qui se tiendra à Rome à l’automne (Congrès de l’Église catholique en Afrique, je crois). Un certain nombre de chefs d’état sont attendus, ainsi que des prélats de partout en Afrique. Par conséquent, Yaoundé se refait une beauté. Cela consiste en la construction (enfin) des deux tours pour la cathédrale, et en le repavage des routes (l’itinéraire du Pape en ville est un secret de Polichinelle). Cela consiste aussi à « déguerpir » (comme on dit ici) les vendeurs qui ont installé leurs étalages le long des rues du centre-ville, ainsi que les mendiants. Le peuple n’est pas heureux, et avec raison. Hier, en me rendant au supermarché avec Njikam, nous avons dû faire demi-tour à un certain moments, car le chemin était bloqué par des vendeurs qui résistaient les ordres de quitter les lieux. L’armée et les forces anti émeutes s’y trouvaient, menaçant les gens et un camion citerne arrosait les gens avec des jets d’eau, afin de les renvoyer de force. Comme a dit Njikam, comment ces gens-là pourront-ils manger pendant les trois prochaines semaines. Un peu triste, avouons-le. Moi, je compte rester à la maison jusqu’au départ de sa Sainteté.
Aujourd’hui, c’est la Journée internationale de la femme, et il y a fête au Centre et j’y suis attendu. Bien sûr, tout a été préparé par les femmes (c’est le travail des femmes de préparer la bouffe, m’a dit un collègue)! Ça va faire deux événements passionnants dans une même fin de semaine, presque trop pour mon cœur!
Sur ce, mes amis, je vous quitte. J’espère que vous vous portez tous bien et que vous me pardonnerez mon long silence.
Ciao!
David
Oui, cela fait très, très longtemps depuis ma dernière communication! Je n’ai aucune excuse à vous offrir, sauf la paresse. Ceci dit, armez-vous de patience, car cette lettre sera très longue!
Les mois de novembre et de décembre ont été très calmes, le train-train habituel, quoi, mais je ne m’en plains pas. La saison des pluies s’est terminée à la mi-décembre, ce qui a voulu dire que je pouvais enfin remettre mes sandales. Les pieds en étaient très heureux (je suis certain que ça vous intéresse!). Noël a été très tranquille et je l’ai célébré en compagnie d’André et de sa famille. Les deux plus vieux avaient reçu de leurs parents un téléphone jouet portable et s’amusaient à se « téléphoner », et je leur ai offert un petit camion chacun. Le bébé, pauvre de lui, n’a rien reçu, mais semblait heureux de gazouiller dans son coin. Le jeune David est vraiment un bébé charmant, mais avouons que j’ai un petit faible pour lui. Il aura un an au mois de mai.
Le mois de janvier a été superbe car j’ai pu prendre quelques jours de congé pour profiter de la visite de Marion et de Sonja qui ont passé un peu plus de trois semaines au Cameroun. Nous avons pris grand plaisir à nous revoir et à sillonner un peu le pays pendant leur séjour. Je ne peux rien faire de mieux que de reproduire ici le récit de nos périples que Sonja a composé. Il y en a beaucoup, je vous avertis tout de suite. Aucune modification n’a été apportée au texte, mais la traduction de l’anglais est la mienne. Donc, s’il y a des erreurs ou coquilles, c’est de ma faute. Vous vous souviendrez peut-être que Sonja a pris un congé non payé de six mois afin de voyager; elle s’est rendue au Népal pour quelques semaines et ensuite a profité d’un tour organisé en Afrique du Nord, se rendant en Égypte, en Libye, en Tunisie et au Maroc avant de débarquer au Cameroun.
J’ai essayé de conserver le même ton…
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J’ai trouvé le Cameroun plus intéressant que je ne l’aurais pensé. On y trouve une variété de climats (enfin, au moins 2 : la forêt tropicale humide et le désert)
Mon vol du Maroc est arrivé avec trois ou quatre heures de retard, ce qui a fait que je suis arrivée vers 1h du matin. Heureusement, l’avion de ma mère (nous sommes arrivées le même jour) est aussi arrivé avec du retard, donc elle n’a pas dû attendre sept heures à l’aéroport – pas comme mon père, son collègue Roger et son collègue/sa sentinelle de fin de semaine, Oumarou, ainsi qu’une amie de Roger, Mme Fanta, qui ont dû se payer l’attente. Je suis certaine qu’ils ont trouvé cela passionnant car l’aéroport a deux petits endroits où on peut acheter de quoi boire et un total d’environ 30 sièges pour se reposer… Mon père s’était armé de thé chaud, d’eau glacée et des arachides pour ma mère. L’aéroport se trouve à environ 45 minutes de la maison de mon père, donc ils avaient décidé d’attendre mon arrivée au lieu de faire deux allers-retours. Enfin, je suis descendue de l’avion, ce qu’on a tendance à faire à l’arrivée, et un peu abasourdie (cela faisait environ 14h que j’étais en déplacement), j’ai entendu une dame m’appeler par mon nom; j’ai hoché la tête et je l’ai suivie. J’avais été avertie qu’il y aurait sans doute quelqu’un pour me rencontrer dès mon arrivée ce qui me permettrait de passer les contrôles sans avoir à payer des pots-de-vin. Effectivement, tout s’est passé très rapidement. Roger m’attendait au carrousel d’où j’ai pu saluer mes parents (on ne leur avait pas permis de pénétrer le hall de bagages), les valises sont arrivées (ouf!) et nous nous sommes dirigés vers la maison de mon père, enfouis dans un « pick-up ». Le trajet n’a pas pris trop de temps, et on ne s’est fait arrêté qu’une seule fois par des militaires qui « avaient soif » (code pour dire qu’ils voulaient qu’on leur offre 500 francs, un peu plus de un dollar canadien, ce qui représente le prix d’une grande bouteille de bière). Nous avons réussi à passer sans rien payer parce qu’il s’avérait que Mme Fanta les connaissaient. C’est un peu inquiétant de se faire arrêter par un homme armé d’une carabine automatique qui a soif, mais on peut s’y habituer (en général) même si on n’aime pas ça.
La maison qu’habite mon père est assez grande – trois chambres à coucher, une cuisine, 2 salles de bains, une toilette, un salon/aire de travail. La chose la plus amusante qu’on y trouve c’est le grand mur qui a l’air d’avoir des taches de léopard – il faudra vous référer à la photo (ce genre de mur est très populaire pour l’extérieur des maisons). L’autre chose qui m’a amusée, c’était les meubles dont mon père avait hérité de la personne qui l’avait précédé dans le poste qu’il occupe : les sofas et les fauteuils sont très rembourrés (genre aussi très populaire, comme en témoigne le fait qu’on en voit en vente sur le bord des chemins), et il y a 4 de chaque genre, ainsi des vaisseliers énormes. En arrivant à la maison, nous avons rencontré André, la sentinelle de semaine, un type très gentil. Le lendemain, nous avons rencontré Judith, la dame qui fait le ménage et prépare les salades de mon père (mon père ne mange que des salades depuis qu’il est au Cameroun, salades vertes et salades de fruits, mais il a changé son régime pendant notre visite, donc nous avons pu déguster de la viande également).
Yaoundé, c’est vert. L’impression que j’en ai eu était de beaucoup de petites maisons à un étage situées parmi plusieurs plantes (bananiers, palmiers, etc.), de la végétation et plein de collines. Le deuxième jour (nous avons passé le premier à nous prélasser sur les sofas sur-rembourrés), nous avons fait une sortie passionnante au centre-ville, où nous avons visité le Haut Commissariat du Canada, le Bureau de la Coopération canadienne, la banque et le supermarché, et avons été présentés à toutes les personnes qui s’y trouvaient. Le centre-ville est doté de quelques tours dont l’architecture est intéressante, mais il est assez petit. Nous avons aussi visité le quartier huppé (ambassades et maisons de richissimes), mais malgré cela, la ville semble assez provinciale (c’est la capitale politique, au cas où vous ne seriez pas au courant). Plus tard, nous avons fait un tour de ville avec Njikam, l’un des deux taximen de mon père (mon père n’a pas de voiture et ne semble pas vouloir conduire en ville – ça peut paraître chaotique au départ, mais il y a un système à la conduite; généralement, cela veut dire que tout le monde s’avance dans une intersection et à chacun son tour réussit à passer ou à changer de direction, selon ce qu’il veut faire; on a l’impression qu’il y a trop de voitures à l’intersection et elles se rapprochent d’un peu près l’une de l’autre tout en roulant très lentement, et puis après, une bosse de plus ou de moins sur une voiture qui tombe en morceaux, ce n’est pas très grave). Enfin, retournons au tour de ville… Nous avons réussi à voir combien de collines il y a à Yaoundé (on l’appelle la ville aux 7 collines parce que d’où qu’on se situe on peut voir 7 collines, même s’il y en a beaucoup plus que ça), avons visité des endroits d’où nous avions belle vue sur la ville (mais difficile de voir loin car l’atmosphère semble être voilée presque tout le temps à Yaoundé). Nous nous sommes retrouvées finalement au Grand Marché. J’ai trouvé le Grand Marché pas mal étrange. Le gouvernement a fait construire un grand bâtiment pour y contenir le marché, mais peu de personnes s’en servent. Le marché est rond et comporte plusieurs étages. Le problème c’est que personne ne veut grimper aux étages supérieurs pour y magasiner, donc il n’y a que les deux ou trois premiers étages où se trouvent des boutiques. Le haut de l’édifice offre un beau panorama du reste du marché, car il y a beaucoup d’étalages qui encerclent le marché (des parapluies de toutes les couleurs, des tas de CD et DVD piratés. Je crois que nous avons pris trop de photos car un certain nombre de personnes nous ont demandé si nous étions de la BBC ou RFI… Je n’ai pas vu beaucoup de nourriture à vendre au Grand Marché, mais je crois que les gens s’approvisionnent dans les marchés de quartier (ce qui fait du sens puisque un grand nombre de personnes ne possèdent pas de frigo et doivent donc acheter la nourriture à chaque jour, et se rendre au centre-ville tous les jours pour y faire ses achats serait toute une croix à porter). Oh! Comment aurais-je pu oublier??? Njikam nous a fait voir presque tous les ministères qui se trouvent en ville (on dirait que c’est la chose à faire pour les touristes!). Cet après-midi-là, nous nous sommes rendus au Centre Don Bosco, où travaille mon père, pour être présenté à tous ceux qui s’y trouvaient. Un autre jour, mon père a invité tout le personnel à venir prendre un verre au bar local afin que tous puissent nous rencontrer (ce qu’on doit endurer dans la vie!); nous avons réussi à nous échapper après que les collègues ont commencé à danser, mais assez tôt pour que je n’aie pas à refuser de danser. Le Centre Don Bosco offre de la formation en menuiserie, métallerie, couture et informatique, ainsi qu’une formation plus normale. Le centre est géré par les Salésiens, et mon père travaille au Département informatique (fonctions administratives et pédagogiques).
Une des mes matinées préférées à Yaoundé a été celle où nous nous sommes promenées (accompagnées d’André, qui a refusé de nous laisser sortir seules) dans le quartier où habite mon père. C’était très intéressant de voir toutes les maisons et les petites boutiques construites de tôles et en grillages de basse-cour, ainsi que de voir toutes les plantes. Nous nous sommes rendus jusqu’au bout du chemin goudronné et ensuite nous nous sommes aventurés le long d’un chemin de terre étroit, d’où on pouvait apercevoir un quartier construit dans la vallée. Il y a beaucoup de quartiers comme celui-là et j’imagine que ça doit devenir pas mal mouillé et désagréable en saison pluvieuse. Nous avons ensuite suivi une autre piste de terre, ce qui nous a permis de voir des cheveux suspendus à sécher au vent (les dames du Cameroun ajoutent souvent des cheveux à leur tête et je suppose que les suspendre à une corde à linge est une façon comme une autre de les faire sécher) ainsi que plusieurs espèces d’arbres fruitiers, de grandes maisons (et beaucoup de petites) et des écoles. C’était agréable de se promener avec André car personne ne nous a dérangées et nous n’avions pas l’impression de violer la propriété de qui que ce soit et il nous a fourni des tas d’explications.
Le premier des trois voyages que nous avons fait au Cameroun nous a amenées dans la région de Lolodorf, au sud-est de Yaoundé. Mon père ne se sentait pas très bien et voulait se remettre en forme avant le grand voyage dans le Nord, ainsi ma mère et moi sommes parties avec Roger au volant de la camionnette, et André. Ces deux derniers sont originaires de cette région, ce qui a rendu la visite intéressante. En route vers Ebolowa, notre premier arrêt, nous avons remarqué des formes humaines découpées dans du bois qui se trouvaient le long de la route. Parfois, il y avait de petits panneaux qui indiquaient « Ici, trois morts ». Il paraît que ces avertissements sont placés par le gouvernement dans des endroits où il y a eu des accidents mortels (et étant donné le mode de conduite, ça ne m’étonne pas qu’il y ait tant de ces avertissements; j’en reparlerai plus tard). À Ebolowa, nous avons rencontré Judith qui s’y trouvaient pour rendre visite aux quelques onze neveux et nièces dont elle a la charge. Elle nous a fait visiter la ville : nous avons traversé le marché et, bizarrement (du moins, de mon point de vue), l’hôpital (et je veux dire traverser : d’un bout à l’autre, en passant par les chambres des malades), de retour au marché pour nous rendre au Centre Don Bosco d’Ebolowa (plus grand que celui de Yaoundé). La route qui nous a menés à Ebolowa était goudronnée, mais dès que nous avons quitté cette ville en direction de Lolodorf, le goudron cessait. Roger et André nous ont cassé les oreilles tout le long du voyage à se lamenter que cette première route du Cameroun n’était pas goudronnée et que c’était une honte. J’ai compris, à la fin, que cette route avait la première a être construite pendant la colonisation allemande, et qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on évitait de la goudronner. Nous avons eu droit également aux critiques à l’égard des Français qui n’ont rien laissé de tangible au Cameroun, pas comme les Allemands, les Espagnols et les Américains (pas tous des colonisateurs, évidemment) qui, eux, avaient pu doter le Cameroun d’installations durables, tandis que les Français n’avaient laissé qu’une bureaucratie lourde, et ainsi de suite. En exemple, Roger et André nous ont montré un pont construit par les Allemands qui durait toujours, tandis que le pont français, juste à côté, avait perdu le pilier du centre et seuls les piétons et les cyclistes pouvaient l’utiliser, ce qui prouvait que la construction française n’était pas durable (remarquez, je ne me serais pas aventurée sur le pont allemand puisqu’il lui manquait sa surface inférieure). Un autre thème qui est revenu souvent était le fait que les routes du Nord étaient en bien meilleur état que les routes du Sud. D’après eux, toutes les routes du Nord étaient goudronnées, ce qui n’est pas ce que nous avons constaté lors de notre voyage dans le Nord. La route principale offrait des nids de poule est seulement deux voies, tandis que la route principale dans le sud offrait des voies pour doubler de temps en temps ainsi que des accotements. Ni Roger, ni André n’était allé dans le Nord, donc l’état des routes n’était qu’un mythe du sud.
M’enfin, nous sommes arrivés à Lolodorf, ayant passé un grand nombre de plantes et de montagnes. C’est très vert dans cette région, presque la jungle. J’ai trouvé intéressante la construction de maisons dans la région. On construit une charpente de planches de bambou, les planches verticales séparées de 30 cm et les planches horizontales séparées d’environ 15cm. Ensuite, on rempli les espaces de taille de briques d’un mélange de terre et d’eau. Ceux qui en ont les moyens recouvrent ensuite le mur d’une couche de ciment et peignent peut-être les murs; si non, on laisse les murs de boue. Les murs durent assez longtemps, quoiqu’on me dise qu’il faut les réparer de temps en temps. La maison de famille d’André a été construite par la mère d’André il y a plus de vingt ans et on y retrouve encore les briques originales. À notre arrivée à Lolodorf, Roger, ma mère et moi sommes allés prendre un verre pendant qu’André s’est évertué à nous trouver une chambre d’hôtel (cela afin que le prix de la chambre n’augmente pas à la vue de notre peau blanche, ce qui arrive souvent). Une dame nous a invités à nous asseoir avec elle, nous disant qu’elle voulait nous parler (mais à part de dire « bonjour », ne s’est pas adressée à nous). En face de nous se trouvait un type militaire à l’air morose, sirotant une bière tout en s’accoudant sur sa carabine automatique – pas ce à quoi je m’attends à trouver dans un bar. André est revenu ayant trouvé une chambre pour nous – l’hôtel était pas mal fondamental – les salles de bain n’avaient pas d’eau courante, mais l’hôtelier nous a offert un bac contenant de l’eau suspecte ainsi que deux seaux pour que nous puissions vider la cuvette (au besoin) et nous « laver ». Une autre promenade « à l’André » a eu lieu, aussi intéressante que la première, ce qui nous a permis de parcourir Lolodorf par les petits chemins et de voir un grand nombre d’églises de diverses dénominations, toutes dotées d’une « cloche » qui consistait en une roue de voiture (sans pneu). Et encore, de la verdure, ainsi qu’une rivière qui traversait le centre de la ville. Nous avons pu persuader Roger et André que nous pourrions manger de la nourriture locale, à condition qu’elle soit bien cuite, et André nous a procuré deux très grands et délicieux poissons. Nous étions assises à la terrasse de l’hôtel lorsque la musique (très forte) a commencé, et nous avons décidé de nous retirer vers la terrasse supérieure pour y déguster notre repas et d’éviter les danseurs. Notre hôtel était le seul endroit où il y avait du courant ce soir-là (il avait un groupe électrogène); il paraît que le courant manquait depuis le jour précédent et que, souvent, des semaines peuvent se passer avant que cela soit réparer. Nous avons réussi à nous endormir (enfin, moi), et Roger et André se sont également couchés tôt afin d’éviter de payer les consommations de tout le monde, car ils avaient de la famille et des amis dans le coin. Ils rentrent rarement au village car, étant donné qu’ils vivent dans la grande ville, les membres de la famille et les amis s’attendent toujours à des cadeaux (de préférence en forme de don monétaire) lorsque Roger/André rentrent au village, et ça peut revenir cher. Même s’ils vivent à la ville, la vie y coûte cher et ils ne peuvent pas cultiver une terre. La vie des citadins n’est pas très facile et si on y perd son travail, on peut toujours rentrer au village – mais pour cela, il faut s’assurer d’un bon accueil en offrant des cadeaux à chaque visite. On s’attend également à ce que nous (les étrangers) offrions de l’argent à droite et à gauche; mon père, souvent, offre l’excuse qu’il n’est pas la Banque mondiale afin de s’en sortir.
Le lendemain, nous nous sommes rendus au village d’André, Mvile, sans pouvoir faire réparer la crevaison à cause du manque de courant. C’était quelque peu inquiétant puisque le chemin à suivre invitait à d’autres crevaisons. En premier lieu, nous nous sommes arrêtés pour rendre visite à la grand-mère de Roger qui, à l’âge impressionnant de 103 ans, se remettait d’une maladie (Roger s’était occupé de ses besoins médicaux le soir précédent). Nous sommes entrés dans la maison pour la saluer. C’était intéressant de voir l’intérieur d’une maison – plancher de terre, un lit en bambou, une petite aire pour faire la popote, une étagère où elle gardait quelques assiettes, etc. Les autres intérieurs que j’ai vus ressemblaient beaucoup à celui-ci.
En arrivant à Mvile, nous avons dû nous arrêter pour acheter des bonbons pour les enfants de la famille d’André et aussi pour distribuer aux pygmées qu’on continuait à nous dire que nous allions rencontrés. Cela nous semblait étrange d’offrir des bonbons à ces derniers, mais André a insisté, car, selon lui, les pygmées aiment beaucoup les bonbons. Suite à cet achat, nous nous sommes rendus à la mission catholique (mission/ hôpital/école) où habitent un nombre de pygmées et où le frère d’André travaille. La mission est bien située sur le haut d’une petite colline avec un panorama superbe. De nouveau, un tour de l’hôpital où nous avons rencontré des pygmées. On nous a ensuite informées que nous irions à une maison où habitaient des pygmées, où nous pourrions même leur parler (on nous a assurées qu’ils étaient instruits et pouvaient parler français). Franchement, j’aurais préféré éviter cette visite, cela me semblait vraiment bizarre. Enfin, nous nous sommes rendus à la dite maison, avons offert les bonbons achetés pour l’occasion (le contenu duquel a tout de suite été distribué). On m’a ensuite demandé de prendre une photo d’une pygmée âgée, ce que j’ai fait (pour ensuite me faire demander de payer pour le privilège accordé). Ma mère a tenté de faire de la conversation et finalement (ouf!) nous nous sommes rendus chez le frère d’André, en s’arrêtant de nouveau pour remplir le stock de bonbons, car nous avions dû distribuer ce qui nous restait à des enfants qui se trouvaient sur la route. Nous avons rencontré la famille d’André, avons visité des maisons, et pris connaissance de la distillerie de vin de palme; il s’agissait de deux grandes cruches liées par des tubes. Un tube sortant d’un des côtés d’une des cruches déversait, goutte par goutte, le vin distillé. Une scène un peu « scientifique déraisonné », quoi. Ça faisait longtemps qu’André attendait ce vin et il est rentré à Yaoundé avec un contenant en plastique de 4L plein. Après une conversation au salon avec le frère d’André (il habite une maison dont les murs sont revêtus de ciment) – le thème étant que la jeunesse du village avait besoin d’activités œcuméniques (ou quelque chose comme ça) – et ayant offert un don pour la cause (sans doute dirigé vers la poche du frère en question), nous avons repris le chemin pour nous rendre à deux chutes. Au premier site, j’ai lancé un défi à André pour une course à pied (c’est lui qui a proposé que je me monte la colline à la course) et, un, deux, trois, nous voilà partis! La course n’a pas duré très longtemps, car les cigarettes d’André lui ont échappé, mais il avait l’air de trouver la course amusante.
Le prochain arrêt a eu lieu un peu plus loin, pour trouver le « pied de Jésus ». La chasse au pied s’est faite le long d’une rivière et a consisté en essayant de trouver une pierre dans la rivière où on trouverait l’empreinte d’un pied. André en a trouvé une, mais a été incapable d’en trouver une meilleure. De toute façon, c’était agréable de se laisser glisser sur les pierres mouillées. L’arrêt touristique final se trouvait à être les chutes Bidjoka, où Roger a insisté à nous conduire (en voiture) le long de la piste, même si cela voulait dire qu’il fallait descendre dans un grand fossé et d’en ressortir, presque en s’y faisant prendre. Arrivés au haut de la colline, il a fallu tourner le dos pour quelques minutes, pour permettre à un vieillard qui se baignait dans la rivière de s’habiller. Pénétrant dans la jungle, traversant à pied la rivière et précédés d’un troupeau d’enfants, nous sommes arrivés aux chutes. Une fois rendus, les enfants se sont déshabillés et ont offert une démonstration de leurs prouesses maritimes en sautant de rochers vers l’eau ou vers les chutes. Ces dernières étaient impressionnantes et les enfants voulaient se faire photographier, évidemment. Oups, j’ai oublié de dire que nous avions passé ce qu’on appelle un campement de pygmées (où nous avons laissé descendre un pygmée). Très propre et intéressant du fait que les maisons identiques étaient peintes d’une même couleur (elles paraissaient mieux que les autres maisons dans le coin). Apparemment, c’est le gouvernement qui les a construites afin d’encourager les pygmées à mener une vie un plus sédentaires. Également apparemment, ça ne marche pas bien, car les pygmées ont tendance à disparaître dans la brousse pour ne revenir que de temps en temps habiter les maisons. J’ai aussi négligé de mentionner que dans certains villages on retrouvait des maisons construites entièrement de ciment, vestiges de la colonisation allemande. Un des sites les plus étranges a été une intersection en plein milieu de nulle part où se situe une énorme église construite de briques. Rien d’autre. En général, j’ai trouvé que les villages dans cette région étaient bien plus propres que ceux dans d’autres pays que j’ai visités. Il y avait beaucoup moins d’arbres à plastique. J’ai remarqué plus tard que même si les cours étaient propres, souvent les détritus se trouvaient amassés sur le terrain voisin.
Après le repas de midi au village d’André, où nous avons mangé du rat de brousse (l’autre choix, c’était du hérisson, et bien sûr, vous choisiriez également le rat) et des bâtons de manioc. Et là, c’est devenu une course pour se rendre à Yaoundé. Nous avions mis pas mal de temps pour nous rendre aux divers villages et aux chutes puisque les chemins étaient parsemés de nids de poule, de roches et, bien sûr, de la poussière. Roger voulait à tout prix rentrer avant la noirceur et moi, je voulais rentrer vivante. Dès que le goudron a été atteint, la vitesse a augmenté. La première section de la route était assez étroite, juste assez large pour que deux voitures se croisent, aucun accotement et des buissons frôlant la carrosserie. Des nids de poule se trouvaient à des endroits stratégiques, ainsi que des piétons en plein chemin. Roulant au centre de la voie (je suppose que c’était pour éviter les piétons et les nids de poule) à 140 km/h, j’étais certaine que qu’il serait inévitable de tuer quelqu’un ou que la voiture s’envolerait si une roue sombrait dans un nid de poule. Heureusement qu’il y avait peu de circulation et nous nous sommes rendus à une ville assez large où il y avait du courant et où on a pu faire réparer le pneu crevé. Pendant que Roger s’occupait du pneu, André était chargé de s’occuper de nous à un bar où nous nous désaltérions. Stressé par le fait qu’il risquait de se faire voler son contenant de vin de palme qu’il avait oublié à l’arrière de la camionnette, il nous a quittées pour garder son trésor. Une fois le pneu réparé, nous avons continué notre course effrénée. Pour ajouter à notre frayeur, Roger commençait à s’endormir, mais refusait de s’arrêter pour se reposer, ne fût-ce que quelques minutes, malgré les suggestions douces de ma mère. On s’est arrêté un moment, mais ce n’était pour que Roger se « soulage », comme on dit, et on a repris la route immédiatement. Le dernier bout de chemin, toujours à 140 km/h, offrait au moins des accotements et, de temps en temps, des voies pour doubler les voitures, même si Roger n’avait pas la patience d’attendre 100 mètres avant de commencer à doubler un véhicule qui avait le malheur de se trouver devant nous. Sa technique pour doubler laissait à désirer, puisqu’il s’agissait toujours de doubler à une courbe en montant une colline. Il a néanmoins ralenti un peu après que nous avons failli faire un accident. Nous étions en train de doubler un énorme transport (sur une courbe, bien sûr) quand une voiture a osé se présenter devant nous sur l’autre voie. Le milieu du transport était à notre côté, il n’y avait plus de temps pour terminer la manœuvre, on ne pouvait se tasser à droite à moins d’aller sous le transport. Roger a freiné fort, mais ce n’était pas assez pour que nous puissions reprendre notre place à l’arrière du camion. Heureusement, l’autre voiture a pu rouler sur l’accotement. Il faut dire que la méthode utilisée par Roger pour doubler des véhicules n’est pas la sienne seule. Enfin… même rendus à Yaoundé et à environ 100 mètres de chez nous, Roger insistait à doubler les voitures. J’ai décidé que cette promenade était plus effrayante que celle effectuée au Népal, dans un autobus rempli de monde qui doublait un autre autobus sur une route à une voie, un abîme à droite. Nous sommes arrivées saines et sauves, mais jamais plus je ne voyagerai avec Roger comme chauffeur.
Il a bien fallu faire une autre petite course avec Roger, le jour où nous sommes allés visiter l’orphelinat pour lequel mes parents cherchaient des fonds pour y construire une nouvelle latrine. C’est un orphelinat non officiel, commencé par une dame et son mari, et ils s’occupent d’environ 45 enfants dans une maison assez petite. Il y a une grande aire de séjour, et ensuite quatre chambres à coucher (grands/petits garçons, grandes/ petites filles), les enfants partageant les lits. La cuisine est à l’extérieur de la maison, et on cultive un peu sur le terrain. L’eau provient d’une rivière qui se trouve au bas du jardin, mais elle ne paraît pas très propre – j’espère que l’eau à boire vient d’ailleurs. Les enfants fréquentent tous des écoles privées dans le quartier, car les écoles publiques sont beaucoup trop loin. Je ne sais pas comment la dame fait pour payer tous les frais de scolarité, la nourriture et les autres besoins, car elle ne reçoit rien du gouvernement et, je suppose, ne travaille pas à l’extérieur de la maison (il y a assez de travail à l’intérieur!). Elle doit avoir le don de trouver des dons.
Après quelques jours de repos, le moment était arrivé pour le départ vers LE voyage vers le Grand Nord. Nous nous sommes dirigés vers la gare en début de soirée. Il n’y a pas de route goudronnée qui lie le sud du Cameroun au nord (allez savoir pourquoi!), donc prendre l’autobus ou s’y rendre en voiture aurait été l’affaire de quelques jours. Donc, le train… qui est parti à l’heure à 18h10. L’heure d’arrivée est flexible. Nous étions logés dans le wagon-lit dont chaque cabine comportait quatre lits. Oumarou, l’autre vigile de mon père (celui de fins de semaine) s’est joint à nous en tant que guide, car il est de la région du Grand Nord (Extrême Nord, on dit au Cameroun), et il allait profiter de ce voyage pour rester quelques semaines dans son village pour y rendre visite à sa famille qu’il n’avait pas revue depuis trois ans environ. Les wagons-lits étaient protégés par des gardes armés qui s’assuraient que personne ne viendrait nous déranger, ou viendrait s’installer dans le couloir. Nous avions aussi des hôtesses qui sont venues nous demander ce qu’on voulait pour notre repas du soir et nous l’ont ensuite livré. Très chouette. Il y aussi des voitures de première classe où tous les voyageurs ont des places assises et des voitures de deuxième classe qui, selon ce qu’on nous a raconté, débordent de monde et de valises et d’objets divers. Il y a également un wagon-restaurant, mais il est également bondé de personnes à qui on a vendu des billets frauduleux. Hem. J’avoue que je n’aimerais pas voyager pour 18 heures ou plus assise ou debout au milieu d’une allée.
Dès notre départ, le premier brouhaha! Des gens criaient « Arrêtez-le! Arrêtez-le! », pendant que les gardes poursuivaient quelqu’un qui avaient sauté du train (le train s’est arrêté pour la circonstance). Il paraît que c’était un malfrat que la police recherchait. Les gardes ont réussi à l’attraper et l’ont ramené dans le train et, je crois, l’ont remis à la gendarmerie à la première gare. Il faisait pas mal chaud dans le train, et il n’y avait qu’une seule fenêtre dans notre compartiment. On se trouvait bien dans le couloir, mais le compartiment était vraiment un fourneau. J’ai pris une des couchettes supérieures et, au milieu de la nuit, je me suis réveillée en grosse sueur (le train s’était arrêté et il n’y avait aucun mouvement d’air). Les gares où nous nous sommes arrêtés étaient amusantes. Il y avait différents « modèles » de gare : l’élégant (peu utilisé), la gare où on entendait qu’on allait s’arrêter à mesure que chaque wagon heurtait celui qui se trouvait devant lui (avertissement utile pour la secousse à venir) et la gare où on s’arrêtait subitement, où la secousse nous atteignait sans avertissement et où il fallait faire attention de ne pas tomber de la couchette (ou de renverser son assiette, si on était en train de manger). À chaque arrêt, quelque soit l’heure de la nuit, il y avait des dames et des enfants qui vendaient de la nourriture et de la boisson. Les enfants demandaient aussi les bouteilles vides – un thème qui est revenu partout dans le Nord, où partout où on s’arrêtait, on nous demandait des bouteilles vides. Le lendemain matin, nous n’étions toujours pas arrivés à destination à 8h (heure officielle) et nous semblions être encore pas mal loin de Ngaoundéré, le terminus, situé à mi-pays. C’était quand même agréable de pouvoir regarder passer le paysage – des villages, beaucoup d’arbres, des nids d’abeilles construits dans les arbres (par des humains; je suppose que les abeilles doivent choisir de s’y loger et puis ensuite les humains récoltent le miel), des termitières en forme de champignon et du bétail. Finalement, nous sommes arrivés à Ngaoundéré à midi.
Le chauffeur dont Oumarou avait réservé les services pour notre séjour dans le nord ne s’était pas rendu à Ngaoundéré, prétextant que sa voiture était tombée en panne (Oumarou, plus tard, a supposé qu’il n’avait jamais quitté Maroua). Oumarou nous a donc trouvé un autre chauffeur pour nous amener à l’hôtel, mais celui-ci devait conduire un autre client à sa destination et devait ensuite revenir nous chercher. Une heure plus tard, ce chauffeur n’était toujours pas revenu, et Oumarou est parti à la recherche d’un deuxième; c’est comme cela que nous avons fait la connaissance d’Aboubakar. Il nous a amenés à l’hôtel et ensuite nous avons réservé ses services pour nous faire faire un tour de ville pendant l’après-midi. Bref, nous avons décidé de réserver ses services pour notre voyage vers Maroua et aussi pour les journées que nous allions y passer.
Ngaoundéré est une ville assez grande. Des tas de rochers agréables à voir : on aurait dit que les collines avaient été créées à partir de gros rochers (il y avait sans doute de la terre sous ça). Nous avons grimpé un des rochers (ben, moi, au moins) afin d’admirer la ville et son paysage avoisinant (quelques montagnes, mais plutôt plat). Nous avons aussi vu l’habitation de l’homme le plus riche de Ngaoundéré, un palace dans une cour énorme et dotée de sa mosquée privée, très beau et très orné tout ça. Outre cela, nous avons fait un tour au marché, avons vu d’autres mosquées (le Nord étant à dominance musulmane, le Sud à dominance chrétienne), ainsi que l’extérieur de l’habitation du chef local (nous avons décliné l’invitation de la visiter à cause des frais d’entrée très élevés).
Le lendemain, nous avons parcouru les 473 km qui séparent Ngaoundéré de Maroua. La première partie de la route nous a menés au haut d’une montagne et ensuite sur l’autre versant. Il y avait pas mal de forêt au haut de la montagne, et nous avons aperçu ce qui semblaient être des drapeaux bleus suspendus à des arbres. On nous a expliqué que ces « drapeaux » servaient à attraper une sorte de mouche, mais ni Aboubakar, ni Oumarou, pouvait nous expliquer à quoi servaient les mouches. Après la montagne, nous avons passé un grand nombre de villages. En cet endroit, les maisons étaient construites d’adobe, plusieurs cases regroupées autour d’une cour intérieure, où se trouvait le grenier. Les murs de la cour étaient faits soit de roseaux, soit qu’il s’agissait des murs des cases qui se rejoignaient. Nous avons passé beaucoup de troupeaux de bétail – différent du bétail qu’on retrouve en Amérique du Nord car les vaches et les bœufs ont une sorte de bosse au dos. Et toutes ces belles bêtes avaient des cornes impressionnantes. Pour le reste, nous avons vu des personnes qui marchaient sur du coton empilé dans des conteneurs (c’était la saison de la récolte du coton), des villages, de la forêt, des ânes cherchant un peu d’ombre le long des murs de cour (je ne m’attendais pas à voir des ânes, aucune idée pourquoi) et des lits de cours d’eau sans eau (il y avait une seule rivière avec de l’eau, à Garoua) – c’était la saison sèche. C’était quand même bizarre de voir des gens qui lavaient leur linge à même le lit desséché de la rivière (j’en reparle plus tard). Il n’y avait pas beaucoup de circulation sur la route, mais à un moment donné on s’est retrouvé au milieu d’un convoi ministériel (apparemment, le ministre évaluait l’état de la route qu’on était en train de réparer à plusieurs endroits – heureusement, elle en avait besoin) et nous avons également vu une voiture bizarre qui roulait assez lentement; on aurait dit qu’elle avait roulé sous un camion, et il y avait tout juste assez d’espace du côté du conducteur pour qu’il puisse conduire la voiture dont le moteur semblait bien fonctionné. Impossible de s’asseoir ailleurs dans la voiture, laissez-moi vous le dire. Il faut dire qu’il y avait des épaves de voitures un peu partout dont il ne restait rien que la carrosserie – on aurait dit que les vautours s’y étaient attaqué. Nous avons aussi passé une fausse barrière : des enfants avaient placé des mottes de terre sur la route dans l’espoir que les voitures s’arrêteraient et que les passagers leur offre de l’argent. Ailleurs, il y avait des personnes qui remplissaient les nids de poule avec le même espoir de recevoir un petit cadeau. Sans parler des nombreux barrages de la gendarmerie ou de l’armée et des postes de péage. Au Cameroun, il faut toujours avoir sur soi son passeport (ou une photocopie certifiée), si non on est passible d’une amende. Nous avons eu à montrer nos passeports qu’une seule fois, et le pauvre type avait l’air bien triste de trouver que tout le monde (et la voiture) était en règle. Finalement, nous sommes arrivés à Maroua en fin d’après-midi et nous nous sommes installés à l’hôtel, qui était très agréable à voir – les chambres avaient la forme de case, le tout sous un parasol d’arbres. Le seul « hic », c’était que l’hôtel est situé au carrefour de deux rues principales, et que l’air semblait pas mal bleu.
Le lendemain matin, nous nous sommes levés tôt pour notre prochaine aventure : nous rendre en voiture à Rhumsiki, au sud-ouest de Maroua, où on peut trouver des formations rocheuses impressionnantes. La route vers la ville principale voisine était goudronnée, et nous avons passé des champs de mil, des personnes à bicyclette et, bien sûr, beaucoup de villages. C’est après ça que l’aventure a commencé : une route de terre en très mauvais état. Impossible de rouler vite sur ce genre de route, alors nous avons cahoté lentement vers notre destination (cela permettait de prendre des photos par la fenêtre, cependant). Le paysage était beaucoup plus sec que ceux que nous avions vus auparavant et très rocailleux. On voyait également de l’agriculture pratiquée en terrasse. Il y avait des tas d’endroits intéressants où nous nous sommes arrêtés, car Aboubakar avait le don d’apercevoir ce qui pourrait nous intéresser question photographie, avec excursions à pied. Nous avons inspecté un champ de coton (nous n’avions jamais vu un plant de coton de près) et, au retour, avons remarqué des dames qui portaient ce qui semblait être un demi-tronc d’arbre sur la tête (incroyable ce que les gens peuvent porter sur la tête). Nous nous sommes ensuite arrêtés devant une maison pour demander la permission de voir leur installation grenier : une plateforme surélevée sur laquelle on plaçait le grain (plutôt qu’un grenier fait d’adobe). Il y avait aussi du maïs qui séchait, accroché aux arbres. En remarquant des personnes qui récoltaient du coton, nous nous sommes joints à elles pour en faire un peu aussi. Et puis il y a eu un arrêt (à vrai dire, des dizaines!) pour prendre des photos du paysage. À l’un des arrêts, j’ai décidé qu’il était temps de prendre la photo « Sonja au Cameroun » (j’ai une série de photos prises dans divers pays, où on peut me trouver dans la distance; le tout pour mon amusement personnel), j’ai donc remis mon appareil photo à ma mère et j’ai couru vers des gros rochers qui se trouvaient à une distance convenable pour la photo. C’est là que j’ai aperçu des dames derrières les rochers. Elles m’ont fait signe de venir les voir, invitation que je n’ai pas refusée. Elles étaient en train de récolter des arachides – cela paraissait très pénible et très lent comme travail : elles battaient la terre avec un outil de métal émoussé afin de trouver les arachides et les placer dans un panier. C’est à ce moment que nous avons rencontré notre premier guide potentiel pour Rhumsiki (il nous restait encore deux heures ou plus en voiture lente avant d’y arriver), mais nous avons refusé ses services. On commençait à voir les rochers en forme de fuseau que nous recherchions.
Ensuite, la motocyclette avec chèvre : une motocyclette qui est passée, portant deux hommes, et entre eux, une chèvre, placée sur son ventre, qui observait placidement le paysage passant. Elle avait l’air content. On voyait des tas de choses sur les bicyclettes : des familles de cinq personnes, trois ou quatre adultes, d’énormes emballages. Il n’y avait pas beaucoup de voitures et la plupart des taxis et des minibus était bondés de personnes et on aurait dit que leurs essieux allaient toucher la route. Il y avait également des gens qui s’accrochaient à l’extérieur du véhicule.
Finalement, nous sommes arrivés à Mogodé, le village avant Rhumsiki, où nous sommes descendus de la voiture pour admirer des formations rocheuses. Un jeune garçon a décidé qu’il deviendrait notre guide; je ne voulais pas de guide, puisque il était évident où se trouvait les rochers en question, mais il était évident que nous n’avions pas le choix. À la fin, c’était correct car il était sympathique, n’a pas parlé d’argent et nous avons eu une conversation intéressante. Nous nous sommes dirigés vers les rochers (laissant mon père garder la voiture, son occupation préférée lorsqu’il s’agit de marcher), et avons vu des petits regroupements de cases, dont certaines avaient des pneus de bicyclette pour retenir la toiture de paille. Nous avons aussi vu deux gros vautours qui nous évitaient à petits bonds (ils ne comprenaient pas que je voulais faire leur connaissance). Le rocher était pas mal impressionnant, sortant verticalement de la terre en forme de pouce. Au retour à la voiture, le guide potentiel no. 2 pour Rhumsiki s’y trouvait, tentant de nous faire commander un repas très cher au restaurant où il travaillait; de nouveau, ce guide a essuyé un refus de notre part. Nous avons repris le chemin de Rhumsiki, et avons trouvé une vallée superbe sculptée dans la roche devant nous, ayant une colline en forme de cône au centre. Très impressionnant. On pouvait voir Rhumsiki de l’autre côté de la vallée. Et encore un guide potentiel pour Rhumsiki qui nous attendait à la voiture… j’ai donc proposé aux autres de rebrousser chemin. Jusque là, la journée avait été très agréable, et ça ne me tentait pas de me faire harceler par des gens habitant une ville touristique. Nous avons donc fait demi-tour et sommes rentrés lentement vers Maroua (la condition des routes prouvant, une fois pour toutes, que pas toutes les routes du Nord étaient goudronnées). Une chose qui m’a étonnée lors de ce périple est le nombre d’églises que j’ai vues, puisque la région est à dominance musulmane. Toutes les dénominations avaient l’air de s’y trouver, y compris les Témoins de Jéhovah.
Le lendemain, nous nous sommes retrouvés sur la route menant à Pouss où nous devions voir les « Cases Obuso-Mousgoum » (j’aime bien ce nom). Le premier bout de route était bitumé (ce qui veut dire que c’est une route de terre bien tassée, sans pierres mais beaucoup de nids de poule), le deuxième bout était goudronné (un peu bizarre, puisque cette section se trouvait au beau milieu de nulle part et aucune autre route s’y joignait), et le troisième bout de route était bitumé également. À un certain moment, du côté droit de la voiture, une élévation est apparue – elle paraissait artificielle car elle mesurait des kilomètres. On voyait des gens qui s’y promenaient à pied et à vélo. Éventuellement, nous nous sommes arrêtés pour que ma mère puisse prendre des photos d’oiseaux, et mon père et moi avons décidé d’aller voir ce qui se trouvait de l’autre côté de cette petite élévation. Et voilà, il s’agissait du Lac Maga, un lac artificiel énorme. Malheureusement, ma mère a glissé et est tombée au retour vers la voiture et s’est fait mal aux côtes; pour l’aider à récupérer, nous avons poursuivi nos randonnées en voitures sur des routes cahoteuses pendant cinq jours. Finalement, nous avons trouvé les cases Obus. Faites d’adobe, elles sont de forme coniques, avec des rives sur les côtés et un trou au haut du toit. Il y avait plusieurs cases à l’intérieur d’une cour, entourée d’un mur construit d’adobe. Les murs des cases Obus, à l’intérieur, étaient peints. D’ailleurs, j’ai vu plusieurs murs peints dans cette région (très différente des autres). Nous avons pu pénétrer à l’intérieur des cases (c’était un genre de musée car on ne construit plus ce genre d’habitation), où on nous disait qu’il faisait toujours 10 C. Selon mon thermomètre, il faisait plus chaud que ça, mais il est vrai que c’était plus frais qu’à l’extérieur. Une série de cases avait une sorte de passage secret entre deux cases (en fait, la deuxième case n’avait pas de porte qui donnait sur l’extérieur). C’était amusant de se pencher pour entrer dans la deuxième case. On suppose que c’était pour tromper l’ennemi. Ce qui était le plus agréable, c’est qu’on peut grimper l’extérieur des cases à l’aide d’une corde, ce que j’ai fait. Je suis certaine que ma mère a pris une photo de cet exploit.
De retour à Maroua, nous avons pris le temps de visiter cette ville très verte. Mis à part la qualité de l’air, je crois que j’ai mieux aimé Maroua que Yaoundé. On y trouve de larges rues où sont plantés des arbres (très utile étant donné le soleil ardent). Nous avons traversé le pont et avons regardé des gens qui avaient l’air de laver leur linge dans le sable. Finalement, nous avons compris ce qu’ils faisaient – ils creusaient dans le lit de la rivière pour trouver l’eau, lavaient ensuite leur linge et l’étendaient sur le sable par la suite pour le faire sécher! Après nous être promenés le long d’une rue principale pas très intéressante, nous avons traversé le lit de la rivière (très amusant!) pour retrouver l’autre côté ombragé et nous rendre à l’hôtel. Nous avons passé des gens qui, je croyais, vendaient du miel dans des bouteilles de 2L recyclées. Mais ce n’était pas du miel, mais du carburant (erreur facile à faire, car la couleur et les contenants se ressemblent; la consistance peut-être que non). Par la suite, nous nous sommes dirigés, en voiture, vers la Dent de Mindif, une formation rocailleuse bizarre dans le sens qu’elle ressemble à une dent. Ce qui était le plus impressionnant, c’est le fait que la « dent » sortait tout droit du sol et toute seule de la plaine qui l’entourait. La plaine s’étendait à perte de vue, et nous avions l’impression d’être dans la savane. Nous avons aussi vu des endroits où on faisait sécher des peaux d’animal – il paraît qu’on travaille beaucoup le cuir dans le nord du Cameroun.
Notre périple suivant nous a vu nous diriger vers Mora pour y déposer Oumarou (nous croyions qu’il venait de cette ville, mais il vient d’un village à une heure de là, en moto – on peut seulement se rendre à son village en moto ou à pied). En route vers Mora, nous avons vu beaucoup de personnes à vélo portant des contenant de 16L en plastique – pleins de carburant à bon marché en provenance du Nigéria (les frontières du Nigéria et du Tchad ne sont pas loin dans le nord du Cameroun). Une fois à Mora, nous nous sommes rendus à la petite clinique où travaille un cousin d’Oumarou. Après avoir fait le tour de la clinique, le cousin nous a amené, en camionnette 4X4, à Oudjilla. Lors de ma planification du voyage, j’avais espéré que nous puissions faire un circuit qui nous ramènerait par un chemin différent à Moral. Heureusement que nous avons changé d’idée, car d’aucune manière aurions-nous pu suivre ce chemin en voiture « normale ». La « route » grimpait en spirale et était franchement rocailleuse et pleine de trous. Il y avait de superbes panoramas de la vallée et des villages avoisinants. Oudjilla est un village assez grand, construit sur le haut de la montagne, et qui consiste en cases construites de pierre et beaucoup de terrasses pour l’agriculture. Le terrain y est très rocailleux. Nous sommes allés voir l’habitation du chef, et le chef était assis devant l’entrée. Nous l’avons salué avant d’entrer et avons demandé permission de visiter sa « maison ». Le chef a cinquante femmes mais seulement cent douze enfants (je dis seulement car c’est un petit nombre d’enfants par femme). Une fois dans l’enceinte de l’habitation, nous sommes entrés dans la case où se situe le tribunal, ensuite dans la case qui contient la tombe du père du chef (un chef ne peut pas être enterré au soleil et est normalement enterré dans sa case). La troisième case (les cases dont je parle ici communiquaient entre elles) contenait un taureau qui n’avait jamais vécu à l’extérieur et dont le destin est d’être sacrifié à un festival quelconque. Dans une autre case se trouvaient trois contenants, un représentant le village actuel, un deuxième l’ancien village et je n’ai aucune idée de ce que représentait le troisième. Nous sommes sortis de cette série de cases pour nous retrouver à l’air frais et dans une des cours où vivent les femmes. Chaque femme a une case où elle dort, une cuisine et deux greniers. Environ huit femmes partagent une cour; les filles couchent avec leur mère, et les garçons aussi jusqu’à l’âge de huit ans (ensuite, ils partagent un dortoir). Vingt-cinq des femmes préparent le petit déjeuner pour tout le monde, et les vingt-cinq autres préparent le repas du soir. Les greniers. Les greniers sont pas mal haut de taille, et nous avons eu la chance de voir une dame en sortir d’un. Lorsque nous sommes entrés dans la cour, on nous a dit qu’il y avait quelqu’un dans le grenier, ce qui nous semblait impossible puisque l’ouverture pour y entrer se trouvait à environ deux mètres du sol et avait un diamètre d’environ soixante centimètres. Mais là, la dame a sorti sa tête pour nous saluer… elle a ensuite remis un plat d’arachides à notre guide, et s’est glissée hors du grenier , les pieds en premier, réussissant à poser ces derniers sur une branche en forme d’Y qui était posé contre le mur du grenier. Il paraît qu’il y a une échelle à l’intérieur du grenier, mais je ne comprends pas encore tout à fait comment les dames font pour y entrer, surtout quand il n’y reste plus grand-chose. J’imagine qu’il faudrait qu’elles entrent la tête en premier, mais je ne sais pas comment elles pourraient ensuite se placer sur l’échelle. M’enfin, je ne crois pas qu’elles peuvent se permettre de trop engraisser, si non elles ne pourraient pas entrer dans le grenier (c’est peut-être ça le secret – trop grasse pour entrer, on ne mange pas et ensuite on peut y entre de nouveau!). De toutes les façons, c’est un événement que j’ai bien apprécié. Nous avons poursuivi notre visite de la cour vers le haut d’où on voyait la vallée et les montagnes autour. À la sortie, nous avons remercié le chef en lui faisant nos adieux; ce dernier était en train de regarder des vidéos musicales avec un nombre d’enfants. On voit bien que l’endroit est touristique car les enfants du coin au lieu de nous souhaiter « bonne année » à tue-tête demandaient « cadeau, cadeau ». Au retour, à la descente, nous avons croisé un minibus qui transportait des touristes.
