Bonjour à tous et à toutes!
Oui, cela fait longtemps! Suite à mon dernier affichage, mon temps a été très occupé par le boulot et, de ce fait, un peu routinier, ce qui fait que je ne me trouvais aucune raison pour en ajouter à mon blogue. J’étais convaincu, et le suis encore, qu’un déferlement des mes activités professionnelles et de mes menus ne saurait intéresser grand monde! Ce sont mes excuses, du moins!
Les derniers mois ont été assez calmes (dans le sens Macfarlane du mot) : boulot, dodo, sortie du samedi (bibliothèque, supermarché), repos le dimanche. J’ai réussi à faire deux petits voyages dont je vous parlerai ci-dessous, et j’ai été très heureux de profiter de quatre semaines de vacances, de la fin juillet au 20 août. Je ne vous ferai pas le détail des vacances car je suis certain qu’elles feront l’objet d’une bonne partie de la lettre annuelle qui sortira peut-être avant janvier 2010 (ou peut-être plus tard, qui sait?). En résumé, Marion et moi avons passé deux semaines en Grande Bretagne et ensuite deux semaines au Canada avant mon retour à Yaoundé.
Ici, au Cameroun, je profite des jours fériés locaux. J’aurais pu, selon les termes de mon contrat, choisir de profiter des jours canadiens, mais il me semblait un peu bizarre d’être en congé pendant que mes collègues travaillaient, et vice-versa. Tout ça pour expliquer que le 1er mai, Fête du travail partout dans le monde sauf en Amérique du Nord, tombait cette année un vendredi, m’offrant ainsi une longue fin de semaine. Bien sûr, il y avait plusieurs célébrations auxquelles j’aurais pu assister, y compris un grand repas au Centre, mais j’avais informé mes collègues que je n’y serais pas, expliquant qu’un jour férié pour les travailleurs, de mon point de vue, voulait dire qu’on se reposait et qu’on avait pas d’obligations professionnelles. Quel rebelle! J’ai décidé qu’une longue fin de semaine m’offrait une occasion superbe pour un petit voyage, et j’ai choisi d’aller à Dschang (prononcer Tchang, comme dans Tintin au Tibet), une ville universitaire tapie dans les montagnes à environ 400 km de Yaoundé.
Préférant ne pas voyager seul, j’ai invité un de mes collègues, Serge (enseignant en métallerie, âgé de 23 ans, avec qui je travaille beaucoup côté pédagogique) à m’accompagner. Serge m’avait raconté, un jour, qu’il avait un cousin qui étudiait à Dschang et m’avait aussi dit, en passant, qu’il (Serge) n’avait pas beaucoup voyagé au Cameroun. J’ai été soulagé quand Serge a accepté l’invitation, car je craignais qu’il ne se sente obligé de participer aux célébrations organisées par le Centre. J’aime bien voyager, mais il est quand même plus agréable de le faire en compagnie et plus sûr aussi, surtout lorsque les biceps de la personne qui vous accompagne impressionnent plus d’un (et une!). J’ai passé une bonne partie de la semaine qui précédait le départ à tenter de rejoindre l’hôtel qui m’avait été recommandée et, finalement, deux jours avant le départ, j’ai réussi à y réserver une chambre. Le Centre climatique de Dschang a été construit pendant la Deuxième guerre mondiale afin de permettre aux expatriés (administration coloniale et autres) de s’y prélasser, étant donné qu’ils ne pouvaient rentrer au pays en vacances. C’était le seul hôtel à recommander à Dschang, m’a-t-on dit.
Serge et moi nous étions mis d’accord de nous rencontrer à la gare routière à 6h30 le vendredi matin, afin de prendre le premier autobus en direction de Dschang qui devait partir à 7h (en principe). Njikam, un de mes chauffeurs de taxi, a eu la gentillesse de se lever plus tôt que d’habitude afin de m’amener à la gare routière et, heureusement, a décidé d’attendre que Serge se pointe avant de partir. À 6h40, j’ai téléphoné à Serge (normalement ponctuel), pour comprendre qu’il essayait toujours de trouver un taxi, ceux-ci se faisant rares un 1er mai. Njikam est parti à la course le chercher et l’a déposé à la gare routière à 7h15 et a pris congé de nous. Serge et moi avons acheté nos billets, et comme nous étions les premiers (!!!) passagers (sur 70), nous avons pu réserver les sièges de la première rangée de l’autobus. Le responsable nous a annoncé que l’autobus partirait à 9h au plus tard – hem! Le véhicule a mis beaucoup de temps à se remplir (vous vous souviendrez qu’un autobus ne part jamais avant d’avoir rempli tous les sièges) et il était 11h30 avant que ce but ait été accompli. Heureusement que j’avais avec moi une revue et plusieurs bouquins, sachant bien que j’aurais à attendre. Enfin, à 11h30, les portes de l’autobus ont claqué, et dans un vrombissement de moteur diésel, nous sommes partis. Après quelques manœuvres compliquées pour sortir de la gare routière, l’autobus s’est installé devant cette dernière, le chauffeur a éteint le moteur et est sorti. Quelques minutes plus tard, un type est entré dans le bus pour contrôler les billets, et un certain nombre de passagers ont quitté l’autobus et sont retournés à la caisse. C’était les passagers à qui on devait de la monnaie… et nous avons attendu, attendu. Finalement, à 12h45, nous sommes partis pour de bon! Ah, patience, patience…
Le trajet a été long et pas très confortable, avouons-le. Nous étions bien placés pour tout voir et admirer, et c’était une belle journée pour voyager, sans pluie mais sous un ciel couvert. La route principale est en assez bon état, et autre que deux ou trois « arrêts-pipi » en route (« C’est un vrai taureau, celui-là, il n’arrête jamais de pisser! »), un arrêt à un marché et deux contrôles policiers, le voyage s’est passé sans accrocs. À l’un des contrôles, nous avons dû patienter environ 45 minutes, car – nous l’avons appris par la suite – le bus était « surchargé » (code pour un pourboire obligatoire) et que le chauffeur n’avait pas de permis de conduire. On n’a jamais su si cela voulait dire qu’il n’en avait pas du tout, ou s’il l’avait tout simplement oublié à la maison (!). C’était, au départ, un chauffeur pas très avenant, et cet arrêt n’a rien fait pour améliorer son humeur, surtout qu’il a dû être obligé de verser une somme assez importante pour que lui permettre de poursuivre son chemin. Passant au dessus des cahots et dans tous les nids de poule qu’il pouvait trouver, nous nous sommes arrêtés dans une ville, Bafoussam, ou un certain nombre de passagers nous ont quitté, et en avons reçu d’autres. Une heure plus tard, vers 18h30, nous sommes partis vers Dschang, à une cinquantaine de kilomètres de Bafoussam. Cela nous a pris environ 30 minutes pour négocier les trois kilomètres pour sortir de Bafoussam (état de la route, piétons, véhicules, etc.). Une fois hors de la ville, la route était en excellent état, mais, bien sûr, nous avons dû nous arrêter pour laisser descendre des passagers près des palmiers qu’ils indiquaient. Nous sommes finalement arrivés à Dschang à 20h30.
Une fois descendus de l’autobus, Serge et moi avons cherché des yeux un taxi – on n’en voyait aucun! Il n’y avait qu’un seul moto taximan qui nous a gentiment informés qu’il n’y avait pas de taxis du tout à Dschang, alors où voudrions-nous être déposés? (De fait, nous n’avons vu aucun taxi pendant notre séjour.) Nous ne voyions qu’un seul moto taximan, et ce dernier n’allait certainement pas appeler un copain!)… donc, Serge et moi avons grimpé sur la moto (mobylette, plutôt!); le moto taximan a placé ma petite valise sur les guidons devant lui, derrière lui, Serge a porté son petit sac sur les genoux, et je me suis installé sur le porte-bagages, portant mon petit sac et tenant fermement mon parapluie multicolore, qui ne me quitte jamais, afin d’être certain qu’il ne pleuve jamais. Superstitieux, vous direz, mais je vous assure qu’il ne pleut pas quand j’ai mon parapluie avec moi…
Le trajet a été assez court, heureusement, car il faisait pas mal frais, et nous sommes arrivés sous peu au Centre climatique, où tout était en noirceur et ne brillait qu’une seule petite lumière à la réception, et où le personnel brillait par son absence. Finalement, nous avons réussi à trouver quelqu’un pour nous aider, pour découvrir que la chambre que j’avais réservée avait été vendue à une tierce personne (« Il aurait fallu que vous confirmiez aujourd’hui, Monsieur! »); finalement, on m’a montré une chambre dans un des bungalows. Le moto taximan patientait pendant que nous nous installions et que Serge essayait de rejoindre son cousin, sans succès. Le téléphone de ce dernier ne sonnait même pas, ce qui n’était pas pour plaire à Serge, surtout qu’il avait dit à son cousin qu’il arrivait le vendredi soir. Il n’y avait pas grand choix, évidemment, alors Serge a dû passer la nuit sur le canapé (divan, sofa) du petit salon. Mais avant de dormir, il fallait bien manger; le restaurant étant fermé, nous sommes remontés sur le mototaxi pour aller se ravitailler dans une boutique non loin de l’hôtel, tandis qu’à l’hôtel, on éteignait le courant (21h). Nous avons réussi à trouver de vieux biscuits (sans larves, heureusement) et de l’eau, et nous sommes rentrés à l’hôtel.
Oui, j’ai parlé d’un salon. Toutes les chambres du Centre climatique se trouvent dans des bungalows, deux chambres et un salon par maisonnette, une toilette à partager mais une douche pour chaque chambre. Les appointements sont très basiques, pour en dire le moins, mais le salon est doté d’une cheminée (mais pas de bois à brûler, hélas). La chambre à coucher était correcte, quoique j’aie trouvé le matelas un peu trop mou à mon goût. Puisque je n’avais réservé qu’une chambre, nous n’avions pas accès à la deuxième chambre, mais nous pouvions utiliser le salon. J’étais pas mal éreinté par le voyage et à 21h30, j’étais couché, et Serge ronflait au salon. Il faisait froid et (Ô! Quelle surprise!) je me suis servi de la couverture posée sur le lit les deux nuits que j’y ai passées. Mis à part la fois où j’ai fait mon paludisme en avril 2008, c’est la seule fois que j’ai utilisé une couverture depuis que je suis au Cameroun. Il n’y avait pas de moustiques, sans doute à cause du froid de canard (!), ce qui était tant mieux, car il n’y avait pas de moustiquaires.
Le lendemain matin, sous un ciel dégagé et un air frais (j’ai mis mon chandail, il faisait sans doute environ 14 C, l’hiver, quoi!), Serge a réussi à rejoindre son cousin qui a expliqué qu’il avait éteint son téléphone à 20h le soir avant afin de le charger. N’ayant pas eu de nouvelles de Serge au courant de la journée du vendredi, il s’était dit que Serge n’arriverait pas avant le samedi. Enfin… Serge a invité son cousin à se joindre à nous pour le petit déjeuner, et une heure plus tard, Max s’est présenté à l’hôtel, accompagné de sa copine. On ne peut pas refuser l’hospitalité… Au moins Max n’avait pas invité toute la résidence universitaire à le suivre! Après un petit déjeuner relax, vers 11h, j’ai décidé qu’il faudrait bien que fasse un petit tour de ville (quel touriste je fais!), et nous avons fait venir le moto taximan qui nous avait amenés à l’hôtel le soir précédent. Il est arrivé assez rapidement; Serge, son cousin et la copine sont partis à pied et j’ai grimpé à bord de la moto.
J’étais un peu nerveux, avouons-le, car je n’aime pas ces engins du tout et j’ai été témoin de beaucoup d’accidents de moto à Yaoundé. Pas de casque, bien sûr! Le soleil avait quelque peu réchauffé l’air (quoique beaucoup de personnes portaient un chandail; j’avais enlevé le mien), et j’ai expliqué au moto taximan que je voulais tout simplement me faire une idée de la ville, et de conduire prudemment. Très gentiment, Augustin, car c’était son nom, m’a fait visiter la ville, m’indiquant les endroits intéressants. « Voici la station Texaco, et voici l’Hôtel de ville. Ça, c’est l’hôtel Miramar et ça, c’est Texaco 2. On l’appelle Texaco 2 parce que c’est la deuxième station Texaco. » Hé, hé…Il m’a amené à l’hôpital, tout un complexe d’édifices, géré par les Sœurs Saint Vincent de Paul (j’ai refusé de visiter l’intérieur) et nous avons fait un tour à l’université, ayant réussi à négocier l’entrée à la barrière (« Le gardien, c’est mon ami » = 500 francs [1,25$]).
Dschang est un très bel endroit, situé dans une vallée très agréable. Le moto taximan a offert de m’amener à une falaise dont j’ai oublié le nom, en me disant que cela prendrait environ trente minutes pour s’y rendre. J’ai refusé, en disant que je profiterais de mon prochain séjour à Dschang pour faire cette visite-là. Vers 13h, j’étais de retour au Centre climatique. Et non, il n’y a rien à faire à Dschang… le cousin nous a dit que c’était une ville universitaire, donc personne n’avait beaucoup d’argent; par conséquent, il n’y a même pas « une vie normale de nuit, c’est un endroit très sérieux. On y vient pour étudier, et à 19h30, tout est fermé. »
13h, c’est l’heure de la sieste, et je me suis étendu sur le lit pour me faire réveiller par Serge vers 15h. Il se demandait s’il pouvait aller se baigner dans la piscine. J’ai été très surpris de le revoir si tôt, mais il m’a expliqué que son cousin avait un travail à rédiger. Serge se trouvait donc au dépourvu. Comme j’avais moi aussi prévu me baigner, nous nous sommes rendus à la piscine, la seule à Dschang. Une musique forte nous y accueillis, et un grand nombre de jeunes personnes profitaient du beau temps. La piscine est pas mal grande, et j’ai pris du plaisir à y nager et ensuite à passer du temps à l’ombre à observer les gens. Mon crâne étincelait suite à la promenade en moto, et non, je n’avais pas apporté de chapeau avec moi! Il faut dire que c’était agréable de regarder tout le monde se laisser aller au son de la musique, qu’il se trouvait à l’eau ou sur les bords de la piscine. Les jeunes hommes, en particulier, se pavanaient pas mal; l’un d’eux nous a fait toute une démonstration de pas de danse sur le plongeoir avant de piquer vers l’eau. Il avait l’air très fier de son corps et était très bon danseur, il faut l’avouer. Je ne sais pas comment il l’a fait, mais je vous jure que ses mamelles très musculaires rythmaient chacune différemment! Il y avait aussi une jeune dame, vêtue d’un maillot à jupe, qui s’enguirlandait autour de poteaux avant de se rendre à l’eau en dandinant au rythme de la musique. Un bel après-midi, croyez-moi, et beaucoup plus agréable que de passer du temps devant la télé!