Nous sommes retournés à Mora pour y récupérer notre voiture et pour fouiner un peu au marché, ce qui était pas mal intéressant : des tas de sandales en plastique de différentes couleurs (des babouches, comme on dit au Cameroun), beaucoup de maïs, des haricots et autres légumes et légumineuses et des fruits à vendre.
Nous avons laissé Oumarou à Mora, pour qu’il se rende à son village, et nous avons remarqué, sur le chemin du retour (avec Aboubakar au volant, bien sûr) un village qui s’appelait « Village Obama ». Je crois que le vrai nom du village était « Ojabama » mais on avait effacé le « ja » pour le renommer. C’était ahurissant de voir le nombre de bars et de boutiques qui s’étaient dotés du nom « Obama » à travers le pays. Tout le monde parlait de lui (cela se passait juste avant son inauguration) et Roger, entre autres, répétait souvent « Un jour peut-être, nous aurons notre Obama. »
Notre dernière destination dans le Nord était la Réserve nationale Waza. C’est le plus au nord que nous nous sommes dirigés et la route s’empirait à mesure qu’on avançait. De plus en plus de gros transports sur le chemin (se rendant à Ndjamena, capitale du Tchad, situé à la frontière avec le Cameroun). Nous avons même croisé un convoi du Programme alimentaire mondial et un autre convoi qui transportait des camions et tracteurs destinés à ramasser les détritus (il paraîtrait qu’une société camerounaise s’est vu accorder le contrat de ramassage d’ordures pour la ville de Ndjamena). Notre premier arrêt en direction de la réserve Waza n’a pas été très agréable. Pour l’occasion, nous avions loué une camionnette 4X4 avec chauffeur, et comme nous étions partis très tôt, Aboubakar et le chauffeur n’avaient pas mangé. Nous nous sommes donc arrêtés dans une petite bourgade où il y avait un marché, et pendant que nos compagnons sont allés se remplir la panse, en nous disant qu’ils n’en avaient que pour dix minutes, nous les avons attendus dans la voiture. Celle-ci a vite été entourée d’enfants qui mendiaient et ne se fatiguaient pas d’essayer d’ouvrir les portières et de toquer aux vitres. Finalement, nous sommes repartis et avons passé un endroit intéressant où des gens étaient en train d’arroser de petits terrains où poussaient des oignons, en utilisant une poutre en porte-à-faux pour puiser l’eau. La route longeait les bordures de la réserve, et nous avons commencé à regarder de près la nature dans l’espoir d’apercevoir des animaux. Les premiers qu’on a vus étaient des phacochères, ce qui, pour nous, ne présageait rien d’intéressant – souvenirs du Togo où, lors d’un voyage dans une réserve, nous n’avions vu que des phacochères. Un peu plus tard, on vu des homo sapiens qui pêchaient dans la boue (aucune quelle espèce de poisson ils en retiraient). Enfin, rendus à l’entrée du parc, nous avons engagé le guide obligatoire et, installés à l’arrière de la camionnette, on a pu voir des tas d’animaux. Très intéressant de se promener à l’arrière d’une camionnette jusqu’au moment où se sentait brûlé par le soleil. Nous avons vu des faisans, des troupeaux de damalisques, des hippotragues (un beau nom, n’est-ce pas? C’est une sorte d’antilope/cheval), beaucoup d’oiseaux et de cobs. Le seul aperçu que nous avons eu de lions était de leurs traces (pour voir des lions, apparemment, il faut se lever très tôt) et des éléphants, des pâtés de matières fécales. Aboubakar, ce qui nous a fortement amusés, a ramassé de ces pâtés pour apporter à sa sœur qui n’en n’avait jamais vu, mais avec lequel, nous a-t-il dit, on prépare un médicament quelconque (beuk!). Les pâtés nous accompagnés pour le reste du voyage… À un certain moment, nous essayions de photographier un oiseau bleu, et le chauffeur s’est gentiment arrêté dans toutes sortes d’endroits, faisant marche arrière lorsque c’était nécessaire, pour satisfaire nos désirs. Hélas, les oiseaux s’envolaient à chaque fois (évidemment, ils n’étaient pas conscients que nous avions payé les frais de photographie à l’entrée du parc). Ce que je voulais vraiment voir, c’était des girafes. Nous en avions vu une dans le lointain, mais vers la fin de notre promenade, nous nous sommes approchés d’un troupeau d’environ une dizaine de ces bêtes. Le guide, ma mère et moi avons quitté le véhicule et nous nous sommes rapprochés le plus tranquillement possible. Elles étaient très drôles, les girafes, car certaines tentaient de se cacher derrière les arbres et sortaient la tête un petit peu pour nous regarder d’un air curieux. À un moment donné, nous nous sommes arrêtés et, sans bouger, avons regardé les girafes nous regarder. Pour moi, cela représentait le point culminant de cette sortie. Un peu plus tard, nous avons vu une girafe qui s’éloignait à pas de course ainsi qu’une autruche. Notre guide, une fois que nous avions trouvé les girafes, avait perdu intérêt, et s’était mis à lire notre guide touristique. Ce n’est que grâce à mon père et Aboubakar, qui se trouvaient toujours à l’arrière de la camionnette que nous avons aperçu l’autruche. Un autre moment amusant était la fois où on s’était arrêté pour grignoter un peu, et Aboubakar, ayant terminé son paquet de biscuits, a jeté l’emballage à terre (comme le font presque tous les Camerounais). Le guide s’en est aperçu et a ramassé l’emballage sans rien dire à Aboubakar. Au moins, on forme bien les guides…
De retour à Maroua, Aboubakar a placé les pâtés et quelques fruits qu’il avait ramassés dans le coffre de la voiture, avec toutes les bouteilles d’eau vides qu’on lui remettait chaque jour. Le coffre en était plein! Sa sœur (celle des pâtés) prépare un genre de jus (on n’a pas posé trop de questions) et avait besoin de bouteilles à remplir pour son commerce. On ne pouvait pas laisser les bouteilles vides dans la chambre d’hôtel, sachant qu’elle disparaîtrait. J’avoue que c’était un peu difficile de dire à tous les enfants qui nous en demandaient que nous n’avions pas de bouteilles vides quand ils voyaient le coffre qui en débordait. Enfin…
Le voyage dans le Grand Nord tirait à sa fin, et nous avons repris la route en direction de Ngaoundéré, tout en prenant des détours. Le premier arrêt était un champ de marbre où nous devions pouvoir trouver des peintures rupestres et des empreintes de dinosaures. On a fait le tour du terrain, y compris l’enclos qui ressemblait à la description dont on en faisait dans le guide touristique (clôture à réparer, disait le guide), mais on n’a rien trouvé. Mais c’était quand même super de se promener dans un champ de marbre. La prochaine attraction, c’était la Gorge de Kola. Nous avons réussi à suivre la piste qui menait à un lit de rivière qui semblait être rempli de rochers noirs avec des rayures blanches. Là-dedans, en quelque part, il y avait une gorge. Un guide (évidemment, il y en a toujours!) nous a montré le chemin à suivre, et voilà, en effet, une gorge, d’environ cinq ou 6 mètres en profondeur, mais invisible du haut. J’y suis descendu avec Aboubakar et le guide (mes parents n’étaient pas chaussés convenablement) et j’ai marché le long du bas de la gorge, avec son filet d’eau. Les rochers étaient très lisses et il y avait de petites cavités qui ressemblaient à de petites caves. C’était très joli à cause des rayures blanches sur la roche noire. Nous sommes ressortis de la gorge à l’autre bout, et y sommes redescendus avec ma mère, car ce chemin était plus praticable. Si jamais vous êtes dans les parages, ça en vaut la visite. Peu après notre visite à la gorge, nous avons eu droit à une crevaison (ça nous a surpris que nous n’en ayons pas fait avant). Lorsque Aboubakar a arrête la voiture, on croyait que c’était à cause d’un gros tracteur semi-remorque qui s’était retrouver sur son côté le long de la route, mais non, c’était une crevaison. Nous avons vu plusieurs voitures accidentées, y compris un camion citerne, ce qui expliquait le nombre de contenants de carburant à vendre le long de la route. Nous avons aussi vu un troupeau de singes, juchés sur des arbres. Il y avait eu un grand nombre de feux de brousse entre nos deux passages sur la route, dont un dans une autre réserve faunique, malheureusement.
De retour à Ngaoundéré, à l’hôtel, personne ne s’est précipité pour nous aider avec nos valises, même pas pour recevoir un pourboire. Il y avait quelqu’un à la réception, mais c’est tout. Ah… c’était l’heure de regarder l’inauguration d’Obama! Nous nous sommes installés dans notre chambre et avons allumé la télé, et, finalement, avons choisi la chaîne locale, CRTV pour cet événement, cela parce qu’on pourrait entendre les discours en anglais, sans traduction. Au cas où vous ne le sauriez pas, l’anglais et le français sont les langues officielles du Cameroun, et la CRTV présente ses émissions dans l’une ou l’autre des langues, et parfois en même temps! Nous avons donc écouté un panel d’experts qui s’exprimaient, les uns en français, les autres en anglais (et en répondant aux questions posées dans l’autre langue). Très intéressant, mais je me demande comment la majorité des Camerounais comprennent ce genre d’émission car, en général, j’ai trouvé que les francophones ne parlaient pas anglais. Enfin, le fait que la CRTV retransmettait l’émission de CNN faisait en sorte qu’on n’avait pas besoin d’écouter un interprète au lieu du nouveau président américain lui-même.
Nous avions à passer une journée à Ngaoundéré, car il fallait acheter le billet de train le jour-même du départ. Aboubakar nous a proposés des endroits à visiter, donc nous sommes allés voir un lac volcanique, où j’ai vu de très jolis oiseaux mauves pendant que je faisais le tour du lac à pied. Le prochain arrêt, une chute d’eau impressionnante, où nous avons pu nous rendre jusqu’où l’eau se déverse dans l’abîme. Elle n’était pas aussi volumineuse que d’habitude car nous étions en saison sèche, mais c’était bien. Notre destination finale a été un ranch pour touriste, auquel mon père a décidé de retourner. Le ranch est situé près d’un lac où j’ai pu faire un peu de kayak et est très tranquille. Les routes sont tellement sèches que toute la végétation est recouverte de poussière rouge. De retour à Ngaoundéré, nous avons eu le temps de faire une petite sieste et une douche avant de reprendre le train. Ce voyage en train n’a pas été aussi agréable que le premier car nous avons dû manger dans le wagon-restaurant, où on se sentait reluqué comme si on prenait des places réservées aux autres. Pour une raison ou une autre, il n’y avait pas d’hôtesse pour notre wagon. Mais, du bon côté, nous sommes arrivés avant l’heure prévue, un peu avant 8h.
Notre dernière randonnée au Cameroun a été un voyage de trois jours en direction nord-ouest de Yaoundé. Nous sommes allés à Foumban avec Njikam (un des taximen de mon père et originaire de Foumban). Le trajet s’est passé sans incidents, et nous avons trouvé la région de Foumban plus fraîche que Yaoundé. Apparemment, il n’y a qu’une petite saison sèche de trois mois. Je ne peux pas m’imaginer vivre à Foumban le reste du temps, car il y a beaucoup de collines et très peu de rues goudronnées. Il doit n’y avoir que de la boue le reste du temps. Aux environs de Foumban, nous avons commencé à voir des cases dont le toit est rectangulaire, une particularité de la région. Je crois que, en route, on a vérifié nos papiers une fois ou deux, mais tout était en règle. Comme nous voyagions dans une voiture jaune, donc indication que c’était un taxi, on se faisait rapidement repéré. Njikam avait dû couvrir le numéro du taxi sur les portes, ainsi que la fiche faisant état des tarifs afin de ne pas avoir à payer une amende pour conduite de taxi hors Yaoundé. Heureusement, il s’était également procuré une lettre lui permettant de conduire son taxi hors de la capitale. Avec Aboubakar, nous nous étions promenés dans une voiture « normale », donc on ne s’était pas fait arrêter si souvent. Mais nous n’avons pas eu à payer des bakchichs, alors c’était bien.
Nous sommes restés à l’Hôtel du Prunier rouge, qui était sombre et pas mal délabré, mais correct mis à part ça. Une belle vue sur la ville, avouons-le. De l’autre côté de la rue se trouvait un restaurant où nous avons pris tous nos repas (matin et soir) : La Fourchette, géré par une très gentille famille. La fille aînée mettait le couvert avec attention et les deux filles et la mère nous servaient nos délicieux repas.
Il y avait un lac en particulier que nous voulions voir, mais nous avons raté l’intersection, et sommes allés en voir un autre pour commencer – le lac Petponoun. Sur place, on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’une propriété privée d’un club très chic (et cher!), doté d’un golf superbe, des petites cabines où séjourner, un restaurant hyper-cher (ça coûtait cinq fois plus cher pour y boire une boisson que dans un bar normal!). La seule façon de devenir membre du club était de s’y faire inviter par un autre membre. Il y avait même une piste d’atterrissage (pour de petits porteurs). Franchement, pas l’endroit pour un taxi jaune un peu bossé, mais nous avons fait semblant que mon père voulait en devenir membre. Finalement, en rebroussant chemin, nous avons trouvé la piste qui menait au lac que nous désirions voir. Hélas, au bas de la colline qui menait au lac, on nous demandait un prix d’entrée ridicule. Njikam a essayé de marchander, mais ça n’a pas marché, et se fâchant, nous sommes repartis. Une fois de retour à l’hôtel, j’ai regardé ma mère et je n’ai pas pu m’empêcher de rire, tellement que sa figure était recouverte de poussière qui avait pénétré la voiture par la vitre ouverte, seule forme d’air climatisé que nous avions. Il faut dire qu’après une promenade en voiture, nos cheveux étaient raides de poussière. Cet après-midi-là, Njikam nous a amenés à différents endroits d’où on pouvait admirer la ville et toutes ses collines.
Cette même journée-là, sur la route de retour vers Foumban, nous nous sommes arrêtés pour regarder un type qui faisait des briques de boue. C’est un mélange de terre et d’adobe (ou de glaise) qu’on mélange avec un bâton et qu’on piétine. Ensuite, le mélange est placé dans un seau et verser dans des moules (quatre côtés seulement). On mouille l’intérieur du moule et on le remplit de boue, on s’assure de bien rendre le haut lisse et, par la suite, on enlève le moule, et la brique tient sa forme. Il faut qu’elle sèche pendant deux semaines. Il est donc important de construire pendant la saison sèche, si non les briques se détérioreraient. Et il faut construire une charpente pour soutenir un toit avant que la saison des pluies ne commence.
Le lendemain, nous avons essayé de nous rendre au Musée des Beaux arts à pied (Foumban est reconnu comme un des grands centres des arts en Afrique). Malheureusement, la rue qui mène au musée est remplie de boutiques d’artisans. Nous avons dû entrer dans l’une d’elles, car le gérant était un homme d’un certain âge (ça aurait été plus facile de refuser si nous avions été seuls, mais nous devions faire attention de ne pas causer des ennuis à Njikam). Puisque nous avions visité cette boutique-là, tous les autres vendeurs s’attendaient à ce que nous venions regarder leur marchandise. Bref, nous nous sommes rendus compte que nous n’arriverions pas au musée à l’heure que nous le voulions (nous voulions également visiter le palais), donc nous avons prétexté une rencontre et avons fait demi-tour. Mais il faut dire qu’on a vu des sculptures impressionnantes à Foumban, plus grande que nature. Le palais du sultan (Foumban a un sultan au lieu d’un chef, je ne sais pas pourquoi) était pas mal intéressant. L’édifice lui-même avait un air européen (le sultan qui l’avait dessiné s’était inspiré des allemands), mais le musée à l’intérieur était très bien, et présentait des artéfacts intéressants, par exemple des œuvres d’art faites de petites perles multicolores, une cape faite de scalpes humains, des calebasses ornées de mâchoires humaines (retirées des ennemis), des vêtements et la cane d’un sultan qui mesurait 2m60! À la fin, on nous a permis de jeter un coup d’œil dans la salle du trône, où on voyait des trônes recouverts de perles multicolores. Malheureusement, on ne pouvait pas prendre de photos. À l’origine, le trône d’un sultan était enterré avec lui, mais suite à la conversion à l’islam, on ne fait plus ça. Chaque nouveau sultan peut utiliser les trônes de ses prédécesseurs mais doit, à un certain moment, en faire fabriquer un pour lui. Souvent, les trônes comportent des sculptures de jumeaux (où s’adosser) car les jumeaux étaient considérés sacrés. En fait, on donnait les jumeaux au sultan une fois qu’ils avaient atteint l’âge de 8 ans (peut-être que cela se fait encore?), les filles devenant des épouses et les garçons des employés de la cour. Un des sultans a même inventé un alphabet pour transcrire sa langue, et on voyait, à certains endroits à Foumban, des panneaux où on la voyait inscrite (très peu de personnes peuvent lire, écrire ou même parler cette langue, car je crois que c’était, à l’origine, la langue secrète de la cour). À chaque année, il y a un festival pendant lequel le peuple peut critiquer le sultan, et celui-ci doit défendre ses décisions. Je crois que c’est possible pour le peuple de le déposer. Le prochain sultan est choisi par le sultan en place, le seul critère étant qu’il doit être un homme et que sa mère doit venir de Foumban (donc, par exemple, le sultan actuel qui était monogame, avec une femme de Kribi, a dû prendre une deuxième femme de Foumban lorsqu’il a accéder au trône. Suite à cette visite du palais, nous sommes allés directement au marché et la mosquée afin d’éviter toutes les boutiques d’artisanat. Nous avons traversé le marché et sommes sortis de façon à éviter toutes sortes d’autres boutiques. J’aurais bien aimé admiré des œuvres d’art, mais je n’étais pas prête à passer tout l’après-midi à ce faire, et nous aurions été obligés de nous présenter à toutes les boutiques.
Donc, un retour à l’hôtel pour une courte pause et ensuite la visite aux familles. La première visite nous a menés au village de l’épouse de Njikam, où nous sommes restés assis pendant un bout de temps au salon de la mère de celle-ci. La maison était très sombre et il y avait un énorme vaisselier qui contenait au moins 4 séries de casseroles qui n’avaient pas l’air d’avoir été utilisé. Elle était enceinte de nouveau (sa fille, l’épouse de Njikam, aussi, soit dit en passant). Apparemment, son mari lui a dit de se rappeler qu’il était un homme et qu’elle était une femme et qu’elle se devait d’avoir plus d’enfants… elle en a déjà huit, et le père a quatre femmes (et environ vingt-huit enfants). Bref. Pour nous rendre au village, nous avons dû traverser un pont qui avait été construit de planches de bois non usinées. Nous sommes tous sortis du taxi, sauf Njikam et nous l’avons guidé, car à certains moments, il devait passer d’une planche à une autre pour éviter celles qui étaient pourries. À notre surprise, nous avons réussi à aller et au retour. Une fois la visite à la mère de l’épouse de Njikam, nous avons fait un tour du village, saluant des tas de gens et sommes allés offrir nos condoléances à une des familles qui était en deuil (les funérailles étaient en cours). C’est un peu étrange, ce genre de visite, car on se fait inviter au salon et tout le monde s’assoit en cercle (sur des chaises) et ne dit rien jusqu’au moment c’est le moment de repartir (je ne sais pas trop comment on décide que c’est le bon moment). Après cela, nous sommes rentrés à Foumban, où nous avons rendu visite à toute la famille de Njikam. Il y avait beaucoup plus de monde à voir, mais les visites ont été rapides car nous avons passé très peu de temps à chaque endroit, y compris à la maison de l’imam de Foumban, un des oncles de Njikam.
Sur le chemin de retour à Yaoundé, nous avons pris le temps de visiter le palais du chef de Bandjoun (chefferie des Bamilékés). La case centrale était en reconstruction car elle avait été détruite par un incendie il y a quelques années. Les cases dans l’enceinte étaient énormes, et des piliers sculptés (un peu comme des totems) ornaient la case centrale. Très chouette. Nous ne pouvions pas entrer dans cette case, mais nous avons pu visiter le musée qui présentait beaucoup de trônes de chefs, des costumes et des masques de danseurs. Il y avait tellement de postes de vérification de cartes d’identité au retour, ce n’était pas drôle du tout. À un moment, on s’est fait arrêté à deux postes séparés d’à peine deux kilomètres (différents genres de policiers/soldats). Mais on a réussi à passer à chaque fois sans rien payer, même si les gendarmes ont tout fait pour trouver une raison de demander une « amende ».
Deux jours plus tard, j’ai quitté le Cameroun. En route vers l’aéroport, on a vu des militaires, armés de grosses carabine, à environ tous les 500 mètres. Il y avait des militaires également sur des balcons et sur des toits. On a appris que le président, Paul Biya, s’était rendu dans son village le matin et qu’on attendait son retour en soirée, en avion, on supposait. Nous avons réussi à nous rendre à l’aéroport sans avoir à attendre le président. Je me suis enregistrée (ainsi que les valises) et j’ai passé les points de sécurité, y compris celui de Swiss Air où nous avons eu au traitement total et tous les sacs ont été fouillés. Il faisait très chaud à l’intérieur de l’aéroport (beaucoup plus chaud qu’à l’extérieur, et je transpirais beaucoup, car je portais une chemise à manches longues (en préparation pour l’arrivée froide à Paris). Nous avons embarqué et on nous a annoncé que l’aéroport venait de fermer car le président arrivait. Le pilote ne savait pas combien de temps nous devrions attendre car ce n’était pas lui le président. Je suppose que c’est une raison intéressante pour accuser un retard (plus intéressant qu’un problème mécanique ou intempérie). Finalement, nous avons décollé avec une heure de retard, ce qui m’a inquiété car je ne disposais que d’une heure à Zurich pour ma correspondance. Après le saut à Douala, la capitale économique à à peine 300 km (vingt minutes – le temps de décoller et d’atterrir), l’avion a continué vers Zurich où nous sommes arrivés à l’heure, j’ai eu ma correspondance et j’ai pu admirer les Alpes qui pointaient leurs pics à travers les nuages.
***
Comme vous avez pu le constater, les différentes voyages ont été très agréables. Sonja se trouve en ce moment au Nicaragua, où elle fait du bénévolat pendant quelques mois avant de rentrer à Vancouver, et Marion est enneigée à Fredericton, où elle fait de son mieux pour traduire les énoncés de politiciens. Je dois ajouter, ici, qu'une soirée très agréable a eu lieu à Maroua, où nous avons pris un repas avec Sid Woolfrey, un Terre-neuvien, que j'ai connu il y a quelques années. Sid est l'une des personnes qui m'a formé lorsqu'on implantait le français intensif au Nouveau-Brunswick (le programme qui m'a tenu très occupé pendant mes trois dernières années au ministère de l'Éducation) et cela a été chouette de renouer connaissance. Sid a pris sa retraite il y a environ dix-huit mois, et a rejoint VSO Canada, qui l'a envoyé faire de la formation d'enseignants dans une école normale à Kaélé, petite ville située à une heure de Maroua. C'était clair qu'il adorait son expérience.
La vie a été un peu ennuyeuse pendant quelques jours après le départ de ces dames, avouons-le. Mais tout a changé avec l’arrivée du Canada de deux collègues, une pour deux semaines et l’autre pour trois semaines. C’est le moment de l’année où on doit préparer le rapport annuel et préparer le plan d’action pour l’année à venir, les deux devant être déposés auprès de l’ACDI pour approbation. Comme vous pouvez vous l’imaginer, il s’agissait de beaucoup de réunions, de consultations, de rédactions, de révisions, etc. Beaucoup de travail, bien sûr, mais l’exercice fait comprendre ce que nous avons accompli et ce qu’il reste à faire. C’est très bien pour l’esprit, j’en suis certain. Le deuxième collègue est reparti le 28 février, et ça m’a pris près de dix jours pour me remettre de l’allure canadienne en matière de travail! Il reste encore de quoi à faire (la fin de l’année étant le 31 mars), mais en général, tout est bien bouclé.
Ce qui fait bouger Yaoundé, en ce moment, ce sont les préparatifs pour l’arrivée du Pape. Il arrive à Yaoundé le 17 de ce mois pour passer quelques jours avant de se rendre en Angola, où il doit participer aux célébrations marquant le 500e anniversaire de l’évangélisation de ce pays. Le séjour à Yaoundé, c’est pour préparer un grand congrès qui se tiendra à Rome à l’automne (Congrès de l’Église catholique en Afrique, je crois). Un certain nombre de chefs d’état sont attendus, ainsi que des prélats de partout en Afrique. Par conséquent, Yaoundé se refait une beauté. Cela consiste en la construction (enfin) des deux tours pour la cathédrale, et en le repavage des routes (l’itinéraire du Pape en ville est un secret de Polichinelle). Cela consiste aussi à « déguerpir » (comme on dit ici) les vendeurs qui ont installé leurs étalages le long des rues du centre-ville, ainsi que les mendiants. Le peuple n’est pas heureux, et avec raison. Hier, en me rendant au supermarché avec Njikam, nous avons dû faire demi-tour à un certain moments, car le chemin était bloqué par des vendeurs qui résistaient les ordres de quitter les lieux. L’armée et les forces anti émeutes s’y trouvaient, menaçant les gens et un camion citerne arrosait les gens avec des jets d’eau, afin de les renvoyer de force. Comme a dit Njikam, comment ces gens-là pourront-ils manger pendant les trois prochaines semaines. Un peu triste, avouons-le. Moi, je compte rester à la maison jusqu’au départ de sa Sainteté.
Aujourd’hui, c’est la Journée internationale de la femme, et il y a fête au Centre et j’y suis attendu. Bien sûr, tout a été préparé par les femmes (c’est le travail des femmes de préparer la bouffe, m’a dit un collègue)! Ça va faire deux événements passionnants dans une même fin de semaine, presque trop pour mon cœur!
Sur ce, mes amis, je vous quitte. J’espère que vous vous portez tous bien et que vous me pardonnerez mon long silence.
Ciao!
David
Tuesday, November 11, 2008
Yaoundé, le 10 novembre 2008
Bonjour à tous et à toutes!
Un an déjà depuis mon arrivée au Cameroun. Le temps passe vite, surtout quand on prend plaisir à son existence.
Les six dernières semaines ont été très calmes, sans doute une bonne affaire, mais n’offrant que peu d’incidents amusants. Je ferai de mon mieux, pourtant, de rendre le récit de mon train-train habituel intéressant.
Lors du dernier affichage à ce blogue, j’étais aux prises d’une existence professionnelle intensive, puisque deux consultants canadiens se trouvaient à Yaoundé pour contribuer leur expertise aux activités du projet pour lequel je travaille. L’un d’eux, Cyrille Simard, a passé une semaine avec nous à la conception du nouveau site Web pour le Centre ainsi que sur le Plan stratégique de pérennité qui permettra au Centre, nous l’espérons, à assurer son avenir. Le deuxième consultant, Lorio Roy, a passé trois semaines ici. Son rôle est d’apporter de l’appui au niveau du renforcement institutionnel et de proposer des pistes à suivre pour améliorer le système de gestion du Centre. Étant donné qu’il n’existe pas de système en ce moment, c’est tout un défi. En fin de compte, c’est le père Natalino qui mène la barque.
Toutefois, le père Natalino a exprimé le souhait, que nous croyons sincère, de faire en sorte que tout fonctionne de façon différente. Il a mis sur pied un Comité directeur qui, espère-t-il, pourra à l’avenir être en mesure de prendre des décisions par rapport aux orientations du Centre ainsi que par rapport à son administration générale. Le père est conscient que lui-même en a beaucoup à apprendre dans ce domaine, car il est autocrate de nature et sait qu’il devra apprendre à déléguer. Il se connaît bien, remarquez, et se rend compte qu’il éprouvera énormément de difficultés à lâcher prise et permettre à d’autres de prendre des décisions avec lesquelles il ne sera pas nécessairement d’accord. Ce que nous ne savons pas encore, et Lorio essaie de dénicher la réponse, c’est dans quelle mesure le père Natalino a reçu carte blanche de la part des Salésiens, la congrégation qui a mis sur pied le Centre. On connaît la hiérarchie rigide de l’Église catholique et de ses congrégations, le patron ayant toujours raison, en remontant jusqu’au pape (infaillibilité papale), et nous ne savons pas jusqu’où nous pouvons aller pour « moderniser » l’administration du Centre. Il faut dire que tout cela est un défi qui me plaît, puisqu’une de mes responsabilités est d’apporter du renforcement institutionnel, et j’en apprends beaucoup de Lorio (et avec lui!). Et comme il est d’agréable compagnie, cela rend le tout très agréable. De réunion en réunion, nous prenions des notes, décidions comment nous pourrions instituer les diverses modifications qui s’imposent, en commençant avec le fonctionnement du Comité directeur (comment gérer une réunion, distribuer l’ordre du jour avant la réunion, etc.) afin que celui-ci puissent être capable d’exercer un pouvoir décisionnel. Un des grands projets de Lorio est de s’assurer que le père Natalino pourra être en mesure de créer un budget logique avec l’aide des chefs de département. Cela prendra sans doute un bon deux ans pour atteindre cet objectif.
Et comme si je n’avais pas suffisamment à faire, une de mes collègues, Jean-Philippe, qui enseigne le graphisme, m’a demandé si j’aurais la gentillesse de traduire un petit livret qu’on lui avait offert, de l’anglais vers le français. J’ai presque refusé, car je n’aime pas traduire, mais j’ai accepté tout en annonçant que cela me prendrait du temps. Heureusement, il ne s’agit pas d’un gros bouquin, dans le sens qu’il y a peu de texte, mais c’est très technique et me demande pas mal de recherches. Enfin, je suppose que c’est une petite tâche qui permet d’assurer que je mène une vie rangée et ça me donne quelque chose à faire en soirée, car j’y travaille un petit peu tous les soirs.
Hmmm, quoi d’autre? J’ai animé une autre formation, d’une journée, à la mi-octobre, et je me suis promené de classe en classe pour y faire des observations qui me permettraient de cerner les besoins en formation pédagogique. Je me suis acheté un nouveau matelas – ah! Les nouvelles sont passionnantes, je vous le dis! Vous vous souviendrez que j’avais hérité d’un gros tas de mobilier à mon arrivée à Yaoundé, et le matelas du lit que j’occupe est maintenant défunt – un matelas de mousse ayant passé près de deux ans sans respirer dans un conteneur, son état de santé se comprend. Mon dos avait trouvé le matelas bien trop mou et s’en ressentait fortement; j’avais même essayé les deux autres matelas, mais, hélas, tous souffraient de la même maladie terminale. Ah! La chasse… faire des courses au Cameroun, c’est un peu comme la chasse au petit gibier du bois : il y en a beaucoup, mais il s’agit de le trouver et de l’abattre! Il existe des tas de boutiques où on peut acheter des matelas, mais trouver un matelas convenable, c’est-à-dire dur, c’est toute une histoire. Ce genre de matelas coûte pas mal cher et la plupart des Camerounais ne peuvent pas se le permettre, donc difficile à trouver. Des sorties quotidiennes ont eu lieu pendant quatre ou cinq jours, avec Njikam, avant que nous trouvions, enfin, une petite boutique (plutôt une niche dans un mur) qui vendait ce que je cherchais. Deux heures de négociations ont été nécessaires afin de ramener le prix demandé à une somme abordable – il ne fallait tout de même pas que le vendeur soit conscient que j’aurais acheté le matelas à n’importe quel prix! Enfin, le matelas a été ficelé sur le toit du taxi, et nous sommes rentrés, Njikam suivant des chemins cahoteux pour éviter les points de vérifications policières. D’après Njikam, les taxis n’ont pas le droit de porter des objets sur le toit (on ne dirait pas!!), et les policiers prennent plaisir à arrêter ceux qui commettent cette infraction grave afin de leur soutirer un « cadeau » qui permet d’éviter l’amende plus importante. Nous sommes rentrés sans problèmes, et je dors très bien depuis, vous en êtes certainement enchantés, et plus de mal de dos! Ouf…
Du côté santé, j’ai réussi à prendre froid (!) et je me suis vu affligé d’un gros rhume. Je suis sûr que vous me prenez en pitié; c’était vraiment un gros rhume et il a duré un bon deux semaines avant enfin tirer sa révérence. L’autre problème de santé mineur est une « attaque » d’eczéma aux oreilles. Il faut dire que cela fait plusieurs années que j’ai ce petit problème, mais il ne me dérangeait pas outre mesure jusqu’à récemment, où je me retrouvais à me gratter les oreilles sans arrêt, un peu comme un chien (enfin…). J’ai consulté un médecin (je l’avais fait également au Canada) qui m’a prescrit une crème magique que j’utilise depuis quelques semaines, avec de très beaux résultats. En effet, le picotement a cessé et l’eczéma est presque disparu, la vie est belle. Un effet secondaire, inattendu, a été la croissance de champignons (soupe?) dans une des oreilles, celle de droite (moitié sourde); d’après le médecin, il n’y a pas à s’inquiéter, c’est juste que la haute humidité actuelle de pair avec l’utilisation de la crème qui ne permet pas à l’oreille de respirer a encouragé ce foisonnement. Enfin, ne vous inquiétez pas, tout est sous contrôle; je suis certain que ces détails vous fascinent…
Vous vous souviendrez peut-être que j’ai fait mention, dans mon dernier affichage, du fait que plusieurs enseignants travaillant pour l’un de nos « concurrents » avaient participé à la formation que j’ai offerte au mois de juillet. L’un d’eux, Jacques Jude (sans « s »), le Directeur des études de PowerBache, que j’avais rencontré lors de mes activités auprès du ministère lors de la conception des référentiels, m’a téléphoné un bon vendredi pour m’inviter à une célébration en l’honneur de son anniversaire (c’est ainsi qu’il en a parlé), et a insisté sur le fait que sa mère (70 ans) serait présente.
Ben, ce n’est pas comme si je mène une vie sociale hyperactive (une réception par mois au Haut Commissariat du Canada, en résumé!), et, bien sûr, j’ai accepté l’invitation avec plaisir. L’invitation était pour 17h, mais je me suis dit qu’il vaudrait mieux arriver un peu en retard. Jacques Jude avait proposé que je lui téléphone lorsque je me trouverais à un endroit en particulier, près de l’Université et qu’il viendrait alors me rejoindre. Ainsi dit, ainsi fait. Simplice, « l’autre » chauffeur de taxi, est venu me chercher à 17h, et à 17h30 nous nous trouvions à l’endroit indiqué. Jacques Jude s’est joint à nous à peine vingt minutes plus tard, accompagné de deux autres invités, et a indiqué à Simplice le chemin à suivre parmi les dédales cahoteux des petits chemins derrière l’Université. Il s’agit d’un quartier où habite beaucoup d’étudiants (ce n’était pas une surprise!) et on y trouvait des tas de petites boutiques vendant de tout, ainsi que plusieurs petits bars. Je suis certain que nous n’avons pas parcouru une grande distance, mais à mesure qu’on avançait, j’avais l’impression qu’on s’enfouinait dans les profondeurs de Yaoundé, et il commençait à faire noir. Toujours est-il que j’ai dit à Simplice que je l’embauchais pour la soirée, car je voulais m’assurer qu’il était aux alentours lorsque viendrait le temps de quitter les lieux. Je n’avais pas envie d’être obligé d’attendre une demi-heure ou plus à l’attendre après un coup de fil, ou qu’il ne réussisse pas à retrouver ma destination. En général, il est vrai, je ne m’inquiète pas outre mesure, les chauffeurs de taxi possédant une mémoire extraordinaire, mais sait-on jamais…
Finalement, nous sommes arrivés au lieu de la célébration, une aire avec une toiture en tôle, où des gens dansaient déjà. J’avoue avoir été pas mal étonné que la fête ait déjà commencé, puisque normalement ça ne « bouge » qu’après 22h. Toujours est-il que Jacques Jude nous a souhaité formellement la bienvenue et nous sommes entrés – oui, les gens dansaient, il est vrai, mais c’était au rythme d’un chant d’église, car nous nous trouvions dans une chapelle. Ceux qui ne dansaient pas se tenaient debout et tapaient des mains, et c’est que Simplice et moi avons fait également. Simplice avait verrouillé sa voiture et m’accompagnait car il se donne le rôle de protecteur lorsque je me trouve à explorer des endroits reculés – c’est très gentil de sa part, et j’avoue bien apprécier ça. La soirée a continué de bon train, la célébration étant une « messe », et il y a eu beaucoup de chants de louanges, des prières et le sermon du pasteur. Un sermon comme on peu s’y attendre, avec interprétations à mon avis originales de sections de la Bible, et des imprécations contre le mensonge, le vol, la fornication, etc. Rien de mal en tout ça, mais c’était amusant que pendant le sermon on entendait tonitruer la musique des bars voisins! Ce qui était particulièrement intéressant, de mon point de vue, c’est qu’on offrait une interprétation instantanée, du français vers l’anglais. L’église prend évidemment au sérieux la nature bilingue du pays, et le pasteur était passé maître à garder ses énoncés assez courts pour permettre aux deux interprètes de se tirer d’affaire facilement. Je les ai bien admiré, car le travail a été bien fait, même si certains des termes utilisés étaient inusités en langue courante – une influence biblique, je crois. Il y a eu un seul moment où l’interprète a commis une erreur grave, telle que je me suis presque mis à rire, ce qui n’aurait pas été de mise. Le pasteur parlait de « cœur de pierre » que l’interprète a émis comme « cœur de Pierre (Peter’s heart). Il va sans dire, chères amies, et cela a été répété plusieurs fois pendant le sermon, que les femmes sont la source de tout mal (il s’est évertué à condamner les femmes qui se promènent d’homme en homme, sans pour autant parler des hommes et leurs maîtresses!) et, bien sûr, a informé tout le monde à la fin que le chemin vers le salut éternel passait par l’abandon des richesses mondaines. À la fin de tout cela, le pasteur a demandé s’il y en avait parmi les invités qui avaient été touchés par son dire, mais personne n’a levé la main… Pauvre homme, il a fait de son mieux, pourtant.
Outre le pasteur, Jacques Jude a aussi offert un petit discours portant sur les choix qu’il avait faits avant sa conversion finale, et d’autres ont suivi son exemple. Le repas a été servi et c’était la fin, à mon grand soulagement, car les bancs étaient très durs et mon postérieur en souffrait pas mal, surtout que le dit postérieur n’est plus autant coussiné qu’antan. Avant de partir, Jacques Jude m’a présenté à sa mère, qui ne parle ni anglais ni français, ce qui fait que j’ai passé très peu de temps avec elle. Il m’a aussi présenté à plusieurs autres personnes, dont le pasteur, et puis Simplice m’a ramené à la maison, un peu avant 21h.
Et voilà, c’était là la célébration pour le 30e anniversaire de Jacques Jude. À la relecture des paragraphes ci-dessus, je voudrais me défendre d’un air peut-être un peu moqueur – ce n’était pas mon intention, car les personnes qui ont la foi et qui la mette en pratique ont toute mon admiration. C’est seulement que le côté « mendiant » de ce genre de secte me trouble – vous savez, les Jerry Falwell de ce monde qui se ramassent des richesses aux dépens des pauvres de ce monde. Ici on voit beaucoup de cela, et on sait que beaucoup de personnes se ruinent en donnant tout ce qu’elles possèdent à ce genre d’église ainsi qu’à leurs pasteurs qui mènent un beau train de vie.
En parlant de célébrations, j’ai décidé qu’il était temps de faire la fête à la maison et qu’il serait de mise de souhaiter la « bienvenue à Yaoundé » à la nouvelle épouse de Njikam. J’ai invité ceux et celles de mon entourage qui connaissent Njikam, et les préparatifs ont occupé Judith et André pendant un bon moment. On dirait que c’était un évènement majeur que de recevoir une petite quinzaine de personnes, car Judith a mis deux semaines à se préparer. Elle était tellement heureuse d’avoir enfin une bonne raison d’acheter un service de vaisselle ainsi que d’autres plats et outils qui manquaient à la cuisine. La pauvre, je crois que je l’inquiète avec mon manque de soucis pour ce genre de convenances! Elle a choisi le menu et m’a dit de rester ailleurs qu’à la cuisine, ce que j’ai trouvé très difficile, avouons-le et a mis au moins deux jours à popoter. Mon rôle, comme lorsque j’ai déménagé ici, se tenait à rester coi dans un coin et de sortir de l’argent au besoin. André et sa femme, Josiane, ont été mis à l’œuvre pour le ménage, ainsi qu’Oumarou, le gardien de fin de semaine, et on m’a permis d’acheter ce qu’il fallait à boire et de placer les bouteilles au frigo, lequel a eu de la difficulté à suffire à la tâche (il est en train de mourir, j’en suis convaincu). La maison n’a jamais été témoin d’une activité si effervescente depuis mon arrivée!
La fête a eu lieu le samedi 8 novembre, et au courant de la journée, Manga, un de mes collègues du Centre (un menuisier, celui qui a fait mes cadres de moustiquaire pour les fenêtres) s’est présenté avec un système de son. Tout le monde sait que je n’ai pas de télé, ni de lecteur CD/DVD et Manga, en tant que l’un des invités, s’était dit que ça ne pouvait pas être une fête sans musique. Le jeune homme (il a 26 ans, je crois) a donc installé le système au salon, surveillé de près par son petit bonhomme de fils, âgé de six ans, l’a testé et est reparti pour se changer. J’avais invité les gens pour 19h, en supposant que personne n’oserait se présenter avant 20h, mais à ma grande surprise, les premiers invités se sont annoncés à 19h15, presque à l’heure! À 10h, tout le monde y était, Njikam dans un complet superbe, et sa très jeune épouse, Alima, qui n’a pas encore dix-huit ans, je crois, étincelante dans une robe vert pâle avec voilures; on voyait toutes sortes d’apparat, du plus simple au complexe! Tout le monde s’est assis, causant poliment – les fauteuils avaient été installés à l’africaine, c’est-à-dire tout au long des murs du salon, de sorte que personne ne faisait face à une autre personne, mais aussi personne ne tournait le dos à une autre. Manga, qui avait opté pour le rôle de disc-jockey, a choisi de la musique assez légère à écouter pendant qu’on dégustait le repas. À la fin du repas, la table a été desservie et mise à l’extérieur, et Manga a annoncé l’ouverture du « bal » et a insisté que le nouveau couple prenne place seul au centre. Njikam et Alima ont obtempéré et suite à première danse d’un rythme mesuré, la musique est devenue un peu plus déchaînée, ainsi que les danseurs. André dansait comme un maniaque, un peu en homme caoutchouc, et son fils, Cyrille, âgé de 5 ans, a montré qu’il allait suivre les traces de son père. La soirée a été agréable, je crois – du moins, moi je l’ai beaucoup apprécié, tout en étant éberlué par la quantité de liquide que les gens d’ici peuvent avaler. Pas tous prenait de l’alcool, mais c’est comme si il fallait vider tous les casiers que j’avais achetés avant de partir. Et il y avait de ses mélanges… un type qui buvait du vin rouge coupé de Coca Cola – ce n’est pas un mélange qui me donne envie! À 22h30, Njikam et son épouse sont partis, signal que les autres pouvaient également partis et à 23h15, la maison avait repris son calme.
Et voilà, mes amis… vous êtes à jour! J’espère que vous vous portez tous bien et que l’hiver ne se fait pas trop sentir encore. Ici aussi il fait « froid », surtout le matin…
Ciao!
David
Un an déjà depuis mon arrivée au Cameroun. Le temps passe vite, surtout quand on prend plaisir à son existence.
Les six dernières semaines ont été très calmes, sans doute une bonne affaire, mais n’offrant que peu d’incidents amusants. Je ferai de mon mieux, pourtant, de rendre le récit de mon train-train habituel intéressant.
Lors du dernier affichage à ce blogue, j’étais aux prises d’une existence professionnelle intensive, puisque deux consultants canadiens se trouvaient à Yaoundé pour contribuer leur expertise aux activités du projet pour lequel je travaille. L’un d’eux, Cyrille Simard, a passé une semaine avec nous à la conception du nouveau site Web pour le Centre ainsi que sur le Plan stratégique de pérennité qui permettra au Centre, nous l’espérons, à assurer son avenir. Le deuxième consultant, Lorio Roy, a passé trois semaines ici. Son rôle est d’apporter de l’appui au niveau du renforcement institutionnel et de proposer des pistes à suivre pour améliorer le système de gestion du Centre. Étant donné qu’il n’existe pas de système en ce moment, c’est tout un défi. En fin de compte, c’est le père Natalino qui mène la barque.
Toutefois, le père Natalino a exprimé le souhait, que nous croyons sincère, de faire en sorte que tout fonctionne de façon différente. Il a mis sur pied un Comité directeur qui, espère-t-il, pourra à l’avenir être en mesure de prendre des décisions par rapport aux orientations du Centre ainsi que par rapport à son administration générale. Le père est conscient que lui-même en a beaucoup à apprendre dans ce domaine, car il est autocrate de nature et sait qu’il devra apprendre à déléguer. Il se connaît bien, remarquez, et se rend compte qu’il éprouvera énormément de difficultés à lâcher prise et permettre à d’autres de prendre des décisions avec lesquelles il ne sera pas nécessairement d’accord. Ce que nous ne savons pas encore, et Lorio essaie de dénicher la réponse, c’est dans quelle mesure le père Natalino a reçu carte blanche de la part des Salésiens, la congrégation qui a mis sur pied le Centre. On connaît la hiérarchie rigide de l’Église catholique et de ses congrégations, le patron ayant toujours raison, en remontant jusqu’au pape (infaillibilité papale), et nous ne savons pas jusqu’où nous pouvons aller pour « moderniser » l’administration du Centre. Il faut dire que tout cela est un défi qui me plaît, puisqu’une de mes responsabilités est d’apporter du renforcement institutionnel, et j’en apprends beaucoup de Lorio (et avec lui!). Et comme il est d’agréable compagnie, cela rend le tout très agréable. De réunion en réunion, nous prenions des notes, décidions comment nous pourrions instituer les diverses modifications qui s’imposent, en commençant avec le fonctionnement du Comité directeur (comment gérer une réunion, distribuer l’ordre du jour avant la réunion, etc.) afin que celui-ci puissent être capable d’exercer un pouvoir décisionnel. Un des grands projets de Lorio est de s’assurer que le père Natalino pourra être en mesure de créer un budget logique avec l’aide des chefs de département. Cela prendra sans doute un bon deux ans pour atteindre cet objectif.
Et comme si je n’avais pas suffisamment à faire, une de mes collègues, Jean-Philippe, qui enseigne le graphisme, m’a demandé si j’aurais la gentillesse de traduire un petit livret qu’on lui avait offert, de l’anglais vers le français. J’ai presque refusé, car je n’aime pas traduire, mais j’ai accepté tout en annonçant que cela me prendrait du temps. Heureusement, il ne s’agit pas d’un gros bouquin, dans le sens qu’il y a peu de texte, mais c’est très technique et me demande pas mal de recherches. Enfin, je suppose que c’est une petite tâche qui permet d’assurer que je mène une vie rangée et ça me donne quelque chose à faire en soirée, car j’y travaille un petit peu tous les soirs.
Hmmm, quoi d’autre? J’ai animé une autre formation, d’une journée, à la mi-octobre, et je me suis promené de classe en classe pour y faire des observations qui me permettraient de cerner les besoins en formation pédagogique. Je me suis acheté un nouveau matelas – ah! Les nouvelles sont passionnantes, je vous le dis! Vous vous souviendrez que j’avais hérité d’un gros tas de mobilier à mon arrivée à Yaoundé, et le matelas du lit que j’occupe est maintenant défunt – un matelas de mousse ayant passé près de deux ans sans respirer dans un conteneur, son état de santé se comprend. Mon dos avait trouvé le matelas bien trop mou et s’en ressentait fortement; j’avais même essayé les deux autres matelas, mais, hélas, tous souffraient de la même maladie terminale. Ah! La chasse… faire des courses au Cameroun, c’est un peu comme la chasse au petit gibier du bois : il y en a beaucoup, mais il s’agit de le trouver et de l’abattre! Il existe des tas de boutiques où on peut acheter des matelas, mais trouver un matelas convenable, c’est-à-dire dur, c’est toute une histoire. Ce genre de matelas coûte pas mal cher et la plupart des Camerounais ne peuvent pas se le permettre, donc difficile à trouver. Des sorties quotidiennes ont eu lieu pendant quatre ou cinq jours, avec Njikam, avant que nous trouvions, enfin, une petite boutique (plutôt une niche dans un mur) qui vendait ce que je cherchais. Deux heures de négociations ont été nécessaires afin de ramener le prix demandé à une somme abordable – il ne fallait tout de même pas que le vendeur soit conscient que j’aurais acheté le matelas à n’importe quel prix! Enfin, le matelas a été ficelé sur le toit du taxi, et nous sommes rentrés, Njikam suivant des chemins cahoteux pour éviter les points de vérifications policières. D’après Njikam, les taxis n’ont pas le droit de porter des objets sur le toit (on ne dirait pas!!), et les policiers prennent plaisir à arrêter ceux qui commettent cette infraction grave afin de leur soutirer un « cadeau » qui permet d’éviter l’amende plus importante. Nous sommes rentrés sans problèmes, et je dors très bien depuis, vous en êtes certainement enchantés, et plus de mal de dos! Ouf…
Du côté santé, j’ai réussi à prendre froid (!) et je me suis vu affligé d’un gros rhume. Je suis sûr que vous me prenez en pitié; c’était vraiment un gros rhume et il a duré un bon deux semaines avant enfin tirer sa révérence. L’autre problème de santé mineur est une « attaque » d’eczéma aux oreilles. Il faut dire que cela fait plusieurs années que j’ai ce petit problème, mais il ne me dérangeait pas outre mesure jusqu’à récemment, où je me retrouvais à me gratter les oreilles sans arrêt, un peu comme un chien (enfin…). J’ai consulté un médecin (je l’avais fait également au Canada) qui m’a prescrit une crème magique que j’utilise depuis quelques semaines, avec de très beaux résultats. En effet, le picotement a cessé et l’eczéma est presque disparu, la vie est belle. Un effet secondaire, inattendu, a été la croissance de champignons (soupe?) dans une des oreilles, celle de droite (moitié sourde); d’après le médecin, il n’y a pas à s’inquiéter, c’est juste que la haute humidité actuelle de pair avec l’utilisation de la crème qui ne permet pas à l’oreille de respirer a encouragé ce foisonnement. Enfin, ne vous inquiétez pas, tout est sous contrôle; je suis certain que ces détails vous fascinent…
Vous vous souviendrez peut-être que j’ai fait mention, dans mon dernier affichage, du fait que plusieurs enseignants travaillant pour l’un de nos « concurrents » avaient participé à la formation que j’ai offerte au mois de juillet. L’un d’eux, Jacques Jude (sans « s »), le Directeur des études de PowerBache, que j’avais rencontré lors de mes activités auprès du ministère lors de la conception des référentiels, m’a téléphoné un bon vendredi pour m’inviter à une célébration en l’honneur de son anniversaire (c’est ainsi qu’il en a parlé), et a insisté sur le fait que sa mère (70 ans) serait présente.
Ben, ce n’est pas comme si je mène une vie sociale hyperactive (une réception par mois au Haut Commissariat du Canada, en résumé!), et, bien sûr, j’ai accepté l’invitation avec plaisir. L’invitation était pour 17h, mais je me suis dit qu’il vaudrait mieux arriver un peu en retard. Jacques Jude avait proposé que je lui téléphone lorsque je me trouverais à un endroit en particulier, près de l’Université et qu’il viendrait alors me rejoindre. Ainsi dit, ainsi fait. Simplice, « l’autre » chauffeur de taxi, est venu me chercher à 17h, et à 17h30 nous nous trouvions à l’endroit indiqué. Jacques Jude s’est joint à nous à peine vingt minutes plus tard, accompagné de deux autres invités, et a indiqué à Simplice le chemin à suivre parmi les dédales cahoteux des petits chemins derrière l’Université. Il s’agit d’un quartier où habite beaucoup d’étudiants (ce n’était pas une surprise!) et on y trouvait des tas de petites boutiques vendant de tout, ainsi que plusieurs petits bars. Je suis certain que nous n’avons pas parcouru une grande distance, mais à mesure qu’on avançait, j’avais l’impression qu’on s’enfouinait dans les profondeurs de Yaoundé, et il commençait à faire noir. Toujours est-il que j’ai dit à Simplice que je l’embauchais pour la soirée, car je voulais m’assurer qu’il était aux alentours lorsque viendrait le temps de quitter les lieux. Je n’avais pas envie d’être obligé d’attendre une demi-heure ou plus à l’attendre après un coup de fil, ou qu’il ne réussisse pas à retrouver ma destination. En général, il est vrai, je ne m’inquiète pas outre mesure, les chauffeurs de taxi possédant une mémoire extraordinaire, mais sait-on jamais…
Finalement, nous sommes arrivés au lieu de la célébration, une aire avec une toiture en tôle, où des gens dansaient déjà. J’avoue avoir été pas mal étonné que la fête ait déjà commencé, puisque normalement ça ne « bouge » qu’après 22h. Toujours est-il que Jacques Jude nous a souhaité formellement la bienvenue et nous sommes entrés – oui, les gens dansaient, il est vrai, mais c’était au rythme d’un chant d’église, car nous nous trouvions dans une chapelle. Ceux qui ne dansaient pas se tenaient debout et tapaient des mains, et c’est que Simplice et moi avons fait également. Simplice avait verrouillé sa voiture et m’accompagnait car il se donne le rôle de protecteur lorsque je me trouve à explorer des endroits reculés – c’est très gentil de sa part, et j’avoue bien apprécier ça. La soirée a continué de bon train, la célébration étant une « messe », et il y a eu beaucoup de chants de louanges, des prières et le sermon du pasteur. Un sermon comme on peu s’y attendre, avec interprétations à mon avis originales de sections de la Bible, et des imprécations contre le mensonge, le vol, la fornication, etc. Rien de mal en tout ça, mais c’était amusant que pendant le sermon on entendait tonitruer la musique des bars voisins! Ce qui était particulièrement intéressant, de mon point de vue, c’est qu’on offrait une interprétation instantanée, du français vers l’anglais. L’église prend évidemment au sérieux la nature bilingue du pays, et le pasteur était passé maître à garder ses énoncés assez courts pour permettre aux deux interprètes de se tirer d’affaire facilement. Je les ai bien admiré, car le travail a été bien fait, même si certains des termes utilisés étaient inusités en langue courante – une influence biblique, je crois. Il y a eu un seul moment où l’interprète a commis une erreur grave, telle que je me suis presque mis à rire, ce qui n’aurait pas été de mise. Le pasteur parlait de « cœur de pierre » que l’interprète a émis comme « cœur de Pierre (Peter’s heart). Il va sans dire, chères amies, et cela a été répété plusieurs fois pendant le sermon, que les femmes sont la source de tout mal (il s’est évertué à condamner les femmes qui se promènent d’homme en homme, sans pour autant parler des hommes et leurs maîtresses!) et, bien sûr, a informé tout le monde à la fin que le chemin vers le salut éternel passait par l’abandon des richesses mondaines. À la fin de tout cela, le pasteur a demandé s’il y en avait parmi les invités qui avaient été touchés par son dire, mais personne n’a levé la main… Pauvre homme, il a fait de son mieux, pourtant.
Outre le pasteur, Jacques Jude a aussi offert un petit discours portant sur les choix qu’il avait faits avant sa conversion finale, et d’autres ont suivi son exemple. Le repas a été servi et c’était la fin, à mon grand soulagement, car les bancs étaient très durs et mon postérieur en souffrait pas mal, surtout que le dit postérieur n’est plus autant coussiné qu’antan. Avant de partir, Jacques Jude m’a présenté à sa mère, qui ne parle ni anglais ni français, ce qui fait que j’ai passé très peu de temps avec elle. Il m’a aussi présenté à plusieurs autres personnes, dont le pasteur, et puis Simplice m’a ramené à la maison, un peu avant 21h.
Et voilà, c’était là la célébration pour le 30e anniversaire de Jacques Jude. À la relecture des paragraphes ci-dessus, je voudrais me défendre d’un air peut-être un peu moqueur – ce n’était pas mon intention, car les personnes qui ont la foi et qui la mette en pratique ont toute mon admiration. C’est seulement que le côté « mendiant » de ce genre de secte me trouble – vous savez, les Jerry Falwell de ce monde qui se ramassent des richesses aux dépens des pauvres de ce monde. Ici on voit beaucoup de cela, et on sait que beaucoup de personnes se ruinent en donnant tout ce qu’elles possèdent à ce genre d’église ainsi qu’à leurs pasteurs qui mènent un beau train de vie.
En parlant de célébrations, j’ai décidé qu’il était temps de faire la fête à la maison et qu’il serait de mise de souhaiter la « bienvenue à Yaoundé » à la nouvelle épouse de Njikam. J’ai invité ceux et celles de mon entourage qui connaissent Njikam, et les préparatifs ont occupé Judith et André pendant un bon moment. On dirait que c’était un évènement majeur que de recevoir une petite quinzaine de personnes, car Judith a mis deux semaines à se préparer. Elle était tellement heureuse d’avoir enfin une bonne raison d’acheter un service de vaisselle ainsi que d’autres plats et outils qui manquaient à la cuisine. La pauvre, je crois que je l’inquiète avec mon manque de soucis pour ce genre de convenances! Elle a choisi le menu et m’a dit de rester ailleurs qu’à la cuisine, ce que j’ai trouvé très difficile, avouons-le et a mis au moins deux jours à popoter. Mon rôle, comme lorsque j’ai déménagé ici, se tenait à rester coi dans un coin et de sortir de l’argent au besoin. André et sa femme, Josiane, ont été mis à l’œuvre pour le ménage, ainsi qu’Oumarou, le gardien de fin de semaine, et on m’a permis d’acheter ce qu’il fallait à boire et de placer les bouteilles au frigo, lequel a eu de la difficulté à suffire à la tâche (il est en train de mourir, j’en suis convaincu). La maison n’a jamais été témoin d’une activité si effervescente depuis mon arrivée!
La fête a eu lieu le samedi 8 novembre, et au courant de la journée, Manga, un de mes collègues du Centre (un menuisier, celui qui a fait mes cadres de moustiquaire pour les fenêtres) s’est présenté avec un système de son. Tout le monde sait que je n’ai pas de télé, ni de lecteur CD/DVD et Manga, en tant que l’un des invités, s’était dit que ça ne pouvait pas être une fête sans musique. Le jeune homme (il a 26 ans, je crois) a donc installé le système au salon, surveillé de près par son petit bonhomme de fils, âgé de six ans, l’a testé et est reparti pour se changer. J’avais invité les gens pour 19h, en supposant que personne n’oserait se présenter avant 20h, mais à ma grande surprise, les premiers invités se sont annoncés à 19h15, presque à l’heure! À 10h, tout le monde y était, Njikam dans un complet superbe, et sa très jeune épouse, Alima, qui n’a pas encore dix-huit ans, je crois, étincelante dans une robe vert pâle avec voilures; on voyait toutes sortes d’apparat, du plus simple au complexe! Tout le monde s’est assis, causant poliment – les fauteuils avaient été installés à l’africaine, c’est-à-dire tout au long des murs du salon, de sorte que personne ne faisait face à une autre personne, mais aussi personne ne tournait le dos à une autre. Manga, qui avait opté pour le rôle de disc-jockey, a choisi de la musique assez légère à écouter pendant qu’on dégustait le repas. À la fin du repas, la table a été desservie et mise à l’extérieur, et Manga a annoncé l’ouverture du « bal » et a insisté que le nouveau couple prenne place seul au centre. Njikam et Alima ont obtempéré et suite à première danse d’un rythme mesuré, la musique est devenue un peu plus déchaînée, ainsi que les danseurs. André dansait comme un maniaque, un peu en homme caoutchouc, et son fils, Cyrille, âgé de 5 ans, a montré qu’il allait suivre les traces de son père. La soirée a été agréable, je crois – du moins, moi je l’ai beaucoup apprécié, tout en étant éberlué par la quantité de liquide que les gens d’ici peuvent avaler. Pas tous prenait de l’alcool, mais c’est comme si il fallait vider tous les casiers que j’avais achetés avant de partir. Et il y avait de ses mélanges… un type qui buvait du vin rouge coupé de Coca Cola – ce n’est pas un mélange qui me donne envie! À 22h30, Njikam et son épouse sont partis, signal que les autres pouvaient également partis et à 23h15, la maison avait repris son calme.
Et voilà, mes amis… vous êtes à jour! J’espère que vous vous portez tous bien et que l’hiver ne se fait pas trop sentir encore. Ici aussi il fait « froid », surtout le matin…
Ciao!
David
Wednesday, September 24, 2008
Yaoundé, le 24 septembre 2008
Bonjour!
Incroyable, mais vrai! Me voici de retour après un peu plus de trois mois de silence (du moins, à l’écrit). Comme le temps passe vite, surtout quand on vieillit…
Certains d’entre vous auront pris connaissance des informations qui s’afficheront ici, puisque vous avez eu la chance (?) de me voir au courant du mois d’août. Mais vous pouvez toujours sauter des bouts du narratif…
Je vous ai quittés à la mi-juin, ayant enfin aménagé dans ma nouvelle maison, ayant licencié les trois vigiles qui me causaient du souci et en pleine préparation d’une longue formation que je devais offrir à la fin juillet. J’avoue que la planification qu’a demandée cette formation m’a pris plus de temps que j’avais anticipé. La difficulté, de mon point de vue, était d’aménager les différentes activités que j’envisageais animer (ainsi que leur contenu pédagogique) de sorte qu’un group hétérogène d’enseignants puisse en bénéficier. Comme vous le savez tous, mes antécédents se situent au niveau de l’enseignement des langues secondes, et tout en acceptant que les principes pédagogiques de base appuient tout enseignement, leur application doit varier. Et comme je n’avais jamais eu affaire avec des enseignants de couture, menuiserie et ébénisterie, métallerie ainsi que les technologies de l’information et de la communication, cela me posait un certain défi. En plus du personnel enseignant du Centre, un certain nombre de conseillers pédagogiques venant du Ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle ont assisté à la formation, ainsi que des enseignants d’un autre établissement qui offre de la formation en TIC (eh, oui, on forme même la concurrence!). Il devait y avoir quarante-deux participants, mais certains ne sont jamais présentés, d’autres ne venaient pas tous les jours et en moyenne, il y avait trente-deux personnes tous les jours. La formation a duré quatre jours, très intensifs, et semble avoir bien passé, malgré mes inquiétudes. Le dernier jour de la formation se trouvait à être le 31 juillet, date de mon départ pour le Canada – je parle de ce voyage un peu plus tard.
Le demeurant du mois de juin a été calme – la maisonnée fonctionnait comme sur des roulettes, sous la gestion efficace de Judith et la bonne humeur constante d’André. Frédéric, que j’avais embauché pour un mois d’essaie lors du déménagement, travaillait assez bien. Je crois qu’il a trouvé difficile d’agir en tant que vigile de jour, lui qui avait été gestionnaire dans une agence d’autobus auparavant. Ayant mené des enquêtes discrètes à son sujet, j’ai découvert qu’on l’avait remercié pour détournement présumé de fonds. Vous comprendrez que ce n’était pas une bonne nouvelle! De plus, il faut dire que je ne me sentais pas à l’aise quand il était là (même avant d’apprendre la nouvelle), du fait de son comportement très obséquieux (très huileux, dirais-je), a fait en sorte que je l’ai remercié à la fin du mois d’essai, prétextant un manque de fonds pour continuer à verser le salaire d’une quatrième personne. C’était d’ailleurs vrai, car les mois de juin et juillet ont été difficiles du point de vue financier, car le déménagement avait quand même coûté un peu, et j’attendais des infusions de fonds venant du Canada suite à la perte de mes cartes. Frédéric était un peu surpris et déçu, bien sûr, de ma décision, mais il n’en a pas fait cas. Il me reste donc Judith, André et Oumarou (le vigile de fin de semaine), et ça marche plutôt bien comme ça. André, suite à sa propre proposition, travaille du lundi au vendredi, vingt-quatre heures sur vingt-quatre (il a le droit de dormir quand Judith est là!), et Oumarou prend la relève pour les fins de semaine. Je ne sais pas ce qui arrivera si l’un d’eux tombe malade, mais on verra bien en temps et lieu. L’ambiance à la maison est à l’agréable tout le temps, et de mon point de vue, c’est l’essentiel!
Pas grand-chose n’est arrivé pendant le reste du mois, mais je me dois de vous raconter une petite sortie que j’ai faite à à peu près ce moment-là, dans les environs de la ville. Roger, dont vous reconnaîtrez le nom pour l’avoir lu dans mes autres communications, m’a téléphoné un jour pour me demander si je voulais aller me balader avec lui, car il devait faire une livraison pour le directeur du Centre. Bien sûr, j’ai accepté, ne voulant pas refuser l’occasion de voir un petit plus de la ville et de ses environs. Roger est donc passé me chercher, et après un petit bout de temps, nous avons quitté l’asphalte pour suivre un chemin de terre, avons retrouvé de l’asphalte et de nouveau un chemin de terre. Il a fait sa livraison, et, le rusé, m’a dit « Tandis qu’on est dans le coin, j’aimerais bien rendre visite à quelqu’un. » Cela ne me posait aucun problème, et peu après, ayant suivi un autre chemin de terre, m’a mené devant une maison délabrée et m’a présenté à une dame qui, avec son mari, gère un orphelinat pour quarante-deux enfants, âgés de 6 mois à 17 ans. Son mari et elle avait commencé ça il y a quelques années et, bien sûr, était à la recherche de fonds. On m’a fait visiter les lieux, et on m’a fait remarquer les lacunes à combler. C’était évidemment un exercice pour que mon cœur verse des larmes (succès) et aussi pour que ma bourse verse des sous (pas de succès encore). Mon Dieu, qu’est-ce qu’on fait quand les gens sont convaincus que je suis la Banque mondiale et le Fonds monétaire international tout en un? Le plus grand besoin se trouve à être une fosse septique pour des toilettes – pour l’instant, les enfants servent du ruisseau au fond du jardin, dans lequel ils se lavent également et duquel ils retirent l’eau pour la cuisson. Ils se servent également du jardin, où ils plantent par la suite les légumes qu’ils consommeront plus tard. Le trou pour la fosse septique a déjà été creusé par les enfants et de l’aide bénévole, et il reste maintenant à trouver l’argent pour compléter le travail. « Par hasard », il y avait un devis tout prêt que je pouvais consulter – la coquette petite somme de 900 $ pour le matériel nécessaire. J’ai dit à Roger que je verrais ce que je pourrais faire, que ça ne se ferait pas vite, et, surtout, que je n’avais pas des sommes infinies à dépenser. Mais vous avez bien deviné, mentalement, je suis décidé à au moins d’aider l’orphelinat pour ça, mais rien d’autre (ça n’en finirait plus… ). Si, par hasard, le cœur vous en dit de m’aider dans cette besogne, vous pouvez faire des dons en les envoyant à Marion, qui se fera un plaisir de me faire suivre l’argent. Aucune pression, mes amis, tout simplement un plaidoyer! (marion.macfarlane@gmail.com)
Passons maintenant au mois de juillet!
Pauvre Njikam! Il m’a téléphoné au début du mois pour me dire que son taxi avait été volé (braqué, comme on dit ici). Il paraît qu’il avait prêté la voiture à un ami qui voulait faire un peu d’argent, et ce dimanche soir-là, l’ami avait été la victime d’un vol à main armée. Pauvre type… cela est arrivé à 19h, ce qui est très tôt dans la nuit pour un tel événement. Njikam, vous vous l’imaginez, était dans tous ses états puisque le taxi lui permettait de vivre assez bien. De plus, il s’agissait de sa propre voiture qu’il venait tout juste de finir de payer. Malheureusement, elle était en bonne état, ce qui a dû attirer les braqueurs. Bien sûr, les autorités ont été avisées, et tout et tout, mais aucune chance de retrouver le véhicule. Njikam a gardé espoir pendant deux semaines, mais en vain. Quand on vole des voitures ici (et j’imagine ailleurs, aussi!), on la démonte et la remonte, ou on la vend en pièces détachées. Et il est facile ici de falsifier tout ce qui touche les papiers de voiture, alors… Le pauvre Njikam était au bord du désespoir, surtout qu’il devait se marier à la fin du mois de juillet. Finalement, après deux semaines, il s’est trouvé du travail comme chauffeur avec un propriétaire de plusieurs voitures. Je crois qu’il trouve cela difficile d’être employé, lui qui avait l’habitude de gérer tous les aspects de sa vie. Et oui, la voiture était assurée, mais il n’a rien reçu, car on lui a dit que c’était de sa faute de conduire un taxi la nuit (!) et de l’avoir prêté à quelqu’un d’autre. Le pauvre homme!
Le mariage de Njikam a quand même eu lieu à la fin juillet et s’est bien passé. J’avais été invité à assister à toutes les festivités entourant cet événement, mais finalement, je ne suis monté que pour un jour, les finances étant à leur plus bas. Njikam vient de Foumban, une ville d’environ 150 000 habitants située à environ 300 km de Yaoundé, un peu au nord de Douala. J’y suis allé en autobus, toute une expérience! Les festivités commençaient le vendredi, mais les cérémonies officielles (civile et religieuse) ont eu lieu le samedi après-midi. J’avais découvert que la durée du trajet était d’environ cinq heures, et j’ai décidé de prendre l’autobus de 7h, le premier du jour, qui me déposerait à Foumban à midi. Hé, hé… Njikam, bien sûr, était monté à Foumban plusieurs jours plus tôt, et Simplice m’a amené à l’agence d’autobus le samedi matin, pour y arriver à 6h, heure à laquelle s’ouvraient les guichets (impossible de réserver à l’avance, ça ne se fait pas!). Ayant acheté le billet, j’ai attendu l’heure de monter à bord de l’autobus, un machin très moderne, qui était bel et bien sur place. Et j’ai attendu, attendu… Simplice avait décidé d’attendre le départ de l’autobus et me tenait compagnie, et lorsque j’ai remarqué à 7h15 qu’on n’avait pas encore commencé à laisser monter les passagers, il m’a expliqué que c’était normal – on attendait que tous les billets aient été vendus avant d’embarquer le monde. Le nombre officiel de passager était 70, et j’avais acheté la place numéro 11… Finalement, à 8h30, nous sommes partis! Tout de suite, on s’est arrêté pour acheter du carburant, ce qui a pris pas mal de temps, et d’accepter à bord un policier qui s’est fait transporter gratis. Sa présence, cependant, a rendu le voyage un peu plus agréable, puisqu’à chaque barrage de police le long de la route, il n’avait qu’à montrer son visage à la portière pour que l’autobus puisse continuer son chemin. Normalement, à ces barrages, la police fait descendre tout le monde pour vérifier les papiers et peut parfois exiger qu’on ouvre tous les bagages. Officiellement, la police est à la recherche de contrebande, mais s’attend à ce que les passagers se cotisent pour offrir une somme importante pour éviter tout le chambardement. Comme tous les voyages en transport en commun, il y a eu plusieurs arrêts le long de la route, l’arrêt urinaire (c’est comme ça qu’on l’a appelé) le long de la route dans les champs, ensuite un arrêt pour se désaltérer, et, vers la fin du voyage, des arrêts pour laisser descendre des passages qui n’allaient pas jusqu’au bout du voyage. En général, le voyage a été agréable, même s’il pleuvait un peu à mesure que nous nous rapprochions de Foumban, car il pleut beaucoup dans l’ouest du pays.
Enfin, je suis arrivé à Foumban à 14h30, ayant manqué la cérémonie civile, hélas. J’avais téléphoné à Njikam pour l’aviser de mon retard, car il s’était occupé de trouver quelqu’un pour m’accueillir à l’agence d’autobus, un peu à l’extérieur de Foumban, et je l’ai appelé à mon arrivée. À ma grande surprise et à ma grande gêne, Njikam lui-même s’est présenté pour me chercher, dans la voiture louée pour son mariage, et accompagné de sa nouvelle épouse, Alima, et deux filles d’honneur, ainsi que le chauffeur de la voiture! Vite, assis aux côtés de Njikam et de son épouse, nous nous sommes rendus au village de cette dernière, à une vingtaine de kilomètres de Foumban, où devaient se passer les cérémonies traditionnelles. Je n’ai pas eu la chance de me changer à ce moment-là, moi qui avait fait faire un habit spécial à l’africaine pour l’occasion, utilisant du tissu dont le motif avait été choisi par les mariés. J’ai eu le temps de me changer au village un peu plus tard, heureusement. Après tout, il faut bien s’intégrer comme un peu, malgré d’être un visage pâle!
Le village d’Alima est situé dans la forêt, et presque tous les habitants s’étaient réunis pour a cérémonie. En premier lieu, le nouveau couple s’est assis au salon de la salle communale, sur un divan/sofa/canapé en cuir, et a reçu tous ceux qui sont venus leur offrir des vœux. Environ trente minutes plus tard, Alima a été escortée à la maison de ses parents, où elle a changé de tenue pour délaisser sa robe blanche et s’habiller de façon traditionnelle. C’est à ce moment que j’ai pu changer de vêtements moi-même (ailleurs, bien sûr!), puisqu’il y avait environ une heure avant le début de la prochaine séquence de la cérémonie. Une fois bien habillé, je suis retourné à la salle communale, Njikam m’accompagnant partout, et où se trouvaient tous les hommes invités à la cérémonie. Des chaises et des fauteuils avaient été placés le long des murs, et une rangée de chaises faisait face à l’un des murs. On m’a montré à ma place, d’où je pouvais tout bien voir, et Njikam s’est assis à la place qui lui était assigné. Nous avons attendu l’arrivée de l’Imam du coin (Njikam et sa nouvelle épouse sont musulmans). L’homme, d’un âge impressionnant, est finalement arrivé et la cérémonie a commencé. Il s’agissait de l’oncle de la mariée qui a annoncé que la famille avait trouvé un mari convenable en Njikam, et qu’elle était prête à permettre à Alima de l’épouser. Il faut comprendre que le couple avait décidé d’eux-mêmes de se marier, mais dans la tradition, c’est la famille de l’épouse qui aurait choisi le futur mari sans que la jeune fille le rencontre avant le mariage. Tout cela se passait dans la langue locale, avec des bribes d’interprétations à mon intention. Le père de la mariée a aussi fait un discours, et tout d’un coup, Njikam s’est levé pour venir me dire que son beau-père tenait à me remercier pour l’honneur que je faisais à la famille d’assister à la cérémonie (il faut dire que cela rehaussait la réputation de Njikam). Évidemment, il a fallu que je réponde à ce discours, en disant que l’honneur était tout pour moi et combien j’avais été touché par l’accueil qui m’avait été réservé. Un peu gênant, à vrai dire… Enfin, la cérémonie a continué, et nous a annoncé, finalement, qu’Alima était prête.
Nous nous sommes donc rendus à la maison de la famille de la mariée, non loin de là, et Njikam, qui porte normalement des babouches (sandales non fermées), avançait péniblement dans ses souliers très étroits et pointus. Certains d’entre vous se souviendront peut-être de cette mode dans les souliers dans les années 60? Pas très confortable, si je me souviens bien, mais un style toujours populaire ici. Alima était assise sur le plancher du salon de la maison familiale, complètement recouverte d’un tissu superbe. Dans l’ancien temps, m’a-t-on dit (il y a à peine trente ans!), il y aurait eu plusieurs filles sous la couverture, et Njikam aurait eu à trouver sa promise en touchant les différentes têtes qui y étaient cachées. Chaque erreur lui aurait valu une « amende » à payer à la mariée. Enfin, ce n’était pas le cas ici! Le père d’Alima a prononcé un discours, expliquant que Njikam avait demandé Alima en mariage et avait offert une dot acceptable. Njikam s’est ensuite approché d’Alima pour lui offrir une somme symbolique, qu’Alima a accepté, signe qu’elle acceptait l’offre de mariage, et à ce moment-là, le tissu qui la recouvrait a été retiré pour qu’enfin on puisse la voir. Au même instant, toutes les dames de la maisonnée se sont mises à émettre des cris de joie, sauf la mère de la mariée, qui, selon la tradition, devait pleurer la perte de sa fille, ce qu’elle a fait très bien! Le père a escorté sa fille hors de la maison pour la dernière fois, et l’a donné à Njikam. Cette partie de la cérémonie est importante, car cela veut dire qu’Alima appartient maintenant à Njikam et ne peut rentrer voir sa famille sans la permission de son nouveau mari.
Nous devions rentrer à Foumban, d’où vient Njikam, pour l’arrivée officielle de la mariée au sein de sa nouvelle famille. Il n’y avait pas assez de voitures pour ramener tout le monde en même temps, donc nous avons attendus que les deux voitures disponibles fassent des allers-retours. J’ai contribué à l’achat de carburant (heureusement que j’avais apporté de l’argent avec moi, au cas où!), et Njikam et moi ont été parmi les derniers à partir. Nous avons passé le temps au salon d’un des oncles, et il était près de 20h avant que la voiture ne revienne nous chercher. Njikam commençait à s’impatienter, car nous avons dû attendre près de quatre-vingt-dix minutes. Nous avons appris par la suite qu’une des voitures avait eu un petit problème mécanique, vite réglé, et que le chauffeur n’avait pas l’argent pour s’acheter des crédits pour son téléphone… m’enfin…
Finalement, nous sommes arrivés à Foumban à 20h45, et Njikam m’a amené à l’hôtel qu’il avait trouvé pour moi, non loin du quartier où habite sa famille. Chaque membre de la famille a un terrain sur lequel peut être construite une maison. L’Hôtel du Prunier rouge n’était pas mal, si on réfère aux standards africains – une grande chambre, un peu délabrée, certes, mais propre, draps propres et même une salle de bains privée, avec de l’eau courante et une toilette qui fonctionnait. Il y avait même un chauffe-eau, mais il n’était même pas branché… pas grave! Ayant déposé ma valise, nous nous sommes rendus dans les maisons de la famille de Njikam, saluant tout le monde, y compris l’oncle âgé de 92 ans. Un petit repas a été servi, ainsi qu’une boisson gazeuse. Je ne peux pas vous dire ce que j’ai mangé, sauf que c’était un tas noir de quelque chose, mangé avec une sauce et du riz. Pendant ce temps, Alima se faisait accueillir par les femmes de la famille (la pauvre, elle commençait à faire pitié), et à un certain moment, nous nous sommes rendus à la maison où elle se trouvait. Là, Alima attendait Njikam pour lui offrir un verre à boire, symbole qu’elle promettait de bien s’occuper de lui, et puis nous sommes allés au salon où on devait danser. La musique était sur CD, ce à quoi je m’attendais. En aparté, il faut dire que Njikam avait planifié louer les services d’un groupe musical et avait laissé de l’argent à cette fin avec un de ses frères, qui a dépensé l’argent pour ces propres besoins... Pauvre Njikam, pas un bon
mois pour lui, du moins du point de vue financier, surtout que la somme était quand même importante, environ 250$. Enfin… Les dames s’étaient mises à danser, et je n’étais pas certain si les hommes avaient le droit de le faire, puisque, outre le photographe, Njikam et moi étions les seuls hommes présents. Quand j’ai vu le photographe danser, je me suis lancé de façon distingué (hem), jusqu’au moment où Njikam m’a dit que c’était l’heure de quitter les lieux.
Il était 1h du matin à ce moment-là, et j’étais pas mal fatigué, et j’ai demandé la permission de rentrer à l’hôtel pour dormir, surtout que je devais partir tôt le lendemain pour rentrer à Yaoundé. La permission ayant été accordée, je me suis écroulé sur mon lit pour très bien dormir.
Le lendemain matin, le ciel était au gris avec des percées de soleil, et j’ai eu l’occasion d’admirer les paysages autour de l’hôtel. C’est très beau, et je compte retourner à Foumban pour une bonne visite un jour. C’est une ville historique ainsi qu’un centre artistique et j’ai bien hâte de m’y retrouver. L’autobus de 8h est parti à 10h, et j’étais de retour à Yaoundé à 18h, le temps de m’occuper des derniers préparatifs pour la formation qui commençait le lendemain.
C’est le jeudi 31 juillet que j’ai pris l’avion pour rejoindre Fredericton, un voyage de trente heures, si on tient compte des escales. Je suis rentré le 1 août à minuit, et les trois semaines qui ont suivi ont été un tourbillon d’activités, pour en dire le moins. Il y avait le nouveau petit-fils à admirer, né le 19 juillet (Loïk Baden Alexandre), la visite de notre fille Sonja, en provenance de Vancouver, ainsi que la visite de Stella, la mère de Marion, qui en était à la dernière semaine de son séjour au Canada. Le dimanche, nous recevions du monde, et la journée du samedi a été passée dans les préparatifs. On avait espérer pouvoir recevoir nos hôtes au jardin, mais, hélas, la pluie s’est mise à tomber un quart d’heure avant le début de la fête, et nous nous sommes tous trouvés à l’intérieur. Malgré cela, ça été un moment agréable pour tous (du moins, je l’espère!), et j’ai beaucoup apprécié revoir tous les amis dont certains sont venus d’un peu partout pour l’occasion. Le demeurant de cette première semaine a filé, car j’avais des rendez-vous un peu partout, et nous avons fait des petites promenades en voiture aux alentours de Fredericton.
Le samedi, une semaine après mon arrivée, Sonja est repartie pour Vancouver, et Marion, Stella et moi nous sommes rendus à Halifax, d’où Stella prenait l’avion pour l’Écosse le dimanche. Nous avons passé la journée du dimanche à se promener – Peggy’s Cove en matinée, et les jardins du centre-ville l’après-midi, où jouait un orchestre sous un soleil battant. C’était une bonne façon de passer la dernière journée de Stella sur le sol canadien, pas trop fatigant pour l’aïeule (pardon, Stella!) avant son envolée vers l’Écosse. Le vol de Stella devant partir vers 21h, nous avions décidé, Marion et moi, de prendre une chambre à l’hôtel de l’aéroport, plutôt que de rebrousser chemin. Heureusement! L’enregistrement des voyageurs a commencé quatre heures avant le vol, et ayant été parmi les premiers, nous nous sommes ensuite rendus à l’hôtel pour y prendre le repas du soir, et offrir à Stella l’occasion de se reposer un peu avant le départ. De retour à l’aéroport à 20h, nous avons appris que le vol avait été retardé jusqu’à 22h. Et un peu plus tard, 23h. Vers 22h15, Stella et Marion se sont dirigées vers la salle d’embarquement, car Marion avait reçu un laissez-passer pour accompagner sa mère jusque-là – et Stella avait accepté de prendre place dans un fauteuil roulant pour l’occasion! À 23h15, Zoom Airlines (maintenant déchue) a annoncé le report de son vol jusqu’au lendemain matin, 11h! Heureusement que Marion était avec sa mère, parce que normalement, nous aurions déjà été loin de l’aéroport. La ligne aérienne faisait de son mieux pour loger tout le monde, mais comme nous avions déjà une chambre, nous avons pu ramener Stella (et ses bagages) à l’hôtel sans aucune compensation, la ligne aérienne estimant que Stella avait de l’hébergement « local ». Heureusement que nous n’avons pas dû attendre, car certains passagers ont dû passer la nuit à l’aéroport, faute de chambres à Halifax.
Le lendemain, le départ a eu lieu tel que prévu, et Marion et moi sommes rentrés à Fredericton, trop tard, malheureusement, pour se joindre au repas prévu avec des amis.
Le mardi, notre périple a commencé. Notre destination finale était Guelph, où habite mon père, et nous nous sommes arrêtés en route pour rendre visite à plusieurs personnes. Nous avons passé la première nuit à Lévis (en face de Québec) chez un de mes cousins, pour nous rendre ensuite à Montréal, en passant chez des membres de la famille. Ce soir-là, qui était un mercredi, nous avons mangé au restaurant éthiopien à Montréal, soirée agréable avec des amis de longue date et le jeudi, nous nous sommes rendus à Toronto, où nous sommes arrivés en fin d’après-midi. Visites agréables chez des amis, et l’occasion de voir mon frère Ronald le vendredi soir avant son départ pour la Sierra Leone le lendemain, où il allait offrir une formation pendant trois semaines. Le samedi nous a trouvés à Guelph, et nous sommes repartis le lundi pour rentrer à Fredericton, en nous arrêtant en route.
Le mercredi, arrivés à Fredericton vers 18h, nous avons eu droit à une grande nouvelle! Jonathon annonçait qu’il partait poursuivre ses études afin d’obtenir une Maîtrise en études Shakespeariennes, programme offert dans la ville natale du célèbre dramaturge et poète, Stratford-upon-Avon, par l’Université de Birmingham. Il s’agit d’un cours intensif de 12 mois. Jonathon avait été accepté au programme il y avait un an, mais n’avait pas réussi, à ce moment-là, de recueillir le financement nécessaire. Un an de plus de travail acharné au Superstore, quelques arrangements financiers par-ci, par là, et le voilà capable de suivre son rêve! Évidemment, nous sommes très, très heureux pour lui! Il part pour l’Angleterre le 22 septembre…
Les derniers jours de mon séjour au Canada se sont vite passés, moments agréables avec la famille et les petits-enfants et le dimanche, j’ai rebroussé chemin pour Yaoundé, arrivant le lundi soir. Je suis rentré travailler dès le lendemain, car j’avais une autre formation à offrir le jeudi. Vous allez penser que je n’ai que ça à faire… La maison était toujours là, aucun évènement néfaste ne s’était produit pendant mon absence, et j’ai vite repris le petit train-train de ma vie quotidienne.
Du côté de la maisonnée, comme je l’ai dit plus tôt, tout va bien. Judith s’est trouvée une petite chambre à louer non loin d’ici et ne demeure plus avec sa nièce à l’autre bout de la ville. Elle continue régulièrement d’aller rendre visite à ses enfants et les nièces et neveux dont elle a la charge à Ebolowa et Douala. Une des chambres de la maison est devenue son fourre-tout – à ce que je puisse voir, elle possède sept valises, toutes pleines de vêtements. Elle n’a pas d’espace pour garder ses effets dans la chambre qu’elle louée. Elle est allée même à proposer, un jour, qu’elle emménage tout simplement dans la chambre. Pas question, ai-je dit… non, mais, franchement…!!!
André continue à chanter et à sourire; son épouse (enfin, la principale) et leurs trois enfants vivent dans la maison à côté et passent une grande partie de la journée ici, ce qui a pour conséquence d’apporter un peu d’animation aux lieux. Les enfants sont très bien élevés et leur présence ne pose aucun problème. Cyrille, l’aîné, va commencer l’école demain (avec deux semaines de retard, mais ce n’est pas grave), tandis que les deux autres seront à la maison. Une chose amusante s’est passée pendant mon absence. Vous vous souviendrez que le troisième enfant est né au mois de mai, et le père a finalement décidé de son nom. Le pauvre petit chou a été nommé (acte de naissance faisant foi) Macfarlane David, rien d’autre. Dans l’ethnie d’André, c’est le père qui nomme l’enfant à son gré, et l’habitude n’est pas de donner le nom de famille du père. C’est tout un honneur et, bien sûr, une obligation à long terme pour moi… ah! Ils sont rusés…
Le travail continue à s’avérer intéressant – un certain nombre de consultants canadiens sont passés pour apporter leur soutien au projet, et l’un d’eux, Lorio Roy, que certains d’entre vous connaissent, est ici pour encore deux semaines. Cela me tient occupé et m’offre aussi l’occasion de socialiser en soirée de temps en temps, ce qui est toujours agréable!
Nous sommes en pleine saison des pluies, donc on ne voit pas souvent le soleil, mais la pluie a tendance à tomber la nuit, ce qui est bien, car cela permet aux chemins de sécher avant le début de la journée.
Voilà! Vous êtes à jour – je ne sais pas à quand le prochain affichage, mais je tenterai d’ajouter au site de façon assez régulière à l’avenir – mais ce n’est pas une promesse!
Ciao!
David
Incroyable, mais vrai! Me voici de retour après un peu plus de trois mois de silence (du moins, à l’écrit). Comme le temps passe vite, surtout quand on vieillit…
Certains d’entre vous auront pris connaissance des informations qui s’afficheront ici, puisque vous avez eu la chance (?) de me voir au courant du mois d’août. Mais vous pouvez toujours sauter des bouts du narratif…
Je vous ai quittés à la mi-juin, ayant enfin aménagé dans ma nouvelle maison, ayant licencié les trois vigiles qui me causaient du souci et en pleine préparation d’une longue formation que je devais offrir à la fin juillet. J’avoue que la planification qu’a demandée cette formation m’a pris plus de temps que j’avais anticipé. La difficulté, de mon point de vue, était d’aménager les différentes activités que j’envisageais animer (ainsi que leur contenu pédagogique) de sorte qu’un group hétérogène d’enseignants puisse en bénéficier. Comme vous le savez tous, mes antécédents se situent au niveau de l’enseignement des langues secondes, et tout en acceptant que les principes pédagogiques de base appuient tout enseignement, leur application doit varier. Et comme je n’avais jamais eu affaire avec des enseignants de couture, menuiserie et ébénisterie, métallerie ainsi que les technologies de l’information et de la communication, cela me posait un certain défi. En plus du personnel enseignant du Centre, un certain nombre de conseillers pédagogiques venant du Ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle ont assisté à la formation, ainsi que des enseignants d’un autre établissement qui offre de la formation en TIC (eh, oui, on forme même la concurrence!). Il devait y avoir quarante-deux participants, mais certains ne sont jamais présentés, d’autres ne venaient pas tous les jours et en moyenne, il y avait trente-deux personnes tous les jours. La formation a duré quatre jours, très intensifs, et semble avoir bien passé, malgré mes inquiétudes. Le dernier jour de la formation se trouvait à être le 31 juillet, date de mon départ pour le Canada – je parle de ce voyage un peu plus tard.
Le demeurant du mois de juin a été calme – la maisonnée fonctionnait comme sur des roulettes, sous la gestion efficace de Judith et la bonne humeur constante d’André. Frédéric, que j’avais embauché pour un mois d’essaie lors du déménagement, travaillait assez bien. Je crois qu’il a trouvé difficile d’agir en tant que vigile de jour, lui qui avait été gestionnaire dans une agence d’autobus auparavant. Ayant mené des enquêtes discrètes à son sujet, j’ai découvert qu’on l’avait remercié pour détournement présumé de fonds. Vous comprendrez que ce n’était pas une bonne nouvelle! De plus, il faut dire que je ne me sentais pas à l’aise quand il était là (même avant d’apprendre la nouvelle), du fait de son comportement très obséquieux (très huileux, dirais-je), a fait en sorte que je l’ai remercié à la fin du mois d’essai, prétextant un manque de fonds pour continuer à verser le salaire d’une quatrième personne. C’était d’ailleurs vrai, car les mois de juin et juillet ont été difficiles du point de vue financier, car le déménagement avait quand même coûté un peu, et j’attendais des infusions de fonds venant du Canada suite à la perte de mes cartes. Frédéric était un peu surpris et déçu, bien sûr, de ma décision, mais il n’en a pas fait cas. Il me reste donc Judith, André et Oumarou (le vigile de fin de semaine), et ça marche plutôt bien comme ça. André, suite à sa propre proposition, travaille du lundi au vendredi, vingt-quatre heures sur vingt-quatre (il a le droit de dormir quand Judith est là!), et Oumarou prend la relève pour les fins de semaine. Je ne sais pas ce qui arrivera si l’un d’eux tombe malade, mais on verra bien en temps et lieu. L’ambiance à la maison est à l’agréable tout le temps, et de mon point de vue, c’est l’essentiel!
Pas grand-chose n’est arrivé pendant le reste du mois, mais je me dois de vous raconter une petite sortie que j’ai faite à à peu près ce moment-là, dans les environs de la ville. Roger, dont vous reconnaîtrez le nom pour l’avoir lu dans mes autres communications, m’a téléphoné un jour pour me demander si je voulais aller me balader avec lui, car il devait faire une livraison pour le directeur du Centre. Bien sûr, j’ai accepté, ne voulant pas refuser l’occasion de voir un petit plus de la ville et de ses environs. Roger est donc passé me chercher, et après un petit bout de temps, nous avons quitté l’asphalte pour suivre un chemin de terre, avons retrouvé de l’asphalte et de nouveau un chemin de terre. Il a fait sa livraison, et, le rusé, m’a dit « Tandis qu’on est dans le coin, j’aimerais bien rendre visite à quelqu’un. » Cela ne me posait aucun problème, et peu après, ayant suivi un autre chemin de terre, m’a mené devant une maison délabrée et m’a présenté à une dame qui, avec son mari, gère un orphelinat pour quarante-deux enfants, âgés de 6 mois à 17 ans. Son mari et elle avait commencé ça il y a quelques années et, bien sûr, était à la recherche de fonds. On m’a fait visiter les lieux, et on m’a fait remarquer les lacunes à combler. C’était évidemment un exercice pour que mon cœur verse des larmes (succès) et aussi pour que ma bourse verse des sous (pas de succès encore). Mon Dieu, qu’est-ce qu’on fait quand les gens sont convaincus que je suis la Banque mondiale et le Fonds monétaire international tout en un? Le plus grand besoin se trouve à être une fosse septique pour des toilettes – pour l’instant, les enfants servent du ruisseau au fond du jardin, dans lequel ils se lavent également et duquel ils retirent l’eau pour la cuisson. Ils se servent également du jardin, où ils plantent par la suite les légumes qu’ils consommeront plus tard. Le trou pour la fosse septique a déjà été creusé par les enfants et de l’aide bénévole, et il reste maintenant à trouver l’argent pour compléter le travail. « Par hasard », il y avait un devis tout prêt que je pouvais consulter – la coquette petite somme de 900 $ pour le matériel nécessaire. J’ai dit à Roger que je verrais ce que je pourrais faire, que ça ne se ferait pas vite, et, surtout, que je n’avais pas des sommes infinies à dépenser. Mais vous avez bien deviné, mentalement, je suis décidé à au moins d’aider l’orphelinat pour ça, mais rien d’autre (ça n’en finirait plus… ). Si, par hasard, le cœur vous en dit de m’aider dans cette besogne, vous pouvez faire des dons en les envoyant à Marion, qui se fera un plaisir de me faire suivre l’argent. Aucune pression, mes amis, tout simplement un plaidoyer! (marion.macfarlane@gmail.com)
Passons maintenant au mois de juillet!
Pauvre Njikam! Il m’a téléphoné au début du mois pour me dire que son taxi avait été volé (braqué, comme on dit ici). Il paraît qu’il avait prêté la voiture à un ami qui voulait faire un peu d’argent, et ce dimanche soir-là, l’ami avait été la victime d’un vol à main armée. Pauvre type… cela est arrivé à 19h, ce qui est très tôt dans la nuit pour un tel événement. Njikam, vous vous l’imaginez, était dans tous ses états puisque le taxi lui permettait de vivre assez bien. De plus, il s’agissait de sa propre voiture qu’il venait tout juste de finir de payer. Malheureusement, elle était en bonne état, ce qui a dû attirer les braqueurs. Bien sûr, les autorités ont été avisées, et tout et tout, mais aucune chance de retrouver le véhicule. Njikam a gardé espoir pendant deux semaines, mais en vain. Quand on vole des voitures ici (et j’imagine ailleurs, aussi!), on la démonte et la remonte, ou on la vend en pièces détachées. Et il est facile ici de falsifier tout ce qui touche les papiers de voiture, alors… Le pauvre Njikam était au bord du désespoir, surtout qu’il devait se marier à la fin du mois de juillet. Finalement, après deux semaines, il s’est trouvé du travail comme chauffeur avec un propriétaire de plusieurs voitures. Je crois qu’il trouve cela difficile d’être employé, lui qui avait l’habitude de gérer tous les aspects de sa vie. Et oui, la voiture était assurée, mais il n’a rien reçu, car on lui a dit que c’était de sa faute de conduire un taxi la nuit (!) et de l’avoir prêté à quelqu’un d’autre. Le pauvre homme!
Le mariage de Njikam a quand même eu lieu à la fin juillet et s’est bien passé. J’avais été invité à assister à toutes les festivités entourant cet événement, mais finalement, je ne suis monté que pour un jour, les finances étant à leur plus bas. Njikam vient de Foumban, une ville d’environ 150 000 habitants située à environ 300 km de Yaoundé, un peu au nord de Douala. J’y suis allé en autobus, toute une expérience! Les festivités commençaient le vendredi, mais les cérémonies officielles (civile et religieuse) ont eu lieu le samedi après-midi. J’avais découvert que la durée du trajet était d’environ cinq heures, et j’ai décidé de prendre l’autobus de 7h, le premier du jour, qui me déposerait à Foumban à midi. Hé, hé… Njikam, bien sûr, était monté à Foumban plusieurs jours plus tôt, et Simplice m’a amené à l’agence d’autobus le samedi matin, pour y arriver à 6h, heure à laquelle s’ouvraient les guichets (impossible de réserver à l’avance, ça ne se fait pas!). Ayant acheté le billet, j’ai attendu l’heure de monter à bord de l’autobus, un machin très moderne, qui était bel et bien sur place. Et j’ai attendu, attendu… Simplice avait décidé d’attendre le départ de l’autobus et me tenait compagnie, et lorsque j’ai remarqué à 7h15 qu’on n’avait pas encore commencé à laisser monter les passagers, il m’a expliqué que c’était normal – on attendait que tous les billets aient été vendus avant d’embarquer le monde. Le nombre officiel de passager était 70, et j’avais acheté la place numéro 11… Finalement, à 8h30, nous sommes partis! Tout de suite, on s’est arrêté pour acheter du carburant, ce qui a pris pas mal de temps, et d’accepter à bord un policier qui s’est fait transporter gratis. Sa présence, cependant, a rendu le voyage un peu plus agréable, puisqu’à chaque barrage de police le long de la route, il n’avait qu’à montrer son visage à la portière pour que l’autobus puisse continuer son chemin. Normalement, à ces barrages, la police fait descendre tout le monde pour vérifier les papiers et peut parfois exiger qu’on ouvre tous les bagages. Officiellement, la police est à la recherche de contrebande, mais s’attend à ce que les passagers se cotisent pour offrir une somme importante pour éviter tout le chambardement. Comme tous les voyages en transport en commun, il y a eu plusieurs arrêts le long de la route, l’arrêt urinaire (c’est comme ça qu’on l’a appelé) le long de la route dans les champs, ensuite un arrêt pour se désaltérer, et, vers la fin du voyage, des arrêts pour laisser descendre des passages qui n’allaient pas jusqu’au bout du voyage. En général, le voyage a été agréable, même s’il pleuvait un peu à mesure que nous nous rapprochions de Foumban, car il pleut beaucoup dans l’ouest du pays.
Enfin, je suis arrivé à Foumban à 14h30, ayant manqué la cérémonie civile, hélas. J’avais téléphoné à Njikam pour l’aviser de mon retard, car il s’était occupé de trouver quelqu’un pour m’accueillir à l’agence d’autobus, un peu à l’extérieur de Foumban, et je l’ai appelé à mon arrivée. À ma grande surprise et à ma grande gêne, Njikam lui-même s’est présenté pour me chercher, dans la voiture louée pour son mariage, et accompagné de sa nouvelle épouse, Alima, et deux filles d’honneur, ainsi que le chauffeur de la voiture! Vite, assis aux côtés de Njikam et de son épouse, nous nous sommes rendus au village de cette dernière, à une vingtaine de kilomètres de Foumban, où devaient se passer les cérémonies traditionnelles. Je n’ai pas eu la chance de me changer à ce moment-là, moi qui avait fait faire un habit spécial à l’africaine pour l’occasion, utilisant du tissu dont le motif avait été choisi par les mariés. J’ai eu le temps de me changer au village un peu plus tard, heureusement. Après tout, il faut bien s’intégrer comme un peu, malgré d’être un visage pâle!