Vers 18h, j’ai demandé à Serge quels étaient ses projets pour la soirée; il a proposé que nous invitions son cousin et sa copine pour le repas du soir (un couple sympa, je l’avoue), et je n’ai pas pu lui refuser ça. Enfin, je suppose que j’aurais pu, mais j’avoue que je prenais Serge en pitié, forcé qu’il était de passer son temps avec un « p’tit vieux » au lieu de faire le fou avec son cousin, comme il l’avait sans doute espérer. Bien sûr, personne ici ne refuse une invitation, et le couple s’est présenté vers 19h pour partager le bon repas avec nous. C’est alors que nous avons appris qu’il n’y avait pas de lit pour Serge chez son cousin (le couple loue une petite chambre), et le pauvre a dû se résigner à passer une autre nuit au salon de notre bungalow.
Le lendemain, après notre petit déjeuner, vers 10h (aucune raison de se précipiter vers la gare routière), nous avons pris le chemin de retour. Nous avons trouvé l’autobus à moitié plein, ce qui était encourageant, pour en dire le moins, et vers 11h30, nous avons commencé à partir, suivant la même séquence qu’à Yaoundé (départ, arrêt, contrôle de billets, remboursement) et nous avons quitté Dschang à 12h30. Dès la sortie de la ville, un jeune homme, très correctement vêtu, s’est levé et a commencer un sermon en anglais, un collègue à ses côtés qui offrait l’interprétation simultanée en français. Il s’est fait un silence mortuaire au début avant que certains passagers ne réagissent quand il est devenu évident que le sermon allait durer jusqu’à Bafoussam au moins. À la demande vivement exprimée par beaucoup, le chauffeur a arrêté l’autobus et a réussi à faire taire le jeune homme. Le tout a causé une dispute dans l’autobus, car certains passagers étaient de l’avis qu’il n’y avait pas de tort à entendre la parole de Dieu, quelle que soit la personne qui pérorait, tandis que la plupart insistait qu’ils n’avaient pas payé pour devenir une congrégation captive et que s’ils voulaient être à l’église, c’est là qu’ils se seraient rendus!
L’autobus était comble, et Serge et moi avions réussi à trouver deux places côte-à-côte sur le dernier banc à l’arrière, pas très confortables car elles se trouvaient au dessus des roues et nous nous trouvions projetés vers le plafond à chaque cahot. Cela ne nous a pas pris beaucoup de temps à nous rendre à Bafoussam, où nous nous sommes arrêtés pour très peu de temps, et ensuite, c’est à l’allure de course Formule 1 que nous nous sommes lancés vers Yaoundé, où nous sommes arrivés vers 17h. Il y a eu quelques arrêts, bien sûr, pour permettre aux passagers d’acheter des vivres aux marchés situés le long de la route (des mangues, des ananas, de la viande de rat, etc.). À ma gauche se trouvait une dame africaine de « constitution traditionnelle » qui ne s’est pas privé de se ravitailler à chaque arrêt, ce qui voulait dire que je me suis rapidement retrouvé entouré de mangues, d’ananas, un genre d’épinards, et deux sacs de viande de rat que je portais dans un panier sur mes genoux. Pas gênée, la dame! Vive la vitesse de Formule 1!
Ce matin-là, avant notre départ, Njikam m’avait téléphoné pour annoncer la naissance de sa fille et pour confirmer qu’il viendrait nous chercher à la gare routière, à condition que nous donnions trente minutes d’avis, ce que nous avons fait. Nous avons dû l’attendre un peu, car il avait été étonné du fait que nous étions arrivés si tôt et avait dû aller chercher son taxi dans la garderie (comme on dit ici) où la laisse quand il ne s’en sert pas. Bien sûr, il était de très bonne humeur, et ayant déposé Serge chez lui, j’étais rentré chez moi à 18h.
Une fin de semaine exténuante, mais agréable. C’est ici un bon moment pour prendre une pause, mes amis, avant d’entamer le récit du prochain voyage qui a eu lieu il y a six semaines environ.
***
Un de mes collègues, Jean-Vincent, l’enseignant de maths et de physique au Centre, m’avait proposé, au mois de juin, que je l’accompagne à son village afin d’y admirer la ferme familiale. Malheureusement, il n’avait pas été possible d’entreprendre ce petit voyage avant mon départ en vacances à la fin juillet, et nous nous sommes mis d’accord de reporter ce petit périple à la deuxième fin de semaine après mon retour. Pour ce voyage, j’ai réservé les services de Simplice, mon autre taximan, car j’étais certain qu’il apprécierait d’aller « au village » et, soyons francs, je n’avais pas particulièrement envie de me rendre audit village en autobus et taxi-brousse. Il a donc été décidé que nous partirions à 13h un vendredi après-midi et que nous rentrions le dimanche après-midi.
Jean-Vincent est venu déposer ses bagages chez moi à l’heure convenue, mais a demandé qu’on vienne le chercher en haut de la colline du coin, afin de s’assurer les curieux du Centre n’observerait pas notre départ ensemble (il faut passer devant le Centre pour sortir de la ville, et il fallait éviter de créer des jalousies). Une demi-heure plus tard, Simplice et moi sommes partis rejoindre JV qui nous attendait avec deux cousins, à notre grande surprise : Stéphanie, invitée pour qu’elle puisse aider « la maman » à s’occuper de nous et Jean-Pierre (je crois; on l’appelait toujours JP) dont la famille habite le village voisin de celui de JV. Des valises et des sacs partout, y compris la nourriture que j’avais apporté comme contribution car, en tant qu’invité « principal » (et blanc!), il était entendu que j’arriverais avec un stock impressionnant : deux sacs de 10 kg de riz, une grosse boîte de poisson, et des litres et des litres de vin! Le voyage a été agréable, car il ne pleuvait pas, et la voiture de Simplice n’est pas tombée en pièces – c’est un vrai tacot, pour en dire le moins, mais le moteur fonctionne bien. La route était pavée pour la plupart du trajet, sauf les avant-derniers 50 km qui étaient bitumés et les derniers 3 kilomètres n’étaient qu’une piste de brousse dans la meilleure tradition de pistes de brousse. Je ne sais pas comment Simplice a fait pour faire avancer la voiture chargée, mais il a réussi!
Il était 19h quand nous sommes arrivés, il faisait donc noir et nous, les hommes, se sont assis à l’extérieur tandis que les dames s’affairaient dans la cuisine à préparer rapidement un repas. Il n’y a pas d’électricité au village, et à la lumière des lanternes, il était difficile de distinguer les visages des voisins qui venaient nous saluer. Pour souper, du poulet (y compris les entrailles et les pattes) accompagné de plantains frits. On m’a offert du vin de palme, que j’ai refusé, mais j’ai accepté un alcool préparé à partir de ce même vin, en me disant qu’il n’y aurait aucune retombée néfaste de cette ingurgitation. J’avais apporté beaucoup d’eau en bouteille, bien sûr. Comme il n’y avait pas d’eau courante, si on ne tient pas compte de la rivière qui roucoulait à 300 mètres de là, le vin de palme est la boisson de choix, matin, midi et soir. Finalement, vers 23h, on m’a montré ma chambre. À ma grande surprise, j’allais être logé dans la chambre des parents de Jean-Vincent (j’étais certain que j’allais dormir dans le dortoir réservé aux hommes), lit double et moustiquaire. J’ai bien dormi, malgré le fait que les lattes du lit se faisaient sentir à travers le matelas de mousse très mince, et je n’ai même pas eu à me lever pour me servir du pot de chambre qu’on avait placé au pied du lit.
Le samedi matin, il faisait un beau soleil, et à 6h30 nous étions tous debout. Édouard, le beau-père de Jean-Vincent, m’a accueilli avec un grand sourire et m’a annoncé qu’on visiterait la ferme après le petit déjeuner. Très sympathique, le type, plein d’idées pour améliorer sa ferme et de bonnes habiletés de gestion (j’ai découvert ça au cours de la journée, bien sûr). Il avait travaillé aux Brasseries du Cameroun avant de se faire « débaucher » lors d’une des crises économiques et avait décidé de rentrer au village pour vivre en autosuffisance. Il n’a pas d’enfants à lui (chose rare pour un homme de son âge, à peu près le même que le mien) et il n’a pas eu d’enfants avec la mère de Jean-Vincent, Agnès.
En attendant que le petit déjeuner soit servi, deux gros lièvres sont apparus, tenus par les oreilles. Ils avaient été pris dans une trappe au cours de la nuit précédente, et on nous a annoncé que nous aurions droit à cette viande au courant de la journée. Il y avait aussi une file de visiteurs qui venaient nous saluer avant de passer à la cuisine pour recevoir leur petit cadeau – une partie des vivres que j’avais offerts à la maisonnée. Certain sont repartis avec du poisson, d’autres avec un litre de vin. On m’a expliqué qu’il était attendu que mes hôtes partagent la manne dont ils profitaient; un peu désolant pour moi, mais je ne crois pas que mes hôtes avaient le choix, tradition oblige.
Le petit déjeuner a consisté d’une sauce avec des morceaux de bœuf (il fallait de bonnes dents!) et du plantain frit, et vers 9h, nous avons commencé notre périple autour de la ferme, moi, équipé de mes bottes en caoutchouc toutes neuves, car Jean-Vincent m’avait averti qu’il y aurait beaucoup de boue. En faisant le tour de certains champs, on m’a montré comment on « récolte » le vin de palme. On abat le palmier, on en découpe le haut et on scie à un certain endroit dans le tronc de l’arbre, et de là coule le vin. Il n’y a qu’une certaine partie de l’arbre qui produit la sève en question, et j’avoue que ça ressemble à la récolte du sirop d’érable. C’est un peu dommage d’être obligé d’abattre l’arbre, mais il serait très difficile, je l’imagine, de faire des entailles à 10 mètres de hauteur! Le vin de palme se boit tel quel, sans aucun traitement, mais, bien sûr, j’ai refusé d’en prendre. Il faut dire qu’observer Jean-Vincent, JP et Édouard enlever les fourmis, les mouches et autres insectes qui se trouvaient dans le seau n’était pas pour m’encourager à participer à l’ingestion de ce liquide sans doute délicieux. Heureusement, JV a pu confirmer que je buvais rarement de l’alcool, et le moment est passé sans incident culturel. Eh oui, la sève est légèrement alcoolisée naturellement, et Édouard, JV et JP n’ont pas lésiné à en boire pendant toute notre promenade, car il y avait des palmiers producteurs abattus un peu partout!
Ayant admiré les palmiers, le mil, les plants de tabac, les caféiers (Édouard cultive peu de café depuis que les cours ont baissé sur le marché mondial) et d’autres cultures, nous sommes rentrés à la maison pour une petite pause avant de continuer la visite. Je dois dire que les habitudes de travail d’Édouard méritent mon admiration, car il entreprend lui-même les travaux de ferme. Il embauche de temps en temps des dames pour l’aider (le travail de champs est la responsabilité des femmes), mais en général, c’est lui qui se paie tout l’effort.
Passant à côté des latrines (une pour les hommes, une pour les femmes), nous avons pénétré la forêt dense – la jungle, en effet, Édouard et Jean-Vincent nous frayant le passage avec leur machette, et JP se tenant derrière moi, au cas où je glisserais. Nous avons dégringolé une berge très boueuse pour arriver à la rivière dont nous avons remonté le cours, pataugeant dans l’eau (vive les bottes!), patinant sur de la boue pour enfin arriver à destination, le champ numéro 2. Mes compagnons ont fait le chemin en soulier ou nu-pieds, et plusieurs fois j’ai observé des regards portés vers mes bottes, sans doute dans l’espoir que je les laisserais au village à mon départ (ce qui n’est pas arrivé!).
Le champ numéro 2 était celui où on cultivait le maïs, les arachides et la canne à sucre, et j’ai admiré, comme il le fallait, toutes les gerbes qui y poussaient, tout en discutant avec Édouard des difficultés de gérer une ferme par les temps qui courent (oui, on espère que je vais y investir, et non, cela ne m’a pas étonné!). Par la suite, nous avons retracé nos pas vers la maison pour le repas du midi – les lièvres étaient au menu avec, vous le devinerez, des plantains frits. Je commençais à me demander ce qui était arrivé au riz que j’avais apporté…
Après le repas, il a été proposé qu’on ne visite pas le champ numéro 3 (ouf! Plantation de bananes et de plantains) afin qu’on puisse rendre visite à la famille de JP au village voisin, à environ 4 km de là. Tous empilés dans la voiture de Simplice, nous nous y sommes rendus. Même s’il n’y a pas de couverture de réseau téléphonique dans la région (et pas de courant ni d’eau courante), nous étions attendus, car le télégraphe de brousse avait annoncé notre arrivé par tam-tam le soir avant, et l’invitation avait été reçu par la même voie de transmission. Des tas de gens à rencontrer et à saluer, et deux heures après, nous sommes rentrés à la maison, pour y retrouver Stéphanie; cette dernière ne nous avait pas accompagnés, car elle avait du laver la vaisselle et commencer à préparer le repas du soir, où étaient conviés les hommes de l’autre famille (des frères d’Agnès) qui venaient nous saluer, même si venions tout juste de nous quitter.
Les hommes se sont pointés sous peu, et nous sommes restés assis sous les frondes du grand palmier dans le jardin. Les invités se gavaient de vin de palme, allant jusqu'à oublier ou négliger d’en enlever les insectes ou buvaient du vin que j’avais apporté. Mon Dieu, que ces gens boivent des quantités extraordinaires d’alcool! Le repas, un festin, a été servi vers 20h, et offrait du varan (une sorte d’iguane, le dictionnaire l’appelle lézard varanus, et, oui, du plantain frit, mais aussi du plantain bouilli et en purée. Le varan est d’un très bon goût, beaucoup plus agréable que le crocodile. Finalement, les gens sont partis, et je me suis couché, très fatigué par cette vie sociale inaccoutumée!
Le lendemain matin, ce n’est qu’à 7h que je me suis réveillé! Nous devions partir à 8h30, mais il y avait des préparatifs dont il fallait s’occuper avec de quitter les lieux. Dans la voiture, on a placé trois gros régimes de plantain, un gros régime de bananes, un gros sac d’arachide, un autre de maïs, de la canne à sucre, un peu de tout cela pour moi, mais la plupart pour JP, Stéphanie et JV. Bien sûr, avant de placer tout ça dans la voiture, il a fallu aller récolter… À un certain moment, Édouard est arrivé avec un gros sourire, tenant un varan vivant par la queue. La pauvre bête s’était fait prendre dans un des pièges tendus un peu partout sur la ferme. Édouard lui ayant tranché le cou, il l’a vidé de son sang, et le varan s’est retrouvé dans le coffre de la voiture avec les autres denrées. Vers 11h, presque à l’heure à l’horloge camerounaise, nous avons quitté Édouard et Agnès pour aller retrouver JP qui était resté dans sa famille. Là, nous avons dû passer un peu de temps à visiter, pendant qu’on nous préparait un repas. JV a réussi à persuader la famille de nous donner la nourriture préparée en forme de pique-nique, donc nous avons pu partir, enfin, vers 12h30. En l’occurrence, il s’agissait d’un ragoût de cochons d’Inde, très bon.