Le village d’Alima est situé dans la forêt, et presque tous les habitants s’étaient réunis pour a cérémonie. En premier lieu, le nouveau couple s’est assis au salon de la salle communale, sur un divan/sofa/canapé en cuir, et a reçu tous ceux qui sont venus leur offrir des vœux. Environ trente minutes plus tard, Alima a été escortée à la maison de ses parents, où elle a changé de tenue pour délaisser sa robe blanche et s’habiller de façon traditionnelle. C’est à ce moment que j’ai pu changer de vêtements moi-même (ailleurs, bien sûr!), puisqu’il y avait environ une heure avant le début de la prochaine séquence de la cérémonie. Une fois bien habillé, je suis retourné à la salle communale, Njikam m’accompagnant partout, et où se trouvaient tous les hommes invités à la cérémonie. Des chaises et des fauteuils avaient été placés le long des murs, et une rangée de chaises faisait face à l’un des murs. On m’a montré à ma place, d’où je pouvais tout bien voir, et Njikam s’est assis à la place qui lui était assigné. Nous avons attendu l’arrivée de l’Imam du coin (Njikam et sa nouvelle épouse sont musulmans). L’homme, d’un âge impressionnant, est finalement arrivé et la cérémonie a commencé. Il s’agissait de l’oncle de la mariée qui a annoncé que la famille avait trouvé un mari convenable en Njikam, et qu’elle était prête à permettre à Alima de l’épouser. Il faut comprendre que le couple avait décidé d’eux-mêmes de se marier, mais dans la tradition, c’est la famille de l’épouse qui aurait choisi le futur mari sans que la jeune fille le rencontre avant le mariage. Tout cela se passait dans la langue locale, avec des bribes d’interprétations à mon intention. Le père de la mariée a aussi fait un discours, et tout d’un coup, Njikam s’est levé pour venir me dire que son beau-père tenait à me remercier pour l’honneur que je faisais à la famille d’assister à la cérémonie (il faut dire que cela rehaussait la réputation de Njikam). Évidemment, il a fallu que je réponde à ce discours, en disant que l’honneur était tout pour moi et combien j’avais été touché par l’accueil qui m’avait été réservé. Un peu gênant, à vrai dire… Enfin, la cérémonie a continué, et nous a annoncé, finalement, qu’Alima était prête.
Nous nous sommes donc rendus à la maison de la famille de la mariée, non loin de là, et Njikam, qui porte normalement des babouches (sandales non fermées), avançait péniblement dans ses souliers très étroits et pointus. Certains d’entre vous se souviendront peut-être de cette mode dans les souliers dans les années 60? Pas très confortable, si je me souviens bien, mais un style toujours populaire ici. Alima était assise sur le plancher du salon de la maison familiale, complètement recouverte d’un tissu superbe. Dans l’ancien temps, m’a-t-on dit (il y a à peine trente ans!), il y aurait eu plusieurs filles sous la couverture, et Njikam aurait eu à trouver sa promise en touchant les différentes têtes qui y étaient cachées. Chaque erreur lui aurait valu une « amende » à payer à la mariée. Enfin, ce n’était pas le cas ici! Le père d’Alima a prononcé un discours, expliquant que Njikam avait demandé Alima en mariage et avait offert une dot acceptable. Njikam s’est ensuite approché d’Alima pour lui offrir une somme symbolique, qu’Alima a accepté, signe qu’elle acceptait l’offre de mariage, et à ce moment-là, le tissu qui la recouvrait a été retiré pour qu’enfin on puisse la voir. Au même instant, toutes les dames de la maisonnée se sont mises à émettre des cris de joie, sauf la mère de la mariée, qui, selon la tradition, devait pleurer la perte de sa fille, ce qu’elle a fait très bien! Le père a escorté sa fille hors de la maison pour la dernière fois, et l’a donné à Njikam. Cette partie de la cérémonie est importante, car cela veut dire qu’Alima appartient maintenant à Njikam et ne peut rentrer voir sa famille sans la permission de son nouveau mari.
Nous devions rentrer à Foumban, d’où vient Njikam, pour l’arrivée officielle de la mariée au sein de sa nouvelle famille. Il n’y avait pas assez de voitures pour ramener tout le monde en même temps, donc nous avons attendus que les deux voitures disponibles fassent des allers-retours. J’ai contribué à l’achat de carburant (heureusement que j’avais apporté de l’argent avec moi, au cas où!), et Njikam et moi ont été parmi les derniers à partir. Nous avons passé le temps au salon d’un des oncles, et il était près de 20h avant que la voiture ne revienne nous chercher. Njikam commençait à s’impatienter, car nous avons dû attendre près de quatre-vingt-dix minutes. Nous avons appris par la suite qu’une des voitures avait eu un petit problème mécanique, vite réglé, et que le chauffeur n’avait pas l’argent pour s’acheter des crédits pour son téléphone… m’enfin…
Finalement, nous sommes arrivés à Foumban à 20h45, et Njikam m’a amené à l’hôtel qu’il avait trouvé pour moi, non loin du quartier où habite sa famille. Chaque membre de la famille a un terrain sur lequel peut être construite une maison. L’Hôtel du Prunier rouge n’était pas mal, si on réfère aux standards africains – une grande chambre, un peu délabrée, certes, mais propre, draps propres et même une salle de bains privée, avec de l’eau courante et une toilette qui fonctionnait. Il y avait même un chauffe-eau, mais il n’était même pas branché… pas grave! Ayant déposé ma valise, nous nous sommes rendus dans les maisons de la famille de Njikam, saluant tout le monde, y compris l’oncle âgé de 92 ans. Un petit repas a été servi, ainsi qu’une boisson gazeuse. Je ne peux pas vous dire ce que j’ai mangé, sauf que c’était un tas noir de quelque chose, mangé avec une sauce et du riz. Pendant ce temps, Alima se faisait accueillir par les femmes de la famille (la pauvre, elle commençait à faire pitié), et à un certain moment, nous nous sommes rendus à la maison où elle se trouvait. Là, Alima attendait Njikam pour lui offrir un verre à boire, symbole qu’elle promettait de bien s’occuper de lui, et puis nous sommes allés au salon où on devait danser. La musique était sur CD, ce à quoi je m’attendais. En aparté, il faut dire que Njikam avait planifié louer les services d’un groupe musical et avait laissé de l’argent à cette fin avec un de ses frères, qui a dépensé l’argent pour ces propres besoins... Pauvre Njikam, pas un bon
mois pour lui, du moins du point de vue financier, surtout que la somme était quand même importante, environ 250$. Enfin… Les dames s’étaient mises à danser, et je n’étais pas certain si les hommes avaient le droit de le faire, puisque, outre le photographe, Njikam et moi étions les seuls hommes présents. Quand j’ai vu le photographe danser, je me suis lancé de façon distingué (hem), jusqu’au moment où Njikam m’a dit que c’était l’heure de quitter les lieux.
Il était 1h du matin à ce moment-là, et j’étais pas mal fatigué, et j’ai demandé la permission de rentrer à l’hôtel pour dormir, surtout que je devais partir tôt le lendemain pour rentrer à Yaoundé. La permission ayant été accordée, je me suis écroulé sur mon lit pour très bien dormir.
Le lendemain matin, le ciel était au gris avec des percées de soleil, et j’ai eu l’occasion d’admirer les paysages autour de l’hôtel. C’est très beau, et je compte retourner à Foumban pour une bonne visite un jour. C’est une ville historique ainsi qu’un centre artistique et j’ai bien hâte de m’y retrouver. L’autobus de 8h est parti à 10h, et j’étais de retour à Yaoundé à 18h, le temps de m’occuper des derniers préparatifs pour la formation qui commençait le lendemain.
C’est le jeudi 31 juillet que j’ai pris l’avion pour rejoindre Fredericton, un voyage de trente heures, si on tient compte des escales. Je suis rentré le 1 août à minuit, et les trois semaines qui ont suivi ont été un tourbillon d’activités, pour en dire le moins. Il y avait le nouveau petit-fils à admirer, né le 19 juillet (Loïk Baden Alexandre), la visite de notre fille Sonja, en provenance de Vancouver, ainsi que la visite de Stella, la mère de Marion, qui en était à la dernière semaine de son séjour au Canada. Le dimanche, nous recevions du monde, et la journée du samedi a été passée dans les préparatifs. On avait espérer pouvoir recevoir nos hôtes au jardin, mais, hélas, la pluie s’est mise à tomber un quart d’heure avant le début de la fête, et nous nous sommes tous trouvés à l’intérieur. Malgré cela, ça été un moment agréable pour tous (du moins, je l’espère!), et j’ai beaucoup apprécié revoir tous les amis dont certains sont venus d’un peu partout pour l’occasion. Le demeurant de cette première semaine a filé, car j’avais des rendez-vous un peu partout, et nous avons fait des petites promenades en voiture aux alentours de Fredericton.
Le samedi, une semaine après mon arrivée, Sonja est repartie pour Vancouver, et Marion, Stella et moi nous sommes rendus à Halifax, d’où Stella prenait l’avion pour l’Écosse le dimanche. Nous avons passé la journée du dimanche à se promener – Peggy’s Cove en matinée, et les jardins du centre-ville l’après-midi, où jouait un orchestre sous un soleil battant. C’était une bonne façon de passer la dernière journée de Stella sur le sol canadien, pas trop fatigant pour l’aïeule (pardon, Stella!) avant son envolée vers l’Écosse. Le vol de Stella devant partir vers 21h, nous avions décidé, Marion et moi, de prendre une chambre à l’hôtel de l’aéroport, plutôt que de rebrousser chemin. Heureusement! L’enregistrement des voyageurs a commencé quatre heures avant le vol, et ayant été parmi les premiers, nous nous sommes ensuite rendus à l’hôtel pour y prendre le repas du soir, et offrir à Stella l’occasion de se reposer un peu avant le départ. De retour à l’aéroport à 20h, nous avons appris que le vol avait été retardé jusqu’à 22h. Et un peu plus tard, 23h. Vers 22h15, Stella et Marion se sont dirigées vers la salle d’embarquement, car Marion avait reçu un laissez-passer pour accompagner sa mère jusque-là – et Stella avait accepté de prendre place dans un fauteuil roulant pour l’occasion! À 23h15, Zoom Airlines (maintenant déchue) a annoncé le report de son vol jusqu’au lendemain matin, 11h! Heureusement que Marion était avec sa mère, parce que normalement, nous aurions déjà été loin de l’aéroport. La ligne aérienne faisait de son mieux pour loger tout le monde, mais comme nous avions déjà une chambre, nous avons pu ramener Stella (et ses bagages) à l’hôtel sans aucune compensation, la ligne aérienne estimant que Stella avait de l’hébergement « local ». Heureusement que nous n’avons pas dû attendre, car certains passagers ont dû passer la nuit à l’aéroport, faute de chambres à Halifax.
Le lendemain, le départ a eu lieu tel que prévu, et Marion et moi sommes rentrés à Fredericton, trop tard, malheureusement, pour se joindre au repas prévu avec des amis.
Le mardi, notre périple a commencé. Notre destination finale était Guelph, où habite mon père, et nous nous sommes arrêtés en route pour rendre visite à plusieurs personnes. Nous avons passé la première nuit à Lévis (en face de Québec) chez un de mes cousins, pour nous rendre ensuite à Montréal, en passant chez des membres de la famille. Ce soir-là, qui était un mercredi, nous avons mangé au restaurant éthiopien à Montréal, soirée agréable avec des amis de longue date et le jeudi, nous nous sommes rendus à Toronto, où nous sommes arrivés en fin d’après-midi. Visites agréables chez des amis, et l’occasion de voir mon frère Ronald le vendredi soir avant son départ pour la Sierra Leone le lendemain, où il allait offrir une formation pendant trois semaines. Le samedi nous a trouvés à Guelph, et nous sommes repartis le lundi pour rentrer à Fredericton, en nous arrêtant en route.
Le mercredi, arrivés à Fredericton vers 18h, nous avons eu droit à une grande nouvelle! Jonathon annonçait qu’il partait poursuivre ses études afin d’obtenir une Maîtrise en études Shakespeariennes, programme offert dans la ville natale du célèbre dramaturge et poète, Stratford-upon-Avon, par l’Université de Birmingham. Il s’agit d’un cours intensif de 12 mois. Jonathon avait été accepté au programme il y avait un an, mais n’avait pas réussi, à ce moment-là, de recueillir le financement nécessaire. Un an de plus de travail acharné au Superstore, quelques arrangements financiers par-ci, par là, et le voilà capable de suivre son rêve! Évidemment, nous sommes très, très heureux pour lui! Il part pour l’Angleterre le 22 septembre…
Les derniers jours de mon séjour au Canada se sont vite passés, moments agréables avec la famille et les petits-enfants et le dimanche, j’ai rebroussé chemin pour Yaoundé, arrivant le lundi soir. Je suis rentré travailler dès le lendemain, car j’avais une autre formation à offrir le jeudi. Vous allez penser que je n’ai que ça à faire… La maison était toujours là, aucun évènement néfaste ne s’était produit pendant mon absence, et j’ai vite repris le petit train-train de ma vie quotidienne.
Du côté de la maisonnée, comme je l’ai dit plus tôt, tout va bien. Judith s’est trouvée une petite chambre à louer non loin d’ici et ne demeure plus avec sa nièce à l’autre bout de la ville. Elle continue régulièrement d’aller rendre visite à ses enfants et les nièces et neveux dont elle a la charge à Ebolowa et Douala. Une des chambres de la maison est devenue son fourre-tout – à ce que je puisse voir, elle possède sept valises, toutes pleines de vêtements. Elle n’a pas d’espace pour garder ses effets dans la chambre qu’elle louée. Elle est allée même à proposer, un jour, qu’elle emménage tout simplement dans la chambre. Pas question, ai-je dit… non, mais, franchement…!!!
André continue à chanter et à sourire; son épouse (enfin, la principale) et leurs trois enfants vivent dans la maison à côté et passent une grande partie de la journée ici, ce qui a pour conséquence d’apporter un peu d’animation aux lieux. Les enfants sont très bien élevés et leur présence ne pose aucun problème. Cyrille, l’aîné, va commencer l’école demain (avec deux semaines de retard, mais ce n’est pas grave), tandis que les deux autres seront à la maison. Une chose amusante s’est passée pendant mon absence. Vous vous souviendrez que le troisième enfant est né au mois de mai, et le père a finalement décidé de son nom. Le pauvre petit chou a été nommé (acte de naissance faisant foi) Macfarlane David, rien d’autre. Dans l’ethnie d’André, c’est le père qui nomme l’enfant à son gré, et l’habitude n’est pas de donner le nom de famille du père. C’est tout un honneur et, bien sûr, une obligation à long terme pour moi… ah! Ils sont rusés…
Le travail continue à s’avérer intéressant – un certain nombre de consultants canadiens sont passés pour apporter leur soutien au projet, et l’un d’eux, Lorio Roy, que certains d’entre vous connaissent, est ici pour encore deux semaines. Cela me tient occupé et m’offre aussi l’occasion de socialiser en soirée de temps en temps, ce qui est toujours agréable!
Nous sommes en pleine saison des pluies, donc on ne voit pas souvent le soleil, mais la pluie a tendance à tomber la nuit, ce qui est bien, car cela permet aux chemins de sécher avant le début de la journée.
Voilà! Vous êtes à jour – je ne sais pas à quand le prochain affichage, mais je tenterai d’ajouter au site de façon assez régulière à l’avenir – mais ce n’est pas une promesse!
Ciao!
David
Thursday, June 19, 2008
Yaoundé, le 19 juin 2008
Bonjour à tous et à toutes!
Le silence a duré plus longtemps que prévu, je l’avoue, et par conséquent vous aurez droit à une très longue narration. Des évènements amusants, d’autres moins amusants, le tout se passant en même temps, évidemment. Mais, afin de conserver une certaine logique et de vous rendre la lecture un peu plus facile, je vous propose des récits séparés.
Je vous ai quitté, la dernière fois, en vous promettant des histoires amusantes par rapport au déménagement vers la nouvelle maison, déménagement qui a finalement eu lieu le 24 mai, beaucoup plus tard que je ne l’avais espéré. Les retards accusés par rapport aux petites réparations m’ont énervé, il faut le dire, mais, finalement, les réparations majeures (y compris une fuite d’eau) ont été terminées. Mais, hélas, mes amis, rien d’amusant à raconter par rapport au déménagement – tout s’est passé sans accrocs, à ma grande surprise!
Roger m’avait dit que le déménagement allait commencer à 7h, le premier chargement devant être les meubles emmagasinés au Centre qui seraient véhiculés vers la nouvelle maison. Je m’étais dit que cela voulait dire que rien ne commencerait avant 8h au plus tôt, et je prenais tout mon temps pour emballer les derniers petits trucs en attendant l’arrivée de Judith, qui voulait jeter un dernier coup d’œil à l’appartement avant de se rendre à la nouvelle maison.
À 8h précises, deux de mes collègues, Raoul (le préfet des études) et Manga (un des menuisiers au Centre), se sont présentés à l’appartement, portant une longue échelle en aluminium entre eux, et ont annoncé que les meubles étaient en route pour la maison, et qu’ils avaient reçu les ordres de descendre les meubles de l’appartement dans la cour. Ils se sont mis à l’œuvre tout de suite, et Judith, arrivée vers 8h15, a décidé de se rendre directement à la nouvelle maison avant que « ces hommes » ne placent les meubles aux mauvais endroits!
Le camion est arrivé vers les 9h, au moment où Raoul et Manga, aidés de Njikam et Simplice (« mes » deux taximen), avaient terminé de tout descendre - j’avais retenu les services des taximen pour le transport des effets délicats. Dans l’appartement, il ne restait qu’un gros meuble à vaisselle dont la taille exigeait qu’on le hisse par dessus la balustrade du balcon afin de le laisser glisser vers la cour du voisin d’en bas. Cette opération faisait plutôt peur que faire rire, je l’avoue, mais tout s’est bien passé. L’échelle a été dressée contre le mur, son bout atteignant un niveau juste au dessous de la balustrade. Une deuxième échelle, empruntée de Dahirou, a été placée à côté de la première. Roger a grimpé une des échelles et un jeune homme dénommé Dieudonné a grimpé la deuxième, tandis qu’une troisième personne, dont je ne connais pas le nom, s’est placée derrière (et en dessous) des échelles. J’ai annoncé que je n’avais pas les sous pour payer un séjour à l’hôpital et j’ai exhorté tout le monde à faire bien attention. Cela m’a valu des rires mais aussi des regards méprisants, car après tout, on savait ce qu’on faisait! Donc, le vaisselier est passé tête-bêche par la balustrade, tenu par trois gars (heureusement, il dispose de petites étagères qui permettent une bonne prise), qui l’ont laissé descendre lentement jusqu’à ce que les deux hommes sur les échelles puissent s’en saisir, aidés du troisième larron. De barreau en barreau, l’échelle est descendue jusque dans la cour – le tout n’a pas pris 5 minutes!
Et voilà – tout sorti de l’appartement; comme toujours à chaque déménagement dans ma vie, un grand étonnement par rapport à ce qu’on peut accumuler dans si peu de temps!
À la maison, la générale Judith avait mis tous les hommes présents à l’œuvre. Frédéric, un de ses cousins qu’elle avait invité à venir nous aider, a été mis au nettoyage des planchers, André a été renvoyé à l’appartement avec Njikam pour y faire le ménage et Simplice, qui a ma grande surprise avait décidé de rester au lieu de retourner à ses tâches de taximan, a été chargé du nettoyage des fenêtres. Quant à moi, Judith a annoncé que j’étais le patron et que je devais me tenir tranquille sur la véranda et qu’on viendrait me chercher si on avait vraiment besoin de moi! En fin d’après-midi, le gros du travail avait été accompli, mes gens partis, et j’ai passé le demeurant de la soirée à déballer des boîtes et des valises.
Je dois avouer que je me sentais un peu perdu dans tout cet espace qui tout d’un coup m’appartenait, mais ça n’a pas pris grand temps à s’y habituer! Cela a pris deux ou trois jours pour décider où placer tous les meubles, mais finalement tout a été bien rangé. Le seul hic, c’est que la promenade à pied pour se rendre au bureau est un peu plus longue, un bon dix minutes au lieu d’une, mais je m’y ferai sans doute!
Côté travail, on m’a tenu pas mal occupé également. Des collègues canadiens sont venus en mission offrir des formations dans plusieurs domaines, et la logistique s’est avérée un peu compliquée, car tous les membres du Centre portent plus d’un chapeau, et il fallait faire en sorte que tous puissent profiter de toutes les formations qui leur étaient destinées, portant sur le marketing et la publicité, le travail en équipe et certains thèmes administratifs.
C’était aussi le moment de la réunion annuelle du Comité directeur du projet, et il y avait pas mal à faire pour préparer cet évènement. SavoirSphère, l’agence d’exécution qui m’a embauché, gère aussi un projet à Douala, et il avait été décidé que, accompagné du père Natalino, directeur du Centre et de Spyros, chef du département des TIC, je devais me rendre à Douala afin de rencontrer les gens qui travaillaient au sein de ce projet-là, dans l’espoir qu’on puisse établir un partenariat avec cet établissement qui offre le même genre de formation en TIC.
Douala se trouve à environ 250 km de Yaoundé, et j’avoue avoir pris plaisir à l’idée que je pourrais enfin quitter la capitale et voir un peu de pays! Je suis descendu à Douala avec mes collègues canadiennes, dans une Toyota 4 X 4 (très confortable, je l’avoue!) que nous avions louée auprès du Haut commissariat du Canada (un des services qui y est offert), et nous sommes arrivés vers 16h. Notre hôtel se trouvant en plein quartier administratif de Douala, j’ai pu en profiter pour me promener un peu avant la noirceur. Très beau quartier, il faut dire, très propre. Douala étant la capitale économique du pays, on y trouve beaucoup de grands magasins et de commerces dans tous les domaines. Notre réunion s’est tenue le lendemain matin, et je suis rentré à Yaoundé l’après-midi du même jour, cette fois dans la camionnette du Centre, avec le père Natalino et Spyros, bien sûr! C’est Roger qui était au volant, et le voyage de retour a pris moins de temps que l’aller, car Roger conduit comme le mari de Marion! Le pays est très vert, ce qui n’est pas une surprise étant donné la pluviométrie, mais comme la route passe par des vallées pour arriver à Yaoundé (à 700 m d’altitude), il n’y avait pas de points de mire superbes. Un déplacement très court, dans l’ensemble, mais très agréable.
Revenons à l’appartement où tout a été calme pendant quelques semaines. Aurel, un soir, m’a demandé permission d’aller rendre visite à mère, malade, à Ebolowa, à 120 km de Yaoundé. On venait de lui apprendre qu’elle était dans le coma – que pouvais-je faire? Je lui ai donc accordé la permission demandée et je me suis organisé avec André pour que ce dernier monte la garde pendant l’absence d’Aurel. Aurel a réussi à me soutirer de l’argent avant son départ, 5000 francs (environ 12,50$), malgré le fait que j’avais annoncé au début du mois que je n’avais pas les moyens d’offrir de l’aide supplémentaire ce mois-ci. À son retour, quelques jours plus tard, il s’est essayé de nouveau pour me faire payer les médicaments pour sa mère, environ 200 $, mais je lui ai répété (sans mentir) que je n’avais pas l’argent pour ce faire. Il faut dire que je n’étais pas très content d’Aurel en ce moment et c’était donc plus facile de lui refuser de l’aide. Lisez, lisez….
André, donc, a monté la garde pendant l’absence d’Aurel. Le jeudi soir, Aurel m’a téléphoné pour dire qu’il était de retour, mais comme il avait été pris par la pluie, il était tout mouillé, très fatigué, etc., et pouvait-il recevoir une permission afin de se reposer encore une nuit avant de reprendre le travail le vendredi soir. Je n’avais aucune objection (suis-je trop gentil?), même si je savais qu’André accuserait un peu de retard ce soir-là, car l’épouse d’André avait été emmenée à l’hôpital ce matin-là. Ce n’est qu’après avoir donné la permission à Aurel, que j’ai reçu un coup de fil d’André pour m’annoncer que sa femme venait d’accoucher (un peu prématurément) d’un gros garçon. André voulait savoir, bien sûr, si Aurel était de retour. Tout en félicitant André, j’ai expliqué ce qui venait de se passer avec Aurel, mais j’ai ajouté qu’André n’avait pas besoin de se présenter, étant donné les circonstances (suis-je trop bon?). L’appartement étant pas mal sécuritaire, se trouvant à l’étage et ayant plusieurs grilles bien verrouillées, je n’avais aucune crainte à passer une nuit sans sentinelle. Néanmoins, vers 23h, André s’est présenté, à ma grande surprise. Il était, bien sûr, tout heureux de la nouvelle naissance, mais pas très content par rapport à Aurel, à qui il avait téléphoné pour expliquer la situation et lui demander de bien vouloir se rendre au boulot au lieu de toujours faire le fainéant. Aurel, bien sûr, a refusé (très égoïstement). J’avoue que je n’étais pas très content non plus, surtout qu’Aurel est celui qui parlait toujours de solidarité entre les vigiles. Évidemment, si j’y avais pensé, j’aurais dû appeler Aurel moi-même pour retirer ma permission, mais enfin… Par conséquent, Aurel n’avait pas la cote pour un bout de temps.
Bon, enfin, passons à l’évènement principal du mois de mai! Je vous conseille une petite pause avant de continuer la lecture…
Le mardi 20 mai on célébrait la Fête nationale, et le lundi avait été déclaré férié également afin que « le peuple » puisse profiter d’une très longue fin de semaine. Une de mes collègues du Canada, qui avait offert une formation, était toujours en ville, et nous avions convenu de manger ensemble le lundi midi afin de discuter de sa semaine à Yaoundé ainsi que de ce qu’elle proposait dans le domaine du marketing et de la publicité, le tout pour que j’aie une idée du suivi à faire. Après le repas, conduit par Njikam, comme presque toujours, je me suis rendu à la banque pour y vérifier le solde du compte à même le guichet automatique – eh, oui, ça existe ici, mais seulement à la banque même, donc il faut se rendre à l’établissement pour la consultation.
Cela fait, l’étui dans lequel je garde la carte bancaire et ma carte de crédit (en cas de besoin) a été retourné dans la poche où il vivait (vous me voyez venir, bien sûr!), acte dont Njikam a été témoin. Je lui ai demandé de me déposer au bureau car je voulais vérifier mes courriels, étant donné que ce n’était pas jour férié au Canada. Je ne suis pas resté longtemps au bureau, peut-être trois quarts d’heure, pour rentrer à l’appartement par la suite. Dahirou, qui était de garde, dormait comme d’habitude! Et comme d’habitude, j’ai sorti ma carte d’identité (qu’on doit avoir en tout temps avec soi) et l’étui de la poche où je les gardais, pour les mettre sur la table de mon bureau à la maison. Éventuellement, l’étui s’est retrouvé dans ma serviette, où il demeure jusqu’à ce que j’en aie besoin. La serviette, voyez-vous, ne quitte jamais mes mains lorsque je me rends au bureau, et je verrouille le bureau lorsque j’en sors, quelque soit la durée de mon absence.
En soirée, je m’occupe normalement à répondre aux courriels qui demandent un peu de réflexion, à jouer aux cartes ou à faire de la lecture, si possible. Je dis « si possible » parce qu’Aurel a tendance à entrer et venir me jaser au lieu de monter la garde, une remarque que je lui avais faite à maintes reprises, sans réussir à lui faire comprendre.
Nous étions un lundi, comme je l’ai dit, et Aurel est entré et sorti plusieurs fois, car le pauvre homme ne m’avait pas vu depuis le vendredi précédent. Je ne me souviens plus exactement de quoi il s’agissait, mais il me semble qu’il était question, encore une fois, d’un projet à but lucratif dont je serais l’investisseur principal. Il est plein d’idées, il faut le dire, toutes destinées à me soutirer de l’argent. Il espérait aussi, je crois, que j’aurais « trouvé » de l’argent pour l’aider avec l’achat des médicaments pour sa mère et pour lui aussi (il commençait une autre maladie, me disait-il), mais j’ai tenu bon en expliquant je n’avais pas les sous. Un peu excédé, je lui ai montré les photos de l’inondation à Fredericton, en lui expliquant que notre maison avait été touchée et que les réparations allaient coûter cher. De toute façon, comme je l’ai écrit ci-dessus, je n’étais pas très satisfait d’Aurel!
Le mardi, je suis resté à la maison toute la journée, m’occupant à de petites besognes, à faire du thé glacé, par exemple, un peu de lecture, une sieste, jeux de cartes et un peu de travail, car je planifiais une première formation. Rien de très épuisant, comme vous le constatez. C’était une journée où Mustapha était de garde et jour de lessive, donc il est entré et sorti de l’appartement plusieurs fois dans le courant de la journée. Comme il arrivait souvent à cette époque, je sentais bien qu’il avait bu – il a une façon différente de marcher (titubant!) et marmonne encore plus bas. Et Aurel, bien sûr, était là de nouveau en soirée.
Enfin nous arrivons au mercredi matin, où je me suis rendu au bureau. J’ai suivi ma routine quotidienne qui consiste à allumer l’ordinateur, à vider la serviette des dossiers que j’empile dans les tas « à faire aujourd’hui », et, sachant que je devais aller à la banque plus tard, j’ai jeté un coup d’œil dans la serviette pour m’assurer que l’étui était à sa place. Le chéquier y était, ainsi que le carnet de reçus, mais pas d’étu!. Un peu contrarié à l’idée que j’avais laissé l’étui à la maison, j’ai assisté au rassemblement quotidien avant de regagner l’appartement pour le récupérer. Pauvre Dahirou, de garde le mercredi, devait se demander ce qui me prenait, puisque je ne rentre pas normalement à 8h15 et que j’avais interrompu sa (première) sieste. Et, mes amis, vous avez bien deviné, l’étui ne s’y trouvait pas! La panique m’a pris, je vous le dis (pas étonnant!), et j’ai commencé à fouiller partout dans la pièce de l’appartement, en soulevant chaque feuille de papier, ouvrant tous les livres qui se trouvaient sur le bureau, en vain. Pas d’étui. Je suis donc retourné au bureau, afin de mieux fouiller là-bas. J’ai vidé la serviette, je l’ai retournée sens dessus-dessous, j’ai soulevé chaque feuille de papier sur chacun des bureaux (j’ai un bureau pour l’ordi, un bureau pour des papiers et une table de conférence), cherchant partout, au cas où j’aurais sorti l’étui à mon passage au bureau le lundi, quoique, si cela avait été le cas, il se serait retrouvé dans la serviette. Pas d’étui! Toujours pris de panique, j’ai appelé Njikam et je me suis rendu à la banque pour informer le personnel de la perte de la carte, avant qu’on puisse s’en servir. Évidemment, la carte est inutile à moins d’en connaître le NIP, et le NIP était en mémoire personnelle; par contre, on me dit qu’il y a des gens avec de l’équipement spécial qui peuvent décoder les cartes, et il faut dire que l’esprit n’était pas clair à ce moment-là. C’est lors de cette course que Njikam a confirmé qu’il m’avait vu remettre l’étui dans ma poche le lundi.
Une fois à la banque, on a bloqué la carte tout de suite, en m’annonçant que la nouvelle arriverait dans les dix jours, car elles sont fabriquées au Ghana. Cela ne représentait pas un gros problème, puisque je peux consulter le solde à la réception de la banque et sortir de l’argent au besoin en me présentant au guichet intérieur. Je suis rentré au bureau (il était environ 10h30), et j’ai refouillé le bureau et la serviette. C’est alors que je me suis rappelé que la carte de crédit se trouvait également dans l’étui, et j’ai essayé de communiquer avec VISA au Canada, afin d’annoncer la perte de la carte. Comme il arrive souvent, n’est-ce pas, je me suis trouvé en attente, et comme je ne pouvais pas me permettre une heure en attente en appel international, j’ai écrit à Marion pour lui demander de s’occuper de cette tâche-là. Et voilà, la carte bloquée, enfin! Après cela j’ai décidé de retourner à l’appartement pour faire des recherches encore plus approfondies, réveillant Dahirou de nouveau (ce qui n’a pas aidé à améliorer mon humeur, je dois vous le dire). Judith, pour que vous le sachiez, n’y était pas, car je lui avais donné congé pour la longue fin de semaine pour qu’elle puisse aller rendre visite à sa famille à Ebolowa, et je ne l’attendais pas avant l’après-midi du mercredi. J’ai refouillé la pièce où je travaille dans l’appartement, et ensuite le reste de l’appartement, vérifiant toutes les poches de toutes les chemises et de tous les pantalons, j’ai regardé dans le frigo (sait-on jamais?) et j’ai fouiné dans la poubelle (je cherchais partout!), ayant recouvert mes mains d’un sac de plastique pour ce faire. Toujours rien. La panique s’était amoindrie, puisque je savais que les cartes étaient maintenant inutiles, mais cela voulait dire que je n’avais pas accès à mes fonds personnels, ce qui était un moindre mal. C’est plutôt la colère qui m’envahissait… À 13h, j’ai décidé qu’il valait mieux que je retourne au travail, et en quittant l’appartement, j’ai annoncé à Dahirou, de façon un peu sèche, que je convoquais une réunion du personnel à 18h, heure à laquelle Aurel arrivait. Je lui ai demandé de faire le message à Mustapha, qu’il verrait sans doute.
Évidemment, étant donné que je n’avais pas réussi à retrouver mes cartes, j’étais convaincu qu’on me les avait volées. Au courant de la journée du mardi, et les deux soirées du lundi et du mardi, autant Aurel que Mustapha aurait pu entrer dans l’appartement pendant que j’étais à la salle de bains (en train de me soulager, comme on dit ici), pendant ma sieste (le jour, car je dors dur) ou pendant que je prenais une de mes douches (le 20 mai a été chaud, et j’ai pris une douche à midi également). Dahirou aurait pu entrer le lundi après-midi, mais comme il n’avait jamais fait ça auparavant, je ne le soupçonnais pas vraiment. De plus, il n’y avait pas grand temps entre mon retour le lundi après-midi et son départ, et il reste toujours en bas lorsqu’il est de garde (à dormir, bien sûr!).
De retour au bureau, j’ai encore une fois fouillé partout au cas où j’aurais manqué un endroit, mais toujours rien. J’ai donc préparé trois lettres de licenciement et je les ai montrées à mon collègue, Achille, qui détient un diplôme en gestion de ressources humaines et qui connaît bien le Code du travail. Achille était d’accord que j’avais le droit de licencier tous les vigiles, étant donné les circonstances. Roger, que j’avais bien sûr mis au courant, est venu me dire qu’il croyait que je devrais tout simplement annoncer la perte de l’étui, puisque je n’avais pas de preuve qu’il y avait eu vol, et il y avait toujours une petite chance que je le retrouve. Ma colère, a ce point, s’était amenuisée, et j’ai décidé que la proposition de Roger avait du mérite.
À 14h30, je suis retourné à l’appartement pour fouiller de nouveau, cette fois-ci avec l’aide de Judith qui venait d’arriver. Elle était très perturbée, évidemment, par l’incident.
Ce soir-là, donc, les quatre vigiles m’attendaient dans la cour – j’avais fait venir André aussi, car je lui avais rendu visite au courant de la journée au cas où l’étui m’aurait échappé lors d’une visite antérieure – et j’ai tout simplement annoncé que j’avais perdu mon étui, qu’il avait été dans mon bureau le lundi après-midi, et j’ai demandé de l’aide afin de le retrouver. Roger, voulant aider, a ajouté que si l’étui réapparaissait, il n’y aurait pas de problèmes. J’ai aussi annoncé que les cartes étaient maintenant inutiles, et que, malheureusement, leur perte faisait en sorte que je ne pouvais plus retirer de l’argent de mon compte au Canada et que, par conséquent, je ne savais pas quand je pourrais verser le salaire du personnel. Bien sûr, tous ont juré qu’ils étaient innocents, en tentant de placer le blâme sur les autres – belle solidarité!
Une fois la réunion terminée, Roger m’a accompagné dans l’appartement et, ensemble, nous avons de nouveau tout fouillé, y compris des boîtes que j’avais préparées pour le déménagement qui devait avoir lieu dans quelques jours. On a renversé les divans/sofas/canapés, on a passé la main partout, rien. Après quelques moments de réflexion, Roger m’a soudainement demandé d’écrire mon nom sur un bout de papier et, plus bas, d’y inscrire le nom des quatre vigiles. Il m’a dit qu’il venait d’avoir eu une idée, et partait consulter quelqu’un. Sans rien dire de plus, il est parti avec Simplice, l’autre taximan qui a eu la gentillesse d’accepter la course tout en ne sachant pas quand il se ferait payer (Njikam ne travaille pas après 18h, m’a-t-il déjà dit). Il était environ 19h30 à ce moment-là.
Dès le départ de Roger, Aurel est monté, tout fâché et plein de regrets par rapport à cette perte, protestant son innocence, me disant qu’il était honnête homme et quel dommage que tout le monde n’était pas comme lui. Il n’est pas resté longtemps, et est redescendu dans la cour, où il s’est tout de suite coucher sous l’escalier pour s’endormir, comme j’ai découvert plus tard! Franchement…. Vers 20h30, Roger est revenu, et j’ai dû descendre le laisser entrer (c’est comme ça que j’ai découvert qu’Aurel dormait dur). Roger avait l’air pas mal sévère, et m’a demandé la permission d’amener avec lui les quatre vigiles. Ayant réussi à réveiller Aurel, Roger est parti chercher les trois autres. Tout ce que Roger m’a dit, c’est qu’ils allaient consulter des « voyants ». Je me demandais ce qui se tramait, je l’avoue, mais comme Roger est un homme honorable et a toute la confiance du père, je n’ai rien dit. Ils sont partis, et je suis rentré, en m’assurant de tout bien verrouiller. À 23h30, ils n’étaient pas de retour, et ce n’est qu’à 1h que j’ai entendu la sonnette qu’Aurel a tiré pour m’avertir qu’il était de retour.
Lorsque je me suis levé, le lendemain matin (jeudi), j’ai ouvert les portes à 7h, ce qui était un peu plus tard que d’habitude. Aurel était toujours là (normalement, il partait à 5h30, si non plus tôt!), qui m’attendait. Il avait l’air pas mal ému par rapport aux évènements de la nuit précédente (il ne m’a pas offert de détails, j’en ai pris connaissance plus tard), m’a dit que rien de la sorte ne lui avait jamais arrivé, jura de nouveau qu’il était innocent, qu’il ne ferait pas en sorte de perdre le poste qui lui permettait de nourrir sa famille, etc. Il a ajouté qu’il espérait que je ne croyais pas que c’était lui le coupable. Je crois avoir réussi à demeurer imperturbable pendant tout ce discours, ne disant que tout ce qui s’était passé la nuit d’avant avait été du ressort de Roger, et que ma seule préoccupation était de récupérer mes cartes. Aurel a renchéri en me disant que tous ces « voyants » étaient des charlatans, du moins ceux qu’on trouvait en ville, qu’on ne trouvait les bons qu’au village et qu’il était certain que c’était un coup monté par les autres, car certains des « voyants » parlaient le même dialecte que Dahirou et Mustapha, etc. etc. Vous comprenez qu’à ce moment-là, je n’avais aucune idée de ce qui s’était passé, mais de la façon dont il parlait, il était évident que c’était Aurel qu’on avait indiqué comme la personne coupable. J’avoue tout de suite que c’est ce que je croyais aussi, et je vous explique pourquoi (je reprends la narration sous peu!).
Au mois de janvier ou février, lors d’une de ses incursions dans le bureau de l’appartement, Aurel avait aperçu l’étui sur le bureau et, comme toujours curieux de tout (« Je dois tout savoir afin de mieux vous garder »), il m’avait demandé ce que l’étui contenait. J’avais tout simplement dit que l’étui contenait ma carte bancaire qui me permettait de retirer de l’argent du compte, sans rien ajouter de plus. Bien sûr, j’aurais pu lui dire que ce n’était pas de ses affaires, mais j’avoue que je ne voyais pas le mal de lui dire de quoi il s’agissait. Ah, avait-il ajouté, j’aimerais ça avoir une carte comme ça, on peut prendre de l’argent quand on en a besoin. J’avais ri en disant qu’il fallait avoir de l’argent dans le compte pour en retirer, et j’avais placé l’étui dans la serviette. Vous voyez donc qu’il savait ce que contenait l’étui et que la carte permettait une opération miraculeuse à la banque. Ce n’est pas que le fait de savoir cela le rendait coupable, mais…
De retour à la narration…
Enfin, une fois Aurel parti, je suis allé au bureau. Roger est passé me voir tout de suite après le rassemblement quotidien, pour me dire qu’il avait demandé à Simplice de revenir le matin afin de continuer les consultations avec les « voyants ». Aurel, qui s’était plaint à Roger également que c’était un coup monté, avait demandé qu’on aille consulter des « voyants » que lui, Aurel, choisirait, ou du moins que personne du groupe n’aurait choisis. J’ai découvert plus tard qu’Aurel avait téléphoné à l’une de ses tantes qui lui avait recommandé une « voyante » en particulier, et que le groupe, suite aux insistances d’Aurel, s’est présenté là en premier, sans Roger qui, lui, devait travailler. André m’a raconté plus tard que ladite tante avait envoyé son fils pour accompagner le groupe à la résidence de la « voyante », mais que celle-ci aurait refuser d’entendre le cas et leur a proposé de consulter une autre personne. Lorsque le groupe s’est présenté à la deuxième « voyante », il paraît qu’Aurel aurait mentionné le nom de Judith, et cette « voyante » avait dit par la suite que c’était une femme qui avait touché la carte! Aurel, donc, a téléphoné à Roger qui est venu me demander si Judith pouvait se joindre au groupe pour d’autres consultations. J’ai dit que je n’avais aucune objection, mais que je n’en voyais pas l’utilité, puisque Judith avait été absente jusqu’au mercredi après-midi. J’ai téléphoné à Judith pour lui demander ce qu’elle pensait de l’idée et ça n’avait pas l’air de la déranger outre mesure. Les voilà donc tous repartis, toujours avec Simplice – si j’ai bien compris, ils sont allés voir trois autres « voyants » qui ont tous accusé Judith d’être la coupable! André m’a dit plus tard que les membres du groupe étaient horrifiés de ce qui se passait (sauf Aurel), puisqu’ils savaient que Judith ne pouvait pas être coupable. C’est André qui m’a dit, et cela a été confirmé par Simplice plus tard, qu’Aurel avait trouvé une façon d’insister sur le nom de Judith à chaque consultation.
À midi, Simplice m’a appelé pour me dire qu’il était à l’entrée du Centre et pouvait-il me rencontrer pour quelques minutes? Roger y était aussi, ainsi qu’Aurel, qui était en train de discuter très sérieusement avec Roger. Ce dernier a renvoyé Aurel, et est venu me dire que les « voyants » du jour avaient tous dit que c’était Judith la coupable! J’étais furieux, bien sûr, et j’ai fait remarquer à Roger que Judith n’aurait pas pu voler l’étui. Roger a suggéré que Judith aurait pu rentrer le lundi, car Aurel disait l’avoir vu entrer dans l’appartement cette journée-là!!!!!! J’ai rétorqué que a) Judith avait été amenée à la gare routière par Njikam et un collègue canadien qui lui avait acheté son billet d’autobus et avait attendu le départ avant de continuer son chemin; b) j’avais accordé un congé à Judith jusqu’au mercredi; c) Judith n’avait pas été dans l’appartement avant le mercredi après-midi, ce que Dahirou pourrait confirmer et d) comment Judith aurait-elle su que l’étui était là qui l’attendait, surtout que je ne crois pas que Judith ne l’ait jamais vu et e) que il y avait là un autre exemple de mensonge de la part d’Aurel. J’ai ajouté que c’était bizarre que les « voyants » du mercredi soir avaient tous indiqué que c’était Aurel le coupable et que ceux du jeudi avaient indiqué que c’était Judith, me menant à conclure qu’on ne pouvait rien y croire. De toute façon, il n’y avait plus rien à faire, les cartes étaient dorénavant inutiles et seraient remplacées un jour. Voilà donc…
Aurel était de bien bonne humeur jeudi soir, tout émerveillé par les superbes « charlatans » du jour qui avaient indiqué qui était la vraie coupable. Toute une modification à la chanson qu’il m’avait faite le matin! Je n’ai réagi ni à son discours, ni à sa profession de loyauté envers moi, un peu parce que je voulais voir où on s’en allait. Et bien sûr, je réfléchissais à ce que j’allais faire suite à tout ça.
Le lendemain matin (nous sommes donc le vendredi, le jour avant le déménagement), je me suis rendu à la nouvelle maison vers 7h30 pour y attendre le plombier que j’avais convoqué pour installer la toilette extérieure (à mes frais à soustraire du prochain versement du loyer) et pour parler à André qui m’avait téléphoné le soir précédent pour me dire qu’il y avait « beaucoup à parler ». C’était pas mal intéressant, car c’est là que j’ai appris ce qui s’était passé lors des consultations avec les « voyants ». Il paraît qu’il y a des incantations (bien sûr), et qu’un cercle est dessiné à même le sol. Deux petits balais sont placés juste à l’extérieur du cercle, et chaque personne demande « Est-ce que c’est moi qui ai pris l’étui? » et essaie d’entrer dans le cercle. Les personnes innocentes passent, les personnes coupables sont bloquées par les balais dont émane une force contre les personnes néfastes – du moins, c’est ce qu’André a dit. Et il est impossible de forcer les balais à vous permettre d’entrer dans le cercle. On se demande comment ça marche! Le mercredi soir, tous les balais avaient bloqué Aurel, et le jeudi matin, l’avaient bloqué une fois et Judith deux fois, quoique tous les « voyants » du jeudi aient indiqué que Judith était impliquée, d’une façon ou d’une autre. La première fois que Judith a été bloquée c’était auprès de la « voyante » qui avait été prévenue de leur arrivée (André pense que la tante d’Aurel a téléphoné à la première « voyante » pour l’avertir, et que celle-ci a averti la deuxième; si vous suivez toutes ces dédales, vous êtes forts!). André m’a aussi raconté en détail la façon dont Aurel s’était comporté, s’assurant que c’était lui, Aurel, qui expliquait la situation et s’assurant également que le nom de Judith était mentionné. C’est à ce moment, paraîtrait-il, qu’Aurel aurait dit qu’il avait vu Judith entrer dans l’appartement le lundi. Pas très agréable comme comportement, et Dahirou, pauvre nouille, n’a pas osé contredire Aurel. Plus tôt, lorsque j’avais dit à Roger que Dahirou pourrait confirmer que Judith n’avait PAS été présente le lundi, Roger avait simplement dit que Dahirou avait peut-être quitté les lieux, ce qu’il faisait souvent…
Le plombier est finalement arrivé, et bientôt après Njikam, que j’avais convoqué, sachant que nous serions obligés d’aller chercher des pièces pour que le plombier puisse terminer son travail. Nous sommes donc partis faire les courses nécessaires, et à notre retour, Judith était là. Pour en dire le moins, elle n’était pas de bonne humeur. Heureusement, ce n’est pas à moi qu’elle en voulait, mais à Aurel (et à Roger pour avoir proposé les consultations). Pendant que le plombier s’affairait, Judith, André et Njikam se sont défoulés par rapport à Aurel – je ne m’étais pas rendu compte à quel point cet homme avait un effet négatif sur tout le monde. Njikam, bien sûr, connaissait Aurel du fait qu’il l’avait promené avec sa belle-mère et nous a raconté certaines des histoires à dormir debout dont Aurel leur avait fait part; André nous a raconté la fois qu’Aurel avait essayé de faire dire à André qu’Aurel était venu le voir pendant la nuit, afin d’expliquer une absence, et ainsi de suite. Le temps que le plombier termine son travail, tout le monde s’était calmé, et j’avais pris la décision qu’Aurel devrait être renvoyé, ainsi que les deux autres, si je voulais qu’on retrouve la bonne humeur et l’harmonie dans la maisonnée. Et évidemment, je ne serais jamais certain de sa présence toute la nuit, et l’accusation contre Judith m’agaçait autant que le manque de volonté à aider André lorsque celui-ci le lui avait demandé.
Le samedi, une fois que le déménagement terminé, j’ai annoncé à Dahirou que je lui offrais une semaine de congé payé, et je lui ai demandé d’en faire part à Mustapha, en ajoutant que j’espérais avoir des fonds pour payer les salaires le vendredi suivant. Dahirou était content du fait qu’il avait un congé, même s’il avait l’air un peu perplexe. Je lui ai expliqué, comme je l’avais fait à Aurel le soir précédent, que ce serait une bonne chose que nous prenions tous un peu d’écart après les évènements, et que, étant donné que je payais André pour être vigile 24/7 jusqu’à la fin du mois de mai, que c’était un bon moment d’accorder un congé à tout le monde.
Le jeudi de la dernière semaine du mois de mai, donc, j’ai préparé mes enveloppes, y compris les attestations de travail pour les trois vigiles que j’allais licencier. J’ai vérifié auprès d’Achille de nouveau pour m’assurer que j’agissais conformément aux dispositions du Code du travail et des contrats que j’avais signés avec ce personnel.