Il pleuvait à boire debout quand nous sommes partis, un vrai déluge, mais heureusement, nous n’avions pas à négocier la piste de boue. Du bitumé jusqu’au goudron, et une bonne route jusqu’à Yaoundé et il a plu presque tout le long. Nous nous sommes fait arrêter seulement une fois par les policiers, qui prétextait, en examinant le contenu du coffre, qu’on n’avait pas le droit de partir avec du varan qui venait des terrains qui environnent le village du président (le village d’origine de ce dernier n’est pas loin d’où on était et était bien gardé!). Ça nous a coûté 3 000 francs (environ 7,50 $), ce qui a dû payer la bière des policiers assoiffés. Ce genre de truc n’est guère amusant, mais on s’y fait. On s’est arrêté un peu plus loin pour mettre le varan sur le plancher du siège arrière, au cas on où se ferait arrêté une autre fois.
Comme on dit ici, on a commencé à arriver à Yaoundé vers 17h, et avons déposé JP chez lui (avec visite obligatoire des lieux, il est tailleur, ce qui est bon à savoir); ensuite, c’était au tour de Stéphanie à déposer ses valises chez elle (une autre visite) ainsi que le varan dont elle allait s’occuper. Ensuite, elle nous a accompagnés pour déposer JV chez lui, car elle devait partager un certain nombre de « médicaments du village » avec la sœur de JV, Nathalie. La maison de Jean-Vincent n’est pas loin de la mienne, et il a insisté que Simplice pourrait le déposer chez lui, que le chemin serait passable malgré la pluie, ce dont je doutais fort. Simplice a réussi à se battre contre le mauvais chemin jusqu’au moment où nous étions en train de grimper une colline, glissant à droite et à gauche, pour enfin se retrouver les quatre roues dans des ornières creusées par la pluie. Pauvre Simplice! Il ne savait pas s’il devait jurer contre JV ou non, car Simplice avait été convaincu que le chemin ne serait pas passable (il avait déjà ramené JV chez lui auparavant et connaissait donc la route). Enfin, nous étions dans de beaux draps. Nous sommes sortis de la voiture, et un nombre de jeunes hommes forts se sont regroupés autour de la voiture pour la soulever et la remettre (plus ou moins) sur le chemin. Simplice a réussi à reculer et garer la voiture que nous avons vidée de son chargement et avons abandonné JV et Stéphanie sur le bord de la route à chercher une solution au transport des bananes, des plantains etc. qui devait être livrés chez JV.
Simplice m’a ramené à la maison, a déchargé ma part du butin (plantains et bananes donnés à la famille d’André). J’avais aussi un lièvre entier qui m’était destiné et j’ai demandé à André de m’en découper des morceaux, que j’ai congelés, et de garder le reste. André était un peu déçu qu’il n’y avait pas d’entrailles (ça s’était fait manger au village). Le soir suivant, Jean-Vincent et Stéphanie sont passés me remettre ma part de varan qui attend lui aussi son occasion au congélateur.
Sur ce, mes amis, je vous quitte! Du côté professionnel, c’est assez occupé puisque la nouvelle année scolaire a commencé et la routine s’est établie. Il y a des nouvelles par rapport à la vie d’André (mon Dieu, les gardiens…), mais cela devra attendre un nouvel élan d’énergie de ma part, surtout que ce texte est déjà suffisamment long!
Bien des choses à tous!
Ciao!
David
Sunday, October 11, 2009
Sunday, March 8, 2009
Yaoundé, le dimanche 8 mars 2009
Bonjour!
Oui, cela fait très, très longtemps depuis ma dernière communication! Je n’ai aucune excuse à vous offrir, sauf la paresse. Ceci dit, armez-vous de patience, car cette lettre sera très longue!
Les mois de novembre et de décembre ont été très calmes, le train-train habituel, quoi, mais je ne m’en plains pas. La saison des pluies s’est terminée à la mi-décembre, ce qui a voulu dire que je pouvais enfin remettre mes sandales. Les pieds en étaient très heureux (je suis certain que ça vous intéresse!). Noël a été très tranquille et je l’ai célébré en compagnie d’André et de sa famille. Les deux plus vieux avaient reçu de leurs parents un téléphone jouet portable et s’amusaient à se « téléphoner », et je leur ai offert un petit camion chacun. Le bébé, pauvre de lui, n’a rien reçu, mais semblait heureux de gazouiller dans son coin. Le jeune David est vraiment un bébé charmant, mais avouons que j’ai un petit faible pour lui. Il aura un an au mois de mai.
Le mois de janvier a été superbe car j’ai pu prendre quelques jours de congé pour profiter de la visite de Marion et de Sonja qui ont passé un peu plus de trois semaines au Cameroun. Nous avons pris grand plaisir à nous revoir et à sillonner un peu le pays pendant leur séjour. Je ne peux rien faire de mieux que de reproduire ici le récit de nos périples que Sonja a composé. Il y en a beaucoup, je vous avertis tout de suite. Aucune modification n’a été apportée au texte, mais la traduction de l’anglais est la mienne. Donc, s’il y a des erreurs ou coquilles, c’est de ma faute. Vous vous souviendrez peut-être que Sonja a pris un congé non payé de six mois afin de voyager; elle s’est rendue au Népal pour quelques semaines et ensuite a profité d’un tour organisé en Afrique du Nord, se rendant en Égypte, en Libye, en Tunisie et au Maroc avant de débarquer au Cameroun.
J’ai essayé de conserver le même ton…
***
J’ai trouvé le Cameroun plus intéressant que je ne l’aurais pensé. On y trouve une variété de climats (enfin, au moins 2 : la forêt tropicale humide et le désert)
Mon vol du Maroc est arrivé avec trois ou quatre heures de retard, ce qui a fait que je suis arrivée vers 1h du matin. Heureusement, l’avion de ma mère (nous sommes arrivées le même jour) est aussi arrivé avec du retard, donc elle n’a pas dû attendre sept heures à l’aéroport – pas comme mon père, son collègue Roger et son collègue/sa sentinelle de fin de semaine, Oumarou, ainsi qu’une amie de Roger, Mme Fanta, qui ont dû se payer l’attente. Je suis certaine qu’ils ont trouvé cela passionnant car l’aéroport a deux petits endroits où on peut acheter de quoi boire et un total d’environ 30 sièges pour se reposer… Mon père s’était armé de thé chaud, d’eau glacée et des arachides pour ma mère. L’aéroport se trouve à environ 45 minutes de la maison de mon père, donc ils avaient décidé d’attendre mon arrivée au lieu de faire deux allers-retours. Enfin, je suis descendue de l’avion, ce qu’on a tendance à faire à l’arrivée, et un peu abasourdie (cela faisait environ 14h que j’étais en déplacement), j’ai entendu une dame m’appeler par mon nom; j’ai hoché la tête et je l’ai suivie. J’avais été avertie qu’il y aurait sans doute quelqu’un pour me rencontrer dès mon arrivée ce qui me permettrait de passer les contrôles sans avoir à payer des pots-de-vin. Effectivement, tout s’est passé très rapidement. Roger m’attendait au carrousel d’où j’ai pu saluer mes parents (on ne leur avait pas permis de pénétrer le hall de bagages), les valises sont arrivées (ouf!) et nous nous sommes dirigés vers la maison de mon père, enfouis dans un « pick-up ». Le trajet n’a pas pris trop de temps, et on ne s’est fait arrêté qu’une seule fois par des militaires qui « avaient soif » (code pour dire qu’ils voulaient qu’on leur offre 500 francs, un peu plus de un dollar canadien, ce qui représente le prix d’une grande bouteille de bière). Nous avons réussi à passer sans rien payer parce qu’il s’avérait que Mme Fanta les connaissaient. C’est un peu inquiétant de se faire arrêter par un homme armé d’une carabine automatique qui a soif, mais on peut s’y habituer (en général) même si on n’aime pas ça.
La maison qu’habite mon père est assez grande – trois chambres à coucher, une cuisine, 2 salles de bains, une toilette, un salon/aire de travail. La chose la plus amusante qu’on y trouve c’est le grand mur qui a l’air d’avoir des taches de léopard – il faudra vous référer à la photo (ce genre de mur est très populaire pour l’extérieur des maisons). L’autre chose qui m’a amusée, c’était les meubles dont mon père avait hérité de la personne qui l’avait précédé dans le poste qu’il occupe : les sofas et les fauteuils sont très rembourrés (genre aussi très populaire, comme en témoigne le fait qu’on en voit en vente sur le bord des chemins), et il y a 4 de chaque genre, ainsi des vaisseliers énormes. En arrivant à la maison, nous avons rencontré André, la sentinelle de semaine, un type très gentil. Le lendemain, nous avons rencontré Judith, la dame qui fait le ménage et prépare les salades de mon père (mon père ne mange que des salades depuis qu’il est au Cameroun, salades vertes et salades de fruits, mais il a changé son régime pendant notre visite, donc nous avons pu déguster de la viande également).
Yaoundé, c’est vert. L’impression que j’en ai eu était de beaucoup de petites maisons à un étage situées parmi plusieurs plantes (bananiers, palmiers, etc.), de la végétation et plein de collines. Le deuxième jour (nous avons passé le premier à nous prélasser sur les sofas sur-rembourrés), nous avons fait une sortie passionnante au centre-ville, où nous avons visité le Haut Commissariat du Canada, le Bureau de la Coopération canadienne, la banque et le supermarché, et avons été présentés à toutes les personnes qui s’y trouvaient. Le centre-ville est doté de quelques tours dont l’architecture est intéressante, mais il est assez petit. Nous avons aussi visité le quartier huppé (ambassades et maisons de richissimes), mais malgré cela, la ville semble assez provinciale (c’est la capitale politique, au cas où vous ne seriez pas au courant). Plus tard, nous avons fait un tour de ville avec Njikam, l’un des deux taximen de mon père (mon père n’a pas de voiture et ne semble pas vouloir conduire en ville – ça peut paraître chaotique au départ, mais il y a un système à la conduite; généralement, cela veut dire que tout le monde s’avance dans une intersection et à chacun son tour réussit à passer ou à changer de direction, selon ce qu’il veut faire; on a l’impression qu’il y a trop de voitures à l’intersection et elles se rapprochent d’un peu près l’une de l’autre tout en roulant très lentement, et puis après, une bosse de plus ou de moins sur une voiture qui tombe en morceaux, ce n’est pas très grave). Enfin, retournons au tour de ville… Nous avons réussi à voir combien de collines il y a à Yaoundé (on l’appelle la ville aux 7 collines parce que d’où qu’on se situe on peut voir 7 collines, même s’il y en a beaucoup plus que ça), avons visité des endroits d’où nous avions belle vue sur la ville (mais difficile de voir loin car l’atmosphère semble être voilée presque tout le temps à Yaoundé). Nous nous sommes retrouvées finalement au Grand Marché. J’ai trouvé le Grand Marché pas mal étrange. Le gouvernement a fait construire un grand bâtiment pour y contenir le marché, mais peu de personnes s’en servent. Le marché est rond et comporte plusieurs étages. Le problème c’est que personne ne veut grimper aux étages supérieurs pour y magasiner, donc il n’y a que les deux ou trois premiers étages où se trouvent des boutiques. Le haut de l’édifice offre un beau panorama du reste du marché, car il y a beaucoup d’étalages qui encerclent le marché (des parapluies de toutes les couleurs, des tas de CD et DVD piratés. Je crois que nous avons pris trop de photos car un certain nombre de personnes nous ont demandé si nous étions de la BBC ou RFI… Je n’ai pas vu beaucoup de nourriture à vendre au Grand Marché, mais je crois que les gens s’approvisionnent dans les marchés de quartier (ce qui fait du sens puisque un grand nombre de personnes ne possèdent pas de frigo et doivent donc acheter la nourriture à chaque jour, et se rendre au centre-ville tous les jours pour y faire ses achats serait toute une croix à porter). Oh! Comment aurais-je pu oublier??? Njikam nous a fait voir presque tous les ministères qui se trouvent en ville (on dirait que c’est la chose à faire pour les touristes!). Cet après-midi-là, nous nous sommes rendus au Centre Don Bosco, où travaille mon père, pour être présenté à tous ceux qui s’y trouvaient. Un autre jour, mon père a invité tout le personnel à venir prendre un verre au bar local afin que tous puissent nous rencontrer (ce qu’on doit endurer dans la vie!); nous avons réussi à nous échapper après que les collègues ont commencé à danser, mais assez tôt pour que je n’aie pas à refuser de danser. Le Centre Don Bosco offre de la formation en menuiserie, métallerie, couture et informatique, ainsi qu’une formation plus normale. Le centre est géré par les Salésiens, et mon père travaille au Département informatique (fonctions administratives et pédagogiques).
Une des mes matinées préférées à Yaoundé a été celle où nous nous sommes promenées (accompagnées d’André, qui a refusé de nous laisser sortir seules) dans le quartier où habite mon père. C’était très intéressant de voir toutes les maisons et les petites boutiques construites de tôles et en grillages de basse-cour, ainsi que de voir toutes les plantes. Nous nous sommes rendus jusqu’au bout du chemin goudronné et ensuite nous nous sommes aventurés le long d’un chemin de terre étroit, d’où on pouvait apercevoir un quartier construit dans la vallée. Il y a beaucoup de quartiers comme celui-là et j’imagine que ça doit devenir pas mal mouillé et désagréable en saison pluvieuse. Nous avons ensuite suivi une autre piste de terre, ce qui nous a permis de voir des cheveux suspendus à sécher au vent (les dames du Cameroun ajoutent souvent des cheveux à leur tête et je suppose que les suspendre à une corde à linge est une façon comme une autre de les faire sécher) ainsi que plusieurs espèces d’arbres fruitiers, de grandes maisons (et beaucoup de petites) et des écoles. C’était agréable de se promener avec André car personne ne nous a dérangées et nous n’avions pas l’impression de violer la propriété de qui que ce soit et il nous a fourni des tas d’explications.