Le vendredi matin, j’ai envoyé un message à Aurel, de la part de qui je n’avais reçu aucune nouvelle pendant la semaine, lui demandant de se présenter au bureau à 13h30, et j’ai laissé un message au bar pour Dahirou et Mustapha, sachant qu’ils y passeraient dans le courant de la matinée. Aurel s’est présenté le premier, peu après 13h, a signé tous les reçus nécessaires, et m’a demandé l’horaire de garde pour la nouvelle maison. Je lui ai dit, doucement, que je lui donnais son mois de préavis, et qu’il devrait passer le mois à se chercher autre chose (il aurait donc deux mois, juin et juillet, pour se placer). Il avait l’air étonné à la nouvelle, quoique je croie qu’il s’y attendait un peu (il n’est pas stupide, pour en dire le moins, certainement très rusé, et comme je l’ai dit ailleurs, bon acteur). Mustapha, puant l’alcool (même notre secrétaire lui a passé la remarque!) s’est présenté dès qu’Aurel est parti, a pris son argent, n’a exprimé aucune surprise que je ne reconduise pas son contrat, et m’a annoncé qu’il partait pour le Nord avec ses enfants, me salua et est sorti tout en titubant. Enfin, Dahirou est arrivé, a pris son argent et a accepté la nouvelle du non renouvellement de contrat assez bien (on voyait qu’il s’y attendait), et est parti à son tour. Pas une tâche agréable à accomplir, je vous le dis.
Et voilà, c’est la fin de la saga des vigiles – du moins, je l’espère. Au moment où je vous écris, j’attends encore ma nouvelle carte bancaire, et la nouvelle carte VISA m’attend à Fredericton. À la maison se trouvent Judith, André et le cousin de Judith, Frédéric, que j’ai engagé à l’essai en tant que vigile de jour pour un mois. J’ai aussi engagé un type dénommé Oumarou qui va travailler deux nuits par semaine, afin qu’André puisse se reposer de temps en temps! Oumarou est un de mes collègues menuisiers au Centre, qui a déjà travaillé en tant que vigile, et se cherchait un petit quelque chose pour arrondir les mois.
Pour changer de sujet et d’ambiance, j’ai eu l’occasion de quitter la ville encore une fois! Youpi! Le Centre a organisé une excursion de fin d’année pour son personnel et bien que la participation n’y était pas obligatoire, je me suis dit que ce serait une bonne occasion de côtoyer tous mes collègues dans un cadre différent – surtout qu’on planifiait offrir une séance de formation portant sur le travail d’équipe, et qu’il fallait bien faire partie de l’équipe. Nous sommes allés à Kribi, un port de mer au sud de Douala, où se trouvent, me dit-on, les plus belles plages du Cameroun. Les Salésiens y tiennent une sorte de camp de vacances à environ 10 km de la ville, et c’est là que nous sommes restés. Nous avons quitté Yaoundé le vendredi 6 juin, moi assis dans la cabine du camion (oui, celui qui a transporté les enfants et qui a été utilisé pour mon déménagement, vous voyez le genre, délabré, sans bâche) et nous sommes rentrés le dimanche. J’aurais bien voulu me jucher avec mes collègues à l’arrière du camion, à ciel ouvert, mais tous y ont apporté leur véto – sans doute pour le mieux, car il faisait beau soleil et j’aurais sans doute attrapé un bon coup de soleil au cours du voyage qui a duré cinq heures (à cause des arrêts le long du chemin). Kribi se trouve également à environ 250 km de Yaoundé.
Une fois arrivés au « camp », nous nous sommes installés. Il y a deux dortoirs, chacun pouvant accueillir jusqu’à 50 personnes, et un petit nombre de chambres plus petites, l’une desquelles m’a été accordée. Premier item à l’ordre du jour : visite à la plage où nous tous nous nous sommes amusés pendant deux heures. Cette période de relaxation a été suivie d’un bon repas (des spaghettis, avec une bonne sauce, miam! Ça faisait changement de l’éternel poulet ou poisson servis à tous les autres repas). Un peu plus tard, une fois la vaisselle faite, nous sommes allés en ville – et l’honneur a été sauvé car on m’a permis de voyager dans l’arrière du camion. Comme il faisait noir, on n’y voyait très peu, et c’est au centre-ville qu’on nous a déposés afin que tous puissent se trouver un petit bar où nous avons siroté notre bière en attendant l’heure du retour. À 22h30, il fallait éteindre les lumières.
Au lever du jour, il faisait beau – d’ailleurs, il a fait beau tout le temps que nous étions à Kribi, ce qui a réconforté les voyageurs du camion – et certains d’entre nous sommes allés nous baigner dès l’aube, faisant preuve d’une énergie peu commune, du moins dans mon cas! Un bon petit déjeuner (une baguette par personne avec tartinade au chocolat, miam) a été servi, et, peu après, la séance de formation a commencé. Tout se passait très bien lorsque, tout à coup, une vision de mon enfance est apparue! Un prêtre, soutane noire au vent et portant un chapeau noir dont il devait tenir les rebords, a fait son entrée, nous a salué et est disparu dans le bureau du « camp ». Polis, nous avons tous murmuré un « bonjour », demeurant éberlués devant l’irruption des lieux par des dizaines et des dizaines d’autres prêtres, une vraie armada, tous en soutane et chapeau noirs, accompagnés d’une seule bonne sœur. Il y avait 120 de ces prêtres – nous avons appris par la suite qu’il s’agissait de séminaristes – qui venaient se reposer et se détendre pendant une semaine avant les examens de fin d’année! Ils avaient réservé les lieux pour le dimanche, mais avaient décidé d’arriver le samedi, sans avertir, et se sont étonnés de trouver du monde dans LEUR « camp ». Notre séance de formation, bien sûr, a pris fin, car il a fallu décider comment héberger tout ce beau monde dans l’espace qui se trouvait dans les dortoirs. Finalement, nous avons déménagé « nos femmes » de l’un des dortoirs pour leur offrir un certain nombre des petites chambres (et il y a eu déménagement de lits aussi) et « nos hommes », moi compris, se sont tous installés dans l’autre dortoir, laissant aux séminaristes le plaisir de décider comment coucher 120 personnes à même 50 lits. On s’est dit que c’était à eux de décider de leur sort! Tout ceci s’est passé dans la bonne humeur, quoique le père Natalino était un peu fâché que son atelier portant sur le travail d’équipe ne puisse être terminé. Ah, dit-il, c’est ça l’Afrique!
La ville de Kribi, où nous avons passé l’après-midi du samedi, n’est pas spectaculaire, mais agréable, tout de même. Tout plat, bien sûr, des boutiques et des marchés intéressants. Je n’ai pas pu tout visiter, malheureusement, mais on me dit que c’est un lieu pour les touristes. On parle aussi d’agrandir le port, donc il se peut que la ville prenne plus d’ampleur dans les années à venir.
***
En ce moment, je suis en pleine planification pour une formation que je dois animer du 28 au 31 juillet, m’assurant que les leçons apprises lors de la formation que je viens tout juste de terminer y soient intégrées. Le Centre sera calme, car mes collègues sont en vacances, et c’est moi qui détient la responsabilité technologique du Centre – hem, faut pas rire trop fort, mes amis!
Voilà, vous êtes maintenant à jour – il y aura peut-être un autre affichage avant le 31 juillet, date à laquelle je pars pour trois semaines au Canada, mais je ne promets rien. Comme toujours, je vous enverrai un courriel pour annoncer le nouvel affichage.
Ciao!
David
Le silence a duré plus longtemps que prévu, je l’avoue, et par conséquent vous aurez droit à une très longue narration. Des évènements amusants, d’autres moins amusants, le tout se passant en même temps, évidemment. Mais, afin de conserver une certaine logique et de vous rendre la lecture un peu plus facile, je vous propose des récits séparés.
Je vous ai quitté, la dernière fois, en vous promettant des histoires amusantes par rapport au déménagement vers la nouvelle maison, déménagement qui a finalement eu lieu le 24 mai, beaucoup plus tard que je ne l’avais espéré. Les retards accusés par rapport aux petites réparations m’ont énervé, il faut le dire, mais, finalement, les réparations majeures (y compris une fuite d’eau) ont été terminées. Mais, hélas, mes amis, rien d’amusant à raconter par rapport au déménagement – tout s’est passé sans accrocs, à ma grande surprise!
Roger m’avait dit que le déménagement allait commencer à 7h, le premier chargement devant être les meubles emmagasinés au Centre qui seraient véhiculés vers la nouvelle maison. Je m’étais dit que cela voulait dire que rien ne commencerait avant 8h au plus tôt, et je prenais tout mon temps pour emballer les derniers petits trucs en attendant l’arrivée de Judith, qui voulait jeter un dernier coup d’œil à l’appartement avant de se rendre à la nouvelle maison.
À 8h précises, deux de mes collègues, Raoul (le préfet des études) et Manga (un des menuisiers au Centre), se sont présentés à l’appartement, portant une longue échelle en aluminium entre eux, et ont annoncé que les meubles étaient en route pour la maison, et qu’ils avaient reçu les ordres de descendre les meubles de l’appartement dans la cour. Ils se sont mis à l’œuvre tout de suite, et Judith, arrivée vers 8h15, a décidé de se rendre directement à la nouvelle maison avant que « ces hommes » ne placent les meubles aux mauvais endroits!
Le camion est arrivé vers les 9h, au moment où Raoul et Manga, aidés de Njikam et Simplice (« mes » deux taximen), avaient terminé de tout descendre - j’avais retenu les services des taximen pour le transport des effets délicats. Dans l’appartement, il ne restait qu’un gros meuble à vaisselle dont la taille exigeait qu’on le hisse par dessus la balustrade du balcon afin de le laisser glisser vers la cour du voisin d’en bas. Cette opération faisait plutôt peur que faire rire, je l’avoue, mais tout s’est bien passé. L’échelle a été dressée contre le mur, son bout atteignant un niveau juste au dessous de la balustrade. Une deuxième échelle, empruntée de Dahirou, a été placée à côté de la première. Roger a grimpé une des échelles et un jeune homme dénommé Dieudonné a grimpé la deuxième, tandis qu’une troisième personne, dont je ne connais pas le nom, s’est placée derrière (et en dessous) des échelles. J’ai annoncé que je n’avais pas les sous pour payer un séjour à l’hôpital et j’ai exhorté tout le monde à faire bien attention. Cela m’a valu des rires mais aussi des regards méprisants, car après tout, on savait ce qu’on faisait! Donc, le vaisselier est passé tête-bêche par la balustrade, tenu par trois gars (heureusement, il dispose de petites étagères qui permettent une bonne prise), qui l’ont laissé descendre lentement jusqu’à ce que les deux hommes sur les échelles puissent s’en saisir, aidés du troisième larron. De barreau en barreau, l’échelle est descendue jusque dans la cour – le tout n’a pas pris 5 minutes!
Et voilà – tout sorti de l’appartement; comme toujours à chaque déménagement dans ma vie, un grand étonnement par rapport à ce qu’on peut accumuler dans si peu de temps!
À la maison, la générale Judith avait mis tous les hommes présents à l’œuvre. Frédéric, un de ses cousins qu’elle avait invité à venir nous aider, a été mis au nettoyage des planchers, André a été renvoyé à l’appartement avec Njikam pour y faire le ménage et Simplice, qui a ma grande surprise avait décidé de rester au lieu de retourner à ses tâches de taximan, a été chargé du nettoyage des fenêtres. Quant à moi, Judith a annoncé que j’étais le patron et que je devais me tenir tranquille sur la véranda et qu’on viendrait me chercher si on avait vraiment besoin de moi! En fin d’après-midi, le gros du travail avait été accompli, mes gens partis, et j’ai passé le demeurant de la soirée à déballer des boîtes et des valises.
Je dois avouer que je me sentais un peu perdu dans tout cet espace qui tout d’un coup m’appartenait, mais ça n’a pas pris grand temps à s’y habituer! Cela a pris deux ou trois jours pour décider où placer tous les meubles, mais finalement tout a été bien rangé. Le seul hic, c’est que la promenade à pied pour se rendre au bureau est un peu plus longue, un bon dix minutes au lieu d’une, mais je m’y ferai sans doute!
Côté travail, on m’a tenu pas mal occupé également. Des collègues canadiens sont venus en mission offrir des formations dans plusieurs domaines, et la logistique s’est avérée un peu compliquée, car tous les membres du Centre portent plus d’un chapeau, et il fallait faire en sorte que tous puissent profiter de toutes les formations qui leur étaient destinées, portant sur le marketing et la publicité, le travail en équipe et certains thèmes administratifs.
C’était aussi le moment de la réunion annuelle du Comité directeur du projet, et il y avait pas mal à faire pour préparer cet évènement. SavoirSphère, l’agence d’exécution qui m’a embauché, gère aussi un projet à Douala, et il avait été décidé que, accompagné du père Natalino, directeur du Centre et de Spyros, chef du département des TIC, je devais me rendre à Douala afin de rencontrer les gens qui travaillaient au sein de ce projet-là, dans l’espoir qu’on puisse établir un partenariat avec cet établissement qui offre le même genre de formation en TIC.
Douala se trouve à environ 250 km de Yaoundé, et j’avoue avoir pris plaisir à l’idée que je pourrais enfin quitter la capitale et voir un peu de pays! Je suis descendu à Douala avec mes collègues canadiennes, dans une Toyota 4 X 4 (très confortable, je l’avoue!) que nous avions louée auprès du Haut commissariat du Canada (un des services qui y est offert), et nous sommes arrivés vers 16h. Notre hôtel se trouvant en plein quartier administratif de Douala, j’ai pu en profiter pour me promener un peu avant la noirceur. Très beau quartier, il faut dire, très propre. Douala étant la capitale économique du pays, on y trouve beaucoup de grands magasins et de commerces dans tous les domaines. Notre réunion s’est tenue le lendemain matin, et je suis rentré à Yaoundé l’après-midi du même jour, cette fois dans la camionnette du Centre, avec le père Natalino et Spyros, bien sûr! C’est Roger qui était au volant, et le voyage de retour a pris moins de temps que l’aller, car Roger conduit comme le mari de Marion! Le pays est très vert, ce qui n’est pas une surprise étant donné la pluviométrie, mais comme la route passe par des vallées pour arriver à Yaoundé (à 700 m d’altitude), il n’y avait pas de points de mire superbes. Un déplacement très court, dans l’ensemble, mais très agréable.
Revenons à l’appartement où tout a été calme pendant quelques semaines. Aurel, un soir, m’a demandé permission d’aller rendre visite à mère, malade, à Ebolowa, à 120 km de Yaoundé. On venait de lui apprendre qu’elle était dans le coma – que pouvais-je faire? Je lui ai donc accordé la permission demandée et je me suis organisé avec André pour que ce dernier monte la garde pendant l’absence d’Aurel. Aurel a réussi à me soutirer de l’argent avant son départ, 5000 francs (environ 12,50$), malgré le fait que j’avais annoncé au début du mois que je n’avais pas les moyens d’offrir de l’aide supplémentaire ce mois-ci. À son retour, quelques jours plus tard, il s’est essayé de nouveau pour me faire payer les médicaments pour sa mère, environ 200 $, mais je lui ai répété (sans mentir) que je n’avais pas l’argent pour ce faire. Il faut dire que je n’étais pas très content d’Aurel en ce moment et c’était donc plus facile de lui refuser de l’aide. Lisez, lisez….
André, donc, a monté la garde pendant l’absence d’Aurel. Le jeudi soir, Aurel m’a téléphoné pour dire qu’il était de retour, mais comme il avait été pris par la pluie, il était tout mouillé, très fatigué, etc., et pouvait-il recevoir une permission afin de se reposer encore une nuit avant de reprendre le travail le vendredi soir. Je n’avais aucune objection (suis-je trop gentil?), même si je savais qu’André accuserait un peu de retard ce soir-là, car l’épouse d’André avait été emmenée à l’hôpital ce matin-là. Ce n’est qu’après avoir donné la permission à Aurel, que j’ai reçu un coup de fil d’André pour m’annoncer que sa femme venait d’accoucher (un peu prématurément) d’un gros garçon. André voulait savoir, bien sûr, si Aurel était de retour. Tout en félicitant André, j’ai expliqué ce qui venait de se passer avec Aurel, mais j’ai ajouté qu’André n’avait pas besoin de se présenter, étant donné les circonstances (suis-je trop bon?). L’appartement étant pas mal sécuritaire, se trouvant à l’étage et ayant plusieurs grilles bien verrouillées, je n’avais aucune crainte à passer une nuit sans sentinelle. Néanmoins, vers 23h, André s’est présenté, à ma grande surprise. Il était, bien sûr, tout heureux de la nouvelle naissance, mais pas très content par rapport à Aurel, à qui il avait téléphoné pour expliquer la situation et lui demander de bien vouloir se rendre au boulot au lieu de toujours faire le fainéant. Aurel, bien sûr, a refusé (très égoïstement). J’avoue que je n’étais pas très content non plus, surtout qu’Aurel est celui qui parlait toujours de solidarité entre les vigiles. Évidemment, si j’y avais pensé, j’aurais dû appeler Aurel moi-même pour retirer ma permission, mais enfin… Par conséquent, Aurel n’avait pas la cote pour un bout de temps.
Bon, enfin, passons à l’évènement principal du mois de mai! Je vous conseille une petite pause avant de continuer la lecture…
Le mardi 20 mai on célébrait la Fête nationale, et le lundi avait été déclaré férié également afin que « le peuple » puisse profiter d’une très longue fin de semaine. Une de mes collègues du Canada, qui avait offert une formation, était toujours en ville, et nous avions convenu de manger ensemble le lundi midi afin de discuter de sa semaine à Yaoundé ainsi que de ce qu’elle proposait dans le domaine du marketing et de la publicité, le tout pour que j’aie une idée du suivi à faire. Après le repas, conduit par Njikam, comme presque toujours, je me suis rendu à la banque pour y vérifier le solde du compte à même le guichet automatique – eh, oui, ça existe ici, mais seulement à la banque même, donc il faut se rendre à l’établissement pour la consultation.
Cela fait, l’étui dans lequel je garde la carte bancaire et ma carte de crédit (en cas de besoin) a été retourné dans la poche où il vivait (vous me voyez venir, bien sûr!), acte dont Njikam a été témoin. Je lui ai demandé de me déposer au bureau car je voulais vérifier mes courriels, étant donné que ce n’était pas jour férié au Canada. Je ne suis pas resté longtemps au bureau, peut-être trois quarts d’heure, pour rentrer à l’appartement par la suite. Dahirou, qui était de garde, dormait comme d’habitude! Et comme d’habitude, j’ai sorti ma carte d’identité (qu’on doit avoir en tout temps avec soi) et l’étui de la poche où je les gardais, pour les mettre sur la table de mon bureau à la maison. Éventuellement, l’étui s’est retrouvé dans ma serviette, où il demeure jusqu’à ce que j’en aie besoin. La serviette, voyez-vous, ne quitte jamais mes mains lorsque je me rends au bureau, et je verrouille le bureau lorsque j’en sors, quelque soit la durée de mon absence.
En soirée, je m’occupe normalement à répondre aux courriels qui demandent un peu de réflexion, à jouer aux cartes ou à faire de la lecture, si possible. Je dis « si possible » parce qu’Aurel a tendance à entrer et venir me jaser au lieu de monter la garde, une remarque que je lui avais faite à maintes reprises, sans réussir à lui faire comprendre.
Nous étions un lundi, comme je l’ai dit, et Aurel est entré et sorti plusieurs fois, car le pauvre homme ne m’avait pas vu depuis le vendredi précédent. Je ne me souviens plus exactement de quoi il s’agissait, mais il me semble qu’il était question, encore une fois, d’un projet à but lucratif dont je serais l’investisseur principal. Il est plein d’idées, il faut le dire, toutes destinées à me soutirer de l’argent. Il espérait aussi, je crois, que j’aurais « trouvé » de l’argent pour l’aider avec l’achat des médicaments pour sa mère et pour lui aussi (il commençait une autre maladie, me disait-il), mais j’ai tenu bon en expliquant je n’avais pas les sous. Un peu excédé, je lui ai montré les photos de l’inondation à Fredericton, en lui expliquant que notre maison avait été touchée et que les réparations allaient coûter cher. De toute façon, comme je l’ai écrit ci-dessus, je n’étais pas très satisfait d’Aurel!
Le mardi, je suis resté à la maison toute la journée, m’occupant à de petites besognes, à faire du thé glacé, par exemple, un peu de lecture, une sieste, jeux de cartes et un peu de travail, car je planifiais une première formation. Rien de très épuisant, comme vous le constatez. C’était une journée où Mustapha était de garde et jour de lessive, donc il est entré et sorti de l’appartement plusieurs fois dans le courant de la journée. Comme il arrivait souvent à cette époque, je sentais bien qu’il avait bu – il a une façon différente de marcher (titubant!) et marmonne encore plus bas. Et Aurel, bien sûr, était là de nouveau en soirée.
Enfin nous arrivons au mercredi matin, où je me suis rendu au bureau. J’ai suivi ma routine quotidienne qui consiste à allumer l’ordinateur, à vider la serviette des dossiers que j’empile dans les tas « à faire aujourd’hui », et, sachant que je devais aller à la banque plus tard, j’ai jeté un coup d’œil dans la serviette pour m’assurer que l’étui était à sa place. Le chéquier y était, ainsi que le carnet de reçus, mais pas d’étu!. Un peu contrarié à l’idée que j’avais laissé l’étui à la maison, j’ai assisté au rassemblement quotidien avant de regagner l’appartement pour le récupérer. Pauvre Dahirou, de garde le mercredi, devait se demander ce qui me prenait, puisque je ne rentre pas normalement à 8h15 et que j’avais interrompu sa (première) sieste. Et, mes amis, vous avez bien deviné, l’étui ne s’y trouvait pas! La panique m’a pris, je vous le dis (pas étonnant!), et j’ai commencé à fouiller partout dans la pièce de l’appartement, en soulevant chaque feuille de papier, ouvrant tous les livres qui se trouvaient sur le bureau, en vain. Pas d’étui. Je suis donc retourné au bureau, afin de mieux fouiller là-bas. J’ai vidé la serviette, je l’ai retournée sens dessus-dessous, j’ai soulevé chaque feuille de papier sur chacun des bureaux (j’ai un bureau pour l’ordi, un bureau pour des papiers et une table de conférence), cherchant partout, au cas où j’aurais sorti l’étui à mon passage au bureau le lundi, quoique, si cela avait été le cas, il se serait retrouvé dans la serviette. Pas d’étui! Toujours pris de panique, j’ai appelé Njikam et je me suis rendu à la banque pour informer le personnel de la perte de la carte, avant qu’on puisse s’en servir. Évidemment, la carte est inutile à moins d’en connaître le NIP, et le NIP était en mémoire personnelle; par contre, on me dit qu’il y a des gens avec de l’équipement spécial qui peuvent décoder les cartes, et il faut dire que l’esprit n’était pas clair à ce moment-là. C’est lors de cette course que Njikam a confirmé qu’il m’avait vu remettre l’étui dans ma poche le lundi.
Une fois à la banque, on a bloqué la carte tout de suite, en m’annonçant que la nouvelle arriverait dans les dix jours, car elles sont fabriquées au Ghana. Cela ne représentait pas un gros problème, puisque je peux consulter le solde à la réception de la banque et sortir de l’argent au besoin en me présentant au guichet intérieur. Je suis rentré au bureau (il était environ 10h30), et j’ai refouillé le bureau et la serviette. C’est alors que je me suis rappelé que la carte de crédit se trouvait également dans l’étui, et j’ai essayé de communiquer avec VISA au Canada, afin d’annoncer la perte de la carte. Comme il arrive souvent, n’est-ce pas, je me suis trouvé en attente, et comme je ne pouvais pas me permettre une heure en attente en appel international, j’ai écrit à Marion pour lui demander de s’occuper de cette tâche-là. Et voilà, la carte bloquée, enfin! Après cela j’ai décidé de retourner à l’appartement pour faire des recherches encore plus approfondies, réveillant Dahirou de nouveau (ce qui n’a pas aidé à améliorer mon humeur, je dois vous le dire). Judith, pour que vous le sachiez, n’y était pas, car je lui avais donné congé pour la longue fin de semaine pour qu’elle puisse aller rendre visite à sa famille à Ebolowa, et je ne l’attendais pas avant l’après-midi du mercredi. J’ai refouillé la pièce où je travaille dans l’appartement, et ensuite le reste de l’appartement, vérifiant toutes les poches de toutes les chemises et de tous les pantalons, j’ai regardé dans le frigo (sait-on jamais?) et j’ai fouiné dans la poubelle (je cherchais partout!), ayant recouvert mes mains d’un sac de plastique pour ce faire. Toujours rien. La panique s’était amoindrie, puisque je savais que les cartes étaient maintenant inutiles, mais cela voulait dire que je n’avais pas accès à mes fonds personnels, ce qui était un moindre mal. C’est plutôt la colère qui m’envahissait… À 13h, j’ai décidé qu’il valait mieux que je retourne au travail, et en quittant l’appartement, j’ai annoncé à Dahirou, de façon un peu sèche, que je convoquais une réunion du personnel à 18h, heure à laquelle Aurel arrivait. Je lui ai demandé de faire le message à Mustapha, qu’il verrait sans doute.
Évidemment, étant donné que je n’avais pas réussi à retrouver mes cartes, j’étais convaincu qu’on me les avait volées. Au courant de la journée du mardi, et les deux soirées du lundi et du mardi, autant Aurel que Mustapha aurait pu entrer dans l’appartement pendant que j’étais à la salle de bains (en train de me soulager, comme on dit ici), pendant ma sieste (le jour, car je dors dur) ou pendant que je prenais une de mes douches (le 20 mai a été chaud, et j’ai pris une douche à midi également). Dahirou aurait pu entrer le lundi après-midi, mais comme il n’avait jamais fait ça auparavant, je ne le soupçonnais pas vraiment. De plus, il n’y avait pas grand temps entre mon retour le lundi après-midi et son départ, et il reste toujours en bas lorsqu’il est de garde (à dormir, bien sûr!).
De retour au bureau, j’ai encore une fois fouillé partout au cas où j’aurais manqué un endroit, mais toujours rien. J’ai donc préparé trois lettres de licenciement et je les ai montrées à mon collègue, Achille, qui détient un diplôme en gestion de ressources humaines et qui connaît bien le Code du travail. Achille était d’accord que j’avais le droit de licencier tous les vigiles, étant donné les circonstances. Roger, que j’avais bien sûr mis au courant, est venu me dire qu’il croyait que je devrais tout simplement annoncer la perte de l’étui, puisque je n’avais pas de preuve qu’il y avait eu vol, et il y avait toujours une petite chance que je le retrouve. Ma colère, a ce point, s’était amenuisée, et j’ai décidé que la proposition de Roger avait du mérite.
À 14h30, je suis retourné à l’appartement pour fouiller de nouveau, cette fois-ci avec l’aide de Judith qui venait d’arriver. Elle était très perturbée, évidemment, par l’incident.
Ce soir-là, donc, les quatre vigiles m’attendaient dans la cour – j’avais fait venir André aussi, car je lui avais rendu visite au courant de la journée au cas où l’étui m’aurait échappé lors d’une visite antérieure – et j’ai tout simplement annoncé que j’avais perdu mon étui, qu’il avait été dans mon bureau le lundi après-midi, et j’ai demandé de l’aide afin de le retrouver. Roger, voulant aider, a ajouté que si l’étui réapparaissait, il n’y aurait pas de problèmes. J’ai aussi annoncé que les cartes étaient maintenant inutiles, et que, malheureusement, leur perte faisait en sorte que je ne pouvais plus retirer de l’argent de mon compte au Canada et que, par conséquent, je ne savais pas quand je pourrais verser le salaire du personnel. Bien sûr, tous ont juré qu’ils étaient innocents, en tentant de placer le blâme sur les autres – belle solidarité!
Une fois la réunion terminée, Roger m’a accompagné dans l’appartement et, ensemble, nous avons de nouveau tout fouillé, y compris des boîtes que j’avais préparées pour le déménagement qui devait avoir lieu dans quelques jours. On a renversé les divans/sofas/canapés, on a passé la main partout, rien. Après quelques moments de réflexion, Roger m’a soudainement demandé d’écrire mon nom sur un bout de papier et, plus bas, d’y inscrire le nom des quatre vigiles. Il m’a dit qu’il venait d’avoir eu une idée, et partait consulter quelqu’un. Sans rien dire de plus, il est parti avec Simplice, l’autre taximan qui a eu la gentillesse d’accepter la course tout en ne sachant pas quand il se ferait payer (Njikam ne travaille pas après 18h, m’a-t-il déjà dit). Il était environ 19h30 à ce moment-là.
Dès le départ de Roger, Aurel est monté, tout fâché et plein de regrets par rapport à cette perte, protestant son innocence, me disant qu’il était honnête homme et quel dommage que tout le monde n’était pas comme lui. Il n’est pas resté longtemps, et est redescendu dans la cour, où il s’est tout de suite coucher sous l’escalier pour s’endormir, comme j’ai découvert plus tard! Franchement…. Vers 20h30, Roger est revenu, et j’ai dû descendre le laisser entrer (c’est comme ça que j’ai découvert qu’Aurel dormait dur). Roger avait l’air pas mal sévère, et m’a demandé la permission d’amener avec lui les quatre vigiles. Ayant réussi à réveiller Aurel, Roger est parti chercher les trois autres. Tout ce que Roger m’a dit, c’est qu’ils allaient consulter des « voyants ». Je me demandais ce qui se tramait, je l’avoue, mais comme Roger est un homme honorable et a toute la confiance du père, je n’ai rien dit. Ils sont partis, et je suis rentré, en m’assurant de tout bien verrouiller. À 23h30, ils n’étaient pas de retour, et ce n’est qu’à 1h que j’ai entendu la sonnette qu’Aurel a tiré pour m’avertir qu’il était de retour.
Lorsque je me suis levé, le lendemain matin (jeudi), j’ai ouvert les portes à 7h, ce qui était un peu plus tard que d’habitude. Aurel était toujours là (normalement, il partait à 5h30, si non plus tôt!), qui m’attendait. Il avait l’air pas mal ému par rapport aux évènements de la nuit précédente (il ne m’a pas offert de détails, j’en ai pris connaissance plus tard), m’a dit que rien de la sorte ne lui avait jamais arrivé, jura de nouveau qu’il était innocent, qu’il ne ferait pas en sorte de perdre le poste qui lui permettait de nourrir sa famille, etc. Il a ajouté qu’il espérait que je ne croyais pas que c’était lui le coupable. Je crois avoir réussi à demeurer imperturbable pendant tout ce discours, ne disant que tout ce qui s’était passé la nuit d’avant avait été du ressort de Roger, et que ma seule préoccupation était de récupérer mes cartes. Aurel a renchéri en me disant que tous ces « voyants » étaient des charlatans, du moins ceux qu’on trouvait en ville, qu’on ne trouvait les bons qu’au village et qu’il était certain que c’était un coup monté par les autres, car certains des « voyants » parlaient le même dialecte que Dahirou et Mustapha, etc. etc. Vous comprenez qu’à ce moment-là, je n’avais aucune idée de ce qui s’était passé, mais de la façon dont il parlait, il était évident que c’était Aurel qu’on avait indiqué comme la personne coupable. J’avoue tout de suite que c’est ce que je croyais aussi, et je vous explique pourquoi (je reprends la narration sous peu!).
Au mois de janvier ou février, lors d’une de ses incursions dans le bureau de l’appartement, Aurel avait aperçu l’étui sur le bureau et, comme toujours curieux de tout (« Je dois tout savoir afin de mieux vous garder »), il m’avait demandé ce que l’étui contenait. J’avais tout simplement dit que l’étui contenait ma carte bancaire qui me permettait de retirer de l’argent du compte, sans rien ajouter de plus. Bien sûr, j’aurais pu lui dire que ce n’était pas de ses affaires, mais j’avoue que je ne voyais pas le mal de lui dire de quoi il s’agissait. Ah, avait-il ajouté, j’aimerais ça avoir une carte comme ça, on peut prendre de l’argent quand on en a besoin. J’avais ri en disant qu’il fallait avoir de l’argent dans le compte pour en retirer, et j’avais placé l’étui dans la serviette. Vous voyez donc qu’il savait ce que contenait l’étui et que la carte permettait une opération miraculeuse à la banque. Ce n’est pas que le fait de savoir cela le rendait coupable, mais…
De retour à la narration…
Enfin, une fois Aurel parti, je suis allé au bureau. Roger est passé me voir tout de suite après le rassemblement quotidien, pour me dire qu’il avait demandé à Simplice de revenir le matin afin de continuer les consultations avec les « voyants ». Aurel, qui s’était plaint à Roger également que c’était un coup monté, avait demandé qu’on aille consulter des « voyants » que lui, Aurel, choisirait, ou du moins que personne du groupe n’aurait choisis. J’ai découvert plus tard qu’Aurel avait téléphoné à l’une de ses tantes qui lui avait recommandé une « voyante » en particulier, et que le groupe, suite aux insistances d’Aurel, s’est présenté là en premier, sans Roger qui, lui, devait travailler. André m’a raconté plus tard que ladite tante avait envoyé son fils pour accompagner le groupe à la résidence de la « voyante », mais que celle-ci aurait refuser d’entendre le cas et leur a proposé de consulter une autre personne. Lorsque le groupe s’est présenté à la deuxième « voyante », il paraît qu’Aurel aurait mentionné le nom de Judith, et cette « voyante » avait dit par la suite que c’était une femme qui avait touché la carte! Aurel, donc, a téléphoné à Roger qui est venu me demander si Judith pouvait se joindre au groupe pour d’autres consultations. J’ai dit que je n’avais aucune objection, mais que je n’en voyais pas l’utilité, puisque Judith avait été absente jusqu’au mercredi après-midi. J’ai téléphoné à Judith pour lui demander ce qu’elle pensait de l’idée et ça n’avait pas l’air de la déranger outre mesure. Les voilà donc tous repartis, toujours avec Simplice – si j’ai bien compris, ils sont allés voir trois autres « voyants » qui ont tous accusé Judith d’être la coupable! André m’a dit plus tard que les membres du groupe étaient horrifiés de ce qui se passait (sauf Aurel), puisqu’ils savaient que Judith ne pouvait pas être coupable. C’est André qui m’a dit, et cela a été confirmé par Simplice plus tard, qu’Aurel avait trouvé une façon d’insister sur le nom de Judith à chaque consultation.
À midi, Simplice m’a appelé pour me dire qu’il était à l’entrée du Centre et pouvait-il me rencontrer pour quelques minutes? Roger y était aussi, ainsi qu’Aurel, qui était en train de discuter très sérieusement avec Roger. Ce dernier a renvoyé Aurel, et est venu me dire que les « voyants » du jour avaient tous dit que c’était Judith la coupable! J’étais furieux, bien sûr, et j’ai fait remarquer à Roger que Judith n’aurait pas pu voler l’étui. Roger a suggéré que Judith aurait pu rentrer le lundi, car Aurel disait l’avoir vu entrer dans l’appartement cette journée-là!!!!!! J’ai rétorqué que a) Judith avait été amenée à la gare routière par Njikam et un collègue canadien qui lui avait acheté son billet d’autobus et avait attendu le départ avant de continuer son chemin; b) j’avais accordé un congé à Judith jusqu’au mercredi; c) Judith n’avait pas été dans l’appartement avant le mercredi après-midi, ce que Dahirou pourrait confirmer et d) comment Judith aurait-elle su que l’étui était là qui l’attendait, surtout que je ne crois pas que Judith ne l’ait jamais vu et e) que il y avait là un autre exemple de mensonge de la part d’Aurel. J’ai ajouté que c’était bizarre que les « voyants » du mercredi soir avaient tous indiqué que c’était Aurel le coupable et que ceux du jeudi avaient indiqué que c’était Judith, me menant à conclure qu’on ne pouvait rien y croire. De toute façon, il n’y avait plus rien à faire, les cartes étaient dorénavant inutiles et seraient remplacées un jour. Voilà donc…
Aurel était de bien bonne humeur jeudi soir, tout émerveillé par les superbes « charlatans » du jour qui avaient indiqué qui était la vraie coupable. Toute une modification à la chanson qu’il m’avait faite le matin! Je n’ai réagi ni à son discours, ni à sa profession de loyauté envers moi, un peu parce que je voulais voir où on s’en allait. Et bien sûr, je réfléchissais à ce que j’allais faire suite à tout ça.
Le lendemain matin (nous sommes donc le vendredi, le jour avant le déménagement), je me suis rendu à la nouvelle maison vers 7h30 pour y attendre le plombier que j’avais convoqué pour installer la toilette extérieure (à mes frais à soustraire du prochain versement du loyer) et pour parler à André qui m’avait téléphoné le soir précédent pour me dire qu’il y avait « beaucoup à parler ». C’était pas mal intéressant, car c’est là que j’ai appris ce qui s’était passé lors des consultations avec les « voyants ». Il paraît qu’il y a des incantations (bien sûr), et qu’un cercle est dessiné à même le sol. Deux petits balais sont placés juste à l’extérieur du cercle, et chaque personne demande « Est-ce que c’est moi qui ai pris l’étui? » et essaie d’entrer dans le cercle. Les personnes innocentes passent, les personnes coupables sont bloquées par les balais dont émane une force contre les personnes néfastes – du moins, c’est ce qu’André a dit. Et il est impossible de forcer les balais à vous permettre d’entrer dans le cercle. On se demande comment ça marche! Le mercredi soir, tous les balais avaient bloqué Aurel, et le jeudi matin, l’avaient bloqué une fois et Judith deux fois, quoique tous les « voyants » du jeudi aient indiqué que Judith était impliquée, d’une façon ou d’une autre. La première fois que Judith a été bloquée c’était auprès de la « voyante » qui avait été prévenue de leur arrivée (André pense que la tante d’Aurel a téléphoné à la première « voyante » pour l’avertir, et que celle-ci a averti la deuxième; si vous suivez toutes ces dédales, vous êtes forts!). André m’a aussi raconté en détail la façon dont Aurel s’était comporté, s’assurant que c’était lui, Aurel, qui expliquait la situation et s’assurant également que le nom de Judith était mentionné. C’est à ce moment, paraîtrait-il, qu’Aurel aurait dit qu’il avait vu Judith entrer dans l’appartement le lundi. Pas très agréable comme comportement, et Dahirou, pauvre nouille, n’a pas osé contredire Aurel. Plus tôt, lorsque j’avais dit à Roger que Dahirou pourrait confirmer que Judith n’avait PAS été présente le lundi, Roger avait simplement dit que Dahirou avait peut-être quitté les lieux, ce qu’il faisait souvent…
Le plombier est finalement arrivé, et bientôt après Njikam, que j’avais convoqué, sachant que nous serions obligés d’aller chercher des pièces pour que le plombier puisse terminer son travail. Nous sommes donc partis faire les courses nécessaires, et à notre retour, Judith était là. Pour en dire le moins, elle n’était pas de bonne humeur. Heureusement, ce n’est pas à moi qu’elle en voulait, mais à Aurel (et à Roger pour avoir proposé les consultations). Pendant que le plombier s’affairait, Judith, André et Njikam se sont défoulés par rapport à Aurel – je ne m’étais pas rendu compte à quel point cet homme avait un effet négatif sur tout le monde. Njikam, bien sûr, connaissait Aurel du fait qu’il l’avait promené avec sa belle-mère et nous a raconté certaines des histoires à dormir debout dont Aurel leur avait fait part; André nous a raconté la fois qu’Aurel avait essayé de faire dire à André qu’Aurel était venu le voir pendant la nuit, afin d’expliquer une absence, et ainsi de suite. Le temps que le plombier termine son travail, tout le monde s’était calmé, et j’avais pris la décision qu’Aurel devrait être renvoyé, ainsi que les deux autres, si je voulais qu’on retrouve la bonne humeur et l’harmonie dans la maisonnée. Et évidemment, je ne serais jamais certain de sa présence toute la nuit, et l’accusation contre Judith m’agaçait autant que le manque de volonté à aider André lorsque celui-ci le lui avait demandé.
Le samedi, une fois que le déménagement terminé, j’ai annoncé à Dahirou que je lui offrais une semaine de congé payé, et je lui ai demandé d’en faire part à Mustapha, en ajoutant que j’espérais avoir des fonds pour payer les salaires le vendredi suivant. Dahirou était content du fait qu’il avait un congé, même s’il avait l’air un peu perplexe. Je lui ai expliqué, comme je l’avais fait à Aurel le soir précédent, que ce serait une bonne chose que nous prenions tous un peu d’écart après les évènements, et que, étant donné que je payais André pour être vigile 24/7 jusqu’à la fin du mois de mai, que c’était un bon moment d’accorder un congé à tout le monde.
Le jeudi de la dernière semaine du mois de mai, donc, j’ai préparé mes enveloppes, y compris les attestations de travail pour les trois vigiles que j’allais licencier. J’ai vérifié auprès d’Achille de nouveau pour m’assurer que j’agissais conformément aux dispositions du Code du travail et des contrats que j’avais signés avec ce personnel.
Le vendredi matin, j’ai envoyé un message à Aurel, de la part de qui je n’avais reçu aucune nouvelle pendant la semaine, lui demandant de se présenter au bureau à 13h30, et j’ai laissé un message au bar pour Dahirou et Mustapha, sachant qu’ils y passeraient dans le courant de la matinée. Aurel s’est présenté le premier, peu après 13h, a signé tous les reçus nécessaires, et m’a demandé l’horaire de garde pour la nouvelle maison. Je lui ai dit, doucement, que je lui donnais son mois de préavis, et qu’il devrait passer le mois à se chercher autre chose (il aurait donc deux mois, juin et juillet, pour se placer). Il avait l’air étonné à la nouvelle, quoique je croie qu’il s’y attendait un peu (il n’est pas stupide, pour en dire le moins, certainement très rusé, et comme je l’ai dit ailleurs, bon acteur). Mustapha, puant l’alcool (même notre secrétaire lui a passé la remarque!) s’est présenté dès qu’Aurel est parti, a pris son argent, n’a exprimé aucune surprise que je ne reconduise pas son contrat, et m’a annoncé qu’il partait pour le Nord avec ses enfants, me salua et est sorti tout en titubant. Enfin, Dahirou est arrivé, a pris son argent et a accepté la nouvelle du non renouvellement de contrat assez bien (on voyait qu’il s’y attendait), et est parti à son tour. Pas une tâche agréable à accomplir, je vous le dis.
Et voilà, c’est la fin de la saga des vigiles – du moins, je l’espère. Au moment où je vous écris, j’attends encore ma nouvelle carte bancaire, et la nouvelle carte VISA m’attend à Fredericton. À la maison se trouvent Judith, André et le cousin de Judith, Frédéric, que j’ai engagé à l’essai en tant que vigile de jour pour un mois. J’ai aussi engagé un type dénommé Oumarou qui va travailler deux nuits par semaine, afin qu’André puisse se reposer de temps en temps! Oumarou est un de mes collègues menuisiers au Centre, qui a déjà travaillé en tant que vigile, et se cherchait un petit quelque chose pour arrondir les mois.
Pour changer de sujet et d’ambiance, j’ai eu l’occasion de quitter la ville encore une fois! Youpi! Le Centre a organisé une excursion de fin d’année pour son personnel et bien que la participation n’y était pas obligatoire, je me suis dit que ce serait une bonne occasion de côtoyer tous mes collègues dans un cadre différent – surtout qu’on planifiait offrir une séance de formation portant sur le travail d’équipe, et qu’il fallait bien faire partie de l’équipe. Nous sommes allés à Kribi, un port de mer au sud de Douala, où se trouvent, me dit-on, les plus belles plages du Cameroun. Les Salésiens y tiennent une sorte de camp de vacances à environ 10 km de la ville, et c’est là que nous sommes restés. Nous avons quitté Yaoundé le vendredi 6 juin, moi assis dans la cabine du camion (oui, celui qui a transporté les enfants et qui a été utilisé pour mon déménagement, vous voyez le genre, délabré, sans bâche) et nous sommes rentrés le dimanche. J’aurais bien voulu me jucher avec mes collègues à l’arrière du camion, à ciel ouvert, mais tous y ont apporté leur véto – sans doute pour le mieux, car il faisait beau soleil et j’aurais sans doute attrapé un bon coup de soleil au cours du voyage qui a duré cinq heures (à cause des arrêts le long du chemin). Kribi se trouve également à environ 250 km de Yaoundé.
Une fois arrivés au « camp », nous nous sommes installés. Il y a deux dortoirs, chacun pouvant accueillir jusqu’à 50 personnes, et un petit nombre de chambres plus petites, l’une desquelles m’a été accordée. Premier item à l’ordre du jour : visite à la plage où nous tous nous nous sommes amusés pendant deux heures. Cette période de relaxation a été suivie d’un bon repas (des spaghettis, avec une bonne sauce, miam! Ça faisait changement de l’éternel poulet ou poisson servis à tous les autres repas). Un peu plus tard, une fois la vaisselle faite, nous sommes allés en ville – et l’honneur a été sauvé car on m’a permis de voyager dans l’arrière du camion. Comme il faisait noir, on n’y voyait très peu, et c’est au centre-ville qu’on nous a déposés afin que tous puissent se trouver un petit bar où nous avons siroté notre bière en attendant l’heure du retour. À 22h30, il fallait éteindre les lumières.
Au lever du jour, il faisait beau – d’ailleurs, il a fait beau tout le temps que nous étions à Kribi, ce qui a réconforté les voyageurs du camion – et certains d’entre nous sommes allés nous baigner dès l’aube, faisant preuve d’une énergie peu commune, du moins dans mon cas! Un bon petit déjeuner (une baguette par personne avec tartinade au chocolat, miam) a été servi, et, peu après, la séance de formation a commencé. Tout se passait très bien lorsque, tout à coup, une vision de mon enfance est apparue! Un prêtre, soutane noire au vent et portant un chapeau noir dont il devait tenir les rebords, a fait son entrée, nous a salué et est disparu dans le bureau du « camp ». Polis, nous avons tous murmuré un « bonjour », demeurant éberlués devant l’irruption des lieux par des dizaines et des dizaines d’autres prêtres, une vraie armada, tous en soutane et chapeau noirs, accompagnés d’une seule bonne sœur. Il y avait 120 de ces prêtres – nous avons appris par la suite qu’il s’agissait de séminaristes – qui venaient se reposer et se détendre pendant une semaine avant les examens de fin d’année! Ils avaient réservé les lieux pour le dimanche, mais avaient décidé d’arriver le samedi, sans avertir, et se sont étonnés de trouver du monde dans LEUR « camp ». Notre séance de formation, bien sûr, a pris fin, car il a fallu décider comment héberger tout ce beau monde dans l’espace qui se trouvait dans les dortoirs. Finalement, nous avons déménagé « nos femmes » de l’un des dortoirs pour leur offrir un certain nombre des petites chambres (et il y a eu déménagement de lits aussi) et « nos hommes », moi compris, se sont tous installés dans l’autre dortoir, laissant aux séminaristes le plaisir de décider comment coucher 120 personnes à même 50 lits. On s’est dit que c’était à eux de décider de leur sort! Tout ceci s’est passé dans la bonne humeur, quoique le père Natalino était un peu fâché que son atelier portant sur le travail d’équipe ne puisse être terminé. Ah, dit-il, c’est ça l’Afrique!
La ville de Kribi, où nous avons passé l’après-midi du samedi, n’est pas spectaculaire, mais agréable, tout de même. Tout plat, bien sûr, des boutiques et des marchés intéressants. Je n’ai pas pu tout visiter, malheureusement, mais on me dit que c’est un lieu pour les touristes. On parle aussi d’agrandir le port, donc il se peut que la ville prenne plus d’ampleur dans les années à venir.
***
En ce moment, je suis en pleine planification pour une formation que je dois animer du 28 au 31 juillet, m’assurant que les leçons apprises lors de la formation que je viens tout juste de terminer y soient intégrées. Le Centre sera calme, car mes collègues sont en vacances, et c’est moi qui détient la responsabilité technologique du Centre – hem, faut pas rire trop fort, mes amis!
Voilà, vous êtes maintenant à jour – il y aura peut-être un autre affichage avant le 31 juillet, date à laquelle je pars pour trois semaines au Canada, mais je ne promets rien. Comme toujours, je vous enverrai un courriel pour annoncer le nouvel affichage.
Ciao!
David
Tuesday, May 6, 2008
Yaoundé, le mardi 6 mai 2008
Bonjour à toutes et à tous!
Vous vous souviendrez sans doute que lors de ma dernière communication, j’avais mentionné qu’Aurel, le vigile de nuit, avait disparu vers 1h du matin un samedi, ce qui m’avait causé une grande amertume, pour en dire le moins! Il était clair que je me trouvais face à encore plus de problèmes côté vigiles, et je commençais à en avoir assez, pour en dire le moins! J’ai reçu un coup de fil de la part d’Aurel dans le courant de la journée du samedi, m’expliquant qu’il avait eu un accès de fièvre, et qu’il s’était dit qu’il devrait se rendre à l’hôpital tout de suite. Il a ajouté qu’il était sous traitement contre la malaria. Je ne savais pas trop si je devais le croire ou non, mais que pouvais-je y faire ou dire?
Le lundi, Aurel s’est présenté au travail d’un air triste et fatigué : il était évident qu’il souffrait toujours (ou qu’il était bon acteur!). On lui avait donné deux perfusions anti-malariales, et il devait en avoir une troisième le lendemain matin – c’était d’ailleurs la raison pour laquelle il s’était rendu au service, car il voulait emprunter de l’argent pour payer sa troisième perfusion. Je lui ai remis 5 000 francs, mes derniers d’ailleurs. Je ne crois pas qu’il m’a cru, car il est revenu le lendemain pour me dire qu’il avait besoin d’une quatrième perfusion. Je lui ai dit que je n’avais pas d’argent sur moi (ce qui était vrai) et je l’ai renvoyé chez lui pour se reposer. Il avait l’air pas mal découragé, je l’avoue, mais je commence à me fatiguer des demandes d’aide à l’infini. Il est vrai que je soustrais les sommes avancées du salaire à la fin du mois, mais ça veut dire que je suis souvent à court d’argent moi-même. Et je dois dire que les Camerounais n’ont qu’à humer l’air pour sentir l’odeur de l’argent – c’est la raison pour laquelle j’ai rarement de l’argent en poche; quand je n’en ai pas, on ne me dérange pas. C’est quand même extraordinaire le nombre de demandes d’aide que je reçois aux occasions où j’ai de l’argent en poche (il faut bien en avoir, de temps en temps!).