Le premier des trois voyages que nous avons fait au Cameroun nous a amenées dans la région de Lolodorf, au sud-est de Yaoundé. Mon père ne se sentait pas très bien et voulait se remettre en forme avant le grand voyage dans le Nord, ainsi ma mère et moi sommes parties avec Roger au volant de la camionnette, et André. Ces deux derniers sont originaires de cette région, ce qui a rendu la visite intéressante. En route vers Ebolowa, notre premier arrêt, nous avons remarqué des formes humaines découpées dans du bois qui se trouvaient le long de la route. Parfois, il y avait de petits panneaux qui indiquaient « Ici, trois morts ». Il paraît que ces avertissements sont placés par le gouvernement dans des endroits où il y a eu des accidents mortels (et étant donné le mode de conduite, ça ne m’étonne pas qu’il y ait tant de ces avertissements; j’en reparlerai plus tard). À Ebolowa, nous avons rencontré Judith qui s’y trouvaient pour rendre visite aux quelques onze neveux et nièces dont elle a la charge. Elle nous a fait visiter la ville : nous avons traversé le marché et, bizarrement (du moins, de mon point de vue), l’hôpital (et je veux dire traverser : d’un bout à l’autre, en passant par les chambres des malades), de retour au marché pour nous rendre au Centre Don Bosco d’Ebolowa (plus grand que celui de Yaoundé). La route qui nous a menés à Ebolowa était goudronnée, mais dès que nous avons quitté cette ville en direction de Lolodorf, le goudron cessait. Roger et André nous ont cassé les oreilles tout le long du voyage à se lamenter que cette première route du Cameroun n’était pas goudronnée et que c’était une honte. J’ai compris, à la fin, que cette route avait la première a être construite pendant la colonisation allemande, et qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on évitait de la goudronner. Nous avons eu droit également aux critiques à l’égard des Français qui n’ont rien laissé de tangible au Cameroun, pas comme les Allemands, les Espagnols et les Américains (pas tous des colonisateurs, évidemment) qui, eux, avaient pu doter le Cameroun d’installations durables, tandis que les Français n’avaient laissé qu’une bureaucratie lourde, et ainsi de suite. En exemple, Roger et André nous ont montré un pont construit par les Allemands qui durait toujours, tandis que le pont français, juste à côté, avait perdu le pilier du centre et seuls les piétons et les cyclistes pouvaient l’utiliser, ce qui prouvait que la construction française n’était pas durable (remarquez, je ne me serais pas aventurée sur le pont allemand puisqu’il lui manquait sa surface inférieure). Un autre thème qui est revenu souvent était le fait que les routes du Nord étaient en bien meilleur état que les routes du Sud. D’après eux, toutes les routes du Nord étaient goudronnées, ce qui n’est pas ce que nous avons constaté lors de notre voyage dans le Nord. La route principale offrait des nids de poule est seulement deux voies, tandis que la route principale dans le sud offrait des voies pour doubler de temps en temps ainsi que des accotements. Ni Roger, ni André n’était allé dans le Nord, donc l’état des routes n’était qu’un mythe du sud.
M’enfin, nous sommes arrivés à Lolodorf, ayant passé un grand nombre de plantes et de montagnes. C’est très vert dans cette région, presque la jungle. J’ai trouvé intéressante la construction de maisons dans la région. On construit une charpente de planches de bambou, les planches verticales séparées de 30 cm et les planches horizontales séparées d’environ 15cm. Ensuite, on rempli les espaces de taille de briques d’un mélange de terre et d’eau. Ceux qui en ont les moyens recouvrent ensuite le mur d’une couche de ciment et peignent peut-être les murs; si non, on laisse les murs de boue. Les murs durent assez longtemps, quoiqu’on me dise qu’il faut les réparer de temps en temps. La maison de famille d’André a été construite par la mère d’André il y a plus de vingt ans et on y retrouve encore les briques originales. À notre arrivée à Lolodorf, Roger, ma mère et moi sommes allés prendre un verre pendant qu’André s’est évertué à nous trouver une chambre d’hôtel (cela afin que le prix de la chambre n’augmente pas à la vue de notre peau blanche, ce qui arrive souvent). Une dame nous a invités à nous asseoir avec elle, nous disant qu’elle voulait nous parler (mais à part de dire « bonjour », ne s’est pas adressée à nous). En face de nous se trouvait un type militaire à l’air morose, sirotant une bière tout en s’accoudant sur sa carabine automatique – pas ce à quoi je m’attends à trouver dans un bar. André est revenu ayant trouvé une chambre pour nous – l’hôtel était pas mal fondamental – les salles de bain n’avaient pas d’eau courante, mais l’hôtelier nous a offert un bac contenant de l’eau suspecte ainsi que deux seaux pour que nous puissions vider la cuvette (au besoin) et nous « laver ». Une autre promenade « à l’André » a eu lieu, aussi intéressante que la première, ce qui nous a permis de parcourir Lolodorf par les petits chemins et de voir un grand nombre d’églises de diverses dénominations, toutes dotées d’une « cloche » qui consistait en une roue de voiture (sans pneu). Et encore, de la verdure, ainsi qu’une rivière qui traversait le centre de la ville. Nous avons pu persuader Roger et André que nous pourrions manger de la nourriture locale, à condition qu’elle soit bien cuite, et André nous a procuré deux très grands et délicieux poissons. Nous étions assises à la terrasse de l’hôtel lorsque la musique (très forte) a commencé, et nous avons décidé de nous retirer vers la terrasse supérieure pour y déguster notre repas et d’éviter les danseurs. Notre hôtel était le seul endroit où il y avait du courant ce soir-là (il avait un groupe électrogène); il paraît que le courant manquait depuis le jour précédent et que, souvent, des semaines peuvent se passer avant que cela soit réparer. Nous avons réussi à nous endormir (enfin, moi), et Roger et André se sont également couchés tôt afin d’éviter de payer les consommations de tout le monde, car ils avaient de la famille et des amis dans le coin. Ils rentrent rarement au village car, étant donné qu’ils vivent dans la grande ville, les membres de la famille et les amis s’attendent toujours à des cadeaux (de préférence en forme de don monétaire) lorsque Roger/André rentrent au village, et ça peut revenir cher. Même s’ils vivent à la ville, la vie y coûte cher et ils ne peuvent pas cultiver une terre. La vie des citadins n’est pas très facile et si on y perd son travail, on peut toujours rentrer au village – mais pour cela, il faut s’assurer d’un bon accueil en offrant des cadeaux à chaque visite. On s’attend également à ce que nous (les étrangers) offrions de l’argent à droite et à gauche; mon père, souvent, offre l’excuse qu’il n’est pas la Banque mondiale afin de s’en sortir.
Le lendemain, nous nous sommes rendus au village d’André, Mvile, sans pouvoir faire réparer la crevaison à cause du manque de courant. C’était quelque peu inquiétant puisque le chemin à suivre invitait à d’autres crevaisons. En premier lieu, nous nous sommes arrêtés pour rendre visite à la grand-mère de Roger qui, à l’âge impressionnant de 103 ans, se remettait d’une maladie (Roger s’était occupé de ses besoins médicaux le soir précédent). Nous sommes entrés dans la maison pour la saluer. C’était intéressant de voir l’intérieur d’une maison – plancher de terre, un lit en bambou, une petite aire pour faire la popote, une étagère où elle gardait quelques assiettes, etc. Les autres intérieurs que j’ai vus ressemblaient beaucoup à celui-ci.
En arrivant à Mvile, nous avons dû nous arrêter pour acheter des bonbons pour les enfants de la famille d’André et aussi pour distribuer aux pygmées qu’on continuait à nous dire que nous allions rencontrés. Cela nous semblait étrange d’offrir des bonbons à ces derniers, mais André a insisté, car, selon lui, les pygmées aiment beaucoup les bonbons. Suite à cet achat, nous nous sommes rendus à la mission catholique (mission/ hôpital/école) où habitent un nombre de pygmées et où le frère d’André travaille. La mission est bien située sur le haut d’une petite colline avec un panorama superbe. De nouveau, un tour de l’hôpital où nous avons rencontré des pygmées. On nous a ensuite informées que nous irions à une maison où habitaient des pygmées, où nous pourrions même leur parler (on nous a assurées qu’ils étaient instruits et pouvaient parler français). Franchement, j’aurais préféré éviter cette visite, cela me semblait vraiment bizarre. Enfin, nous nous sommes rendus à la dite maison, avons offert les bonbons achetés pour l’occasion (le contenu duquel a tout de suite été distribué). On m’a ensuite demandé de prendre une photo d’une pygmée âgée, ce que j’ai fait (pour ensuite me faire demander de payer pour le privilège accordé). Ma mère a tenté de faire de la conversation et finalement (ouf!) nous nous sommes rendus chez le frère d’André, en s’arrêtant de nouveau pour remplir le stock de bonbons, car nous avions dû distribuer ce qui nous restait à des enfants qui se trouvaient sur la route. Nous avons rencontré la famille d’André, avons visité des maisons, et pris connaissance de la distillerie de vin de palme; il s’agissait de deux grandes cruches liées par des tubes. Un tube sortant d’un des côtés d’une des cruches déversait, goutte par goutte, le vin distillé. Une scène un peu « scientifique déraisonné », quoi. Ça faisait longtemps qu’André attendait ce vin et il est rentré à Yaoundé avec un contenant en plastique de 4L plein. Après une conversation au salon avec le frère d’André (il habite une maison dont les murs sont revêtus de ciment) – le thème étant que la jeunesse du village avait besoin d’activités œcuméniques (ou quelque chose comme ça) – et ayant offert un don pour la cause (sans doute dirigé vers la poche du frère en question), nous avons repris le chemin pour nous rendre à deux chutes. Au premier site, j’ai lancé un défi à André pour une course à pied (c’est lui qui a proposé que je me monte la colline à la course) et, un, deux, trois, nous voilà partis! La course n’a pas duré très longtemps, car les cigarettes d’André lui ont échappé, mais il avait l’air de trouver la course amusante.
Le prochain arrêt a eu lieu un peu plus loin, pour trouver le « pied de Jésus ». La chasse au pied s’est faite le long d’une rivière et a consisté en essayant de trouver une pierre dans la rivière où on trouverait l’empreinte d’un pied. André en a trouvé une, mais a été incapable d’en trouver une meilleure. De toute façon, c’était agréable de se laisser glisser sur les pierres mouillées. L’arrêt touristique final se trouvait à être les chutes Bidjoka, où Roger a insisté à nous conduire (en voiture) le long de la piste, même si cela voulait dire qu’il fallait descendre dans un grand fossé et d’en ressortir, presque en s’y faisant prendre. Arrivés au haut de la colline, il a fallu tourner le dos pour quelques minutes, pour permettre à un vieillard qui se baignait dans la rivière de s’habiller. Pénétrant dans la jungle, traversant à pied la rivière et précédés d’un troupeau d’enfants, nous sommes arrivés aux chutes. Une fois rendus, les enfants se sont déshabillés et ont offert une démonstration de leurs prouesses maritimes en sautant de rochers vers l’eau ou vers les chutes. Ces dernières étaient impressionnantes et les enfants voulaient se faire photographier, évidemment. Oups, j’ai oublié de dire que nous avions passé ce qu’on appelle un campement de pygmées (où nous avons laissé descendre un pygmée). Très propre et intéressant du fait que les maisons identiques étaient peintes d’une même couleur (elles paraissaient mieux que les autres maisons dans le coin). Apparemment, c’est le gouvernement qui les a construites afin d’encourager les pygmées à mener une vie un plus sédentaires. Également apparemment, ça ne marche pas bien, car les pygmées ont tendance à disparaître dans la brousse pour ne revenir que de temps en temps habiter les maisons. J’ai aussi négligé de mentionner que dans certains villages on retrouvait des maisons construites entièrement de ciment, vestiges de la colonisation allemande. Un des sites les plus étranges a été une intersection en plein milieu de nulle part où se situe une énorme église construite de briques. Rien d’autre. En général, j’ai trouvé que les villages dans cette région étaient bien plus propres que ceux dans d’autres pays que j’ai visités. Il y avait beaucoup moins d’arbres à plastique. J’ai remarqué plus tard que même si les cours étaient propres, souvent les détritus se trouvaient amassés sur le terrain voisin.
Après le repas de midi au village d’André, où nous avons mangé du rat de brousse (l’autre choix, c’était du hérisson, et bien sûr, vous choisiriez également le rat) et des bâtons de manioc. Et là, c’est devenu une course pour se rendre à Yaoundé. Nous avions mis pas mal de temps pour nous rendre aux divers villages et aux chutes puisque les chemins étaient parsemés de nids de poule, de roches et, bien sûr, de la poussière. Roger voulait à tout prix rentrer avant la noirceur et moi, je voulais rentrer vivante. Dès que le goudron a été atteint, la vitesse a augmenté. La première section de la route était assez étroite, juste assez large pour que deux voitures se croisent, aucun accotement et des buissons frôlant la carrosserie. Des nids de poule se trouvaient à des endroits stratégiques, ainsi que des piétons en plein chemin. Roulant au centre de la voie (je suppose que c’était pour éviter les piétons et les nids de poule) à 140 km/h, j’étais certaine que qu’il serait inévitable de tuer quelqu’un ou que la voiture s’envolerait si une roue sombrait dans un nid de poule. Heureusement qu’il y avait peu de circulation et nous nous sommes rendus à une ville assez large où il y avait du courant et où on a pu faire réparer le pneu crevé. Pendant que Roger s’occupait du pneu, André était chargé de s’occuper de nous à un bar où nous nous désaltérions. Stressé par le fait qu’il risquait de se faire voler son contenant de vin de palme qu’il avait oublié à l’arrière de la camionnette, il nous a quittées pour garder son trésor. Une fois le pneu réparé, nous avons continué notre course effrénée. Pour ajouter à notre frayeur, Roger commençait à s’endormir, mais refusait de s’arrêter pour se reposer, ne fût-ce que quelques minutes, malgré les suggestions douces de ma mère. On s’est arrêté un moment, mais ce n’était pour que Roger se « soulage », comme on dit, et on a repris la route immédiatement. Le dernier bout de chemin, toujours à 140 km/h, offrait au moins des accotements et, de temps en temps, des voies pour doubler les voitures, même si Roger n’avait pas la patience d’attendre 100 mètres avant de commencer à doubler un véhicule qui avait le malheur de se trouver devant nous. Sa technique pour doubler laissait à désirer, puisqu’il s’agissait toujours de doubler à une courbe en montant une colline. Il a néanmoins ralenti un peu après que nous avons failli faire un accident. Nous étions en train de doubler un énorme transport (sur une courbe, bien sûr) quand une voiture a osé se présenter devant nous sur l’autre voie. Le milieu du transport était à notre côté, il n’y avait plus de temps pour terminer la manœuvre, on ne pouvait se tasser à droite à moins d’aller sous le transport. Roger a freiné fort, mais ce n’était pas assez pour que nous puissions reprendre notre place à l’arrière du camion. Heureusement, l’autre voiture a pu rouler sur l’accotement. Il faut dire que la méthode utilisée par Roger pour doubler des véhicules n’est pas la sienne seule. Enfin… même rendus à Yaoundé et à environ 100 mètres de chez nous, Roger insistait à doubler les voitures. J’ai décidé que cette promenade était plus effrayante que celle effectuée au Népal, dans un autobus rempli de monde qui doublait un autre autobus sur une route à une voie, un abîme à droite. Nous sommes arrivées saines et sauves, mais jamais plus je ne voyagerai avec Roger comme chauffeur.