Le médecin d’Aurel, qui est le cousin de son épouse, si j’ai bien compris, lui a dit de passer moins de temps sur sa motocyclette – ô ironie! – car cela pouvait aggraver les possibilités d’attraper la malaria. J’avoue ne pas comprendre la logique de cela, car la malaria est transmise par une seule espèce de moustique, et je n’aurais pas cru que le moustique, en s’écrasant sur le visage du conducteur, aurait le temps de piquer la peau et d’y injecter le venin ou le virus. En tous les cas, à cause de sa maladie, Aurel est resté à la maison, me téléphonant une fois par jour pour me faire part de tous les détails de sa maladie, sa voix triste et morne, le pauvre homme.
Hé! Hé! Le « pauvre » Aurel était vraiment bon acteur! J’ai presque envie de le féliciter de sa performance, sauf qu’il se douterait de comment j’ai découvert le pot de roses, et je ne veux pas qu’il le sache! Le samedi de la semaine pendant laquelle Aurel était malade, je suis allé en ville pour y faire mes courses hebdomadaires, conduit, bien sûr, par mon fidèle Njikam. Ce dernier et moi passons des moments agréables à bavarder, Njikam repérant les jours où je ne suis pas d’humeur à ce faire et vice versa. Cette journée-là, cependant, tout allait bien. J’ai tendance à discuter de mes vigiles avec Njikam parce qu’il les connaît et les a vus dans tous leurs états. De plus, il a été témoin de certains des évènements palpitants de la résidence Macfarlane. Il connaît Aurel aussi, car ce dernier avait demandé à Njikam, deux semaines auparavant, de l’amener à l’aéroport pour y rencontrer sa belle-mère le jour qu’elle était arrivée de la Suisse, où elle travaille en tant qu’infirmière. Pardonnez tous ces détails, mais ils sont nécessaires pour tout roman-feuilleton!
Tout en causant, j’ai raconté à Njikam qu’Aurel avait été malade depuis près d’une semaine, et qu’il était sous perfusion quotidiennement. Vraiment? a réagit Njikam, d’un air ironique, et il a commencé à rire. « Il ment, » me dit-il. Évidemment, j’ai demandé à Njikam de s’expliquer. Hé, hé… il appert que le mardi précédent (un des jours où Aurel « recevait » une perfusion que j’avais payée), Aurel avait fait appel à Njikam pour qu’Aurel et sa belle-mère puissent faire quelques courses en ville (la belle-mère avait trouvé Njikam de son goût). C’est ainsi qu’ils ont passé une bonne partie de la journée ensemble! C’était amusant d’écouter Njikam en parler, car il trouve qu’Aurel a) parle trop et que b) Aurel est bien trop curieux (j’étais heureux d’entendre cette confirmation!), voulant même savoir combien je payais Njikam etc. Et, bien sûr, Njikam n’a pas de patience avec les vantardises d’Aurel par rapport à son excellence en tant que vigile, toutes ses relations importantes, etc. Il paraît que même la belle-mère lui a dit de se la fermer! Héhé, j’aimerais bien rencontrer la dame, elle doit être bien sympathique! Il faut dire que Njikam et moi avons bien ri de toute cette histoire. Comme j’ai expliqué à Njikam, Aurel n’aurait eu qu’à me demander des jours de congés pour s’occuper de sa belle-mère ou pour se reposer, et je les lui aurais accordés. Enfin, je ne sais pas trop que faire de cette histoire, car je ne veux pas qu’Aurel sache que Njikam a vendu la mèche. J’ai trop besoin de l’amitié et des conseils de ce dernier. Mais j’ai bien ri!
Évidemment, la « maladie » d’Aurel a causé de petits remous quant à l’horaire de la garde de nuit. Après en avoir discuté avec Roger, il a été décidé qu’André veillerait la nuit à l’appartement, et que Dahirou passerait la nuit à la nouvelle maison. La solution me paraissait bonne, même si je supposais que Dahirou aurait pu être le vigile de nuit à l’appartement. Roger m’a dit que la façon qu’il proposait me permettrait de me faire une meilleure idée des compétences d’André et, de surcroît, qu’il n’y avait pas de bar près de la maison où Dahirou pourrait se réfugier pour une partie de la nuit! Très logique, je l’avoue. Dahirou était très heureux du fait que je lui offrais du travail supplémentaire, et, sans que je comprenne pourquoi, Mustafa était de la partie lui aussi, quoique je ne le paierai pas d’heures supplémentaires! Je ne sais pas quand Mustafa voit ses enfants… il est toujours avec Dahirou! André, tout en étant heureux qu’on lui demande de protéger « le patron », s’est dit soucieux par rapport à la maison. Étant donné que la maison était toujours vide, je lui ai dit que je n’avais pas trop d’inquiétudes.
C’était un mardi que tout cela a été mis en place, et le mercredi, je me suis rendu à la nouvelle maison vers 7h, car je devais rencontrer M. Olli, l’agent immobilier, pour discuter de plusieurs questions avec lui. L’heure avait été la suggestion de M. Olli, et bien sûr, Roger m’accompagnait. André, qui était rentré à la maison à 6h, m’a dit qu’il avait passé pas mal de temps à nettoyer, car Dahirou et Mustafa avaient jeté des mégots un peu partout et qu’il avait trouvé de la cendre à travers toute la maison. Tout en faisant un tour d’inspection, j’ai aperçu un morceau de sachet de whisky que j’ai montré à André. André ne boit pas (du moins, je l’espère!)… Malgré cette évidence, j’ai décidé, de concert avec Roger, que nous attendrions d’autres preuves – après tout, étant donné que les deux, Mustafa et Dahirou, avaient été dans la maison, on aurait pu dire que seul Mustafa buvait de l’alcool tandis que Dahirou demeurait sobre. Histoire à dormir debout, mais…
M. Olli ne s’étant pas présenté à l’heure (ce n’était pas une surprise), et que Roger et moi devions être au boulot à 7h30, nous sommes partis aux environs de 7h20. J’avais un tas de choses qui m’attendaient, alors lorsqu’Olli m’a téléphoné un peu avant 8h, je n’ai pas pu répondre. Je l’ai rappelé un peu après midi (heureusement que ces petits téléphones portables indiquent les « appels en absence »; c’est du nouveau pour moi!) pour lui dire que j’avais été en classe toute la matinée, ce qui était vrai. Olli a proposé qu’on se fixe un nouveau rendez-vous, pour 18h le même jour, ce qui me convenait parfaitement. Bien sûr, j’ai avisé Roger!
Ce même mercredi, on célébrait l’anniversaire de naissance d’un de mes collègues, et on avait décidé d’aller prendre un pot ensemble, tous les collègues, après le travail. J’ai donc déposé mes affaires à l’appartement, j’ai téléphoné à Aurel pour savoir s’il était toujours malade (ceci se passait avant la sortie avec Njikam, évidemment), et par la suite, j’ai dit à Dahirou que j’aimerais bien qu’il passe de nouveau la nuit à la nouvelle maison (Mustafa peut-il venir? Oui, ai-je répondu, mais je ne paie que pour une personne.). Mustafa était aussi à l’appartement, ce qui me vexait un peu, car lors de la dernière grande réunion des vigiles, j’avais précisé qu’il ne devait y avoir aucun visiteur (même les autres vigiles) dans la concession. Bien sûr, Mustafa m’a dit qu’il était venu pour s’enquérir de l’état de santé d’Aurel. Hem, hem… Mustafa a aussi profité de l’occasion pour me demander s’il pouvait avoir une avance sur son salaire. J’ai dû refuser, car je n’avais pas de sous et j’ai ajouté que je ne savais pas quand l’argent allait rentrer. (Désolé de vous abasourdir de tant de détails, mes amis, mais ils sont tous nécessaires, sûr, sûr!)
Bon! Me voilà parti pour prendre un seul verre – au grand chagrin de mon collègue, je n’ai pris qu’une boisson gazeuse (un « jus », on dit ici); après tout, c’était une célébration, et on devrait avaler au moins une bière (et mes collègues savent que c’est ma limite, les bouteilles étant en format 675cl). J’ai expliqué que j’avais une réunion à 18h et que je devais conserver l’esprit clair afin de confronter mon M. Olli. À 17h55, j’ai donc quitté mes collègues et je suis arrivé à la maison peu après 18h. En route, deux de mes futurs voisins m’ont demandé, séparément, si j’avais emménagé le jour précédent. J’ai répondu que non, en leur demandant pourquoi ils me posaient la question. « Oh, ce n’est rien, ont-ils dit, c’est juste qu’il semblait y avoir fête chez vous et ça s’est terminé tard, alors on se demandait ». Hem, ai-je dit, désolé de ça, et je vais m’assurer que ça n’arrivera plus. Les voisins n’étaient pas contents, évidemment, d’avoir mal dormi, et moi non plus je n’étais pas content d’apprendre la nouvelle, même si cela confirmait que bière et whisky avaient été consommés pendant les heures de travail, et que mes deux vigiles alcooliques s’étaient bien amusés!
La réunion avec M. Olli s’est bien passée, dans l’ensemble, même si, comme d’habitude, il était en mode « bulldozer » - il attaque toujours en premier dans l’espoir d’intimider. Mais j’ai tenu bon, ainsi que Roger, puisque l’objectif de la réunion était de faire en sorte qu’Olli termine les travaux qui devaient être faits afin que je puisse intégrer la maison. Olli n’était pas content du tout de la façon dont j’avais fait installer l’électricité à son insu, me disant que tout avait été résolu et comment est-ce que je pouvais agir de la sorte. Je lui ai cloué le bec (enfin, un peu!) en lui indiquant qu’on m’avait menacé de m’imposer de lourdes amendes et la possibilité d’emprisonnement à cause du branchement illégal. Enfin, sans aller dans trop de détails, Olli a finalement accepté de terminer les travaux dans les quelques jours qui suivraient. Et la toilette extérieure? La bonne nouvelle c’est que c’est Olli qui va la terminer et à ses frais (ouf!). Il a d’ailleurs exprimé de la surprise que ce n’était pas déjà fait, puisqu’il avait déjà payé le plombier pour le travail – un gros mensonge, car personne au Cameroun ne paie à l’avance pour des travaux. Et, au moment où j’écris, j’attends toujours la fin des travaux…
Évidemment, toute cette discussion a mis du temps, et il était passé 19h quand Roger et moi sommes revenus à l’appartement. Dahirou avait déjà quitté les lieux à 18h, et Mustafa, qui était toujours là, est parti sans dire un mot dès notre arrivée (et il puait la bière, soit dit en passant), et je n’ai donc pas pu l’avertir de ne pas fêter à la maison ce soir-là. J’ai mis Roger au courant de la situation, et nous avons décidé de réfléchir à la situation. Enfin… André est arrivé vers 20h, annonçant que ses deux collègues avaient mis bien du temps à arriver au travail, mais qu’ils s’étaient finalement présentés. Pour une raison ou une autre, ni Dahirou, ni Mustafa, n’avait remis une clé du portail de l’appartement à André, même si ce dernier leur avait remis les clés de la maison. Cela voulait dire, bien sûr, que j’ai dû laisser entrer André et ensuite l’enfermer dans la concession pour la nuit. Ça n’avait pas l’air de le déranger plus que ça, heureusement. Il est toujours de bonne humeur, chantonnant en accompagnant la musique à la radio et jouant des cuillères avec deux couteaux.
Vers 21h, la sonnerie a retenti et, bien sûr, il a fallu que j’aille ouvrir en bas, puisque j’avais la seule clé du portail. Je n’attendais personne, et j’ai été surpris de voir Mustafa qui voulait me voir. Il a réussi à me faire comprendre, en marmonnant et mâchant ses mots (il était en boisson, quelle surprise!), qu’il voulait entrer car Dahirou ne se sentait pas bien, et comme je n’avais pas d’argent pour aider, il voulait prendre les médicaments traditionnels qui se trouvaient sous l’escalier. Bien sûr, je l’ai laissé entrer pour le voir ramasser des noix de kola (il doit penser que je ne sais pas ce que c’est, héhé). Mustafa s’est ensuite adressé à André, d’un ton sévère, pour lui dire qu’il ne pouvait pas tolérer qu’André ait de la visite dans la maison, puisque ce n’était pas permis, et que faisait la jeune dame là quand Dahirou et lui étaient arrivés. Sur ce, Mustafa nous a quitté, en titubant – ça ne présageait pas très bien pour la soirée, avouons-le! Le pauvre André avait l’air bien malheureux! Pourtant, j’avais fait la connaissance de la jeune dame en question, et André m’avait demandé la permission de la laisser entrer dans la cour de la nouvelle maison (c’est une voisine, seulement une copine, m’a-t-il dit; à mon avis, ce n’était pas de mes affaires!). Je lui avais donné permission, à condition qu’elle n’entre pas dans la maison, et je suis pas mal certain que cette consigne a été suivie. Et puis, même si elle ne l’a pas été, il n’y a rien dans la maison, et le pauvre homme est là tout seul jour et nuit. Je crois qu’André était plus soucieux par rapport à ce qui allait se passer à la maison cette nuit-là, étant donné l’état de Mustafa, car André a fait de gros efforts pour établir de bonnes relations avec le voisinage. Il est clair que je ne veux pas m’embrouiller avec les voisins avant même de déménager! Enfin, j’ai dit à André de ne pas s’inquiéter, même si je n’étais pas très heureux de la situation moi-même!
Le lendemain, vers midi, je suis allé faire un tour à la maison, car André m’avait téléphoné pour me dire qu’on venait d’installer les lampes au mur (des « appliques » qu’on dit ici), et que le plombier y était. En arrivant à la maison, une autre voisine m’a hélé et m’a dit que je devais savoir que mes autres vigiles avaient quitté la maison peu après 20h le soir avant, et qu’ils étaient rentrés bien après minuit. Elle a ajouté, cependant, qu’ils avaient été calmes.
Ce soir-là, Mustafa, qui était de service, m’a demandé si Dahirou et lui devaient se présenter à la maison pour la garder de nouveau, alors j’ai menti en disant qu’Aurel arriverait peut-être un peu plus tard, et que je communiquerais avec eux si j’avais besoin de leurs services. À 18h, Mustafa est parti, et ce n’est que vers 19h qu’André s’est présenté, navré qu’il avait manqué mon coup de fil plus tôt. Le pauvre homme avait été en train de faire une sieste, car il n’avait pas eu l’occasion de se reposer pendant la journée, étant donné que les ouvriers y avaient été, et il n’avait pas entendu sonner le téléphone. Je lui ai dit qu’Aurel ne viendrait pas ce soir-là, et je lui ai donné le choix de rester à la maison et de s’y reposer, ou, s’il préférait, de venir monter la garde ici, et que nous laisserions la maison se débrouiller seule, ce que nous avions déjà fait. André a décidé de venir monter la garde ici, et je lui ai demandé de se présenter vers 22h.
Que de va-et-vient! Le tout est bien amusant, mais ça confirme que je ne renouvellerai pas le contrat de mes deux saoulards – et il se peut que nous nous séparions avant cela. Je ne suis pas certain qu’ils s’en rendent compte, même si je les ai avertis de façon formelle, par écrit, qu’il faudrait qu’ils se surveillent. Je doute fort, cependant, que les avertissements aient le résultat escompté!
Bon! Passons à des sujets plus agréables!
Un des mes collègues s’est marié il y a deux samedis, et avec l’ensemble du personnel, j’ai assisté à la cérémonie à la mairie et à la réception dans la soirée. L’invitation pour la cérémonie civile indiquait qu’il fallait que les invités arrivent à 10h30 précises, puisque la cérémonie devait commencer à 11h. À ma manière toujours ponctuelle, et avec l’aide de Njikam, je suis arrivé à 10h27. Njikam m’a dit que j’arrivais bien trop tôt, mais j’ai répliqué que je supposais qu’il y aurait plusieurs cérémonies ce jour-là, et qu’il était sans doute important d’être à l’heure à la mairie. Njikam m’a lancé un sourire narquois – avec raison, en effet, car j’étais le premier arrivé de notre groupe. Je me suis donc armé de patience et j’ai attendu que les autres invités arrivent. Il était assez facile de reconnaître les personnes qui venaient assister au même mariage (il y en avait plusieurs, en effet), car la plupart des convives portaient soit une robe, soit une chemise (selon le sexe) confectionnée du même tissu, tout comme moi. C’est une tradition ici, et dans beaucoup de pays d’Afrique, de porter un genre « d’uniforme » fait du même tissu lors d’évènements importants. Normalement, le tissu est choisi par l’hôte. Malheureusement, les couleurs du tissu choisi ne m’allaient pas du tout, mais tant pis! La plupart des dames portaient le même tissu, coupé dans de styles innombrables. Je ne crois pas qu’il y avait une robe qui ressemblait à une autre!
Le couple, Raoul (mon collègue) et Edwige sont arrivés en Mercedes recouverte de fleurs à 11h15, lui resplendissant dans un costume blanc (et leur fils, âgé de 18 mois, portant une version réduite du même costume) et elle étincelante dans une robe argentée et une coiffure dont l’architecture était à faire mourir d’envie (enfin, pour ceux qui n’ont pas de cheveux!). La cérémonie a finalement commencé à 11h45, la plupart des invités s’étant présentés vers 11h30.
La salle un peu exigüe était pleine à craquer et, avec une seule fenêtre, il y faisait pas mal chaud. Le maire a commencé en souhaitant la bienvenue à tous et en faisant faire la lecture des statuts portant sur le mariage. Par la suite, il a commenté chacun des statuts (il y en avait quatre) : le mariage était un devoir patriotique qui légitimait l’issu du mariage et rendait les héritages plus faciles; l’homme est le « chef de famille » et il lui incombe d’assurer le bien-être de la famille; il incombe à la femme d’assurer le bien-être de son mari et d’éduquer les enfants dans tout ce qui est morale (ce statut, de toute évidence, a été écrit par quelqu’un qui croyait à Saint Paul!); et le dernier statut répétait les consignes des trois autres, tout en ajoutant que la femme pouvait élire de vivre dans une autre demeure que celle de son mari, si ce dernier ne pouvait pas assurer un endroit décent pour la famille (toutefois, on émettait le souhait que le choix de la demeure soit fait ensemble). Le maire, il faut le dire, mettait beaucoup d’humour dans ses explications, et le temps est passé assez rapidement.
Finalement est venu le moment pour échanger les alliances. Lorsque le maire a dit « C’est maintenant le temps de lever le doigt », tout le monde s’est éclaté de rire, car c’est le titre d’une chanson qui fait fureur en ce moment au Cameroun. Le couple a donc levé le doigt, accompagné de toute la salle qui a fait de même, et les alliances placées, avec les paroles d’usage. « Oups! » dit le maire. « J’ai oublié de vous demander l’option que vous choisissez? » J’avoue que je ne comprenais pas du tout ce que le maire voulait dire, et je n’ai pas entendu la réponse donnée par le couple, car cela a été fait d’une voix très tranquille. Toute la salle, cependant, a éclaté en hourrah à la réponse! J’ai demandé à la personne qui était assise à mes côtés quelle avait été la réponse, et elle m’a répondu : « La monogamie. Il a choisi la monogamie. » Hé, hé…! La polygamie est légale, comme me l’a expliqué Njikam plus tard en me ramenant à la maison, mais il faut annoncer à l’occasion du premier mariage que c’est l’option choisie, afin que la première femme en soit au courant et, on suppose, qu’elle accepte la situation. Et chaque mariage additionnel doit également se passer à la mairie pour en assurer la légitimité. Amusant… Njikam était étonné de mon étonnement et pris de court à l’idée que la polygamie était illégale au Canada. « Mais ça ne marcherait pas… qu’est-ce qu’on fait quand on veut un changement? »
Après la cérémonie, il y avait tout un moment pour la prise de photos, suivi d’un « tour de ville » traditionnel auquel je n’ai pas participé, puisque je n’avais pas mon propre véhicule.
Il y avait une réception au domicile du couple cet après-midi-là, mais je n’y suis pas allé – seuls les intimes y avaient été conviés, ce qui a dû représenter un nombre impressionnant de toute façon. Le soir, cependant, il y avait un dîner formel suivi d’un bal auxquels j’avais été invité. Les festivités avaient lieu au Centre, dans une grande salle aménagée pour la cause, et j’ai donc pu m’y rendre à pied. L’invitation disait 20h précises, que j’ai interprété vouloir dire 21h au plus tôt, l’heure à laquelle je m’y suis rendu. Je n’étais pas le premier et loin d’être le dernier à arriver! Une hôtesse m’a placé à ma table et j’ai bavardé avec les gens qui s’y trouvaient également. L’heureux couple se mélangeait aux invités, lui dans un costume fait du tissu porté par la plupart des gens (le même dont j’ai parlé plus tôt), elle dans une robe superbe du même tissu, l’architecture toujours en place. Vers 21h30, on s’est excusé du retard du repas, expliquant que le traiteur avait eu un accident de voiture en cours de route – pas très grave, nous a-t-on assuré, mais comme le « patron traiteur » n’y était pas, ses employés ne savaient pas trop quoi faire. Finalement, vers 22h15, le programme a commencé, avec l’entrée officielle du nouveau couple dans la salle. Ils avaient de nouveau changé de tenu, lui portant un costume noir et elle portant un ensemble doré qui brillait à en faire mal aux yeux. Très jolie, il faut dire, la mariée! Au son de la Marche nuptiale de Mendelssohn, le couple a fait le tour de la salle en empruntant un style royal à pas de tortue, précédé de six hôtesses et suivi de deux autres. La promenade a duré un bon quart d’heure, les invités tous debout et applaudissant jusqu’à la fin, et le repas a enfin pu être entamé. Un beau buffet, offrant les plats habituels d’ici (du moins, selon mon expérience de deux autres buffets), salade de pâtes, un mélange de riz et de légumes (hélas, il y avait de l’aubergine, mais j’ai fait un effort et j’ai avalé!), du poisson plein d’arêtes, quelque chose qui ressemblait à de la viande de bœuf, mais je n’en ai pas pris (je suis presque végétarien maintenant!), du plantain frit, du manioc (je n’y ai pas touché!) et divers fruits. Le vin, la bière, les boissons gazeuses et l’eau minérale coulaient à flots. Le tout a dû coûter une fortune au couple, car nous étions au moins 150 personnes!
Vers 23h, à ma grande surprise, j’ai commencé à fléchir. J’avais pourtant profité de l’après-midi pour faire une longue sieste, et je ne pouvais pas me permettre de partir tout de suite. Enfin, le maître de cérémonie a annoncé l’ouverture officielle du bal. À cette fin, l’heureux couple s’est fait escorté (lentement!) au centre de la piste par les hôtesses et s’est mis face à face pendant que le maître de cérémonie nous a parlé de la beauté du mariage et de la façon dont Raoul avait rencontré Edwige (il aurait trébuché et tombé à ses pieds, ou peut-être que c’est elle qui lui avait fait un croc-en-jambe, a dit le maître de cérémonie). Enfin, la première chanson a commencé, le Con tì partiro d’Andréa Bocelli. Le couple n’a pas bougé, en s’embrassant, pendant le récitatif d’ouverture et a commencé à tournoyer lentement au refrain, auquel moment, la musique s’est arrêtée! Le maître de cérémonie a ensuite invité six autres couples à se joindre aux nouveaux mariés sur la piste – il s’agissait des témoins (deux couples), un frère et son épouse, les parents des mariés ainsi qu’un ami intime et son épouse. Le maître de cérémonie a exhorté les couples de se regarder dans les yeux et de se remémorer le moment où ils s’étaient rencontrés pour la première fois, et la musique a repris. Même scénario, embrassade pendant le récitatif et tournoiement lent pendant le refrain, après quoi le bal était lancé!
D’après le programme, la « remise des cadeaux » allait avoir lieu une bonne heure après le début du bal. Il était déjà minuit, et je me suis dit qu’il serait bien 1h30 avant qu’on arrive à ce moment, et j’ai décidé que je n’en pouvais plus. J’ai donc demandé à l’un de mes collègues d’offrir le cadeau en mon nom, et je suis parti. Je n’étais pas le premier à ce faire, alors je ne me sentais pas trop mal. Roger, qui était là lui aussi, a insisté à m’accompagner jusqu’au portail de l’appartement, prétextant que ce n’était pas sécuritaire pour moi de marcher seul la nuit – une distance d’à peine 150 mètres! C’était très gentil de sa part, il faut le dire. Mustafa, qui était de garde, m’a laissé entré, offrant un profil sournois, mais, je crois, sobre, même si je crois avoir humé un air de bière. Au moins il ne titubait pas et n’avait pas refusé d’ouvrir le portail!
Le dimanche matin a été pas mal calme, mais même si j’ai fait la grasse matinée (jusqu’à 7h30, tard pour moi!), je me sentais toujours fatigué, et, suivant la tradition dominicale, j’ai fait une sieste, mais la commençant plus tôt que d’habitude, vers 11h30. Je me suis éveillé vers 14h, complètement gelé (il devait faire 35 C à l’extérieur!) et emmitouflé dans le duvet qui sert de descente de lit. Moi qui ne me sers jamais de duvet, quel que soit le pays ou la température, car j’ai trop chaud sous ça! De toute évidence, ça n’allait pas et je me suis rendu compte que je faisais de la fièvre. N’ayant pas de thermomètre (j’en ai un maintenant, rassurez-vous), je me suis dit que je ferais mieux de trouver un médecin et de me faire examiner. Malheureusement, mon voisin d’en bas, qui est médecin, était en déplacement, et comme je ne savais pas trop quoi faire, j’ai fait appel à mon autre taximan, Simplice (Njikam ne travaille pas le dimanche, quoique je sois certain qu’il aurait fait exception cette journée-là). J’ai demandé à Simplice de venir me chercher pour m’amener à une clinique.
Il était environ 14h30 lorsque j’ai appelé Simplice, et il m’a répondu qu’il serait là dès qu’il aurait sorti sa voiture du garage où il la gare. Normalement, il travaille le dimanche, mais il avait décidé, ce dimanche-là, de se reposer! En moins d’une heure, il s’est présenté à l’appartement, et nous sommes partis. Pendant que je l’attendais, j’avais essayé de rejoindre un certain nombre de cliniques dont le nom figurait sur la liste que le Haut Commissariat du Canada m’avait remise à mon arrivée à Yaoundé, mais il n’y avait pas de réponse, même à la clinique qui disait qu’elle était ouverte 24/7 – et j’ai laissé sonner longtemps. Donc, une fois Simplice arrivé, je lui ai demandé de m’amener à la meilleure clinique qu’il connaissait. La première était fermée, mais la deuxième était ouverte, Dieu merci, et n’était pas trop achalandée (et se trouvait sur ma liste, ouf!). L’infirmière de garde m’a immédiatement reçu, et presque sans rien dire, a placé un thermomètre sous mon bras, l’a repris en moins de 30 secondes, l’a consulté et m’a dit « Perfusion immédiate contre la fièvre, température 40,2 C (je crois que c’est l’équivalent de 102 F). Pas question de refuser, pas question de rentrer chercher des vêtements, directement au lit, et branché à une intraveineuse! Je ne sais pas ce qu’on utilise pour faire baisser la fièvre, mais en moins de 30 minutes, je me sentais beaucoup, beaucoup mieux. J’ai demandé si je devais rester toute la nuit, et j’ai eu droit à un regard méprisant. On m’a fait comprendre qu’il s’agissait de la première perfusion seulement, et que le médecin viendrait faire un tour dans un moment. Et il fallait attendre les résultats des analyses sanguines, car on avait prélevé du sang avant de commencer la perfusion.
J’ai téléphoné à Roger pour lui dire ce qui se passait, et il m’a dit qu’il serait là tout de suite. Je crois qu’il était un peu insulté que je ne l’avais pas averti dès le début, au lieu d’appeler Simplice, mais je lui ai dit que je n’avais pas eu les idées très claires au moment où je prenais des décisions et que le dimanche n’était pas une journée pour déranger le monde. « Ouais, ouais » qu’il m’a dit, ou quelque chose comme ça! Enfin, à son arrivée, j’ai envoyé Roger avec Simplice à l’appartement avec des directives d’où ils pouvaient ramasser tout ce dont j’avais besoin pour que mon séjour en clinique soit confortable, car on n’offre rien à la clinique. 90 minutes plus tard, ils sont revenus pour me trouver assis confortablement dans un fauteuil, en train de lire Jeune Afrique, pendant que la perfusion continuait à déverser lentement dans mes veines. Roger était accompagné du père Natalino, du père Roland (le curé de la paroisse) et André. « Mon père, » ai-je dit, « je n’ai pas besoin de l’Extrême onction! » Ils ne sont pas restés longtemps, mais le père Natalino m’a dit de prendre le temps qu’il fallait pour me remettre. À leur départ (avec Roger), André m’a expliqué que c’était la coutume que quelqu’un de la maisonnée reste en clinique avec le patient, et que Roger avait décrété que ce serait lui l’heureux élu, et qu’on avait laissé Dahirou et Mustafa en charge des deux résidences (!!). Simplice, soucieux du fait que je n’avais pas mangé, m’avait apporté un ananas et me l’a décortiqué et j’en ai avalé autant que j’ai pu. La ville entière doit savoir que j’adore les ananas!
Simplice est reparti vers 21h (je ne suis pas très certain des heures, évidemment), et vers 22h, le médecin est venu faire un tour. Après m’avoir tâté un peu partout, il s’est dit étonné que je n’avais pas de symptômes autre que la fièvre, mais que, au cas où ce serait un cas de malaria, on commencerait un traitement à la quinine tout de suite, car les résultats des analyses ne seraient connus que le lendemain matin. Les infirmières m’ont donc rebranché pour la nuit, et en toute gentillesse ont apporté un matelas pour André. Ce dernier l’a installé au travers de la porte afin que personne n’ose entrer pendant la nuit. J’ai bien dormi, malgré le fait que j’étais sur le dos (j’ai tendance à dormir sur un côté), car je craignais enlever l’aiguille pendant la nuit. Mais tout s’est bien passé, et le matin est arrivé rapidement.
Simplice s’est présenté de nouveau vers 8h, avec un autre ananas, et est reparti presque tout de suite pour travailler. Les infirmières sont venues me rajouter une perfusion à la quinine, et le médecin est passé pour confirmer que, en effet, je faisais une malaria, mais pas un cas sérieux, malgré la fièvre, et que ça ne durerait pas longtemps. Il m’a félicité de mon état physique général (hem, hem, c’est bien la première fois qu’on me dit ça!), a exprimé son étonnement qu’une personne de mon âge ait si peu de « bobos », que ma tension artérielle était extrêmement normale (c’est ce qu’il a dit), bref, que tout allait bien. Il m’a dit qu’après la quatrième perfusion, je pourrais rentrer si je le voulais, ou je pourrais rester en clinique pour terminer le traitement (deux autres perfusions en clinique, des comprimés pendant quelques jours à la maison). Étant donné les frais à la clinique, j’ai choisi de terminer le traitement à la maison, même si cela voulait dire que je devrais m’absenter du travail (du jamais vu!!!).
Vers 18h30, j’ai enfin eu le droit de rentrer. Bien sûr, pour sortir de la clinique, il fallait payer, et pour payer, il faut de l’argent, car on n’accepte pas les chèques. Donc, accompagné de Simplice, d’André et de deux infirmières, je me suis rendu à l’appartement afin d’y récupérer ma carte bancaire, pour ensuite me rendre au guichet automatique de la banque (un emplacement seulement, au centre-ville), en espérant que le guichet serait fonctionnel (ouf, il l’était), et enfin retour à la clinique pour payer la facture. Une fois cela fait, un arrêt dans une pharmacie pour acheter les médicaments prescrits, et enfin, arrivée à l’appartement. Pas très reposant, avouons-le!
Le lendemain, un mardi, je me sentais bien, quoique la fièvre, tel que promis par le médecin, est revenue mais moins forte. J’ai passé la plupart du temps à dormir et à lire, de temps en temps à faire un peu de travail quand j’estimais être assez en forme pour en faire. Un bon répit, quoi! Je suis allé au bureau de temps en temps afin de récupérer des courriels, mais il a fallu une bonne semaine pour que je regagne toute mon énergie, et je suis heureux de vous dire que tout va bien, merci beaucoup!
Le jeudi 1er mai, c’était la Fête internationale du travail et une journée fériée ici. Je ne suis pas allé en ville pour participer aux réjouissances populaires, décidant que j’étais encore convalescent, quoique beaucoup de mes collègues espéraient que je les accompagne. Vers 14h30, je suis allé au Centre, puisqu’un repas devait y être servi pour les travailleurs à leur retour. On m’avait dit que le repas serait prêt à 13h30, mais je me suis dit que si j’arrivais avec une heure de retard, je serais à l’heure (j’apprends lentement, mais j’apprends!). En effet, le repas était prêt, mais tous n’étaient pas encore là, et ce n’est que vers 15h15 que le repas a été servi. Je suis rentré vers 16h, car je devais ressortir à 17h pour me rendre chez un collègue pour participer à une fête qu’il offrait pour célébrer le premier anniversaire de son rejeton. Je vous dis, toute une vie sociale!
Carlos, le collègue en question, s’attendait à recevoir environ 40 personnes, mais nous devions être près de 70 quand on tient compte de tous les enfants qui s’y trouvaient, tous habillés en grande tenue. J’étais le seul blanc. Un bon repas – manger deux fois en trois heures m’en demandait beaucoup (même menu!), donc je n’ai pas pris grand-chose. L’ambiance était celle qu’on retrouve dans toutes les fêtes d’enfants partout dans le monde, des enfants criant à tue-tête, de tous les âges et tout le monde s’amusait. Les enfants se sont mis à danser après un bout de temps, et il y en avait qui faisaient des merveilles, âgés d’environ 9 ans. Et les bébés qui pouvaient se tenir debout n’étaient pas mal du tout! Je suis parti un peu après 19h, lorsqu’un de mes collègues m’a annoncé qu’il rentrait à pied. Comme je n’avais pas apporté de lampe de poche et qu’il faisait noir, j’ai décidé qu’il valait mieux rentrer avec lui, même si il y aurait sans doute eu quelqu’un d’autre plus tard qui aurait pu me raccompagner.
La saga des vigiles, soit dit en passant, a continué pendant tout ce temps, mais je vous fais grâce des détails. Il suffit de dire que c’était du pareil au même et qu’à la fin de ce mois, si ce n’est pas plus tôt, deux d’entre eux, Mustafa et Dahirou, se retrouveront sans emploi. Je ne suis pas certain encore ce que je vais faire dans le cas d’Aurel, car il a quitté la concession plusieurs fois très tôt, contre tous les ordres, et je l’ai déjà averti. Ah, que c’est difficile de trouver de bons domestiques de nos jours!
André continue d’être de bonne humeur, surtout que l’une de ses femmes est en visite du village, avec les deux enfants. Je ne sais pas combien de temps ils vont rester, mais je crois que c’était le temps que les enfants voient leur papa. Je ne sais pas si je vous ai beaucoup parlé de mon jeune vigile virile et ses deux femmes, ses deux enfants et les deux enfants à venir (un par femme)? Sans parler de la copine ici… André, qui se dit catholique pratiquant, m’a expliqué tout sérieusement que les choses au Cameroun changeaient beaucoup, car il devenait de plus en plus difficile aux hommes de se permettre, du point de vue économique, autant de femmes que dans le passé. Il a décidé de s’en tenir à deux, tandis que son père en avait eu cinq, son grand-père paternel en avait eu seize et son grand-père maternel, lui, en avait eu trente-et-une. Que ce genre de catholicisme ait existé au Canada! J’ai rencontré l’épouse numéro 1 (c’est comme ça qu’il me l’a présentée) et leurs deux enfants, des garçons âgés de 5 ans et de 3 ans. Pour l’instant, ils sont tous à la nouvelle maison, même si elle est vide. André m’a dit que l’épouse numéro 2 était rentrée dans son village natal (sans le lui dire, il venait tout juste d’apprendre la nouvelle) afin d’y accoucher. Mais André compte aller chercher l’enfant peu après la naissance (attendue au mois de juin, si je ne me trompe), car « l’enfant est à moi, et l’épouse peut revenir si elle veut. » Bien sûr, la copine de Yaoundé sera peut-être en lice pour remplacer l’épouse numéro 2, ou – qui sait – pour devenir l’épouse numéro 3.
Je devais déménager dans la nouvelle maison cette fin de semaine, mais cet évènement tant attendu a dû être reporté à la semaine prochaine, car le camion du Centre n’était pas disponible. En effet, les sœurs salésiennes, qui gèrent un orphelinat pas loin d’ici, en avait besoin pour offrir une sortie à leurs petits bouts de chou. Je peux voir la réaction au Canada – une centaine d’enfants entassés à l’arrière d’un camion délabré, à ciel ouvert, en train de négocier les nids d’éléphants sur la route!
Côté travail, la prochaine étape dans la conception des programmes d’études est à la veille de commencer. Un consultant a été embauché pour coordonner le tout (avec moi en surveillance rapprochée), car nous devons faire vite, la première version des documents devant être prête pour le 15 mai. La première réunion des experts a eu lieu ce dernier vendredi, à 18h – jour férié de surcroît, car le 2 mai a été décrété férié également. Nous en sommes sortis à 21h. Heureusement que je n’étais pas en déménagement après tout! Tous les documents doivent être finalisés pour la fin juin, et je serai soulagé lorsque cette activité sera terminée. Entretemps, je suis en pleine planification d’un programme de formation pour le personnel enseignant du Centre – très ambitieux, car il s’agira de sessions de formations, d’observations de classe et de rétroaction individuelle. Ce sera agréable, je crois, et ça me tiendra certainement très occupé. Je vais travailler de pair avec deux de mes collègues afin de partager les tâches.
Bon, voilà où j’en suis, mes amis. J’espère que tout va bien chez vous. Le prochain épisode ne sera pas affiché avant deux ou trois semaines, et j’aurai sans doute l’occasion de vous régaler d’histoires amusantes par rapport au déménagement!
Ciao!
David
Vous vous souviendrez sans doute que lors de ma dernière communication, j’avais mentionné qu’Aurel, le vigile de nuit, avait disparu vers 1h du matin un samedi, ce qui m’avait causé une grande amertume, pour en dire le moins! Il était clair que je me trouvais face à encore plus de problèmes côté vigiles, et je commençais à en avoir assez, pour en dire le moins! J’ai reçu un coup de fil de la part d’Aurel dans le courant de la journée du samedi, m’expliquant qu’il avait eu un accès de fièvre, et qu’il s’était dit qu’il devrait se rendre à l’hôpital tout de suite. Il a ajouté qu’il était sous traitement contre la malaria. Je ne savais pas trop si je devais le croire ou non, mais que pouvais-je y faire ou dire?
Le lundi, Aurel s’est présenté au travail d’un air triste et fatigué : il était évident qu’il souffrait toujours (ou qu’il était bon acteur!). On lui avait donné deux perfusions anti-malariales, et il devait en avoir une troisième le lendemain matin – c’était d’ailleurs la raison pour laquelle il s’était rendu au service, car il voulait emprunter de l’argent pour payer sa troisième perfusion. Je lui ai remis 5 000 francs, mes derniers d’ailleurs. Je ne crois pas qu’il m’a cru, car il est revenu le lendemain pour me dire qu’il avait besoin d’une quatrième perfusion. Je lui ai dit que je n’avais pas d’argent sur moi (ce qui était vrai) et je l’ai renvoyé chez lui pour se reposer. Il avait l’air pas mal découragé, je l’avoue, mais je commence à me fatiguer des demandes d’aide à l’infini. Il est vrai que je soustrais les sommes avancées du salaire à la fin du mois, mais ça veut dire que je suis souvent à court d’argent moi-même. Et je dois dire que les Camerounais n’ont qu’à humer l’air pour sentir l’odeur de l’argent – c’est la raison pour laquelle j’ai rarement de l’argent en poche; quand je n’en ai pas, on ne me dérange pas. C’est quand même extraordinaire le nombre de demandes d’aide que je reçois aux occasions où j’ai de l’argent en poche (il faut bien en avoir, de temps en temps!).
Le médecin d’Aurel, qui est le cousin de son épouse, si j’ai bien compris, lui a dit de passer moins de temps sur sa motocyclette – ô ironie! – car cela pouvait aggraver les possibilités d’attraper la malaria. J’avoue ne pas comprendre la logique de cela, car la malaria est transmise par une seule espèce de moustique, et je n’aurais pas cru que le moustique, en s’écrasant sur le visage du conducteur, aurait le temps de piquer la peau et d’y injecter le venin ou le virus. En tous les cas, à cause de sa maladie, Aurel est resté à la maison, me téléphonant une fois par jour pour me faire part de tous les détails de sa maladie, sa voix triste et morne, le pauvre homme.
Hé! Hé! Le « pauvre » Aurel était vraiment bon acteur! J’ai presque envie de le féliciter de sa performance, sauf qu’il se douterait de comment j’ai découvert le pot de roses, et je ne veux pas qu’il le sache! Le samedi de la semaine pendant laquelle Aurel était malade, je suis allé en ville pour y faire mes courses hebdomadaires, conduit, bien sûr, par mon fidèle Njikam. Ce dernier et moi passons des moments agréables à bavarder, Njikam repérant les jours où je ne suis pas d’humeur à ce faire et vice versa. Cette journée-là, cependant, tout allait bien. J’ai tendance à discuter de mes vigiles avec Njikam parce qu’il les connaît et les a vus dans tous leurs états. De plus, il a été témoin de certains des évènements palpitants de la résidence Macfarlane. Il connaît Aurel aussi, car ce dernier avait demandé à Njikam, deux semaines auparavant, de l’amener à l’aéroport pour y rencontrer sa belle-mère le jour qu’elle était arrivée de la Suisse, où elle travaille en tant qu’infirmière. Pardonnez tous ces détails, mais ils sont nécessaires pour tout roman-feuilleton!
Tout en causant, j’ai raconté à Njikam qu’Aurel avait été malade depuis près d’une semaine, et qu’il était sous perfusion quotidiennement. Vraiment? a réagit Njikam, d’un air ironique, et il a commencé à rire. « Il ment, » me dit-il. Évidemment, j’ai demandé à Njikam de s’expliquer. Hé, hé… il appert que le mardi précédent (un des jours où Aurel « recevait » une perfusion que j’avais payée), Aurel avait fait appel à Njikam pour qu’Aurel et sa belle-mère puissent faire quelques courses en ville (la belle-mère avait trouvé Njikam de son goût). C’est ainsi qu’ils ont passé une bonne partie de la journée ensemble! C’était amusant d’écouter Njikam en parler, car il trouve qu’Aurel a) parle trop et que b) Aurel est bien trop curieux (j’étais heureux d’entendre cette confirmation!), voulant même savoir combien je payais Njikam etc. Et, bien sûr, Njikam n’a pas de patience avec les vantardises d’Aurel par rapport à son excellence en tant que vigile, toutes ses relations importantes, etc. Il paraît que même la belle-mère lui a dit de se la fermer! Héhé, j’aimerais bien rencontrer la dame, elle doit être bien sympathique! Il faut dire que Njikam et moi avons bien ri de toute cette histoire. Comme j’ai expliqué à Njikam, Aurel n’aurait eu qu’à me demander des jours de congés pour s’occuper de sa belle-mère ou pour se reposer, et je les lui aurais accordés. Enfin, je ne sais pas trop que faire de cette histoire, car je ne veux pas qu’Aurel sache que Njikam a vendu la mèche. J’ai trop besoin de l’amitié et des conseils de ce dernier. Mais j’ai bien ri!
Évidemment, la « maladie » d’Aurel a causé de petits remous quant à l’horaire de la garde de nuit. Après en avoir discuté avec Roger, il a été décidé qu’André veillerait la nuit à l’appartement, et que Dahirou passerait la nuit à la nouvelle maison. La solution me paraissait bonne, même si je supposais que Dahirou aurait pu être le vigile de nuit à l’appartement. Roger m’a dit que la façon qu’il proposait me permettrait de me faire une meilleure idée des compétences d’André et, de surcroît, qu’il n’y avait pas de bar près de la maison où Dahirou pourrait se réfugier pour une partie de la nuit! Très logique, je l’avoue. Dahirou était très heureux du fait que je lui offrais du travail supplémentaire, et, sans que je comprenne pourquoi, Mustafa était de la partie lui aussi, quoique je ne le paierai pas d’heures supplémentaires! Je ne sais pas quand Mustafa voit ses enfants… il est toujours avec Dahirou! André, tout en étant heureux qu’on lui demande de protéger « le patron », s’est dit soucieux par rapport à la maison. Étant donné que la maison était toujours vide, je lui ai dit que je n’avais pas trop d’inquiétudes.
C’était un mardi que tout cela a été mis en place, et le mercredi, je me suis rendu à la nouvelle maison vers 7h, car je devais rencontrer M. Olli, l’agent immobilier, pour discuter de plusieurs questions avec lui. L’heure avait été la suggestion de M. Olli, et bien sûr, Roger m’accompagnait. André, qui était rentré à la maison à 6h, m’a dit qu’il avait passé pas mal de temps à nettoyer, car Dahirou et Mustafa avaient jeté des mégots un peu partout et qu’il avait trouvé de la cendre à travers toute la maison. Tout en faisant un tour d’inspection, j’ai aperçu un morceau de sachet de whisky que j’ai montré à André. André ne boit pas (du moins, je l’espère!)… Malgré cette évidence, j’ai décidé, de concert avec Roger, que nous attendrions d’autres preuves – après tout, étant donné que les deux, Mustafa et Dahirou, avaient été dans la maison, on aurait pu dire que seul Mustafa buvait de l’alcool tandis que Dahirou demeurait sobre. Histoire à dormir debout, mais…
M. Olli ne s’étant pas présenté à l’heure (ce n’était pas une surprise), et que Roger et moi devions être au boulot à 7h30, nous sommes partis aux environs de 7h20. J’avais un tas de choses qui m’attendaient, alors lorsqu’Olli m’a téléphoné un peu avant 8h, je n’ai pas pu répondre. Je l’ai rappelé un peu après midi (heureusement que ces petits téléphones portables indiquent les « appels en absence »; c’est du nouveau pour moi!) pour lui dire que j’avais été en classe toute la matinée, ce qui était vrai. Olli a proposé qu’on se fixe un nouveau rendez-vous, pour 18h le même jour, ce qui me convenait parfaitement. Bien sûr, j’ai avisé Roger!
Ce même mercredi, on célébrait l’anniversaire de naissance d’un de mes collègues, et on avait décidé d’aller prendre un pot ensemble, tous les collègues, après le travail. J’ai donc déposé mes affaires à l’appartement, j’ai téléphoné à Aurel pour savoir s’il était toujours malade (ceci se passait avant la sortie avec Njikam, évidemment), et par la suite, j’ai dit à Dahirou que j’aimerais bien qu’il passe de nouveau la nuit à la nouvelle maison (Mustafa peut-il venir? Oui, ai-je répondu, mais je ne paie que pour une personne.). Mustafa était aussi à l’appartement, ce qui me vexait un peu, car lors de la dernière grande réunion des vigiles, j’avais précisé qu’il ne devait y avoir aucun visiteur (même les autres vigiles) dans la concession. Bien sûr, Mustafa m’a dit qu’il était venu pour s’enquérir de l’état de santé d’Aurel. Hem, hem… Mustafa a aussi profité de l’occasion pour me demander s’il pouvait avoir une avance sur son salaire. J’ai dû refuser, car je n’avais pas de sous et j’ai ajouté que je ne savais pas quand l’argent allait rentrer. (Désolé de vous abasourdir de tant de détails, mes amis, mais ils sont tous nécessaires, sûr, sûr!)
Bon! Me voilà parti pour prendre un seul verre – au grand chagrin de mon collègue, je n’ai pris qu’une boisson gazeuse (un « jus », on dit ici); après tout, c’était une célébration, et on devrait avaler au moins une bière (et mes collègues savent que c’est ma limite, les bouteilles étant en format 675cl). J’ai expliqué que j’avais une réunion à 18h et que je devais conserver l’esprit clair afin de confronter mon M. Olli. À 17h55, j’ai donc quitté mes collègues et je suis arrivé à la maison peu après 18h. En route, deux de mes futurs voisins m’ont demandé, séparément, si j’avais emménagé le jour précédent. J’ai répondu que non, en leur demandant pourquoi ils me posaient la question. « Oh, ce n’est rien, ont-ils dit, c’est juste qu’il semblait y avoir fête chez vous et ça s’est terminé tard, alors on se demandait ». Hem, ai-je dit, désolé de ça, et je vais m’assurer que ça n’arrivera plus. Les voisins n’étaient pas contents, évidemment, d’avoir mal dormi, et moi non plus je n’étais pas content d’apprendre la nouvelle, même si cela confirmait que bière et whisky avaient été consommés pendant les heures de travail, et que mes deux vigiles alcooliques s’étaient bien amusés!
La réunion avec M. Olli s’est bien passée, dans l’ensemble, même si, comme d’habitude, il était en mode « bulldozer » - il attaque toujours en premier dans l’espoir d’intimider. Mais j’ai tenu bon, ainsi que Roger, puisque l’objectif de la réunion était de faire en sorte qu’Olli termine les travaux qui devaient être faits afin que je puisse intégrer la maison. Olli n’était pas content du tout de la façon dont j’avais fait installer l’électricité à son insu, me disant que tout avait été résolu et comment est-ce que je pouvais agir de la sorte. Je lui ai cloué le bec (enfin, un peu!) en lui indiquant qu’on m’avait menacé de m’imposer de lourdes amendes et la possibilité d’emprisonnement à cause du branchement illégal. Enfin, sans aller dans trop de détails, Olli a finalement accepté de terminer les travaux dans les quelques jours qui suivraient. Et la toilette extérieure? La bonne nouvelle c’est que c’est Olli qui va la terminer et à ses frais (ouf!). Il a d’ailleurs exprimé de la surprise que ce n’était pas déjà fait, puisqu’il avait déjà payé le plombier pour le travail – un gros mensonge, car personne au Cameroun ne paie à l’avance pour des travaux. Et, au moment où j’écris, j’attends toujours la fin des travaux…
Évidemment, toute cette discussion a mis du temps, et il était passé 19h quand Roger et moi sommes revenus à l’appartement. Dahirou avait déjà quitté les lieux à 18h, et Mustafa, qui était toujours là, est parti sans dire un mot dès notre arrivée (et il puait la bière, soit dit en passant), et je n’ai donc pas pu l’avertir de ne pas fêter à la maison ce soir-là. J’ai mis Roger au courant de la situation, et nous avons décidé de réfléchir à la situation. Enfin… André est arrivé vers 20h, annonçant que ses deux collègues avaient mis bien du temps à arriver au travail, mais qu’ils s’étaient finalement présentés. Pour une raison ou une autre, ni Dahirou, ni Mustafa, n’avait remis une clé du portail de l’appartement à André, même si ce dernier leur avait remis les clés de la maison. Cela voulait dire, bien sûr, que j’ai dû laisser entrer André et ensuite l’enfermer dans la concession pour la nuit. Ça n’avait pas l’air de le déranger plus que ça, heureusement. Il est toujours de bonne humeur, chantonnant en accompagnant la musique à la radio et jouant des cuillères avec deux couteaux.
Vers 21h, la sonnerie a retenti et, bien sûr, il a fallu que j’aille ouvrir en bas, puisque j’avais la seule clé du portail. Je n’attendais personne, et j’ai été surpris de voir Mustafa qui voulait me voir. Il a réussi à me faire comprendre, en marmonnant et mâchant ses mots (il était en boisson, quelle surprise!), qu’il voulait entrer car Dahirou ne se sentait pas bien, et comme je n’avais pas d’argent pour aider, il voulait prendre les médicaments traditionnels qui se trouvaient sous l’escalier. Bien sûr, je l’ai laissé entrer pour le voir ramasser des noix de kola (il doit penser que je ne sais pas ce que c’est, héhé). Mustafa s’est ensuite adressé à André, d’un ton sévère, pour lui dire qu’il ne pouvait pas tolérer qu’André ait de la visite dans la maison, puisque ce n’était pas permis, et que faisait la jeune dame là quand Dahirou et lui étaient arrivés. Sur ce, Mustafa nous a quitté, en titubant – ça ne présageait pas très bien pour la soirée, avouons-le! Le pauvre André avait l’air bien malheureux! Pourtant, j’avais fait la connaissance de la jeune dame en question, et André m’avait demandé la permission de la laisser entrer dans la cour de la nouvelle maison (c’est une voisine, seulement une copine, m’a-t-il dit; à mon avis, ce n’était pas de mes affaires!). Je lui avais donné permission, à condition qu’elle n’entre pas dans la maison, et je suis pas mal certain que cette consigne a été suivie. Et puis, même si elle ne l’a pas été, il n’y a rien dans la maison, et le pauvre homme est là tout seul jour et nuit. Je crois qu’André était plus soucieux par rapport à ce qui allait se passer à la maison cette nuit-là, étant donné l’état de Mustafa, car André a fait de gros efforts pour établir de bonnes relations avec le voisinage. Il est clair que je ne veux pas m’embrouiller avec les voisins avant même de déménager! Enfin, j’ai dit à André de ne pas s’inquiéter, même si je n’étais pas très heureux de la situation moi-même!
Le lendemain, vers midi, je suis allé faire un tour à la maison, car André m’avait téléphoné pour me dire qu’on venait d’installer les lampes au mur (des « appliques » qu’on dit ici), et que le plombier y était. En arrivant à la maison, une autre voisine m’a hélé et m’a dit que je devais savoir que mes autres vigiles avaient quitté la maison peu après 20h le soir avant, et qu’ils étaient rentrés bien après minuit. Elle a ajouté, cependant, qu’ils avaient été calmes.
Ce soir-là, Mustafa, qui était de service, m’a demandé si Dahirou et lui devaient se présenter à la maison pour la garder de nouveau, alors j’ai menti en disant qu’Aurel arriverait peut-être un peu plus tard, et que je communiquerais avec eux si j’avais besoin de leurs services. À 18h, Mustafa est parti, et ce n’est que vers 19h qu’André s’est présenté, navré qu’il avait manqué mon coup de fil plus tôt. Le pauvre homme avait été en train de faire une sieste, car il n’avait pas eu l’occasion de se reposer pendant la journée, étant donné que les ouvriers y avaient été, et il n’avait pas entendu sonner le téléphone. Je lui ai dit qu’Aurel ne viendrait pas ce soir-là, et je lui ai donné le choix de rester à la maison et de s’y reposer, ou, s’il préférait, de venir monter la garde ici, et que nous laisserions la maison se débrouiller seule, ce que nous avions déjà fait. André a décidé de venir monter la garde ici, et je lui ai demandé de se présenter vers 22h.
Que de va-et-vient! Le tout est bien amusant, mais ça confirme que je ne renouvellerai pas le contrat de mes deux saoulards – et il se peut que nous nous séparions avant cela. Je ne suis pas certain qu’ils s’en rendent compte, même si je les ai avertis de façon formelle, par écrit, qu’il faudrait qu’ils se surveillent. Je doute fort, cependant, que les avertissements aient le résultat escompté!
Bon! Passons à des sujets plus agréables!
Un des mes collègues s’est marié il y a deux samedis, et avec l’ensemble du personnel, j’ai assisté à la cérémonie à la mairie et à la réception dans la soirée. L’invitation pour la cérémonie civile indiquait qu’il fallait que les invités arrivent à 10h30 précises, puisque la cérémonie devait commencer à 11h. À ma manière toujours ponctuelle, et avec l’aide de Njikam, je suis arrivé à 10h27. Njikam m’a dit que j’arrivais bien trop tôt, mais j’ai répliqué que je supposais qu’il y aurait plusieurs cérémonies ce jour-là, et qu’il était sans doute important d’être à l’heure à la mairie. Njikam m’a lancé un sourire narquois – avec raison, en effet, car j’étais le premier arrivé de notre groupe. Je me suis donc armé de patience et j’ai attendu que les autres invités arrivent. Il était assez facile de reconnaître les personnes qui venaient assister au même mariage (il y en avait plusieurs, en effet), car la plupart des convives portaient soit une robe, soit une chemise (selon le sexe) confectionnée du même tissu, tout comme moi. C’est une tradition ici, et dans beaucoup de pays d’Afrique, de porter un genre « d’uniforme » fait du même tissu lors d’évènements importants. Normalement, le tissu est choisi par l’hôte. Malheureusement, les couleurs du tissu choisi ne m’allaient pas du tout, mais tant pis! La plupart des dames portaient le même tissu, coupé dans de styles innombrables. Je ne crois pas qu’il y avait une robe qui ressemblait à une autre!
Le couple, Raoul (mon collègue) et Edwige sont arrivés en Mercedes recouverte de fleurs à 11h15, lui resplendissant dans un costume blanc (et leur fils, âgé de 18 mois, portant une version réduite du même costume) et elle étincelante dans une robe argentée et une coiffure dont l’architecture était à faire mourir d’envie (enfin, pour ceux qui n’ont pas de cheveux!). La cérémonie a finalement commencé à 11h45, la plupart des invités s’étant présentés vers 11h30.
La salle un peu exigüe était pleine à craquer et, avec une seule fenêtre, il y faisait pas mal chaud. Le maire a commencé en souhaitant la bienvenue à tous et en faisant faire la lecture des statuts portant sur le mariage. Par la suite, il a commenté chacun des statuts (il y en avait quatre) : le mariage était un devoir patriotique qui légitimait l’issu du mariage et rendait les héritages plus faciles; l’homme est le « chef de famille » et il lui incombe d’assurer le bien-être de la famille; il incombe à la femme d’assurer le bien-être de son mari et d’éduquer les enfants dans tout ce qui est morale (ce statut, de toute évidence, a été écrit par quelqu’un qui croyait à Saint Paul!); et le dernier statut répétait les consignes des trois autres, tout en ajoutant que la femme pouvait élire de vivre dans une autre demeure que celle de son mari, si ce dernier ne pouvait pas assurer un endroit décent pour la famille (toutefois, on émettait le souhait que le choix de la demeure soit fait ensemble). Le maire, il faut le dire, mettait beaucoup d’humour dans ses explications, et le temps est passé assez rapidement.
Finalement est venu le moment pour échanger les alliances. Lorsque le maire a dit « C’est maintenant le temps de lever le doigt », tout le monde s’est éclaté de rire, car c’est le titre d’une chanson qui fait fureur en ce moment au Cameroun. Le couple a donc levé le doigt, accompagné de toute la salle qui a fait de même, et les alliances placées, avec les paroles d’usage. « Oups! » dit le maire. « J’ai oublié de vous demander l’option que vous choisissez? » J’avoue que je ne comprenais pas du tout ce que le maire voulait dire, et je n’ai pas entendu la réponse donnée par le couple, car cela a été fait d’une voix très tranquille. Toute la salle, cependant, a éclaté en hourrah à la réponse! J’ai demandé à la personne qui était assise à mes côtés quelle avait été la réponse, et elle m’a répondu : « La monogamie. Il a choisi la monogamie. » Hé, hé…! La polygamie est légale, comme me l’a expliqué Njikam plus tard en me ramenant à la maison, mais il faut annoncer à l’occasion du premier mariage que c’est l’option choisie, afin que la première femme en soit au courant et, on suppose, qu’elle accepte la situation. Et chaque mariage additionnel doit également se passer à la mairie pour en assurer la légitimité. Amusant… Njikam était étonné de mon étonnement et pris de court à l’idée que la polygamie était illégale au Canada. « Mais ça ne marcherait pas… qu’est-ce qu’on fait quand on veut un changement? »
Après la cérémonie, il y avait tout un moment pour la prise de photos, suivi d’un « tour de ville » traditionnel auquel je n’ai pas participé, puisque je n’avais pas mon propre véhicule.
Il y avait une réception au domicile du couple cet après-midi-là, mais je n’y suis pas allé – seuls les intimes y avaient été conviés, ce qui a dû représenter un nombre impressionnant de toute façon. Le soir, cependant, il y avait un dîner formel suivi d’un bal auxquels j’avais été invité. Les festivités avaient lieu au Centre, dans une grande salle aménagée pour la cause, et j’ai donc pu m’y rendre à pied. L’invitation disait 20h précises, que j’ai interprété vouloir dire 21h au plus tôt, l’heure à laquelle je m’y suis rendu. Je n’étais pas le premier et loin d’être le dernier à arriver! Une hôtesse m’a placé à ma table et j’ai bavardé avec les gens qui s’y trouvaient également. L’heureux couple se mélangeait aux invités, lui dans un costume fait du tissu porté par la plupart des gens (le même dont j’ai parlé plus tôt), elle dans une robe superbe du même tissu, l’architecture toujours en place. Vers 21h30, on s’est excusé du retard du repas, expliquant que le traiteur avait eu un accident de voiture en cours de route – pas très grave, nous a-t-on assuré, mais comme le « patron traiteur » n’y était pas, ses employés ne savaient pas trop quoi faire. Finalement, vers 22h15, le programme a commencé, avec l’entrée officielle du nouveau couple dans la salle. Ils avaient de nouveau changé de tenu, lui portant un costume noir et elle portant un ensemble doré qui brillait à en faire mal aux yeux. Très jolie, il faut dire, la mariée! Au son de la Marche nuptiale de Mendelssohn, le couple a fait le tour de la salle en empruntant un style royal à pas de tortue, précédé de six hôtesses et suivi de deux autres. La promenade a duré un bon quart d’heure, les invités tous debout et applaudissant jusqu’à la fin, et le repas a enfin pu être entamé. Un beau buffet, offrant les plats habituels d’ici (du moins, selon mon expérience de deux autres buffets), salade de pâtes, un mélange de riz et de légumes (hélas, il y avait de l’aubergine, mais j’ai fait un effort et j’ai avalé!), du poisson plein d’arêtes, quelque chose qui ressemblait à de la viande de bœuf, mais je n’en ai pas pris (je suis presque végétarien maintenant!), du plantain frit, du manioc (je n’y ai pas touché!) et divers fruits. Le vin, la bière, les boissons gazeuses et l’eau minérale coulaient à flots. Le tout a dû coûter une fortune au couple, car nous étions au moins 150 personnes!
Vers 23h, à ma grande surprise, j’ai commencé à fléchir. J’avais pourtant profité de l’après-midi pour faire une longue sieste, et je ne pouvais pas me permettre de partir tout de suite. Enfin, le maître de cérémonie a annoncé l’ouverture officielle du bal. À cette fin, l’heureux couple s’est fait escorté (lentement!) au centre de la piste par les hôtesses et s’est mis face à face pendant que le maître de cérémonie nous a parlé de la beauté du mariage et de la façon dont Raoul avait rencontré Edwige (il aurait trébuché et tombé à ses pieds, ou peut-être que c’est elle qui lui avait fait un croc-en-jambe, a dit le maître de cérémonie). Enfin, la première chanson a commencé, le Con tì partiro d’Andréa Bocelli. Le couple n’a pas bougé, en s’embrassant, pendant le récitatif d’ouverture et a commencé à tournoyer lentement au refrain, auquel moment, la musique s’est arrêtée! Le maître de cérémonie a ensuite invité six autres couples à se joindre aux nouveaux mariés sur la piste – il s’agissait des témoins (deux couples), un frère et son épouse, les parents des mariés ainsi qu’un ami intime et son épouse. Le maître de cérémonie a exhorté les couples de se regarder dans les yeux et de se remémorer le moment où ils s’étaient rencontrés pour la première fois, et la musique a repris. Même scénario, embrassade pendant le récitatif et tournoiement lent pendant le refrain, après quoi le bal était lancé!
D’après le programme, la « remise des cadeaux » allait avoir lieu une bonne heure après le début du bal. Il était déjà minuit, et je me suis dit qu’il serait bien 1h30 avant qu’on arrive à ce moment, et j’ai décidé que je n’en pouvais plus. J’ai donc demandé à l’un de mes collègues d’offrir le cadeau en mon nom, et je suis parti. Je n’étais pas le premier à ce faire, alors je ne me sentais pas trop mal. Roger, qui était là lui aussi, a insisté à m’accompagner jusqu’au portail de l’appartement, prétextant que ce n’était pas sécuritaire pour moi de marcher seul la nuit – une distance d’à peine 150 mètres! C’était très gentil de sa part, il faut le dire. Mustafa, qui était de garde, m’a laissé entré, offrant un profil sournois, mais, je crois, sobre, même si je crois avoir humé un air de bière. Au moins il ne titubait pas et n’avait pas refusé d’ouvrir le portail!
Le dimanche matin a été pas mal calme, mais même si j’ai fait la grasse matinée (jusqu’à 7h30, tard pour moi!), je me sentais toujours fatigué, et, suivant la tradition dominicale, j’ai fait une sieste, mais la commençant plus tôt que d’habitude, vers 11h30. Je me suis éveillé vers 14h, complètement gelé (il devait faire 35 C à l’extérieur!) et emmitouflé dans le duvet qui sert de descente de lit. Moi qui ne me sers jamais de duvet, quel que soit le pays ou la température, car j’ai trop chaud sous ça! De toute évidence, ça n’allait pas et je me suis rendu compte que je faisais de la fièvre. N’ayant pas de thermomètre (j’en ai un maintenant, rassurez-vous), je me suis dit que je ferais mieux de trouver un médecin et de me faire examiner. Malheureusement, mon voisin d’en bas, qui est médecin, était en déplacement, et comme je ne savais pas trop quoi faire, j’ai fait appel à mon autre taximan, Simplice (Njikam ne travaille pas le dimanche, quoique je sois certain qu’il aurait fait exception cette journée-là). J’ai demandé à Simplice de venir me chercher pour m’amener à une clinique.
Il était environ 14h30 lorsque j’ai appelé Simplice, et il m’a répondu qu’il serait là dès qu’il aurait sorti sa voiture du garage où il la gare. Normalement, il travaille le dimanche, mais il avait décidé, ce dimanche-là, de se reposer! En moins d’une heure, il s’est présenté à l’appartement, et nous sommes partis. Pendant que je l’attendais, j’avais essayé de rejoindre un certain nombre de cliniques dont le nom figurait sur la liste que le Haut Commissariat du Canada m’avait remise à mon arrivée à Yaoundé, mais il n’y avait pas de réponse, même à la clinique qui disait qu’elle était ouverte 24/7 – et j’ai laissé sonner longtemps. Donc, une fois Simplice arrivé, je lui ai demandé de m’amener à la meilleure clinique qu’il connaissait. La première était fermée, mais la deuxième était ouverte, Dieu merci, et n’était pas trop achalandée (et se trouvait sur ma liste, ouf!). L’infirmière de garde m’a immédiatement reçu, et presque sans rien dire, a placé un thermomètre sous mon bras, l’a repris en moins de 30 secondes, l’a consulté et m’a dit « Perfusion immédiate contre la fièvre, température 40,2 C (je crois que c’est l’équivalent de 102 F). Pas question de refuser, pas question de rentrer chercher des vêtements, directement au lit, et branché à une intraveineuse! Je ne sais pas ce qu’on utilise pour faire baisser la fièvre, mais en moins de 30 minutes, je me sentais beaucoup, beaucoup mieux. J’ai demandé si je devais rester toute la nuit, et j’ai eu droit à un regard méprisant. On m’a fait comprendre qu’il s’agissait de la première perfusion seulement, et que le médecin viendrait faire un tour dans un moment. Et il fallait attendre les résultats des analyses sanguines, car on avait prélevé du sang avant de commencer la perfusion.
J’ai téléphoné à Roger pour lui dire ce qui se passait, et il m’a dit qu’il serait là tout de suite. Je crois qu’il était un peu insulté que je ne l’avais pas averti dès le début, au lieu d’appeler Simplice, mais je lui ai dit que je n’avais pas eu les idées très claires au moment où je prenais des décisions et que le dimanche n’était pas une journée pour déranger le monde. « Ouais, ouais » qu’il m’a dit, ou quelque chose comme ça! Enfin, à son arrivée, j’ai envoyé Roger avec Simplice à l’appartement avec des directives d’où ils pouvaient ramasser tout ce dont j’avais besoin pour que mon séjour en clinique soit confortable, car on n’offre rien à la clinique. 90 minutes plus tard, ils sont revenus pour me trouver assis confortablement dans un fauteuil, en train de lire Jeune Afrique, pendant que la perfusion continuait à déverser lentement dans mes veines. Roger était accompagné du père Natalino, du père Roland (le curé de la paroisse) et André. « Mon père, » ai-je dit, « je n’ai pas besoin de l’Extrême onction! » Ils ne sont pas restés longtemps, mais le père Natalino m’a dit de prendre le temps qu’il fallait pour me remettre. À leur départ (avec Roger), André m’a expliqué que c’était la coutume que quelqu’un de la maisonnée reste en clinique avec le patient, et que Roger avait décrété que ce serait lui l’heureux élu, et qu’on avait laissé Dahirou et Mustafa en charge des deux résidences (!!). Simplice, soucieux du fait que je n’avais pas mangé, m’avait apporté un ananas et me l’a décortiqué et j’en ai avalé autant que j’ai pu. La ville entière doit savoir que j’adore les ananas!
Simplice est reparti vers 21h (je ne suis pas très certain des heures, évidemment), et vers 22h, le médecin est venu faire un tour. Après m’avoir tâté un peu partout, il s’est dit étonné que je n’avais pas de symptômes autre que la fièvre, mais que, au cas où ce serait un cas de malaria, on commencerait un traitement à la quinine tout de suite, car les résultats des analyses ne seraient connus que le lendemain matin. Les infirmières m’ont donc rebranché pour la nuit, et en toute gentillesse ont apporté un matelas pour André. Ce dernier l’a installé au travers de la porte afin que personne n’ose entrer pendant la nuit. J’ai bien dormi, malgré le fait que j’étais sur le dos (j’ai tendance à dormir sur un côté), car je craignais enlever l’aiguille pendant la nuit. Mais tout s’est bien passé, et le matin est arrivé rapidement.
Simplice s’est présenté de nouveau vers 8h, avec un autre ananas, et est reparti presque tout de suite pour travailler. Les infirmières sont venues me rajouter une perfusion à la quinine, et le médecin est passé pour confirmer que, en effet, je faisais une malaria, mais pas un cas sérieux, malgré la fièvre, et que ça ne durerait pas longtemps. Il m’a félicité de mon état physique général (hem, hem, c’est bien la première fois qu’on me dit ça!), a exprimé son étonnement qu’une personne de mon âge ait si peu de « bobos », que ma tension artérielle était extrêmement normale (c’est ce qu’il a dit), bref, que tout allait bien. Il m’a dit qu’après la quatrième perfusion, je pourrais rentrer si je le voulais, ou je pourrais rester en clinique pour terminer le traitement (deux autres perfusions en clinique, des comprimés pendant quelques jours à la maison). Étant donné les frais à la clinique, j’ai choisi de terminer le traitement à la maison, même si cela voulait dire que je devrais m’absenter du travail (du jamais vu!!!).
Vers 18h30, j’ai enfin eu le droit de rentrer. Bien sûr, pour sortir de la clinique, il fallait payer, et pour payer, il faut de l’argent, car on n’accepte pas les chèques. Donc, accompagné de Simplice, d’André et de deux infirmières, je me suis rendu à l’appartement afin d’y récupérer ma carte bancaire, pour ensuite me rendre au guichet automatique de la banque (un emplacement seulement, au centre-ville), en espérant que le guichet serait fonctionnel (ouf, il l’était), et enfin retour à la clinique pour payer la facture. Une fois cela fait, un arrêt dans une pharmacie pour acheter les médicaments prescrits, et enfin, arrivée à l’appartement. Pas très reposant, avouons-le!
Le lendemain, un mardi, je me sentais bien, quoique la fièvre, tel que promis par le médecin, est revenue mais moins forte. J’ai passé la plupart du temps à dormir et à lire, de temps en temps à faire un peu de travail quand j’estimais être assez en forme pour en faire. Un bon répit, quoi! Je suis allé au bureau de temps en temps afin de récupérer des courriels, mais il a fallu une bonne semaine pour que je regagne toute mon énergie, et je suis heureux de vous dire que tout va bien, merci beaucoup!
Le jeudi 1er mai, c’était la Fête internationale du travail et une journée fériée ici. Je ne suis pas allé en ville pour participer aux réjouissances populaires, décidant que j’étais encore convalescent, quoique beaucoup de mes collègues espéraient que je les accompagne. Vers 14h30, je suis allé au Centre, puisqu’un repas devait y être servi pour les travailleurs à leur retour. On m’avait dit que le repas serait prêt à 13h30, mais je me suis dit que si j’arrivais avec une heure de retard, je serais à l’heure (j’apprends lentement, mais j’apprends!). En effet, le repas était prêt, mais tous n’étaient pas encore là, et ce n’est que vers 15h15 que le repas a été servi. Je suis rentré vers 16h, car je devais ressortir à 17h pour me rendre chez un collègue pour participer à une fête qu’il offrait pour célébrer le premier anniversaire de son rejeton. Je vous dis, toute une vie sociale!
Carlos, le collègue en question, s’attendait à recevoir environ 40 personnes, mais nous devions être près de 70 quand on tient compte de tous les enfants qui s’y trouvaient, tous habillés en grande tenue. J’étais le seul blanc. Un bon repas – manger deux fois en trois heures m’en demandait beaucoup (même menu!), donc je n’ai pas pris grand-chose. L’ambiance était celle qu’on retrouve dans toutes les fêtes d’enfants partout dans le monde, des enfants criant à tue-tête, de tous les âges et tout le monde s’amusait. Les enfants se sont mis à danser après un bout de temps, et il y en avait qui faisaient des merveilles, âgés d’environ 9 ans. Et les bébés qui pouvaient se tenir debout n’étaient pas mal du tout! Je suis parti un peu après 19h, lorsqu’un de mes collègues m’a annoncé qu’il rentrait à pied. Comme je n’avais pas apporté de lampe de poche et qu’il faisait noir, j’ai décidé qu’il valait mieux rentrer avec lui, même si il y aurait sans doute eu quelqu’un d’autre plus tard qui aurait pu me raccompagner.
La saga des vigiles, soit dit en passant, a continué pendant tout ce temps, mais je vous fais grâce des détails. Il suffit de dire que c’était du pareil au même et qu’à la fin de ce mois, si ce n’est pas plus tôt, deux d’entre eux, Mustafa et Dahirou, se retrouveront sans emploi. Je ne suis pas certain encore ce que je vais faire dans le cas d’Aurel, car il a quitté la concession plusieurs fois très tôt, contre tous les ordres, et je l’ai déjà averti. Ah, que c’est difficile de trouver de bons domestiques de nos jours!
André continue d’être de bonne humeur, surtout que l’une de ses femmes est en visite du village, avec les deux enfants. Je ne sais pas combien de temps ils vont rester, mais je crois que c’était le temps que les enfants voient leur papa. Je ne sais pas si je vous ai beaucoup parlé de mon jeune vigile virile et ses deux femmes, ses deux enfants et les deux enfants à venir (un par femme)? Sans parler de la copine ici… André, qui se dit catholique pratiquant, m’a expliqué tout sérieusement que les choses au Cameroun changeaient beaucoup, car il devenait de plus en plus difficile aux hommes de se permettre, du point de vue économique, autant de femmes que dans le passé. Il a décidé de s’en tenir à deux, tandis que son père en avait eu cinq, son grand-père paternel en avait eu seize et son grand-père maternel, lui, en avait eu trente-et-une. Que ce genre de catholicisme ait existé au Canada! J’ai rencontré l’épouse numéro 1 (c’est comme ça qu’il me l’a présentée) et leurs deux enfants, des garçons âgés de 5 ans et de 3 ans. Pour l’instant, ils sont tous à la nouvelle maison, même si elle est vide. André m’a dit que l’épouse numéro 2 était rentrée dans son village natal (sans le lui dire, il venait tout juste d’apprendre la nouvelle) afin d’y accoucher. Mais André compte aller chercher l’enfant peu après la naissance (attendue au mois de juin, si je ne me trompe), car « l’enfant est à moi, et l’épouse peut revenir si elle veut. » Bien sûr, la copine de Yaoundé sera peut-être en lice pour remplacer l’épouse numéro 2, ou – qui sait – pour devenir l’épouse numéro 3.
Je devais déménager dans la nouvelle maison cette fin de semaine, mais cet évènement tant attendu a dû être reporté à la semaine prochaine, car le camion du Centre n’était pas disponible. En effet, les sœurs salésiennes, qui gèrent un orphelinat pas loin d’ici, en avait besoin pour offrir une sortie à leurs petits bouts de chou. Je peux voir la réaction au Canada – une centaine d’enfants entassés à l’arrière d’un camion délabré, à ciel ouvert, en train de négocier les nids d’éléphants sur la route!
Côté travail, la prochaine étape dans la conception des programmes d’études est à la veille de commencer. Un consultant a été embauché pour coordonner le tout (avec moi en surveillance rapprochée), car nous devons faire vite, la première version des documents devant être prête pour le 15 mai. La première réunion des experts a eu lieu ce dernier vendredi, à 18h – jour férié de surcroît, car le 2 mai a été décrété férié également. Nous en sommes sortis à 21h. Heureusement que je n’étais pas en déménagement après tout! Tous les documents doivent être finalisés pour la fin juin, et je serai soulagé lorsque cette activité sera terminée. Entretemps, je suis en pleine planification d’un programme de formation pour le personnel enseignant du Centre – très ambitieux, car il s’agira de sessions de formations, d’observations de classe et de rétroaction individuelle. Ce sera agréable, je crois, et ça me tiendra certainement très occupé. Je vais travailler de pair avec deux de mes collègues afin de partager les tâches.
Bon, voilà où j’en suis, mes amis. J’espère que tout va bien chez vous. Le prochain épisode ne sera pas affiché avant deux ou trois semaines, et j’aurai sans doute l’occasion de vous régaler d’histoires amusantes par rapport au déménagement!
Ciao!
David
Monday, April 14, 2008
Yaoundé, le 14 avril 2008
Bonjour à tout le monde!
Il est difficile de croire que cela fait plus d’un mois depuis que j’ai affiché de quoi au blogue. C’est vrai que j’ai été très occupé, tant du côté professionnel que du côté personnel, et qu’il n’y a pas eu beaucoup de temps à passer au balcon ou à écrire.
Aux dernières nouvelles, j’avais loué une maison non loin d’ici, et le travail de construction de la toilette extérieure avait été (presque) terminé. Vous serez heureux de savoir que la toilette est toujours dans le même état – complète sauf pour le réceptacle majeur et le lavabo. Je crois que l’agent immobilier espère que je vais terminer la besogne (je n’ai pas pu résister!), mais si je fais ça, ça indiquerait sans doute que ce serait à moi de tout payer, ce que je n’ai aucune intention de faire. Le cher homme est introuvable – aucune réponse quand je lui téléphone et aucune réaction aux courriels envoyés. Il a pourtant été aperçu par André, le vigile à la nouvelle maison. On verra bien ce qui va se passer à ce sujet.
Du point de vue des installations électriques, il y avait pas mal à faire. Je crois vous avoir promis un récit amusant, et je ne vous décevrai pas, même si à l’occasion c’était frustrant!
Un beau samedi (ils sont tous beaux, remarquez), je faisais un tour d’inspection de la maison avec Roger, mon collègue du Centre, et André, le vigile toujours souriant, lorsque la sonnette de la portière extérieure a retenti. Et voilà qu’un monsieur s’y trouve, représentant de la société d’électricité et lecteur de compteur. Il était venu pour livrer la facture du mois, et m’a demandé qui j’étais! En examinant la facture, il était clair que l’ancien locataire (ou le propriétaire) avait quitté les lieux sans régler ses factures et que, pour que j’aie accès à l’électricité, il fallait que les impayés soient réglés. J’ai fait valoir que ce n’était pas à moi de régler les factures des anciens résidents, et le type a convenu avec moi que c’était à l’agent immobilier de le faire. Ce dernier, M. Olli, m’avait assuré, bien sûr, qu’il n’y aurait aucun problème à faire en sorte que les nouvelles factures sortent à mon nom – il ne s’agissait que de remplir certains formulaires à la Société nationale d’électricité (SONEL) et le tour serait joué.
Le poste de radio d’André était en marche, à plein volume, et même de la portière il était clair qu’il était branché, indiquant que nous avions accès au courant. M. Ben, le type qui venait de me remettre la facture, était étonné, étant donné que le courant avait été coupé au moins deux fois de puis le mois de novembre, à sa connaissance. Avec ma permission, il est allé inspecter le compteur – imaginez notre surprise de constater qu’on avait installé une ligne frauduleuse qui contournait le compteur et que la maison était alimentée directement du réseau, sans aucune protection! Mon Dieu… comme l’a dit M. Ben, cela n’était pas seulement dangereux mais très illégal (sa façon de le dire!). Évidemment, j’étais d’accord avec lui, et nous avons décidé que M. Ben ferait couper le courant dès le lundi matin, et que je pourrais par la suite m’abonner à la SONEL.
Ce soir-là, Roger et moi avons téléphoné à M. Olli. J’ai demandé à Roger de lui parler, en me disant que les messages seraient peut-être plus clairs entre deux Camerounais. Pauvre Roger a eu bien de la difficulté, car M. Olli n’écoute pas, il ne fait que baragouiner et parler sans arrêt, un peu comme un bulldozer. Ce dernier a insisté que tout allait bien et que je n’avais pas à me mêler de choses qui ne me regardaient pas. J’ai répondu qu’au contraire cela me regardait grandement, car je n’avais aucune envie de me retrouver traîner devant la justice camerounaise pour délit et vol contre l’état – l’amende serait énorme et la prison une possibilité. Nous lui avons annoncé que l’électricité allait être coupée le lundi – un grand silence à l’autre bout de la ligne.
Le lundi, Aurel (le vigile de nuit bavard), à la demande de Roger, est passé à la SONEL pour voir ce qu’on devait faire pour régler toute la question. Il y avait bien sûr des formulaires à remplir, et il fallait que je débourse pour l’installation d’un nouveau compteur et tout l’équipement qui l’accompagnerait et qu’il faudrait également que je dépose une somme en acompte. Tout a été fait, et on m’a dit que tout serait réglé le vendredi, et que le courant serait de nouveau branché. Ouf!
Non, non, l’histoire n’est pas encore terminée – ce serait trop beau! Le nouveau compteur a été installé le vendredi matin. À midi, André est passé à l’appartement, l’air un peu penaud, pour me dire qu’on venait de couper le courant! Il m’a dit qu’il avait eu du courant pendant à peu près une heure, et qu’une équipe de la SONEL était par la suite passée avec un ordre de coupure. Comme André n’avait pas les papiers pour prouver que le courant qui passait était légal, l’équipe a fait son travail. Pauvre André! Je l’ai renvoyé à la maison, lui disant que je lui enverrais Aurel tout de suite. Aurel est arrivé à la maison, l’équipe est revenue avec son patron, M. Ben! Ce dernier, qui m’avait promis que le courant serait coupé le lundi, avait négligé de le faire le lundi, et c’était l’explication. Ben et Aurel sont donc allés voir le gérant de la SONEL du coin, qui s’est morfondu en excuses, car il avait signé l’ordre de coupure sans noter qu’il s’agissait de la maison pour laquelle il avait également signé l’ordre d’installation! Tout est bien qui finit bien – le courant a été rétabli l’après-midi même, vers 15h.
Je suis certain que j’ai rendu malheureux un certain nombre de personnes dans le quartier, car je suis convaincu que ma ligne frauduleuse alimentait plusieurs maisonnées. Faudra faire avec, comme on dit! Il n’est pas question que je paie les frais d’électricité de tout le monde, ça coûte déjà assez cher!
Évidemment, la rapidité avec laquelle tout ceci s’est fait accomplir n’aurait pas été possible sans des bakchiches à droite et à gauche (et une bouteille de whisky pour le gérant)! Je ne devrais pas encourager ce genre de comportement, évidemment, mais, comme l’a dit Aurel : si on veut que les choses se fassent, il faut suivre les pratiques locales, si non on attendrait longtemps (des mois ou des années) pour avoir une installation. Pauvres Camerounais. Heureusement que c’était Aurel qui négociait, car les bakchiches auraient été bien plus élevés.
Pendant ce temps, il y avait des évènements côté appartement aussi. Je crois avoir mentionné que Dahirou, le plus âgé des vigiles, est un adepte de petits sachets de whisky, ainsi que Mustafa. Cet engouement a été la cause de moments également amusants et frustrants.
L’entente entre les divers vigiles s’était beaucoup dégradée depuis quelques semaines. Je suppose que l’importance que se donne toujours Aurel, couplée au fait qu’il s’était beaucoup démené par rapport au dossier de la SONEL, n’avait pas aidé. C’est vrai qu’il se donne des airs d’importance, et la jalousie dont fait preuve tous les Camerounais à l’égard de tous les autres Camerounais y est pour beaucoup aussi. Je suis certain que Dahirou et Mustafa se demandent pourquoi je n’ai pas demandé leur aide par rapport au dossier SONEL. La réponse est très simple : Mustafa, tout sympathique qu’il est, est plutôt spaghetti mou et Dahirou, quant à lui, est toujours en train de ronfler!
En tout cas, la dernière crise remonte au vendredi où le courant a été rétabli à la nouvelle maison, lorsque Dahirou et Aurel se sont disputés. Comme je l’ai dit plus haut, Aurel avait passé la semaine à régler le dossier SONEL le jour, tout en continuant d’être vigile la nuit. En conséquence, le vendredi, il était épuisé. Le vendredi après-midi, donc, une fois qu’il m’avait dit que le courant avait été rétabli, vers 15h, je lui ai dit de rentrer se reposer et que je l’attendrais vers 21h (normalement, il commence à travailler à 18h). À 18h, j’ai dit à Dahirou qu’il pouvait partir, puisqu’Aurel aurait du retard. Dahirou a dit qu’il attendrait tout de même, et j’ai rajouté que c’était à lui de décider, mais qu’il était libre de partir – il n’est pas vrai que je vais commencer à payer des heures supplémentaires! À 20h, Dahirou est rentré et vers 20h45, Aurel est arrivé. Il a garé sa mobylette dans la cour, a fermé le portail et était sur le point de monter me demander sa bouteille d’eau filtrée lorsqu’on a entendu des grands coups au portail. C’était Dahirou, et Aurel a ouvert le portail pour lui demander ce qu’il voulait. Je n’ai pas entendu ce qu’a dit Dahirou, mais Aurel s’est éclaté en disant qu’il avait reçu la permission d’arriver en retard et en quoi est-ce que ça regardait Dahirou? Des injures de part et d’autres, et Dahirou voulait récupérer des bûches dont il avait besoin pour son feu du soir. Aurel les lui a lancés par-dessus le mur, ce qui n’a pas aidé les choses! Du haut du balcon, il était clair que Dahirou avait bien bu entre 20h et 20h45, car il titubait pas mal. Aurel était furieux (évidemment, il n’y est pour rien, hem, hem) et a téléphoné à Roger pour lui faire part de ce qui venait de se passer. Il faut comprendre que les vigiles se rapportent à Roger en temps et lieu, un peu parce que c’est lui qui les a trouvés et aussi parce que Roger veut être tenu au courant de ce qui se passe. Aurel voulait que Roger aille faire la leçon à Dahirou tout de suite, mais Roger a proposé de le voir le lendemain. Et bien sûr, j’ai confirmé auprès de Roger que j’avais donné permission à Aurel d’arriver « en retard », et nous nous sommes donnés rendez-vous, Roger et moi, pour discuter de tout cela soit le jour suivant, soit le dimanche, une fois que tout le monde se serait calmé.
Aurel a passé la soirée du vendredi à se plaindre de Dahirou de vive voix – il ne l’apprécie guère – en me faisant remarquer que ses propres qualifications en tant que vigile, son expérience et ses connexions avec le monde étaient meilleures que celle de toutes les autres personnes aux alentours, et ainsi de suite. Ça a duré longtemps! Ce genre de discours n’est pas fait pour plaire aux autres, soit dit en passant…
Roger est donc passé le samedi en soirée et a décrété qu’on devrait tenir une autre réunion afin de tout éclaircir. Il ne trouvait pas normal que des adultes se comportent comme des enfants, et bien sûr, pour Roger, le fait qu’il y ait des problèmes entre les vigiles le désole, puisque c’est lui qui les a trouvés pour moi. Et moi, zebigboss, il faudrait que j’y sois aussi… Mon Dieu…
Le samedi et le dimanche se sont passés normalement, dans le sens que Dahirou, qui était de garde, a bien dormi, et Mustafa s’est présenté, comme de raison, le dimanche soir à son tour (il travaille de jour les mardis et jeudis, de nuit les samedis et dimanches). Vers 19h ce dimanche-là, Mustafa est monté pour me demander si j’avais vu l’arc et les flèches qui sont normalement gardées sous l’escalier. J’ai répondu que non, la dernière fois que je les avais vus était le soir auparavant. Ils avaient disparus. Mystère…!!! L’éclaircissement est venu un peu plus tard, lorsque Dahirou, de passage pour dire bonjour à Mustafa, a annoncé à ce dernier que c’était lui qui avait rapporté les armes à la maison, car elles lui appartenaient. Une fois Dahirou parti, Mustafa m’a demandé si c’était véritablement le cas; j’ai répondu qu’à ma connaissance, ces armes m’appartenaient, car j’avais un reçu prouvant l’achat au mois de décembre, et que les armes devaient servir à tous les vigiles (ainsi que d’autres achats). Mustafa n’a rien dit, mais avait l’air un peu perplexe.
Si vous commencez à penser qu’il s’agit d’un téléroman, vous n’avez pas tort…
Donc, le lundi soir, tout le monde était présent à 18h, y compris Roger et André. Nous nous sommes réunis en bas, moi assis sur une marche de l’escalier, et nous avons commencé. En tant que patron, c’est moi qui ai pris la parole en premier – j’ai indiqué que je m’étais aperçu qu’il semblait y avoir de la discorde entre les vigiles, et que j’espérais que tout cela soit résolu, puisque je tenais à avoir une équipe soudée pour m’appuyer. J’ai aussi remarqué qu’on buvait encore de l’alcool au boulot et que ceci constituait un dernier avertissement – non seulement ne devait-on pas boire pendant les heures de travail, ni à l’intérieur de la concession, ni à l’extérieur, mais aussi qu’on devait se présenter au travail sobre.
Et là, tout a commencé! Roger était en quelque sorte le président de la réunion, et il a demandé s’il y avait quelqu’un qui avait quelque chose à dire. Bien sûr, Aurel s’est lancé tout de suite dans une condamnation de Dahirou – comment ce dernier avait osé, mais osé, l’insulter le vendredi précédent, qu’il n’avait aucun droit que questionner ses heures d’arrivée, que lui, Aurel, avait beaucoup plus d’expérience (etc., etc., lire ci-dessus!). Aurel cherchait des excuses de la part de Dahirou, évidemment (avec raison, à mon avis). Et bien sûr, Aurel a fait valoir que Dahirou était ivre quand tout cela s’était passé et qu’à plusieurs reprises au courant de la semaine il avait du frapper très fort à la portière pour se faire entendre, etc. Aurel ne sait pas quand s’arrêter…
Roger a attendu qu’Aurel ait terminé et a demandé à Dahirou d’offrir sa version des évènements. Dahirou a soutenu qu’il n’était passé que pour ramasser ses bûches et avait demandé à Aurel, par simple curiosité, pourquoi il était arrivé si tard, et qu’Aurel avait tout de suite commencé à le disputer. Je ne pouvais pas corroborer, étant donné que je n’avais pas pu entendre ce que Dahirou avait dit ce soir-là… Et Dahirou de continuer et de dire comment les choses allaient mal depuis le début. Le premier poste de radio, par exemple, que j’avais acheté pour les vigiles, où était-il? (Ça remonte à décembre, au moment où j’avais donné de l’argent à Aurel pour l’achat d’un poste de radio pour les vigiles; quelques jours plus tard, on m’a annoncé qu’il ne fonctionnait plus et qu’on ne pouvait pas le réparer, alors j’en avais acheté un deuxième, le premier ayant disparu, sans doute chez Aurel). Dahirou trouvait que ce n’était pas bien tout ça. Aurel s’est éclaté et a interrompu (ce qui ne se fait pas du tout!), disant que si Dahirou n’avait pas joué avec ce poste-là, il ne se serait pas endommagé et pourquoi est-ce qu’il devait ramasser tous les mégots que Dahirou laissait traîner dans la concession, sans oublier qu’il avait apporté un carton sur lequel tous pouvait se reposer et qu’il devait constamment remplacer parce que Dahirou déchirait le carton pour « faire ses besoins » avant de jeter le tout par-dessus le mur et qu’on fouillait dans ses affaires tout le temps et qu’il n’y avait jamais plus d’allumettes quand il rentrait le soir, etc. etc. Mon Dieu… il s’est finalement arrêté quand Roger lui a rappelé à voix forte que la parole était à Dahirou. Évidemment, Dahirou en a profité pour sortir toutes ses doléances, en particulier le fait que depuis qu’Aurel avait sa mobylette, il était toujours en retard.
Pendant tout ce temps, je sirotais mon thé glacé, souhaitant que ce soit un bon verre de whisky (il y a une bouteille de Lagavulin qui n’est pas ouverte au placard – combien de temps pourrais-je me retenir?). Roger a ensuite demandé ce qui était arrivé à l’arc et aux flèches, car Mustafa était allé lui raconter l’histoire. Dahirou a répondu que ces armes lui appartenaient et qu’il avait décidé de les rapporter chez lui. C’est alors que je suis intervenu, attisant le feu sans le savoir, disant j’avais payé l’achat des armes, que j’avais un reçu à l’appui, et que j’avais donné l’argent à Aurel pour faire cet achat. Mon Dieu! Qu’est-ce que j’avais déclenché! Aurel a renchérit en disant que lorsqu’il était allé acheter les armes en question qu’il n’en avait pas trouvé. En annonçant la nouvelle à Dahirou, ce dernier lui aurait proposé d’acheter l’arc et les flèches qu’il avait à la maison pour 5000 francs (environ 12,50$), et le tour était joué. À ceci, Dahirou a répliqué que ce n’était pas du tout ce qui s’était passé, qu’il avait tout simplement proposé de prêter les armes jusqu’à ce qu’on puisse en acheter, et qu’il n’avait rien reçu pour les armes. Oh, que d’éruptions de colère de part et d’autres, de « il a dit », « tu as dit »… Il est évident qu’il y avait du louche en quelque part, même si la somme n’était pas énorme, mais tout de même…
Pendant tout ce temps, Mustafa et André ne faisaient qu’observer, Mustafa incapable de dire quoique ce soit puisqu’il a des liens de famille avec Dahirou et André, en tant que nouveau venu, se tenait avec un grand sourire.
Finalement, Roger a repris le contrôle de la situation et a dicté ce qui devait maintenant être le comportement de tout un chacun et a noté qu’on ne connaîtrait jamais toute la vérité ni de l’histoire des armes ni de la dispute du vendredi soir, mais que de toute les façons, il y avait du bizarre. Il a ajouté que nous, Roger et moi, avions autre chose à faire dans la vie que de se préoccuper d’un comportement enfantin (« vous me faites honte ») et qu’il y avait bien des gens qui se cherchent de l’emploi. De plus, Roger a rappelé aux buveurs (Mustafa et Dahirou) qu’ils feraient mieux de cesser, car ceci constituait leur deuxième avertissement officiel. À ce moment, Mustafa a miaulé qu’il n’avait jamais manqué à ses devoirs, Roger répliquant avec humeur que Mustafa avait été mal en point à sa dernière visite, il y avait dix jours, et que M. David avait bien noté. Mustafa m’a lancé un regard dans l’espoir que je vienne à son appui, mais j’ai dû donner raison à Roger que Mustafa avait été en état d’inébriété et que j’avais même dû descendre ouvrir la portière à un invité parce que Mustafa avait refusé de l’ouvrir.
Finalement, la réunion s’est terminée, et Dahirou, Mustafa et André sont partis, Aurel demeurant sur place car il était de service. Il était environ 20h30, et Roger est rentré lui aussi. Il n’a pas fallu dix minutes pour qu’Aurel monte me dire qu’il était toujours en colère contre Dahirou et qu’il trouvait que Roger avait mal mené la réunion. Évidemment, étant donné qu’Aurel n’avait pas reçu des excuses de la part de Dahirou, ça se comprenait. Il était aussi très ému (c’est comme ça qu’il l’a dit) de s’être vu accusé de vol quand il ne faisait qu’essayer d’aider Dahirou qui n’a jamais d’argent et il savait qu’il me fallait un reçu de par son expérience antérieure avec des projets canadiens. Il a continué dans cette veine pendant longtemps, pendant que je ne faisais que grogner, dans l’espoir qu’il me laisse tranquille. Enfin, il m’a quitté.
Et voilà que dix minutes après ça, la sonnette a retenti de nouveau, ce qui m’a fait sortir sur le balcon pour voir qui c’était à une heure si tardive. Dahirou était dans la rue et m’a annoncé avec un grand sourire que Mustafa allait rapporter l’arc et les flèches sous peu, et il est reparti. Et moi de retour dans mes papiers pour me faire interrompre de nouveau dix minutes plus tard par la sonnette – cette fois, c’était Mustafa avec les armes qu’il a refusé de remettre à Aurel, préférant plutôt de grimper l’escalier et me les remettre en mains propres, avec un petit discours disant que les armes n’étaient qu’un prêt jusqu’à l’achat de nouvelles armes.
Là, j’en avais assez, et j’ai dit à Aurel que j’avais du travail à faire avant de me coucher et j’ai claqué la porte. Franchement…
Le jour suivant, qui était un mardi, j’ai dû faire face à Mustafa qui est arrivé à 7h pile, au lieu de 7h15, et lui aussi m’a dit ce qu’il avait pensé de la réunion. Il soutenait Dahirou dans le malentendu par rapport à l’arc et aux flèches, a ajouté qu’il ne voulait pas être mêlé à ce genre de dispute et que, de surcroît, il n’avait jamais manqué à ses engagements même s’il avait pris une coupe de trop. Je lui ai fait remarquer, doucement, que s’il n’était pas sobre, il ne pouvait pas exécuter ses tâches de façon acceptable. Il m’a juré que ça n’aurait plus lieu, et j’ai exprimé le souhait que ce soit le cas, car son contrat prenait fin à la fin mai et qu’il ne serait pas renouvelé si cela se reproduisait (son contrat est d’une durée de 6 mois).
J’avais donc espoir que tout demeurerait calme – hélas, je me trompais! Si vous avez besoin de répit, chers amis et chères amies, c’est un bon moment! Peut-être un petit verre de whisky…?
Le vendredi suivant la réunion, j’ai fait une insomnie – heureusement que cela n’arrive pas souvent depuis que je suis ici – et je me suis éveillé vers 2h45. À 3h, il était clair que je n’allais pas me rendormir à moins d’avaler une tisane, et je me suis levé pour m’en préparer une tasse. En attendant que l’eau soit assez chaude, je me suis dit qu’Aurel aimerait peut-être encore de l’eau ou une tasse de café. J’ai donc ouvert les portes (c’est un peu comme ouvrir les barrières d’une prison, il y en a beaucoup avant de pouvoir sortir!), et je l’ai appelé. Pas de réaction. Un peu inquiet, je suis descendu voir s’il était en forme ou s’il dormait (ce qui doit arriver souvent, même si Aurel n’avouerait jamais dormir pendant les heures de travail). Imaginez ma surprise de constater qu’Aurel n’y était pas et que sa mobylette non plus. J’avais déjà noté une absence pareille auparavant et j’avais averti Aurel de ne pas récidiver, donc je n’étais pas très content, évidemment. Et lui qui se dit le vigile sans pareil!