Il a bien fallu faire une autre petite course avec Roger, le jour où nous sommes allés visiter l’orphelinat pour lequel mes parents cherchaient des fonds pour y construire une nouvelle latrine. C’est un orphelinat non officiel, commencé par une dame et son mari, et ils s’occupent d’environ 45 enfants dans une maison assez petite. Il y a une grande aire de séjour, et ensuite quatre chambres à coucher (grands/petits garçons, grandes/ petites filles), les enfants partageant les lits. La cuisine est à l’extérieur de la maison, et on cultive un peu sur le terrain. L’eau provient d’une rivière qui se trouve au bas du jardin, mais elle ne paraît pas très propre – j’espère que l’eau à boire vient d’ailleurs. Les enfants fréquentent tous des écoles privées dans le quartier, car les écoles publiques sont beaucoup trop loin. Je ne sais pas comment la dame fait pour payer tous les frais de scolarité, la nourriture et les autres besoins, car elle ne reçoit rien du gouvernement et, je suppose, ne travaille pas à l’extérieur de la maison (il y a assez de travail à l’intérieur!). Elle doit avoir le don de trouver des dons.
Après quelques jours de repos, le moment était arrivé pour le départ vers LE voyage vers le Grand Nord. Nous nous sommes dirigés vers la gare en début de soirée. Il n’y a pas de route goudronnée qui lie le sud du Cameroun au nord (allez savoir pourquoi!), donc prendre l’autobus ou s’y rendre en voiture aurait été l’affaire de quelques jours. Donc, le train… qui est parti à l’heure à 18h10. L’heure d’arrivée est flexible. Nous étions logés dans le wagon-lit dont chaque cabine comportait quatre lits. Oumarou, l’autre vigile de mon père (celui de fins de semaine) s’est joint à nous en tant que guide, car il est de la région du Grand Nord (Extrême Nord, on dit au Cameroun), et il allait profiter de ce voyage pour rester quelques semaines dans son village pour y rendre visite à sa famille qu’il n’avait pas revue depuis trois ans environ. Les wagons-lits étaient protégés par des gardes armés qui s’assuraient que personne ne viendrait nous déranger, ou viendrait s’installer dans le couloir. Nous avions aussi des hôtesses qui sont venues nous demander ce qu’on voulait pour notre repas du soir et nous l’ont ensuite livré. Très chouette. Il y aussi des voitures de première classe où tous les voyageurs ont des places assises et des voitures de deuxième classe qui, selon ce qu’on nous a raconté, débordent de monde et de valises et d’objets divers. Il y a également un wagon-restaurant, mais il est également bondé de personnes à qui on a vendu des billets frauduleux. Hem. J’avoue que je n’aimerais pas voyager pour 18 heures ou plus assise ou debout au milieu d’une allée.
Dès notre départ, le premier brouhaha! Des gens criaient « Arrêtez-le! Arrêtez-le! », pendant que les gardes poursuivaient quelqu’un qui avaient sauté du train (le train s’est arrêté pour la circonstance). Il paraît que c’était un malfrat que la police recherchait. Les gardes ont réussi à l’attraper et l’ont ramené dans le train et, je crois, l’ont remis à la gendarmerie à la première gare. Il faisait pas mal chaud dans le train, et il n’y avait qu’une seule fenêtre dans notre compartiment. On se trouvait bien dans le couloir, mais le compartiment était vraiment un fourneau. J’ai pris une des couchettes supérieures et, au milieu de la nuit, je me suis réveillée en grosse sueur (le train s’était arrêté et il n’y avait aucun mouvement d’air). Les gares où nous nous sommes arrêtés étaient amusantes. Il y avait différents « modèles » de gare : l’élégant (peu utilisé), la gare où on entendait qu’on allait s’arrêter à mesure que chaque wagon heurtait celui qui se trouvait devant lui (avertissement utile pour la secousse à venir) et la gare où on s’arrêtait subitement, où la secousse nous atteignait sans avertissement et où il fallait faire attention de ne pas tomber de la couchette (ou de renverser son assiette, si on était en train de manger). À chaque arrêt, quelque soit l’heure de la nuit, il y avait des dames et des enfants qui vendaient de la nourriture et de la boisson. Les enfants demandaient aussi les bouteilles vides – un thème qui est revenu partout dans le Nord, où partout où on s’arrêtait, on nous demandait des bouteilles vides. Le lendemain matin, nous n’étions toujours pas arrivés à destination à 8h (heure officielle) et nous semblions être encore pas mal loin de Ngaoundéré, le terminus, situé à mi-pays. C’était quand même agréable de pouvoir regarder passer le paysage – des villages, beaucoup d’arbres, des nids d’abeilles construits dans les arbres (par des humains; je suppose que les abeilles doivent choisir de s’y loger et puis ensuite les humains récoltent le miel), des termitières en forme de champignon et du bétail. Finalement, nous sommes arrivés à Ngaoundéré à midi.
Le chauffeur dont Oumarou avait réservé les services pour notre séjour dans le nord ne s’était pas rendu à Ngaoundéré, prétextant que sa voiture était tombée en panne (Oumarou, plus tard, a supposé qu’il n’avait jamais quitté Maroua). Oumarou nous a donc trouvé un autre chauffeur pour nous amener à l’hôtel, mais celui-ci devait conduire un autre client à sa destination et devait ensuite revenir nous chercher. Une heure plus tard, ce chauffeur n’était toujours pas revenu, et Oumarou est parti à la recherche d’un deuxième; c’est comme cela que nous avons fait la connaissance d’Aboubakar. Il nous a amenés à l’hôtel et ensuite nous avons réservé ses services pour nous faire faire un tour de ville pendant l’après-midi. Bref, nous avons décidé de réserver ses services pour notre voyage vers Maroua et aussi pour les journées que nous allions y passer.
Ngaoundéré est une ville assez grande. Des tas de rochers agréables à voir : on aurait dit que les collines avaient été créées à partir de gros rochers (il y avait sans doute de la terre sous ça). Nous avons grimpé un des rochers (ben, moi, au moins) afin d’admirer la ville et son paysage avoisinant (quelques montagnes, mais plutôt plat). Nous avons aussi vu l’habitation de l’homme le plus riche de Ngaoundéré, un palace dans une cour énorme et dotée de sa mosquée privée, très beau et très orné tout ça. Outre cela, nous avons fait un tour au marché, avons vu d’autres mosquées (le Nord étant à dominance musulmane, le Sud à dominance chrétienne), ainsi que l’extérieur de l’habitation du chef local (nous avons décliné l’invitation de la visiter à cause des frais d’entrée très élevés).
Le lendemain, nous avons parcouru les 473 km qui séparent Ngaoundéré de Maroua. La première partie de la route nous a menés au haut d’une montagne et ensuite sur l’autre versant. Il y avait pas mal de forêt au haut de la montagne, et nous avons aperçu ce qui semblaient être des drapeaux bleus suspendus à des arbres. On nous a expliqué que ces « drapeaux » servaient à attraper une sorte de mouche, mais ni Aboubakar, ni Oumarou, pouvait nous expliquer à quoi servaient les mouches. Après la montagne, nous avons passé un grand nombre de villages. En cet endroit, les maisons étaient construites d’adobe, plusieurs cases regroupées autour d’une cour intérieure, où se trouvait le grenier. Les murs de la cour étaient faits soit de roseaux, soit qu’il s’agissait des murs des cases qui se rejoignaient. Nous avons passé beaucoup de troupeaux de bétail – différent du bétail qu’on retrouve en Amérique du Nord car les vaches et les bœufs ont une sorte de bosse au dos. Et toutes ces belles bêtes avaient des cornes impressionnantes. Pour le reste, nous avons vu des personnes qui marchaient sur du coton empilé dans des conteneurs (c’était la saison de la récolte du coton), des villages, de la forêt, des ânes cherchant un peu d’ombre le long des murs de cour (je ne m’attendais pas à voir des ânes, aucune idée pourquoi) et des lits de cours d’eau sans eau (il y avait une seule rivière avec de l’eau, à Garoua) – c’était la saison sèche. C’était quand même bizarre de voir des gens qui lavaient leur linge à même le lit desséché de la rivière (j’en reparle plus tard). Il n’y avait pas beaucoup de circulation sur la route, mais à un moment donné on s’est retrouvé au milieu d’un convoi ministériel (apparemment, le ministre évaluait l’état de la route qu’on était en train de réparer à plusieurs endroits – heureusement, elle en avait besoin) et nous avons également vu une voiture bizarre qui roulait assez lentement; on aurait dit qu’elle avait roulé sous un camion, et il y avait tout juste assez d’espace du côté du conducteur pour qu’il puisse conduire la voiture dont le moteur semblait bien fonctionné. Impossible de s’asseoir ailleurs dans la voiture, laissez-moi vous le dire. Il faut dire qu’il y avait des épaves de voitures un peu partout dont il ne restait rien que la carrosserie – on aurait dit que les vautours s’y étaient attaqué. Nous avons aussi passé une fausse barrière : des enfants avaient placé des mottes de terre sur la route dans l’espoir que les voitures s’arrêteraient et que les passagers leur offre de l’argent. Ailleurs, il y avait des personnes qui remplissaient les nids de poule avec le même espoir de recevoir un petit cadeau. Sans parler des nombreux barrages de la gendarmerie ou de l’armée et des postes de péage. Au Cameroun, il faut toujours avoir sur soi son passeport (ou une photocopie certifiée), si non on est passible d’une amende. Nous avons eu à montrer nos passeports qu’une seule fois, et le pauvre type avait l’air bien triste de trouver que tout le monde (et la voiture) était en règle. Finalement, nous sommes arrivés à Maroua en fin d’après-midi et nous nous sommes installés à l’hôtel, qui était très agréable à voir – les chambres avaient la forme de case, le tout sous un parasol d’arbres. Le seul « hic », c’était que l’hôtel est situé au carrefour de deux rues principales, et que l’air semblait pas mal bleu.
Le lendemain matin, nous nous sommes levés tôt pour notre prochaine aventure : nous rendre en voiture à Rhumsiki, au sud-ouest de Maroua, où on peut trouver des formations rocheuses impressionnantes. La route vers la ville principale voisine était goudronnée, et nous avons passé des champs de mil, des personnes à bicyclette et, bien sûr, beaucoup de villages. C’est après ça que l’aventure a commencé : une route de terre en très mauvais état. Impossible de rouler vite sur ce genre de route, alors nous avons cahoté lentement vers notre destination (cela permettait de prendre des photos par la fenêtre, cependant). Le paysage était beaucoup plus sec que ceux que nous avions vus auparavant et très rocailleux. On voyait également de l’agriculture pratiquée en terrasse. Il y avait des tas d’endroits intéressants où nous nous sommes arrêtés, car Aboubakar avait le don d’apercevoir ce qui pourrait nous intéresser question photographie, avec excursions à pied. Nous avons inspecté un champ de coton (nous n’avions jamais vu un plant de coton de près) et, au retour, avons remarqué des dames qui portaient ce qui semblait être un demi-tronc d’arbre sur la tête (incroyable ce que les gens peuvent porter sur la tête). Nous nous sommes ensuite arrêtés devant une maison pour demander la permission de voir leur installation grenier : une plateforme surélevée sur laquelle on plaçait le grain (plutôt qu’un grenier fait d’adobe). Il y avait aussi du maïs qui séchait, accroché aux arbres. En remarquant des personnes qui récoltaient du coton, nous nous sommes joints à elles pour en faire un peu aussi. Et puis il y a eu un arrêt (à vrai dire, des dizaines!) pour prendre des photos du paysage. À l’un des arrêts, j’ai décidé qu’il était temps de prendre la photo « Sonja au Cameroun » (j’ai une série de photos prises dans divers pays, où on peut me trouver dans la distance; le tout pour mon amusement personnel), j’ai donc remis mon appareil photo à ma mère et j’ai couru vers des gros rochers qui se trouvaient à une distance convenable pour la photo. C’est là que j’ai aperçu des dames derrières les rochers. Elles m’ont fait signe de venir les voir, invitation que je n’ai pas refusée. Elles étaient en train de récolter des arachides – cela paraissait très pénible et très lent comme travail : elles battaient la terre avec un outil de métal émoussé afin de trouver les arachides et les placer dans un panier. C’est à ce moment que nous avons rencontré notre premier guide potentiel pour Rhumsiki (il nous restait encore deux heures ou plus en voiture lente avant d’y arriver), mais nous avons refusé ses services. On commençait à voir les rochers en forme de fuseau que nous recherchions.
Ensuite, la motocyclette avec chèvre : une motocyclette qui est passée, portant deux hommes, et entre eux, une chèvre, placée sur son ventre, qui observait placidement le paysage passant. Elle avait l’air content. On voyait des tas de choses sur les bicyclettes : des familles de cinq personnes, trois ou quatre adultes, d’énormes emballages. Il n’y avait pas beaucoup de voitures et la plupart des taxis et des minibus était bondés de personnes et on aurait dit que leurs essieux allaient toucher la route. Il y avait également des gens qui s’accrochaient à l’extérieur du véhicule.
Finalement, nous sommes arrivés à Mogodé, le village avant Rhumsiki, où nous sommes descendus de la voiture pour admirer des formations rocheuses. Un jeune garçon a décidé qu’il deviendrait notre guide; je ne voulais pas de guide, puisque il était évident où se trouvait les rochers en question, mais il était évident que nous n’avions pas le choix. À la fin, c’était correct car il était sympathique, n’a pas parlé d’argent et nous avons eu une conversation intéressante. Nous nous sommes dirigés vers les rochers (laissant mon père garder la voiture, son occupation préférée lorsqu’il s’agit de marcher), et avons vu des petits regroupements de cases, dont certaines avaient des pneus de bicyclette pour retenir la toiture de paille. Nous avons aussi vu deux gros vautours qui nous évitaient à petits bonds (ils ne comprenaient pas que je voulais faire leur connaissance). Le rocher était pas mal impressionnant, sortant verticalement de la terre en forme de pouce. Au retour à la voiture, le guide potentiel no. 2 pour Rhumsiki s’y trouvait, tentant de nous faire commander un repas très cher au restaurant où il travaillait; de nouveau, ce guide a essuyé un refus de notre part. Nous avons repris le chemin de Rhumsiki, et avons trouvé une vallée superbe sculptée dans la roche devant nous, ayant une colline en forme de cône au centre. Très impressionnant. On pouvait voir Rhumsiki de l’autre côté de la vallée. Et encore un guide potentiel pour Rhumsiki qui nous attendait à la voiture… j’ai donc proposé aux autres de rebrousser chemin. Jusque là, la journée avait été très agréable, et ça ne me tentait pas de me faire harceler par des gens habitant une ville touristique. Nous avons donc fait demi-tour et sommes rentrés lentement vers Maroua (la condition des routes prouvant, une fois pour toutes, que pas toutes les routes du Nord étaient goudronnées). Une chose qui m’a étonnée lors de ce périple est le nombre d’églises que j’ai vues, puisque la région est à dominance musulmane. Toutes les dénominations avaient l’air de s’y trouver, y compris les Témoins de Jéhovah.