Le samedi, donc, je n’étais pas très en forme, pour en dire le moins. Je m’étais recoucher vers 5h pour me faire réveiller un peu avant 7h par la sonnette annonçant l’arrivée de Dahirou. Normalement, il ne tire pas la sonnette, mais il m’a annoncé avec un grand sourire que Mustafa était là aussi. Dans mon état somnolant, je n’ai rien compris, j’ai souri et refermé la porte. Lorsque je suis sorti plus tard, Mustafa n’y était plus, et Dahirou dormait de nouveau, comme d’habitude. Il ne m’a pas entendu ouvrir la portière, ni la claquer derrière moi. Je suppose qu’il avait bu toute la nuit… enfin! Ma sortie du samedi, vous comprenez, est le point culminant de la semaine, un tour dans les supermarchés avec Njikam, mon chauffeur de taxi. Une petite vie, quoi…
Dahirou s’était réveillé à mon retour et le reste de la journée s’est passée assez tranquillement. Vers 15h30, la sonnette a retenti de nouveau, et c’était Mustafa qui venait chercher de l’argent qu’il m’avait demandé le jeudi précédent. J’avais complètement oublié, et c’est ce qui expliquait sa présence le matin. Il m’avait dit, le jeudi, qu’il n’avait plus d’argent et que ses pauvres enfants avaient faim (je ne paie qu’à la fin du mois, suivant la coutume camerounaise) et il m’avait demandé une avance de salaire. Comme je n’avais pas un sou le jeudi, je lui avais dit de revenir le samedi. Je lui ai donc remis 5000 francs, et Dahirou, qui ne manque pas une occasion de demander une avance lui non plus, a eu droit à son 5000 francs aussi. Dahirou est tout de suite parti payer une facture (sans doute les petits sachets de whisky achetés à crédit; je suis méchant…), mais il est revenu presque tout de suite et est resté jusqu’à 18h, lorsque Mustafa prenait le service.
Par hasard, j’étais au balcon quand Mustafa est arrivé, avançant avec grand soin devant l’appartement, venant de la direction du bar (ce n’est pas difficile, c’est dans le même édifice). Il se concentrait très fort sur où il mettait les pieds, était en train de se parler à haute voix et d’indiquer quelque chose avec le doigt. Ce n’était pas la première fois que je le voyais dans cet état, et j’avoue que j’étais non seulement déçu, mais enragé! Non seulement qu’il avait reçu un avertissement, mais aussi le fait que le 5000 francs que je lui avais donné quelques heures plus tôt avait servi au whisky et non à la famille.
Vous vous souvenez que Mustafa avait dit qu’il pouvait bien travailler même s’il n’était pas sobre. Alors, je l’ai regardé faire : il a réussi à ouvrir la portière, grimper lentement en s’équilibrant au mur de l’escalier pour venir me saluer et prendre la bouteille d’eau filtrée pour faire son café. J’ai admiré la façon dont il a examiné la boîte dans laquelle nous gardons ce qu’il faut pour faire le café (bouilloire, café, sucre, etc.) et a décidé qu’il devrait descendre tout ça en deux fois. J’espérais presque qu’il tombe en descendant… Je ne savais pas trop quoi faire, surtout que j’étais en colère et que je ne voulais pas perdre le contrôle et, même s’il est maigre, Mustafa est très fort. Je ne voulais pas non plus lui faire du mal par accident et je voulais, de toutes les façons, qu’il y ait un témoin à tout cela. J’ai donc téléphoné à Roger, pour lui demander de venir faire un tour. Roger est arrivé quelques minutes plus tard et a sonné à la portière. Mustafa s’est dirigé cahin-caha vers la portière, n’a pas réussi à trouver la clé dans ses poches (il verrouille et ferme la gâchette, ce qui est normal), et est retourné s’asseoir. Roger a sonné de nouveau, et je suis descendu le laisser entrer et Mustafa de surveiller d’un air un peu surpris. Roger n’a rien dit, mais une fois à l’intérieur de l’appartement a constaté que Mustafa était bien saoul.
Comme on avait dit à la réunion, cet état devait mener à un renvoi immédiat. Roger, cependant, m’a demandé de donner une dernière chance à Mustafa et surtout de suivre les règlements du code du travail, qui comprennent un avis écrit par rapport à un licenciement possible, ce que je n’avais pas encore fait. Nous avons donc décidé que Roger irait chercher André, que ce dernier garderait l’appartement cette nuit-là et que Mustafa serait invité à rentrer chez lui pour « se reposer ». Aussitôt dit, aussitôt fait, et Roger était de retour avec André vingt minutes plus tard. Mustafa, malgré son état, se demandait pourquoi André était là, et j’ai dit que Mustafa n’avait pas l’air en forme, et que je croyais qu’il devait rentrer se reposer. Oh, non, de répliquer Mustafa, je vais très bien, tout va bien, je ne suis pas fatigué, André peut retourner à l’autre maison. Roger s’est tout de suite fâché et a dit qu’il était évident que Mustafa était saoul et qu’en plus, il venait de refuser un ordre direct de son patron, ce qui ne se fait pas. J’aurais aimé être en mesure d’enregistrer la conversation qui s’est ensuivie, Mustafa mâchant ses mots, disant que le patron n’était qu’un vieux qui l’appréciait beaucoup, qu’il n’était pas saoul, que c’était au patron de dire ce qu’il fallait faire, le tout pendant que le patron ne faisait que répéter que Mustafa devait rentrer. J’ai un contrat, dit Mustafa, qui devait se rendre compte qu’il jouait avec son avenir. Oui, j’ai dit, mais seulement jusqu’à la fin mai, et le contrat a une clause contre l’abus de l’alcool. Je ne suis pas saoul, dit-il, etc.…
Pendant cette discussion infructueuse qui a duré plus de vingt minutes, André faisait de son mieux pour amadouer Mustafa, mais rien n’y faisait. Finalement, Roger, excédé, a tout simplement pris Mustafa par l’épaule et l’a éjecté (le mot n’est pas trop fort! Au Canada, on dirait garrocher!) dans la rue et a refermé la portière derrière lui. Tout un mélodrame, je vous le dis! Roger a ensuite dit que Mustafa devrait faire l’objet d’une mise à pied d’une semaine (avec perte de salaire) et avis écrit. J’étais parfaitement d’accord.
Mustafa a donc eu sa semaine de mise à pied, et il n’en était pas très enchanté, surtout lorsque le jour de paie est arrivé. Tout le monde au Cameroun se fait payer à la fin du mois, et au mois de mars, c’était un lundi. À 17h, tout le personnel avait été payé. Le lendemain, Mustafa est arrivé au service à 7h, avec un air un peu minable (gueule de bois, je crois). Je suis rentré comme d’habitude à midi pour le repas, et Mustafa, comme d’habitude également, est sorti pour manger. Normalement, les vigiles doivent revenir après 20 minutes et manger sur place, mais quand je suis reparti, juste avant 13h, Mustafa n’était toujours pas rentré. Judith, la ménagère, m’a dit plus tard qu’il était rentré un peu après 13h, et qu’elle l’avait envoyé au petit marché du coin pour acheter de l’ananas. Il y est allé, mais a mis bien du temps à revenir, prétextant à Judith qu’il s’était arrêté pour manger (!!). Judith m’a dit qu’elle n’était pas certaine ce qu’il avait mangé…
Quant à moi, je devais me rendre au Hilton, en ville, pour une réunion avec des collègues canadiens, et j’étais attendu vers 16h. J’avais une course que je voulais compléter avant la réunion, donc je suis rentré à l’appartement vers 14h30 pour y déposer mes affaires. J’ai toqué à la portière, mais aucune réaction. J’ai jeté un coup d’œil par l’espace entre la portière et le mur, et tout ce que je voyais, c’était les pieds de Mustafa qui dépassaient l’espace sous l’escalier. Dahirou, voyez-vous, quand il dort, dort dans une chaise de sorte qu’on peut tout le voir. J’ai toqué plusieurs fois, à chaque fois plus fort, sans réaction de la part de Mustafa. Judith, heureusement, était encore là (elle part souvent vers 14h, quand elle a terminé son travail, avec ma permission), et j’ai tiré la sonnette. Une fois que Judith était au balcon, je lui ai crié que Mustafa dormait, et pouvait-elle m’ouvrir. Ce qu’elle a fait, s’assurant de faire bien du bruit, et moi également lorsque j’ai fermé la portière derrière moi. Toujours pas de réaction. Franchement inquiet, je me suis approché du corps gisant de Mustafa, craignant le pire. Je l’appelé, je l’ai secoué, sans que rien n’y fasse. Il y avait une odeur d’alcool et deux ou trois bouteilles de bière vides, mais je n’avais pas de preuve que c’était lui qui les avait bues. Puisqu’il était impossible de le réveiller, je l’ai laissé là – trop gentil de ma part, je le sais, mais je n’avais pas le temps de le faire mettre à la porte tout de suite. Lorsque je suis reparti, 20 minutes plus tard, il n’y avait pas eu de changement, et j’ai remarqué que Mustafa avait laissé ses clefs à ciel ouvert. Je les ai donc ramassées et j’ai demandé à Judith de bien refermé derrière elle à son départ. Je lui ai téléphoné un peu plus tard et elle m’a dit qu’il n’y avait eu aucun changement dans la position de Mustafa à son départ vers 16h.
Je ne suis rentré que vers 21h, pour trouver Aurel dans tous ses états et il m’a tout de suite mis au courant du fait que les clés que j’avais prises étaient celles de Dahirou. À l’arrivée d’Aurel au service, il avait trouvé Mustafa et Dahirou qui se parlaient à travers la portière, et que Dahirou n’était pas content, puisqu’il ne pouvait pas entrer chez lui et, de plus, une des clés ouvrait la porte de chez son voisin. Mustafa se demandait s’il avait laissé tomber les clés au restaurant où il avait « mangé », ce qui démontre son état, puisqu’il avait eu besoin des clés pour entrer dans la concession! La conclusion de tout ce beau monde (naturelle, je suppose), c’était que Judith s’était emparée des clés à son départ. Bien sûr, j’ai dit à Aurel que c’était moi qui les avait prises, pour des raisons de sécurité.
Le lendemain matin, mercredi, Dahirou est venu se plaindre à moi que « la dame » avait pris ses clés. Je lui ai dit également que c’était moi qui les avait prises et que je n’avais pas su que c’était les siennes. J’ai ajouté que Mustafa dormait si fort que n’importe qui aurait pu escalader le mur et pénétrer dans l’appartement. Lorsque je suis rentré le midi, Dahirou m’a remis une lettre d’excuse de la part de Mustafa. Je n’ai fait que grogner et dire que j’aurais une réponse en fin d’après-midi. Dans cette lettre, je donnais à Mustafa un dernier avertissement et que toute transgression aux règlements, si petite soit-elle, serait cause de licenciement immédiat. Voilà donc le deuxième avertissement écrit, tel que prescrit par la loi!
Le vendredi, Mustafa a passé presque toute la journée ici, avec Dahirou, même si ce n’est pas une journée de travail pour Mustafa. Je suis certain qu’il buvait, car Mustafa a une façon particulière de parler quand il a bu. Je leur ai demandé d’être un peu plus calmes de temps en temps, car je travaillais à la maison avec une collègue (du Canada, ici pour trois semaines). À 14h30, nous sommes partis, ma collègue pour rejoindre son hôtel, et moi pour passer à la banque. Lorsque je suis rentré, ni Mustafa ni Dahirou n’y étaient, et la portière n’était pas verrouillée! Avant même que je puisse entrer, Dahirou est arrivé en courant, me disant qu’il venait juste de sortir pour s’acheter des cigarettes, et j’ai exprimé mon mécontentement non seulement à son absence non autorisée mais aussi au fait que la portière n’avait pas été verrouillée. Mon Dieu, mon Dieu, je commençais à perdre patience…
Et ça continue! Le dimanche, Dahirou m’a demandé permission d’aller manger vers 11h30 (accordée) et il est revenu dans les 20 minutes prescrites – juste le temps d’ingurgiter deux ou trois sachets de whisky (j’espère qu’il les ouvre avant de les vider; je ne suis pas charitable). Vers 13h15, je me suis rendu sur le balcon et j’ai remarqué que la gâchette était tirée, signe, normalement, que le gardien est sorti et parle à quelqu’un dans la rue. Curieux, parce que je ne voyais rien, je suis descendu et j’ai ouvert la portière pour n’apercevoir personne. ET LA PORTIÈRE, DE NOUVEAU, N’AVAIT PAS ÉTÉ VERROUILLÉE! J’étais enragé, pour en dire le moins. J’allais justement fermé la portière quand Mustafa est arrivé à la hâte me disant que Dahirou étant en discussion avec un monsieur au bar (ouais, ouais) et que lui, Mustafa, venait le remplacer. J’ai exprimé mon mécontentement vivement, disant que c’était Dahirou que j’étais en train de payer pour garder le jour, et de quel droit était-il sorti sans m’aviser et en laissant encore une fois la portière déverrouillée? J’ai claqué toutes les portes que j’ai pu claquer… Ce que j’aurais dû faire, évidemment, c’est de fermer la portière en laissant Mustafa à l’extérieur, mais lorsque j’y ai pensé, c’était trop tard, Dahirou était de retour. J’ai donc écrit une lettre à Dahirou également…
J’ai presque terminé, mes amis! Le lundi, j’ai annoncé qu’il y aurait une réunion le jeudi soir, avec tous les vigiles. J’ai reproduit les règlements et mes attentes qui figurent à tous les contrats, j’ai invité Roger à être présent, et j’ai sermonner tout le monde. J’ai ensuite lu les règlements, un à un, m’arrêtant à chaque fois pour être certain que tout le monde comprenait, et j’ai répété que c’était le dernier avertissement pour tout le monde. Ensuite, ils ont tous signé un exemplaire de la feuille sur laquelle était inscrits les règlements, et je leur en ai remis un autre, et je leur ai demandé de rentrer.
On verra bien ce qui va se passer…
Pendant tout ce temps de tracasseries, mes deux collègues canadiennes étaient ici, car c’est le moment de l’année où il faut préparer le rapport annuel et de planifier les activités pour l’année à venir. Pour dire que j’étais occupé… et préoccupé!
Bon, ceci a été très long, mais j’espère que ce n’était pas trop ennuyant! En relisant, c’est quand même amusant, même si frustrant. Je crois, cependant, que je vais vous quitter pour tout de suite et revenir à la charge dans quelques jours… On ne s’ennuie pas au Cameroun!
Ciao!
David
Il est difficile de croire que cela fait plus d’un mois depuis que j’ai affiché de quoi au blogue. C’est vrai que j’ai été très occupé, tant du côté professionnel que du côté personnel, et qu’il n’y a pas eu beaucoup de temps à passer au balcon ou à écrire.
Aux dernières nouvelles, j’avais loué une maison non loin d’ici, et le travail de construction de la toilette extérieure avait été (presque) terminé. Vous serez heureux de savoir que la toilette est toujours dans le même état – complète sauf pour le réceptacle majeur et le lavabo. Je crois que l’agent immobilier espère que je vais terminer la besogne (je n’ai pas pu résister!), mais si je fais ça, ça indiquerait sans doute que ce serait à moi de tout payer, ce que je n’ai aucune intention de faire. Le cher homme est introuvable – aucune réponse quand je lui téléphone et aucune réaction aux courriels envoyés. Il a pourtant été aperçu par André, le vigile à la nouvelle maison. On verra bien ce qui va se passer à ce sujet.
Du point de vue des installations électriques, il y avait pas mal à faire. Je crois vous avoir promis un récit amusant, et je ne vous décevrai pas, même si à l’occasion c’était frustrant!
Un beau samedi (ils sont tous beaux, remarquez), je faisais un tour d’inspection de la maison avec Roger, mon collègue du Centre, et André, le vigile toujours souriant, lorsque la sonnette de la portière extérieure a retenti. Et voilà qu’un monsieur s’y trouve, représentant de la société d’électricité et lecteur de compteur. Il était venu pour livrer la facture du mois, et m’a demandé qui j’étais! En examinant la facture, il était clair que l’ancien locataire (ou le propriétaire) avait quitté les lieux sans régler ses factures et que, pour que j’aie accès à l’électricité, il fallait que les impayés soient réglés. J’ai fait valoir que ce n’était pas à moi de régler les factures des anciens résidents, et le type a convenu avec moi que c’était à l’agent immobilier de le faire. Ce dernier, M. Olli, m’avait assuré, bien sûr, qu’il n’y aurait aucun problème à faire en sorte que les nouvelles factures sortent à mon nom – il ne s’agissait que de remplir certains formulaires à la Société nationale d’électricité (SONEL) et le tour serait joué.
Le poste de radio d’André était en marche, à plein volume, et même de la portière il était clair qu’il était branché, indiquant que nous avions accès au courant. M. Ben, le type qui venait de me remettre la facture, était étonné, étant donné que le courant avait été coupé au moins deux fois de puis le mois de novembre, à sa connaissance. Avec ma permission, il est allé inspecter le compteur – imaginez notre surprise de constater qu’on avait installé une ligne frauduleuse qui contournait le compteur et que la maison était alimentée directement du réseau, sans aucune protection! Mon Dieu… comme l’a dit M. Ben, cela n’était pas seulement dangereux mais très illégal (sa façon de le dire!). Évidemment, j’étais d’accord avec lui, et nous avons décidé que M. Ben ferait couper le courant dès le lundi matin, et que je pourrais par la suite m’abonner à la SONEL.
Ce soir-là, Roger et moi avons téléphoné à M. Olli. J’ai demandé à Roger de lui parler, en me disant que les messages seraient peut-être plus clairs entre deux Camerounais. Pauvre Roger a eu bien de la difficulté, car M. Olli n’écoute pas, il ne fait que baragouiner et parler sans arrêt, un peu comme un bulldozer. Ce dernier a insisté que tout allait bien et que je n’avais pas à me mêler de choses qui ne me regardaient pas. J’ai répondu qu’au contraire cela me regardait grandement, car je n’avais aucune envie de me retrouver traîner devant la justice camerounaise pour délit et vol contre l’état – l’amende serait énorme et la prison une possibilité. Nous lui avons annoncé que l’électricité allait être coupée le lundi – un grand silence à l’autre bout de la ligne.
Le lundi, Aurel (le vigile de nuit bavard), à la demande de Roger, est passé à la SONEL pour voir ce qu’on devait faire pour régler toute la question. Il y avait bien sûr des formulaires à remplir, et il fallait que je débourse pour l’installation d’un nouveau compteur et tout l’équipement qui l’accompagnerait et qu’il faudrait également que je dépose une somme en acompte. Tout a été fait, et on m’a dit que tout serait réglé le vendredi, et que le courant serait de nouveau branché. Ouf!
Non, non, l’histoire n’est pas encore terminée – ce serait trop beau! Le nouveau compteur a été installé le vendredi matin. À midi, André est passé à l’appartement, l’air un peu penaud, pour me dire qu’on venait de couper le courant! Il m’a dit qu’il avait eu du courant pendant à peu près une heure, et qu’une équipe de la SONEL était par la suite passée avec un ordre de coupure. Comme André n’avait pas les papiers pour prouver que le courant qui passait était légal, l’équipe a fait son travail. Pauvre André! Je l’ai renvoyé à la maison, lui disant que je lui enverrais Aurel tout de suite. Aurel est arrivé à la maison, l’équipe est revenue avec son patron, M. Ben! Ce dernier, qui m’avait promis que le courant serait coupé le lundi, avait négligé de le faire le lundi, et c’était l’explication. Ben et Aurel sont donc allés voir le gérant de la SONEL du coin, qui s’est morfondu en excuses, car il avait signé l’ordre de coupure sans noter qu’il s’agissait de la maison pour laquelle il avait également signé l’ordre d’installation! Tout est bien qui finit bien – le courant a été rétabli l’après-midi même, vers 15h.
Je suis certain que j’ai rendu malheureux un certain nombre de personnes dans le quartier, car je suis convaincu que ma ligne frauduleuse alimentait plusieurs maisonnées. Faudra faire avec, comme on dit! Il n’est pas question que je paie les frais d’électricité de tout le monde, ça coûte déjà assez cher!
Évidemment, la rapidité avec laquelle tout ceci s’est fait accomplir n’aurait pas été possible sans des bakchiches à droite et à gauche (et une bouteille de whisky pour le gérant)! Je ne devrais pas encourager ce genre de comportement, évidemment, mais, comme l’a dit Aurel : si on veut que les choses se fassent, il faut suivre les pratiques locales, si non on attendrait longtemps (des mois ou des années) pour avoir une installation. Pauvres Camerounais. Heureusement que c’était Aurel qui négociait, car les bakchiches auraient été bien plus élevés.
Pendant ce temps, il y avait des évènements côté appartement aussi. Je crois avoir mentionné que Dahirou, le plus âgé des vigiles, est un adepte de petits sachets de whisky, ainsi que Mustafa. Cet engouement a été la cause de moments également amusants et frustrants.
L’entente entre les divers vigiles s’était beaucoup dégradée depuis quelques semaines. Je suppose que l’importance que se donne toujours Aurel, couplée au fait qu’il s’était beaucoup démené par rapport au dossier de la SONEL, n’avait pas aidé. C’est vrai qu’il se donne des airs d’importance, et la jalousie dont fait preuve tous les Camerounais à l’égard de tous les autres Camerounais y est pour beaucoup aussi. Je suis certain que Dahirou et Mustafa se demandent pourquoi je n’ai pas demandé leur aide par rapport au dossier SONEL. La réponse est très simple : Mustafa, tout sympathique qu’il est, est plutôt spaghetti mou et Dahirou, quant à lui, est toujours en train de ronfler!
En tout cas, la dernière crise remonte au vendredi où le courant a été rétabli à la nouvelle maison, lorsque Dahirou et Aurel se sont disputés. Comme je l’ai dit plus haut, Aurel avait passé la semaine à régler le dossier SONEL le jour, tout en continuant d’être vigile la nuit. En conséquence, le vendredi, il était épuisé. Le vendredi après-midi, donc, une fois qu’il m’avait dit que le courant avait été rétabli, vers 15h, je lui ai dit de rentrer se reposer et que je l’attendrais vers 21h (normalement, il commence à travailler à 18h). À 18h, j’ai dit à Dahirou qu’il pouvait partir, puisqu’Aurel aurait du retard. Dahirou a dit qu’il attendrait tout de même, et j’ai rajouté que c’était à lui de décider, mais qu’il était libre de partir – il n’est pas vrai que je vais commencer à payer des heures supplémentaires! À 20h, Dahirou est rentré et vers 20h45, Aurel est arrivé. Il a garé sa mobylette dans la cour, a fermé le portail et était sur le point de monter me demander sa bouteille d’eau filtrée lorsqu’on a entendu des grands coups au portail. C’était Dahirou, et Aurel a ouvert le portail pour lui demander ce qu’il voulait. Je n’ai pas entendu ce qu’a dit Dahirou, mais Aurel s’est éclaté en disant qu’il avait reçu la permission d’arriver en retard et en quoi est-ce que ça regardait Dahirou? Des injures de part et d’autres, et Dahirou voulait récupérer des bûches dont il avait besoin pour son feu du soir. Aurel les lui a lancés par-dessus le mur, ce qui n’a pas aidé les choses! Du haut du balcon, il était clair que Dahirou avait bien bu entre 20h et 20h45, car il titubait pas mal. Aurel était furieux (évidemment, il n’y est pour rien, hem, hem) et a téléphoné à Roger pour lui faire part de ce qui venait de se passer. Il faut comprendre que les vigiles se rapportent à Roger en temps et lieu, un peu parce que c’est lui qui les a trouvés et aussi parce que Roger veut être tenu au courant de ce qui se passe. Aurel voulait que Roger aille faire la leçon à Dahirou tout de suite, mais Roger a proposé de le voir le lendemain. Et bien sûr, j’ai confirmé auprès de Roger que j’avais donné permission à Aurel d’arriver « en retard », et nous nous sommes donnés rendez-vous, Roger et moi, pour discuter de tout cela soit le jour suivant, soit le dimanche, une fois que tout le monde se serait calmé.
Aurel a passé la soirée du vendredi à se plaindre de Dahirou de vive voix – il ne l’apprécie guère – en me faisant remarquer que ses propres qualifications en tant que vigile, son expérience et ses connexions avec le monde étaient meilleures que celle de toutes les autres personnes aux alentours, et ainsi de suite. Ça a duré longtemps! Ce genre de discours n’est pas fait pour plaire aux autres, soit dit en passant…
Roger est donc passé le samedi en soirée et a décrété qu’on devrait tenir une autre réunion afin de tout éclaircir. Il ne trouvait pas normal que des adultes se comportent comme des enfants, et bien sûr, pour Roger, le fait qu’il y ait des problèmes entre les vigiles le désole, puisque c’est lui qui les a trouvés pour moi. Et moi, zebigboss, il faudrait que j’y sois aussi… Mon Dieu…
Le samedi et le dimanche se sont passés normalement, dans le sens que Dahirou, qui était de garde, a bien dormi, et Mustafa s’est présenté, comme de raison, le dimanche soir à son tour (il travaille de jour les mardis et jeudis, de nuit les samedis et dimanches). Vers 19h ce dimanche-là, Mustafa est monté pour me demander si j’avais vu l’arc et les flèches qui sont normalement gardées sous l’escalier. J’ai répondu que non, la dernière fois que je les avais vus était le soir auparavant. Ils avaient disparus. Mystère…!!! L’éclaircissement est venu un peu plus tard, lorsque Dahirou, de passage pour dire bonjour à Mustafa, a annoncé à ce dernier que c’était lui qui avait rapporté les armes à la maison, car elles lui appartenaient. Une fois Dahirou parti, Mustafa m’a demandé si c’était véritablement le cas; j’ai répondu qu’à ma connaissance, ces armes m’appartenaient, car j’avais un reçu prouvant l’achat au mois de décembre, et que les armes devaient servir à tous les vigiles (ainsi que d’autres achats). Mustafa n’a rien dit, mais avait l’air un peu perplexe.
Si vous commencez à penser qu’il s’agit d’un téléroman, vous n’avez pas tort…
Donc, le lundi soir, tout le monde était présent à 18h, y compris Roger et André. Nous nous sommes réunis en bas, moi assis sur une marche de l’escalier, et nous avons commencé. En tant que patron, c’est moi qui ai pris la parole en premier – j’ai indiqué que je m’étais aperçu qu’il semblait y avoir de la discorde entre les vigiles, et que j’espérais que tout cela soit résolu, puisque je tenais à avoir une équipe soudée pour m’appuyer. J’ai aussi remarqué qu’on buvait encore de l’alcool au boulot et que ceci constituait un dernier avertissement – non seulement ne devait-on pas boire pendant les heures de travail, ni à l’intérieur de la concession, ni à l’extérieur, mais aussi qu’on devait se présenter au travail sobre.
Et là, tout a commencé! Roger était en quelque sorte le président de la réunion, et il a demandé s’il y avait quelqu’un qui avait quelque chose à dire. Bien sûr, Aurel s’est lancé tout de suite dans une condamnation de Dahirou – comment ce dernier avait osé, mais osé, l’insulter le vendredi précédent, qu’il n’avait aucun droit que questionner ses heures d’arrivée, que lui, Aurel, avait beaucoup plus d’expérience (etc., etc., lire ci-dessus!). Aurel cherchait des excuses de la part de Dahirou, évidemment (avec raison, à mon avis). Et bien sûr, Aurel a fait valoir que Dahirou était ivre quand tout cela s’était passé et qu’à plusieurs reprises au courant de la semaine il avait du frapper très fort à la portière pour se faire entendre, etc. Aurel ne sait pas quand s’arrêter…
Roger a attendu qu’Aurel ait terminé et a demandé à Dahirou d’offrir sa version des évènements. Dahirou a soutenu qu’il n’était passé que pour ramasser ses bûches et avait demandé à Aurel, par simple curiosité, pourquoi il était arrivé si tard, et qu’Aurel avait tout de suite commencé à le disputer. Je ne pouvais pas corroborer, étant donné que je n’avais pas pu entendre ce que Dahirou avait dit ce soir-là… Et Dahirou de continuer et de dire comment les choses allaient mal depuis le début. Le premier poste de radio, par exemple, que j’avais acheté pour les vigiles, où était-il? (Ça remonte à décembre, au moment où j’avais donné de l’argent à Aurel pour l’achat d’un poste de radio pour les vigiles; quelques jours plus tard, on m’a annoncé qu’il ne fonctionnait plus et qu’on ne pouvait pas le réparer, alors j’en avais acheté un deuxième, le premier ayant disparu, sans doute chez Aurel). Dahirou trouvait que ce n’était pas bien tout ça. Aurel s’est éclaté et a interrompu (ce qui ne se fait pas du tout!), disant que si Dahirou n’avait pas joué avec ce poste-là, il ne se serait pas endommagé et pourquoi est-ce qu’il devait ramasser tous les mégots que Dahirou laissait traîner dans la concession, sans oublier qu’il avait apporté un carton sur lequel tous pouvait se reposer et qu’il devait constamment remplacer parce que Dahirou déchirait le carton pour « faire ses besoins » avant de jeter le tout par-dessus le mur et qu’on fouillait dans ses affaires tout le temps et qu’il n’y avait jamais plus d’allumettes quand il rentrait le soir, etc. etc. Mon Dieu… il s’est finalement arrêté quand Roger lui a rappelé à voix forte que la parole était à Dahirou. Évidemment, Dahirou en a profité pour sortir toutes ses doléances, en particulier le fait que depuis qu’Aurel avait sa mobylette, il était toujours en retard.
Pendant tout ce temps, je sirotais mon thé glacé, souhaitant que ce soit un bon verre de whisky (il y a une bouteille de Lagavulin qui n’est pas ouverte au placard – combien de temps pourrais-je me retenir?). Roger a ensuite demandé ce qui était arrivé à l’arc et aux flèches, car Mustafa était allé lui raconter l’histoire. Dahirou a répondu que ces armes lui appartenaient et qu’il avait décidé de les rapporter chez lui. C’est alors que je suis intervenu, attisant le feu sans le savoir, disant j’avais payé l’achat des armes, que j’avais un reçu à l’appui, et que j’avais donné l’argent à Aurel pour faire cet achat. Mon Dieu! Qu’est-ce que j’avais déclenché! Aurel a renchérit en disant que lorsqu’il était allé acheter les armes en question qu’il n’en avait pas trouvé. En annonçant la nouvelle à Dahirou, ce dernier lui aurait proposé d’acheter l’arc et les flèches qu’il avait à la maison pour 5000 francs (environ 12,50$), et le tour était joué. À ceci, Dahirou a répliqué que ce n’était pas du tout ce qui s’était passé, qu’il avait tout simplement proposé de prêter les armes jusqu’à ce qu’on puisse en acheter, et qu’il n’avait rien reçu pour les armes. Oh, que d’éruptions de colère de part et d’autres, de « il a dit », « tu as dit »… Il est évident qu’il y avait du louche en quelque part, même si la somme n’était pas énorme, mais tout de même…
Pendant tout ce temps, Mustafa et André ne faisaient qu’observer, Mustafa incapable de dire quoique ce soit puisqu’il a des liens de famille avec Dahirou et André, en tant que nouveau venu, se tenait avec un grand sourire.
Finalement, Roger a repris le contrôle de la situation et a dicté ce qui devait maintenant être le comportement de tout un chacun et a noté qu’on ne connaîtrait jamais toute la vérité ni de l’histoire des armes ni de la dispute du vendredi soir, mais que de toute les façons, il y avait du bizarre. Il a ajouté que nous, Roger et moi, avions autre chose à faire dans la vie que de se préoccuper d’un comportement enfantin (« vous me faites honte ») et qu’il y avait bien des gens qui se cherchent de l’emploi. De plus, Roger a rappelé aux buveurs (Mustafa et Dahirou) qu’ils feraient mieux de cesser, car ceci constituait leur deuxième avertissement officiel. À ce moment, Mustafa a miaulé qu’il n’avait jamais manqué à ses devoirs, Roger répliquant avec humeur que Mustafa avait été mal en point à sa dernière visite, il y avait dix jours, et que M. David avait bien noté. Mustafa m’a lancé un regard dans l’espoir que je vienne à son appui, mais j’ai dû donner raison à Roger que Mustafa avait été en état d’inébriété et que j’avais même dû descendre ouvrir la portière à un invité parce que Mustafa avait refusé de l’ouvrir.
Finalement, la réunion s’est terminée, et Dahirou, Mustafa et André sont partis, Aurel demeurant sur place car il était de service. Il était environ 20h30, et Roger est rentré lui aussi. Il n’a pas fallu dix minutes pour qu’Aurel monte me dire qu’il était toujours en colère contre Dahirou et qu’il trouvait que Roger avait mal mené la réunion. Évidemment, étant donné qu’Aurel n’avait pas reçu des excuses de la part de Dahirou, ça se comprenait. Il était aussi très ému (c’est comme ça qu’il l’a dit) de s’être vu accusé de vol quand il ne faisait qu’essayer d’aider Dahirou qui n’a jamais d’argent et il savait qu’il me fallait un reçu de par son expérience antérieure avec des projets canadiens. Il a continué dans cette veine pendant longtemps, pendant que je ne faisais que grogner, dans l’espoir qu’il me laisse tranquille. Enfin, il m’a quitté.
Et voilà que dix minutes après ça, la sonnette a retenti de nouveau, ce qui m’a fait sortir sur le balcon pour voir qui c’était à une heure si tardive. Dahirou était dans la rue et m’a annoncé avec un grand sourire que Mustafa allait rapporter l’arc et les flèches sous peu, et il est reparti. Et moi de retour dans mes papiers pour me faire interrompre de nouveau dix minutes plus tard par la sonnette – cette fois, c’était Mustafa avec les armes qu’il a refusé de remettre à Aurel, préférant plutôt de grimper l’escalier et me les remettre en mains propres, avec un petit discours disant que les armes n’étaient qu’un prêt jusqu’à l’achat de nouvelles armes.
Là, j’en avais assez, et j’ai dit à Aurel que j’avais du travail à faire avant de me coucher et j’ai claqué la porte. Franchement…
Le jour suivant, qui était un mardi, j’ai dû faire face à Mustafa qui est arrivé à 7h pile, au lieu de 7h15, et lui aussi m’a dit ce qu’il avait pensé de la réunion. Il soutenait Dahirou dans le malentendu par rapport à l’arc et aux flèches, a ajouté qu’il ne voulait pas être mêlé à ce genre de dispute et que, de surcroît, il n’avait jamais manqué à ses engagements même s’il avait pris une coupe de trop. Je lui ai fait remarquer, doucement, que s’il n’était pas sobre, il ne pouvait pas exécuter ses tâches de façon acceptable. Il m’a juré que ça n’aurait plus lieu, et j’ai exprimé le souhait que ce soit le cas, car son contrat prenait fin à la fin mai et qu’il ne serait pas renouvelé si cela se reproduisait (son contrat est d’une durée de 6 mois).
J’avais donc espoir que tout demeurerait calme – hélas, je me trompais! Si vous avez besoin de répit, chers amis et chères amies, c’est un bon moment! Peut-être un petit verre de whisky…?
Le vendredi suivant la réunion, j’ai fait une insomnie – heureusement que cela n’arrive pas souvent depuis que je suis ici – et je me suis éveillé vers 2h45. À 3h, il était clair que je n’allais pas me rendormir à moins d’avaler une tisane, et je me suis levé pour m’en préparer une tasse. En attendant que l’eau soit assez chaude, je me suis dit qu’Aurel aimerait peut-être encore de l’eau ou une tasse de café. J’ai donc ouvert les portes (c’est un peu comme ouvrir les barrières d’une prison, il y en a beaucoup avant de pouvoir sortir!), et je l’ai appelé. Pas de réaction. Un peu inquiet, je suis descendu voir s’il était en forme ou s’il dormait (ce qui doit arriver souvent, même si Aurel n’avouerait jamais dormir pendant les heures de travail). Imaginez ma surprise de constater qu’Aurel n’y était pas et que sa mobylette non plus. J’avais déjà noté une absence pareille auparavant et j’avais averti Aurel de ne pas récidiver, donc je n’étais pas très content, évidemment. Et lui qui se dit le vigile sans pareil!
Le samedi, donc, je n’étais pas très en forme, pour en dire le moins. Je m’étais recoucher vers 5h pour me faire réveiller un peu avant 7h par la sonnette annonçant l’arrivée de Dahirou. Normalement, il ne tire pas la sonnette, mais il m’a annoncé avec un grand sourire que Mustafa était là aussi. Dans mon état somnolant, je n’ai rien compris, j’ai souri et refermé la porte. Lorsque je suis sorti plus tard, Mustafa n’y était plus, et Dahirou dormait de nouveau, comme d’habitude. Il ne m’a pas entendu ouvrir la portière, ni la claquer derrière moi. Je suppose qu’il avait bu toute la nuit… enfin! Ma sortie du samedi, vous comprenez, est le point culminant de la semaine, un tour dans les supermarchés avec Njikam, mon chauffeur de taxi. Une petite vie, quoi…
Dahirou s’était réveillé à mon retour et le reste de la journée s’est passée assez tranquillement. Vers 15h30, la sonnette a retenti de nouveau, et c’était Mustafa qui venait chercher de l’argent qu’il m’avait demandé le jeudi précédent. J’avais complètement oublié, et c’est ce qui expliquait sa présence le matin. Il m’avait dit, le jeudi, qu’il n’avait plus d’argent et que ses pauvres enfants avaient faim (je ne paie qu’à la fin du mois, suivant la coutume camerounaise) et il m’avait demandé une avance de salaire. Comme je n’avais pas un sou le jeudi, je lui avais dit de revenir le samedi. Je lui ai donc remis 5000 francs, et Dahirou, qui ne manque pas une occasion de demander une avance lui non plus, a eu droit à son 5000 francs aussi. Dahirou est tout de suite parti payer une facture (sans doute les petits sachets de whisky achetés à crédit; je suis méchant…), mais il est revenu presque tout de suite et est resté jusqu’à 18h, lorsque Mustafa prenait le service.
Par hasard, j’étais au balcon quand Mustafa est arrivé, avançant avec grand soin devant l’appartement, venant de la direction du bar (ce n’est pas difficile, c’est dans le même édifice). Il se concentrait très fort sur où il mettait les pieds, était en train de se parler à haute voix et d’indiquer quelque chose avec le doigt. Ce n’était pas la première fois que je le voyais dans cet état, et j’avoue que j’étais non seulement déçu, mais enragé! Non seulement qu’il avait reçu un avertissement, mais aussi le fait que le 5000 francs que je lui avais donné quelques heures plus tôt avait servi au whisky et non à la famille.
Vous vous souvenez que Mustafa avait dit qu’il pouvait bien travailler même s’il n’était pas sobre. Alors, je l’ai regardé faire : il a réussi à ouvrir la portière, grimper lentement en s’équilibrant au mur de l’escalier pour venir me saluer et prendre la bouteille d’eau filtrée pour faire son café. J’ai admiré la façon dont il a examiné la boîte dans laquelle nous gardons ce qu’il faut pour faire le café (bouilloire, café, sucre, etc.) et a décidé qu’il devrait descendre tout ça en deux fois. J’espérais presque qu’il tombe en descendant… Je ne savais pas trop quoi faire, surtout que j’étais en colère et que je ne voulais pas perdre le contrôle et, même s’il est maigre, Mustafa est très fort. Je ne voulais pas non plus lui faire du mal par accident et je voulais, de toutes les façons, qu’il y ait un témoin à tout cela. J’ai donc téléphoné à Roger, pour lui demander de venir faire un tour. Roger est arrivé quelques minutes plus tard et a sonné à la portière. Mustafa s’est dirigé cahin-caha vers la portière, n’a pas réussi à trouver la clé dans ses poches (il verrouille et ferme la gâchette, ce qui est normal), et est retourné s’asseoir. Roger a sonné de nouveau, et je suis descendu le laisser entrer et Mustafa de surveiller d’un air un peu surpris. Roger n’a rien dit, mais une fois à l’intérieur de l’appartement a constaté que Mustafa était bien saoul.
Comme on avait dit à la réunion, cet état devait mener à un renvoi immédiat. Roger, cependant, m’a demandé de donner une dernière chance à Mustafa et surtout de suivre les règlements du code du travail, qui comprennent un avis écrit par rapport à un licenciement possible, ce que je n’avais pas encore fait. Nous avons donc décidé que Roger irait chercher André, que ce dernier garderait l’appartement cette nuit-là et que Mustafa serait invité à rentrer chez lui pour « se reposer ». Aussitôt dit, aussitôt fait, et Roger était de retour avec André vingt minutes plus tard. Mustafa, malgré son état, se demandait pourquoi André était là, et j’ai dit que Mustafa n’avait pas l’air en forme, et que je croyais qu’il devait rentrer se reposer. Oh, non, de répliquer Mustafa, je vais très bien, tout va bien, je ne suis pas fatigué, André peut retourner à l’autre maison. Roger s’est tout de suite fâché et a dit qu’il était évident que Mustafa était saoul et qu’en plus, il venait de refuser un ordre direct de son patron, ce qui ne se fait pas. J’aurais aimé être en mesure d’enregistrer la conversation qui s’est ensuivie, Mustafa mâchant ses mots, disant que le patron n’était qu’un vieux qui l’appréciait beaucoup, qu’il n’était pas saoul, que c’était au patron de dire ce qu’il fallait faire, le tout pendant que le patron ne faisait que répéter que Mustafa devait rentrer. J’ai un contrat, dit Mustafa, qui devait se rendre compte qu’il jouait avec son avenir. Oui, j’ai dit, mais seulement jusqu’à la fin mai, et le contrat a une clause contre l’abus de l’alcool. Je ne suis pas saoul, dit-il, etc.…
Pendant cette discussion infructueuse qui a duré plus de vingt minutes, André faisait de son mieux pour amadouer Mustafa, mais rien n’y faisait. Finalement, Roger, excédé, a tout simplement pris Mustafa par l’épaule et l’a éjecté (le mot n’est pas trop fort! Au Canada, on dirait garrocher!) dans la rue et a refermé la portière derrière lui. Tout un mélodrame, je vous le dis! Roger a ensuite dit que Mustafa devrait faire l’objet d’une mise à pied d’une semaine (avec perte de salaire) et avis écrit. J’étais parfaitement d’accord.
Mustafa a donc eu sa semaine de mise à pied, et il n’en était pas très enchanté, surtout lorsque le jour de paie est arrivé. Tout le monde au Cameroun se fait payer à la fin du mois, et au mois de mars, c’était un lundi. À 17h, tout le personnel avait été payé. Le lendemain, Mustafa est arrivé au service à 7h, avec un air un peu minable (gueule de bois, je crois). Je suis rentré comme d’habitude à midi pour le repas, et Mustafa, comme d’habitude également, est sorti pour manger. Normalement, les vigiles doivent revenir après 20 minutes et manger sur place, mais quand je suis reparti, juste avant 13h, Mustafa n’était toujours pas rentré. Judith, la ménagère, m’a dit plus tard qu’il était rentré un peu après 13h, et qu’elle l’avait envoyé au petit marché du coin pour acheter de l’ananas. Il y est allé, mais a mis bien du temps à revenir, prétextant à Judith qu’il s’était arrêté pour manger (!!). Judith m’a dit qu’elle n’était pas certaine ce qu’il avait mangé…
Quant à moi, je devais me rendre au Hilton, en ville, pour une réunion avec des collègues canadiens, et j’étais attendu vers 16h. J’avais une course que je voulais compléter avant la réunion, donc je suis rentré à l’appartement vers 14h30 pour y déposer mes affaires. J’ai toqué à la portière, mais aucune réaction. J’ai jeté un coup d’œil par l’espace entre la portière et le mur, et tout ce que je voyais, c’était les pieds de Mustafa qui dépassaient l’espace sous l’escalier. Dahirou, voyez-vous, quand il dort, dort dans une chaise de sorte qu’on peut tout le voir. J’ai toqué plusieurs fois, à chaque fois plus fort, sans réaction de la part de Mustafa. Judith, heureusement, était encore là (elle part souvent vers 14h, quand elle a terminé son travail, avec ma permission), et j’ai tiré la sonnette. Une fois que Judith était au balcon, je lui ai crié que Mustafa dormait, et pouvait-elle m’ouvrir. Ce qu’elle a fait, s’assurant de faire bien du bruit, et moi également lorsque j’ai fermé la portière derrière moi. Toujours pas de réaction. Franchement inquiet, je me suis approché du corps gisant de Mustafa, craignant le pire. Je l’appelé, je l’ai secoué, sans que rien n’y fasse. Il y avait une odeur d’alcool et deux ou trois bouteilles de bière vides, mais je n’avais pas de preuve que c’était lui qui les avait bues. Puisqu’il était impossible de le réveiller, je l’ai laissé là – trop gentil de ma part, je le sais, mais je n’avais pas le temps de le faire mettre à la porte tout de suite. Lorsque je suis reparti, 20 minutes plus tard, il n’y avait pas eu de changement, et j’ai remarqué que Mustafa avait laissé ses clefs à ciel ouvert. Je les ai donc ramassées et j’ai demandé à Judith de bien refermé derrière elle à son départ. Je lui ai téléphoné un peu plus tard et elle m’a dit qu’il n’y avait eu aucun changement dans la position de Mustafa à son départ vers 16h.
Je ne suis rentré que vers 21h, pour trouver Aurel dans tous ses états et il m’a tout de suite mis au courant du fait que les clés que j’avais prises étaient celles de Dahirou. À l’arrivée d’Aurel au service, il avait trouvé Mustafa et Dahirou qui se parlaient à travers la portière, et que Dahirou n’était pas content, puisqu’il ne pouvait pas entrer chez lui et, de plus, une des clés ouvrait la porte de chez son voisin. Mustafa se demandait s’il avait laissé tomber les clés au restaurant où il avait « mangé », ce qui démontre son état, puisqu’il avait eu besoin des clés pour entrer dans la concession! La conclusion de tout ce beau monde (naturelle, je suppose), c’était que Judith s’était emparée des clés à son départ. Bien sûr, j’ai dit à Aurel que c’était moi qui les avait prises, pour des raisons de sécurité.
Le lendemain matin, mercredi, Dahirou est venu se plaindre à moi que « la dame » avait pris ses clés. Je lui ai dit également que c’était moi qui les avait prises et que je n’avais pas su que c’était les siennes. J’ai ajouté que Mustafa dormait si fort que n’importe qui aurait pu escalader le mur et pénétrer dans l’appartement. Lorsque je suis rentré le midi, Dahirou m’a remis une lettre d’excuse de la part de Mustafa. Je n’ai fait que grogner et dire que j’aurais une réponse en fin d’après-midi. Dans cette lettre, je donnais à Mustafa un dernier avertissement et que toute transgression aux règlements, si petite soit-elle, serait cause de licenciement immédiat. Voilà donc le deuxième avertissement écrit, tel que prescrit par la loi!
Le vendredi, Mustafa a passé presque toute la journée ici, avec Dahirou, même si ce n’est pas une journée de travail pour Mustafa. Je suis certain qu’il buvait, car Mustafa a une façon particulière de parler quand il a bu. Je leur ai demandé d’être un peu plus calmes de temps en temps, car je travaillais à la maison avec une collègue (du Canada, ici pour trois semaines). À 14h30, nous sommes partis, ma collègue pour rejoindre son hôtel, et moi pour passer à la banque. Lorsque je suis rentré, ni Mustafa ni Dahirou n’y étaient, et la portière n’était pas verrouillée! Avant même que je puisse entrer, Dahirou est arrivé en courant, me disant qu’il venait juste de sortir pour s’acheter des cigarettes, et j’ai exprimé mon mécontentement non seulement à son absence non autorisée mais aussi au fait que la portière n’avait pas été verrouillée. Mon Dieu, mon Dieu, je commençais à perdre patience…
Et ça continue! Le dimanche, Dahirou m’a demandé permission d’aller manger vers 11h30 (accordée) et il est revenu dans les 20 minutes prescrites – juste le temps d’ingurgiter deux ou trois sachets de whisky (j’espère qu’il les ouvre avant de les vider; je ne suis pas charitable). Vers 13h15, je me suis rendu sur le balcon et j’ai remarqué que la gâchette était tirée, signe, normalement, que le gardien est sorti et parle à quelqu’un dans la rue. Curieux, parce que je ne voyais rien, je suis descendu et j’ai ouvert la portière pour n’apercevoir personne. ET LA PORTIÈRE, DE NOUVEAU, N’AVAIT PAS ÉTÉ VERROUILLÉE! J’étais enragé, pour en dire le moins. J’allais justement fermé la portière quand Mustafa est arrivé à la hâte me disant que Dahirou étant en discussion avec un monsieur au bar (ouais, ouais) et que lui, Mustafa, venait le remplacer. J’ai exprimé mon mécontentement vivement, disant que c’était Dahirou que j’étais en train de payer pour garder le jour, et de quel droit était-il sorti sans m’aviser et en laissant encore une fois la portière déverrouillée? J’ai claqué toutes les portes que j’ai pu claquer… Ce que j’aurais dû faire, évidemment, c’est de fermer la portière en laissant Mustafa à l’extérieur, mais lorsque j’y ai pensé, c’était trop tard, Dahirou était de retour. J’ai donc écrit une lettre à Dahirou également…
J’ai presque terminé, mes amis! Le lundi, j’ai annoncé qu’il y aurait une réunion le jeudi soir, avec tous les vigiles. J’ai reproduit les règlements et mes attentes qui figurent à tous les contrats, j’ai invité Roger à être présent, et j’ai sermonner tout le monde. J’ai ensuite lu les règlements, un à un, m’arrêtant à chaque fois pour être certain que tout le monde comprenait, et j’ai répété que c’était le dernier avertissement pour tout le monde. Ensuite, ils ont tous signé un exemplaire de la feuille sur laquelle était inscrits les règlements, et je leur en ai remis un autre, et je leur ai demandé de rentrer.
On verra bien ce qui va se passer…
Pendant tout ce temps de tracasseries, mes deux collègues canadiennes étaient ici, car c’est le moment de l’année où il faut préparer le rapport annuel et de planifier les activités pour l’année à venir. Pour dire que j’étais occupé… et préoccupé!
Bon, ceci a été très long, mais j’espère que ce n’était pas trop ennuyant! En relisant, c’est quand même amusant, même si frustrant. Je crois, cependant, que je vais vous quitter pour tout de suite et revenir à la charge dans quelques jours… On ne s’ennuie pas au Cameroun!
Ciao!
David
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