Le lendemain, nous nous sommes retrouvés sur la route menant à Pouss où nous devions voir les « Cases Obuso-Mousgoum » (j’aime bien ce nom). Le premier bout de route était bitumé (ce qui veut dire que c’est une route de terre bien tassée, sans pierres mais beaucoup de nids de poule), le deuxième bout était goudronné (un peu bizarre, puisque cette section se trouvait au beau milieu de nulle part et aucune autre route s’y joignait), et le troisième bout de route était bitumé également. À un certain moment, du côté droit de la voiture, une élévation est apparue – elle paraissait artificielle car elle mesurait des kilomètres. On voyait des gens qui s’y promenaient à pied et à vélo. Éventuellement, nous nous sommes arrêtés pour que ma mère puisse prendre des photos d’oiseaux, et mon père et moi avons décidé d’aller voir ce qui se trouvait de l’autre côté de cette petite élévation. Et voilà, il s’agissait du Lac Maga, un lac artificiel énorme. Malheureusement, ma mère a glissé et est tombée au retour vers la voiture et s’est fait mal aux côtes; pour l’aider à récupérer, nous avons poursuivi nos randonnées en voitures sur des routes cahoteuses pendant cinq jours. Finalement, nous avons trouvé les cases Obus. Faites d’adobe, elles sont de forme coniques, avec des rives sur les côtés et un trou au haut du toit. Il y avait plusieurs cases à l’intérieur d’une cour, entourée d’un mur construit d’adobe. Les murs des cases Obus, à l’intérieur, étaient peints. D’ailleurs, j’ai vu plusieurs murs peints dans cette région (très différente des autres). Nous avons pu pénétrer à l’intérieur des cases (c’était un genre de musée car on ne construit plus ce genre d’habitation), où on nous disait qu’il faisait toujours 10 C. Selon mon thermomètre, il faisait plus chaud que ça, mais il est vrai que c’était plus frais qu’à l’extérieur. Une série de cases avait une sorte de passage secret entre deux cases (en fait, la deuxième case n’avait pas de porte qui donnait sur l’extérieur). C’était amusant de se pencher pour entrer dans la deuxième case. On suppose que c’était pour tromper l’ennemi. Ce qui était le plus agréable, c’est qu’on peut grimper l’extérieur des cases à l’aide d’une corde, ce que j’ai fait. Je suis certaine que ma mère a pris une photo de cet exploit.
De retour à Maroua, nous avons pris le temps de visiter cette ville très verte. Mis à part la qualité de l’air, je crois que j’ai mieux aimé Maroua que Yaoundé. On y trouve de larges rues où sont plantés des arbres (très utile étant donné le soleil ardent). Nous avons traversé le pont et avons regardé des gens qui avaient l’air de laver leur linge dans le sable. Finalement, nous avons compris ce qu’ils faisaient – ils creusaient dans le lit de la rivière pour trouver l’eau, lavaient ensuite leur linge et l’étendaient sur le sable par la suite pour le faire sécher! Après nous être promenés le long d’une rue principale pas très intéressante, nous avons traversé le lit de la rivière (très amusant!) pour retrouver l’autre côté ombragé et nous rendre à l’hôtel. Nous avons passé des gens qui, je croyais, vendaient du miel dans des bouteilles de 2L recyclées. Mais ce n’était pas du miel, mais du carburant (erreur facile à faire, car la couleur et les contenants se ressemblent; la consistance peut-être que non). Par la suite, nous nous sommes dirigés, en voiture, vers la Dent de Mindif, une formation rocailleuse bizarre dans le sens qu’elle ressemble à une dent. Ce qui était le plus impressionnant, c’est le fait que la « dent » sortait tout droit du sol et toute seule de la plaine qui l’entourait. La plaine s’étendait à perte de vue, et nous avions l’impression d’être dans la savane. Nous avons aussi vu des endroits où on faisait sécher des peaux d’animal – il paraît qu’on travaille beaucoup le cuir dans le nord du Cameroun.
Notre périple suivant nous a vu nous diriger vers Mora pour y déposer Oumarou (nous croyions qu’il venait de cette ville, mais il vient d’un village à une heure de là, en moto – on peut seulement se rendre à son village en moto ou à pied). En route vers Mora, nous avons vu beaucoup de personnes à vélo portant des contenant de 16L en plastique – pleins de carburant à bon marché en provenance du Nigéria (les frontières du Nigéria et du Tchad ne sont pas loin dans le nord du Cameroun). Une fois à Mora, nous nous sommes rendus à la petite clinique où travaille un cousin d’Oumarou. Après avoir fait le tour de la clinique, le cousin nous a amené, en camionnette 4X4, à Oudjilla. Lors de ma planification du voyage, j’avais espéré que nous puissions faire un circuit qui nous ramènerait par un chemin différent à Moral. Heureusement que nous avons changé d’idée, car d’aucune manière aurions-nous pu suivre ce chemin en voiture « normale ». La « route » grimpait en spirale et était franchement rocailleuse et pleine de trous. Il y avait de superbes panoramas de la vallée et des villages avoisinants. Oudjilla est un village assez grand, construit sur le haut de la montagne, et qui consiste en cases construites de pierre et beaucoup de terrasses pour l’agriculture. Le terrain y est très rocailleux. Nous sommes allés voir l’habitation du chef, et le chef était assis devant l’entrée. Nous l’avons salué avant d’entrer et avons demandé permission de visiter sa « maison ». Le chef a cinquante femmes mais seulement cent douze enfants (je dis seulement car c’est un petit nombre d’enfants par femme). Une fois dans l’enceinte de l’habitation, nous sommes entrés dans la case où se situe le tribunal, ensuite dans la case qui contient la tombe du père du chef (un chef ne peut pas être enterré au soleil et est normalement enterré dans sa case). La troisième case (les cases dont je parle ici communiquaient entre elles) contenait un taureau qui n’avait jamais vécu à l’extérieur et dont le destin est d’être sacrifié à un festival quelconque. Dans une autre case se trouvaient trois contenants, un représentant le village actuel, un deuxième l’ancien village et je n’ai aucune idée de ce que représentait le troisième. Nous sommes sortis de cette série de cases pour nous retrouver à l’air frais et dans une des cours où vivent les femmes. Chaque femme a une case où elle dort, une cuisine et deux greniers. Environ huit femmes partagent une cour; les filles couchent avec leur mère, et les garçons aussi jusqu’à l’âge de huit ans (ensuite, ils partagent un dortoir). Vingt-cinq des femmes préparent le petit déjeuner pour tout le monde, et les vingt-cinq autres préparent le repas du soir. Les greniers. Les greniers sont pas mal haut de taille, et nous avons eu la chance de voir une dame en sortir d’un. Lorsque nous sommes entrés dans la cour, on nous a dit qu’il y avait quelqu’un dans le grenier, ce qui nous semblait impossible puisque l’ouverture pour y entrer se trouvait à environ deux mètres du sol et avait un diamètre d’environ soixante centimètres. Mais là, la dame a sorti sa tête pour nous saluer… elle a ensuite remis un plat d’arachides à notre guide, et s’est glissée hors du grenier , les pieds en premier, réussissant à poser ces derniers sur une branche en forme d’Y qui était posé contre le mur du grenier. Il paraît qu’il y a une échelle à l’intérieur du grenier, mais je ne comprends pas encore tout à fait comment les dames font pour y entrer, surtout quand il n’y reste plus grand-chose. J’imagine qu’il faudrait qu’elles entrent la tête en premier, mais je ne sais pas comment elles pourraient ensuite se placer sur l’échelle. M’enfin, je ne crois pas qu’elles peuvent se permettre de trop engraisser, si non elles ne pourraient pas entrer dans le grenier (c’est peut-être ça le secret – trop grasse pour entrer, on ne mange pas et ensuite on peut y entre de nouveau!). De toutes les façons, c’est un événement que j’ai bien apprécié. Nous avons poursuivi notre visite de la cour vers le haut d’où on voyait la vallée et les montagnes autour. À la sortie, nous avons remercié le chef en lui faisant nos adieux; ce dernier était en train de regarder des vidéos musicales avec un nombre d’enfants. On voit bien que l’endroit est touristique car les enfants du coin au lieu de nous souhaiter « bonne année » à tue-tête demandaient « cadeau, cadeau ». Au retour, à la descente, nous avons croisé un minibus qui transportait des touristes.
Nous sommes retournés à Mora pour y récupérer notre voiture et pour fouiner un peu au marché, ce qui était pas mal intéressant : des tas de sandales en plastique de différentes couleurs (des babouches, comme on dit au Cameroun), beaucoup de maïs, des haricots et autres légumes et légumineuses et des fruits à vendre.
Nous avons laissé Oumarou à Mora, pour qu’il se rende à son village, et nous avons remarqué, sur le chemin du retour (avec Aboubakar au volant, bien sûr) un village qui s’appelait « Village Obama ». Je crois que le vrai nom du village était « Ojabama » mais on avait effacé le « ja » pour le renommer. C’était ahurissant de voir le nombre de bars et de boutiques qui s’étaient dotés du nom « Obama » à travers le pays. Tout le monde parlait de lui (cela se passait juste avant son inauguration) et Roger, entre autres, répétait souvent « Un jour peut-être, nous aurons notre Obama. »
Notre dernière destination dans le Nord était la Réserve nationale Waza. C’est le plus au nord que nous nous sommes dirigés et la route s’empirait à mesure qu’on avançait. De plus en plus de gros transports sur le chemin (se rendant à Ndjamena, capitale du Tchad, situé à la frontière avec le Cameroun). Nous avons même croisé un convoi du Programme alimentaire mondial et un autre convoi qui transportait des camions et tracteurs destinés à ramasser les détritus (il paraîtrait qu’une société camerounaise s’est vu accorder le contrat de ramassage d’ordures pour la ville de Ndjamena). Notre premier arrêt en direction de la réserve Waza n’a pas été très agréable. Pour l’occasion, nous avions loué une camionnette 4X4 avec chauffeur, et comme nous étions partis très tôt, Aboubakar et le chauffeur n’avaient pas mangé. Nous nous sommes donc arrêtés dans une petite bourgade où il y avait un marché, et pendant que nos compagnons sont allés se remplir la panse, en nous disant qu’ils n’en avaient que pour dix minutes, nous les avons attendus dans la voiture. Celle-ci a vite été entourée d’enfants qui mendiaient et ne se fatiguaient pas d’essayer d’ouvrir les portières et de toquer aux vitres. Finalement, nous sommes repartis et avons passé un endroit intéressant où des gens étaient en train d’arroser de petits terrains où poussaient des oignons, en utilisant une poutre en porte-à-faux pour puiser l’eau. La route longeait les bordures de la réserve, et nous avons commencé à regarder de près la nature dans l’espoir d’apercevoir des animaux. Les premiers qu’on a vus étaient des phacochères, ce qui, pour nous, ne présageait rien d’intéressant – souvenirs du Togo où, lors d’un voyage dans une réserve, nous n’avions vu que des phacochères. Un peu plus tard, on vu des homo sapiens qui pêchaient dans la boue (aucune quelle espèce de poisson ils en retiraient). Enfin, rendus à l’entrée du parc, nous avons engagé le guide obligatoire et, installés à l’arrière de la camionnette, on a pu voir des tas d’animaux. Très intéressant de se promener à l’arrière d’une camionnette jusqu’au moment où se sentait brûlé par le soleil. Nous avons vu des faisans, des troupeaux de damalisques, des hippotragues (un beau nom, n’est-ce pas? C’est une sorte d’antilope/cheval), beaucoup d’oiseaux et de cobs. Le seul aperçu que nous avons eu de lions était de leurs traces (pour voir des lions, apparemment, il faut se lever très tôt) et des éléphants, des pâtés de matières fécales. Aboubakar, ce qui nous a fortement amusés, a ramassé de ces pâtés pour apporter à sa sœur qui n’en n’avait jamais vu, mais avec lequel, nous a-t-il dit, on prépare un médicament quelconque (beuk!). Les pâtés nous accompagnés pour le reste du voyage… À un certain moment, nous essayions de photographier un oiseau bleu, et le chauffeur s’est gentiment arrêté dans toutes sortes d’endroits, faisant marche arrière lorsque c’était nécessaire, pour satisfaire nos désirs. Hélas, les oiseaux s’envolaient à chaque fois (évidemment, ils n’étaient pas conscients que nous avions payé les frais de photographie à l’entrée du parc). Ce que je voulais vraiment voir, c’était des girafes. Nous en avions vu une dans le lointain, mais vers la fin de notre promenade, nous nous sommes approchés d’un troupeau d’environ une dizaine de ces bêtes. Le guide, ma mère et moi avons quitté le véhicule et nous nous sommes rapprochés le plus tranquillement possible. Elles étaient très drôles, les girafes, car certaines tentaient de se cacher derrière les arbres et sortaient la tête un petit peu pour nous regarder d’un air curieux. À un moment donné, nous nous sommes arrêtés et, sans bouger, avons regardé les girafes nous regarder. Pour moi, cela représentait le point culminant de cette sortie. Un peu plus tard, nous avons vu une girafe qui s’éloignait à pas de course ainsi qu’une autruche. Notre guide, une fois que nous avions trouvé les girafes, avait perdu intérêt, et s’était mis à lire notre guide touristique. Ce n’est que grâce à mon père et Aboubakar, qui se trouvaient toujours à l’arrière de la camionnette que nous avons aperçu l’autruche. Un autre moment amusant était la fois où on s’était arrêté pour grignoter un peu, et Aboubakar, ayant terminé son paquet de biscuits, a jeté l’emballage à terre (comme le font presque tous les Camerounais). Le guide s’en est aperçu et a ramassé l’emballage sans rien dire à Aboubakar. Au moins, on forme bien les guides…
De retour à Maroua, Aboubakar a placé les pâtés et quelques fruits qu’il avait ramassés dans le coffre de la voiture, avec toutes les bouteilles d’eau vides qu’on lui remettait chaque jour. Le coffre en était plein! Sa sœur (celle des pâtés) prépare un genre de jus (on n’a pas posé trop de questions) et avait besoin de bouteilles à remplir pour son commerce. On ne pouvait pas laisser les bouteilles vides dans la chambre d’hôtel, sachant qu’elle disparaîtrait. J’avoue que c’était un peu difficile de dire à tous les enfants qui nous en demandaient que nous n’avions pas de bouteilles vides quand ils voyaient le coffre qui en débordait. Enfin…
Le voyage dans le Grand Nord tirait à sa fin, et nous avons repris la route en direction de Ngaoundéré, tout en prenant des détours. Le premier arrêt était un champ de marbre où nous devions pouvoir trouver des peintures rupestres et des empreintes de dinosaures. On a fait le tour du terrain, y compris l’enclos qui ressemblait à la description dont on en faisait dans le guide touristique (clôture à réparer, disait le guide), mais on n’a rien trouvé. Mais c’était quand même super de se promener dans un champ de marbre. La prochaine attraction, c’était la Gorge de Kola. Nous avons réussi à suivre la piste qui menait à un lit de rivière qui semblait être rempli de rochers noirs avec des rayures blanches. Là-dedans, en quelque part, il y avait une gorge. Un guide (évidemment, il y en a toujours!) nous a montré le chemin à suivre, et voilà, en effet, une gorge, d’environ cinq ou 6 mètres en profondeur, mais invisible du haut. J’y suis descendu avec Aboubakar et le guide (mes parents n’étaient pas chaussés convenablement) et j’ai marché le long du bas de la gorge, avec son filet d’eau. Les rochers étaient très lisses et il y avait de petites cavités qui ressemblaient à de petites caves. C’était très joli à cause des rayures blanches sur la roche noire. Nous sommes ressortis de la gorge à l’autre bout, et y sommes redescendus avec ma mère, car ce chemin était plus praticable. Si jamais vous êtes dans les parages, ça en vaut la visite. Peu après notre visite à la gorge, nous avons eu droit à une crevaison (ça nous a surpris que nous n’en ayons pas fait avant). Lorsque Aboubakar a arrête la voiture, on croyait que c’était à cause d’un gros tracteur semi-remorque qui s’était retrouver sur son côté le long de la route, mais non, c’était une crevaison. Nous avons vu plusieurs voitures accidentées, y compris un camion citerne, ce qui expliquait le nombre de contenants de carburant à vendre le long de la route. Nous avons aussi vu un troupeau de singes, juchés sur des arbres. Il y avait eu un grand nombre de feux de brousse entre nos deux passages sur la route, dont un dans une autre réserve faunique, malheureusement.
De retour à Ngaoundéré, à l’hôtel, personne ne s’est précipité pour nous aider avec nos valises, même pas pour recevoir un pourboire. Il y avait quelqu’un à la réception, mais c’est tout. Ah… c’était l’heure de regarder l’inauguration d’Obama! Nous nous sommes installés dans notre chambre et avons allumé la télé, et, finalement, avons choisi la chaîne locale, CRTV pour cet événement, cela parce qu’on pourrait entendre les discours en anglais, sans traduction. Au cas où vous ne le sauriez pas, l’anglais et le français sont les langues officielles du Cameroun, et la CRTV présente ses émissions dans l’une ou l’autre des langues, et parfois en même temps! Nous avons donc écouté un panel d’experts qui s’exprimaient, les uns en français, les autres en anglais (et en répondant aux questions posées dans l’autre langue). Très intéressant, mais je me demande comment la majorité des Camerounais comprennent ce genre d’émission car, en général, j’ai trouvé que les francophones ne parlaient pas anglais. Enfin, le fait que la CRTV retransmettait l’émission de CNN faisait en sorte qu’on n’avait pas besoin d’écouter un interprète au lieu du nouveau président américain lui-même.
Nous avions à passer une journée à Ngaoundéré, car il fallait acheter le billet de train le jour-même du départ. Aboubakar nous a proposés des endroits à visiter, donc nous sommes allés voir un lac volcanique, où j’ai vu de très jolis oiseaux mauves pendant que je faisais le tour du lac à pied. Le prochain arrêt, une chute d’eau impressionnante, où nous avons pu nous rendre jusqu’où l’eau se déverse dans l’abîme. Elle n’était pas aussi volumineuse que d’habitude car nous étions en saison sèche, mais c’était bien. Notre destination finale a été un ranch pour touriste, auquel mon père a décidé de retourner. Le ranch est situé près d’un lac où j’ai pu faire un peu de kayak et est très tranquille. Les routes sont tellement sèches que toute la végétation est recouverte de poussière rouge. De retour à Ngaoundéré, nous avons eu le temps de faire une petite sieste et une douche avant de reprendre le train. Ce voyage en train n’a pas été aussi agréable que le premier car nous avons dû manger dans le wagon-restaurant, où on se sentait reluqué comme si on prenait des places réservées aux autres. Pour une raison ou une autre, il n’y avait pas d’hôtesse pour notre wagon. Mais, du bon côté, nous sommes arrivés avant l’heure prévue, un peu avant 8h.
Notre dernière randonnée au Cameroun a été un voyage de trois jours en direction nord-ouest de Yaoundé. Nous sommes allés à Foumban avec Njikam (un des taximen de mon père et originaire de Foumban). Le trajet s’est passé sans incidents, et nous avons trouvé la région de Foumban plus fraîche que Yaoundé. Apparemment, il n’y a qu’une petite saison sèche de trois mois. Je ne peux pas m’imaginer vivre à Foumban le reste du temps, car il y a beaucoup de collines et très peu de rues goudronnées. Il doit n’y avoir que de la boue le reste du temps. Aux environs de Foumban, nous avons commencé à voir des cases dont le toit est rectangulaire, une particularité de la région. Je crois que, en route, on a vérifié nos papiers une fois ou deux, mais tout était en règle. Comme nous voyagions dans une voiture jaune, donc indication que c’était un taxi, on se faisait rapidement repéré. Njikam avait dû couvrir le numéro du taxi sur les portes, ainsi que la fiche faisant état des tarifs afin de ne pas avoir à payer une amende pour conduite de taxi hors Yaoundé. Heureusement, il s’était également procuré une lettre lui permettant de conduire son taxi hors de la capitale. Avec Aboubakar, nous nous étions promenés dans une voiture « normale », donc on ne s’était pas fait arrêter si souvent. Mais nous n’avons pas eu à payer des bakchichs, alors c’était bien.
Nous sommes restés à l’Hôtel du Prunier rouge, qui était sombre et pas mal délabré, mais correct mis à part ça. Une belle vue sur la ville, avouons-le. De l’autre côté de la rue se trouvait un restaurant où nous avons pris tous nos repas (matin et soir) : La Fourchette, géré par une très gentille famille. La fille aînée mettait le couvert avec attention et les deux filles et la mère nous servaient nos délicieux repas.
Il y avait un lac en particulier que nous voulions voir, mais nous avons raté l’intersection, et sommes allés en voir un autre pour commencer – le lac Petponoun. Sur place, on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’une propriété privée d’un club très chic (et cher!), doté d’un golf superbe, des petites cabines où séjourner, un restaurant hyper-cher (ça coûtait cinq fois plus cher pour y boire une boisson que dans un bar normal!). La seule façon de devenir membre du club était de s’y faire inviter par un autre membre. Il y avait même une piste d’atterrissage (pour de petits porteurs). Franchement, pas l’endroit pour un taxi jaune un peu bossé, mais nous avons fait semblant que mon père voulait en devenir membre. Finalement, en rebroussant chemin, nous avons trouvé la piste qui menait au lac que nous désirions voir. Hélas, au bas de la colline qui menait au lac, on nous demandait un prix d’entrée ridicule. Njikam a essayé de marchander, mais ça n’a pas marché, et se fâchant, nous sommes repartis. Une fois de retour à l’hôtel, j’ai regardé ma mère et je n’ai pas pu m’empêcher de rire, tellement que sa figure était recouverte de poussière qui avait pénétré la voiture par la vitre ouverte, seule forme d’air climatisé que nous avions. Il faut dire qu’après une promenade en voiture, nos cheveux étaient raides de poussière. Cet après-midi-là, Njikam nous a amenés à différents endroits d’où on pouvait admirer la ville et toutes ses collines.
Cette même journée-là, sur la route de retour vers Foumban, nous nous sommes arrêtés pour regarder un type qui faisait des briques de boue. C’est un mélange de terre et d’adobe (ou de glaise) qu’on mélange avec un bâton et qu’on piétine. Ensuite, le mélange est placé dans un seau et verser dans des moules (quatre côtés seulement). On mouille l’intérieur du moule et on le remplit de boue, on s’assure de bien rendre le haut lisse et, par la suite, on enlève le moule, et la brique tient sa forme. Il faut qu’elle sèche pendant deux semaines. Il est donc important de construire pendant la saison sèche, si non les briques se détérioreraient. Et il faut construire une charpente pour soutenir un toit avant que la saison des pluies ne commence.
Le lendemain, nous avons essayé de nous rendre au Musée des Beaux arts à pied (Foumban est reconnu comme un des grands centres des arts en Afrique). Malheureusement, la rue qui mène au musée est remplie de boutiques d’artisans. Nous avons dû entrer dans l’une d’elles, car le gérant était un homme d’un certain âge (ça aurait été plus facile de refuser si nous avions été seuls, mais nous devions faire attention de ne pas causer des ennuis à Njikam). Puisque nous avions visité cette boutique-là, tous les autres vendeurs s’attendaient à ce que nous venions regarder leur marchandise. Bref, nous nous sommes rendus compte que nous n’arriverions pas au musée à l’heure que nous le voulions (nous voulions également visiter le palais), donc nous avons prétexté une rencontre et avons fait demi-tour. Mais il faut dire qu’on a vu des sculptures impressionnantes à Foumban, plus grande que nature. Le palais du sultan (Foumban a un sultan au lieu d’un chef, je ne sais pas pourquoi) était pas mal intéressant. L’édifice lui-même avait un air européen (le sultan qui l’avait dessiné s’était inspiré des allemands), mais le musée à l’intérieur était très bien, et présentait des artéfacts intéressants, par exemple des œuvres d’art faites de petites perles multicolores, une cape faite de scalpes humains, des calebasses ornées de mâchoires humaines (retirées des ennemis), des vêtements et la cane d’un sultan qui mesurait 2m60! À la fin, on nous a permis de jeter un coup d’œil dans la salle du trône, où on voyait des trônes recouverts de perles multicolores. Malheureusement, on ne pouvait pas prendre de photos. À l’origine, le trône d’un sultan était enterré avec lui, mais suite à la conversion à l’islam, on ne fait plus ça. Chaque nouveau sultan peut utiliser les trônes de ses prédécesseurs mais doit, à un certain moment, en faire fabriquer un pour lui. Souvent, les trônes comportent des sculptures de jumeaux (où s’adosser) car les jumeaux étaient considérés sacrés. En fait, on donnait les jumeaux au sultan une fois qu’ils avaient atteint l’âge de 8 ans (peut-être que cela se fait encore?), les filles devenant des épouses et les garçons des employés de la cour. Un des sultans a même inventé un alphabet pour transcrire sa langue, et on voyait, à certains endroits à Foumban, des panneaux où on la voyait inscrite (très peu de personnes peuvent lire, écrire ou même parler cette langue, car je crois que c’était, à l’origine, la langue secrète de la cour). À chaque année, il y a un festival pendant lequel le peuple peut critiquer le sultan, et celui-ci doit défendre ses décisions. Je crois que c’est possible pour le peuple de le déposer. Le prochain sultan est choisi par le sultan en place, le seul critère étant qu’il doit être un homme et que sa mère doit venir de Foumban (donc, par exemple, le sultan actuel qui était monogame, avec une femme de Kribi, a dû prendre une deuxième femme de Foumban lorsqu’il a accéder au trône. Suite à cette visite du palais, nous sommes allés directement au marché et la mosquée afin d’éviter toutes les boutiques d’artisanat. Nous avons traversé le marché et sommes sortis de façon à éviter toutes sortes d’autres boutiques. J’aurais bien aimé admiré des œuvres d’art, mais je n’étais pas prête à passer tout l’après-midi à ce faire, et nous aurions été obligés de nous présenter à toutes les boutiques.
Donc, un retour à l’hôtel pour une courte pause et ensuite la visite aux familles. La première visite nous a menés au village de l’épouse de Njikam, où nous sommes restés assis pendant un bout de temps au salon de la mère de celle-ci. La maison était très sombre et il y avait un énorme vaisselier qui contenait au moins 4 séries de casseroles qui n’avaient pas l’air d’avoir été utilisé. Elle était enceinte de nouveau (sa fille, l’épouse de Njikam, aussi, soit dit en passant). Apparemment, son mari lui a dit de se rappeler qu’il était un homme et qu’elle était une femme et qu’elle se devait d’avoir plus d’enfants… elle en a déjà huit, et le père a quatre femmes (et environ vingt-huit enfants). Bref. Pour nous rendre au village, nous avons dû traverser un pont qui avait été construit de planches de bois non usinées. Nous sommes tous sortis du taxi, sauf Njikam et nous l’avons guidé, car à certains moments, il devait passer d’une planche à une autre pour éviter celles qui étaient pourries. À notre surprise, nous avons réussi à aller et au retour. Une fois la visite à la mère de l’épouse de Njikam, nous avons fait un tour du village, saluant des tas de gens et sommes allés offrir nos condoléances à une des familles qui était en deuil (les funérailles étaient en cours). C’est un peu étrange, ce genre de visite, car on se fait inviter au salon et tout le monde s’assoit en cercle (sur des chaises) et ne dit rien jusqu’au moment c’est le moment de repartir (je ne sais pas trop comment on décide que c’est le bon moment). Après cela, nous sommes rentrés à Foumban, où nous avons rendu visite à toute la famille de Njikam. Il y avait beaucoup plus de monde à voir, mais les visites ont été rapides car nous avons passé très peu de temps à chaque endroit, y compris à la maison de l’imam de Foumban, un des oncles de Njikam.
Sur le chemin de retour à Yaoundé, nous avons pris le temps de visiter le palais du chef de Bandjoun (chefferie des Bamilékés). La case centrale était en reconstruction car elle avait été détruite par un incendie il y a quelques années. Les cases dans l’enceinte étaient énormes, et des piliers sculptés (un peu comme des totems) ornaient la case centrale. Très chouette. Nous ne pouvions pas entrer dans cette case, mais nous avons pu visiter le musée qui présentait beaucoup de trônes de chefs, des costumes et des masques de danseurs. Il y avait tellement de postes de vérification de cartes d’identité au retour, ce n’était pas drôle du tout. À un moment, on s’est fait arrêté à deux postes séparés d’à peine deux kilomètres (différents genres de policiers/soldats). Mais on a réussi à passer à chaque fois sans rien payer, même si les gendarmes ont tout fait pour trouver une raison de demander une « amende ».
Deux jours plus tard, j’ai quitté le Cameroun. En route vers l’aéroport, on a vu des militaires, armés de grosses carabine, à environ tous les 500 mètres. Il y avait des militaires également sur des balcons et sur des toits. On a appris que le président, Paul Biya, s’était rendu dans son village le matin et qu’on attendait son retour en soirée, en avion, on supposait. Nous avons réussi à nous rendre à l’aéroport sans avoir à attendre le président. Je me suis enregistrée (ainsi que les valises) et j’ai passé les points de sécurité, y compris celui de Swiss Air où nous avons eu au traitement total et tous les sacs ont été fouillés. Il faisait très chaud à l’intérieur de l’aéroport (beaucoup plus chaud qu’à l’extérieur, et je transpirais beaucoup, car je portais une chemise à manches longues (en préparation pour l’arrivée froide à Paris). Nous avons embarqué et on nous a annoncé que l’aéroport venait de fermer car le président arrivait. Le pilote ne savait pas combien de temps nous devrions attendre car ce n’était pas lui le président. Je suppose que c’est une raison intéressante pour accuser un retard (plus intéressant qu’un problème mécanique ou intempérie). Finalement, nous avons décollé avec une heure de retard, ce qui m’a inquiété car je ne disposais que d’une heure à Zurich pour ma correspondance. Après le saut à Douala, la capitale économique à à peine 300 km (vingt minutes – le temps de décoller et d’atterrir), l’avion a continué vers Zurich où nous sommes arrivés à l’heure, j’ai eu ma correspondance et j’ai pu admirer les Alpes qui pointaient leurs pics à travers les nuages.
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Comme vous avez pu le constater, les différentes voyages ont été très agréables. Sonja se trouve en ce moment au Nicaragua, où elle fait du bénévolat pendant quelques mois avant de rentrer à Vancouver, et Marion est enneigée à Fredericton, où elle fait de son mieux pour traduire les énoncés de politiciens. Je dois ajouter, ici, qu'une soirée très agréable a eu lieu à Maroua, où nous avons pris un repas avec Sid Woolfrey, un Terre-neuvien, que j'ai connu il y a quelques années. Sid est l'une des personnes qui m'a formé lorsqu'on implantait le français intensif au Nouveau-Brunswick (le programme qui m'a tenu très occupé pendant mes trois dernières années au ministère de l'Éducation) et cela a été chouette de renouer connaissance. Sid a pris sa retraite il y a environ dix-huit mois, et a rejoint VSO Canada, qui l'a envoyé faire de la formation d'enseignants dans une école normale à Kaélé, petite ville située à une heure de Maroua. C'était clair qu'il adorait son expérience.
La vie a été un peu ennuyeuse pendant quelques jours après le départ de ces dames, avouons-le. Mais tout a changé avec l’arrivée du Canada de deux collègues, une pour deux semaines et l’autre pour trois semaines. C’est le moment de l’année où on doit préparer le rapport annuel et préparer le plan d’action pour l’année à venir, les deux devant être déposés auprès de l’ACDI pour approbation. Comme vous pouvez vous l’imaginer, il s’agissait de beaucoup de réunions, de consultations, de rédactions, de révisions, etc. Beaucoup de travail, bien sûr, mais l’exercice fait comprendre ce que nous avons accompli et ce qu’il reste à faire. C’est très bien pour l’esprit, j’en suis certain. Le deuxième collègue est reparti le 28 février, et ça m’a pris près de dix jours pour me remettre de l’allure canadienne en matière de travail! Il reste encore de quoi à faire (la fin de l’année étant le 31 mars), mais en général, tout est bien bouclé.
Ce qui fait bouger Yaoundé, en ce moment, ce sont les préparatifs pour l’arrivée du Pape. Il arrive à Yaoundé le 17 de ce mois pour passer quelques jours avant de se rendre en Angola, où il doit participer aux célébrations marquant le 500e anniversaire de l’évangélisation de ce pays. Le séjour à Yaoundé, c’est pour préparer un grand congrès qui se tiendra à Rome à l’automne (Congrès de l’Église catholique en Afrique, je crois). Un certain nombre de chefs d’état sont attendus, ainsi que des prélats de partout en Afrique. Par conséquent, Yaoundé se refait une beauté. Cela consiste en la construction (enfin) des deux tours pour la cathédrale, et en le repavage des routes (l’itinéraire du Pape en ville est un secret de Polichinelle). Cela consiste aussi à « déguerpir » (comme on dit ici) les vendeurs qui ont installé leurs étalages le long des rues du centre-ville, ainsi que les mendiants. Le peuple n’est pas heureux, et avec raison. Hier, en me rendant au supermarché avec Njikam, nous avons dû faire demi-tour à un certain moments, car le chemin était bloqué par des vendeurs qui résistaient les ordres de quitter les lieux. L’armée et les forces anti émeutes s’y trouvaient, menaçant les gens et un camion citerne arrosait les gens avec des jets d’eau, afin de les renvoyer de force. Comme a dit Njikam, comment ces gens-là pourront-ils manger pendant les trois prochaines semaines. Un peu triste, avouons-le. Moi, je compte rester à la maison jusqu’au départ de sa Sainteté.
Aujourd’hui, c’est la Journée internationale de la femme, et il y a fête au Centre et j’y suis attendu. Bien sûr, tout a été préparé par les femmes (c’est le travail des femmes de préparer la bouffe, m’a dit un collègue)! Ça va faire deux événements passionnants dans une même fin de semaine, presque trop pour mon cœur!
Sur ce, mes amis, je vous quitte. J’espère que vous vous portez tous bien et que vous me pardonnerez mon long silence.
Ciao!
David
Oui, cela fait très, très longtemps depuis ma dernière communication! Je n’ai aucune excuse à vous offrir, sauf la paresse. Ceci dit, armez-vous de patience, car cette lettre sera très longue!
Les mois de novembre et de décembre ont été très calmes, le train-train habituel, quoi, mais je ne m’en plains pas. La saison des pluies s’est terminée à la mi-décembre, ce qui a voulu dire que je pouvais enfin remettre mes sandales. Les pieds en étaient très heureux (je suis certain que ça vous intéresse!). Noël a été très tranquille et je l’ai célébré en compagnie d’André et de sa famille. Les deux plus vieux avaient reçu de leurs parents un téléphone jouet portable et s’amusaient à se « téléphoner », et je leur ai offert un petit camion chacun. Le bébé, pauvre de lui, n’a rien reçu, mais semblait heureux de gazouiller dans son coin. Le jeune David est vraiment un bébé charmant, mais avouons que j’ai un petit faible pour lui. Il aura un an au mois de mai.
Le mois de janvier a été superbe car j’ai pu prendre quelques jours de congé pour profiter de la visite de Marion et de Sonja qui ont passé un peu plus de trois semaines au Cameroun. Nous avons pris grand plaisir à nous revoir et à sillonner un peu le pays pendant leur séjour. Je ne peux rien faire de mieux que de reproduire ici le récit de nos périples que Sonja a composé. Il y en a beaucoup, je vous avertis tout de suite. Aucune modification n’a été apportée au texte, mais la traduction de l’anglais est la mienne. Donc, s’il y a des erreurs ou coquilles, c’est de ma faute. Vous vous souviendrez peut-être que Sonja a pris un congé non payé de six mois afin de voyager; elle s’est rendue au Népal pour quelques semaines et ensuite a profité d’un tour organisé en Afrique du Nord, se rendant en Égypte, en Libye, en Tunisie et au Maroc avant de débarquer au Cameroun.
J’ai essayé de conserver le même ton…
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J’ai trouvé le Cameroun plus intéressant que je ne l’aurais pensé. On y trouve une variété de climats (enfin, au moins 2 : la forêt tropicale humide et le désert)
Mon vol du Maroc est arrivé avec trois ou quatre heures de retard, ce qui a fait que je suis arrivée vers 1h du matin. Heureusement, l’avion de ma mère (nous sommes arrivées le même jour) est aussi arrivé avec du retard, donc elle n’a pas dû attendre sept heures à l’aéroport – pas comme mon père, son collègue Roger et son collègue/sa sentinelle de fin de semaine, Oumarou, ainsi qu’une amie de Roger, Mme Fanta, qui ont dû se payer l’attente. Je suis certaine qu’ils ont trouvé cela passionnant car l’aéroport a deux petits endroits où on peut acheter de quoi boire et un total d’environ 30 sièges pour se reposer… Mon père s’était armé de thé chaud, d’eau glacée et des arachides pour ma mère. L’aéroport se trouve à environ 45 minutes de la maison de mon père, donc ils avaient décidé d’attendre mon arrivée au lieu de faire deux allers-retours. Enfin, je suis descendue de l’avion, ce qu’on a tendance à faire à l’arrivée, et un peu abasourdie (cela faisait environ 14h que j’étais en déplacement), j’ai entendu une dame m’appeler par mon nom; j’ai hoché la tête et je l’ai suivie. J’avais été avertie qu’il y aurait sans doute quelqu’un pour me rencontrer dès mon arrivée ce qui me permettrait de passer les contrôles sans avoir à payer des pots-de-vin. Effectivement, tout s’est passé très rapidement. Roger m’attendait au carrousel d’où j’ai pu saluer mes parents (on ne leur avait pas permis de pénétrer le hall de bagages), les valises sont arrivées (ouf!) et nous nous sommes dirigés vers la maison de mon père, enfouis dans un « pick-up ». Le trajet n’a pas pris trop de temps, et on ne s’est fait arrêté qu’une seule fois par des militaires qui « avaient soif » (code pour dire qu’ils voulaient qu’on leur offre 500 francs, un peu plus de un dollar canadien, ce qui représente le prix d’une grande bouteille de bière). Nous avons réussi à passer sans rien payer parce qu’il s’avérait que Mme Fanta les connaissaient. C’est un peu inquiétant de se faire arrêter par un homme armé d’une carabine automatique qui a soif, mais on peut s’y habituer (en général) même si on n’aime pas ça.
La maison qu’habite mon père est assez grande – trois chambres à coucher, une cuisine, 2 salles de bains, une toilette, un salon/aire de travail. La chose la plus amusante qu’on y trouve c’est le grand mur qui a l’air d’avoir des taches de léopard – il faudra vous référer à la photo (ce genre de mur est très populaire pour l’extérieur des maisons). L’autre chose qui m’a amusée, c’était les meubles dont mon père avait hérité de la personne qui l’avait précédé dans le poste qu’il occupe : les sofas et les fauteuils sont très rembourrés (genre aussi très populaire, comme en témoigne le fait qu’on en voit en vente sur le bord des chemins), et il y a 4 de chaque genre, ainsi des vaisseliers énormes. En arrivant à la maison, nous avons rencontré André, la sentinelle de semaine, un type très gentil. Le lendemain, nous avons rencontré Judith, la dame qui fait le ménage et prépare les salades de mon père (mon père ne mange que des salades depuis qu’il est au Cameroun, salades vertes et salades de fruits, mais il a changé son régime pendant notre visite, donc nous avons pu déguster de la viande également).
Yaoundé, c’est vert. L’impression que j’en ai eu était de beaucoup de petites maisons à un étage situées parmi plusieurs plantes (bananiers, palmiers, etc.), de la végétation et plein de collines. Le deuxième jour (nous avons passé le premier à nous prélasser sur les sofas sur-rembourrés), nous avons fait une sortie passionnante au centre-ville, où nous avons visité le Haut Commissariat du Canada, le Bureau de la Coopération canadienne, la banque et le supermarché, et avons été présentés à toutes les personnes qui s’y trouvaient. Le centre-ville est doté de quelques tours dont l’architecture est intéressante, mais il est assez petit. Nous avons aussi visité le quartier huppé (ambassades et maisons de richissimes), mais malgré cela, la ville semble assez provinciale (c’est la capitale politique, au cas où vous ne seriez pas au courant). Plus tard, nous avons fait un tour de ville avec Njikam, l’un des deux taximen de mon père (mon père n’a pas de voiture et ne semble pas vouloir conduire en ville – ça peut paraître chaotique au départ, mais il y a un système à la conduite; généralement, cela veut dire que tout le monde s’avance dans une intersection et à chacun son tour réussit à passer ou à changer de direction, selon ce qu’il veut faire; on a l’impression qu’il y a trop de voitures à l’intersection et elles se rapprochent d’un peu près l’une de l’autre tout en roulant très lentement, et puis après, une bosse de plus ou de moins sur une voiture qui tombe en morceaux, ce n’est pas très grave). Enfin, retournons au tour de ville… Nous avons réussi à voir combien de collines il y a à Yaoundé (on l’appelle la ville aux 7 collines parce que d’où qu’on se situe on peut voir 7 collines, même s’il y en a beaucoup plus que ça), avons visité des endroits d’où nous avions belle vue sur la ville (mais difficile de voir loin car l’atmosphère semble être voilée presque tout le temps à Yaoundé). Nous nous sommes retrouvées finalement au Grand Marché. J’ai trouvé le Grand Marché pas mal étrange. Le gouvernement a fait construire un grand bâtiment pour y contenir le marché, mais peu de personnes s’en servent. Le marché est rond et comporte plusieurs étages. Le problème c’est que personne ne veut grimper aux étages supérieurs pour y magasiner, donc il n’y a que les deux ou trois premiers étages où se trouvent des boutiques. Le haut de l’édifice offre un beau panorama du reste du marché, car il y a beaucoup d’étalages qui encerclent le marché (des parapluies de toutes les couleurs, des tas de CD et DVD piratés. Je crois que nous avons pris trop de photos car un certain nombre de personnes nous ont demandé si nous étions de la BBC ou RFI… Je n’ai pas vu beaucoup de nourriture à vendre au Grand Marché, mais je crois que les gens s’approvisionnent dans les marchés de quartier (ce qui fait du sens puisque un grand nombre de personnes ne possèdent pas de frigo et doivent donc acheter la nourriture à chaque jour, et se rendre au centre-ville tous les jours pour y faire ses achats serait toute une croix à porter). Oh! Comment aurais-je pu oublier??? Njikam nous a fait voir presque tous les ministères qui se trouvent en ville (on dirait que c’est la chose à faire pour les touristes!). Cet après-midi-là, nous nous sommes rendus au Centre Don Bosco, où travaille mon père, pour être présenté à tous ceux qui s’y trouvaient. Un autre jour, mon père a invité tout le personnel à venir prendre un verre au bar local afin que tous puissent nous rencontrer (ce qu’on doit endurer dans la vie!); nous avons réussi à nous échapper après que les collègues ont commencé à danser, mais assez tôt pour que je n’aie pas à refuser de danser. Le Centre Don Bosco offre de la formation en menuiserie, métallerie, couture et informatique, ainsi qu’une formation plus normale. Le centre est géré par les Salésiens, et mon père travaille au Département informatique (fonctions administratives et pédagogiques).
Une des mes matinées préférées à Yaoundé a été celle où nous nous sommes promenées (accompagnées d’André, qui a refusé de nous laisser sortir seules) dans le quartier où habite mon père. C’était très intéressant de voir toutes les maisons et les petites boutiques construites de tôles et en grillages de basse-cour, ainsi que de voir toutes les plantes. Nous nous sommes rendus jusqu’au bout du chemin goudronné et ensuite nous nous sommes aventurés le long d’un chemin de terre étroit, d’où on pouvait apercevoir un quartier construit dans la vallée. Il y a beaucoup de quartiers comme celui-là et j’imagine que ça doit devenir pas mal mouillé et désagréable en saison pluvieuse. Nous avons ensuite suivi une autre piste de terre, ce qui nous a permis de voir des cheveux suspendus à sécher au vent (les dames du Cameroun ajoutent souvent des cheveux à leur tête et je suppose que les suspendre à une corde à linge est une façon comme une autre de les faire sécher) ainsi que plusieurs espèces d’arbres fruitiers, de grandes maisons (et beaucoup de petites) et des écoles. C’était agréable de se promener avec André car personne ne nous a dérangées et nous n’avions pas l’impression de violer la propriété de qui que ce soit et il nous a fourni des tas d’explications.
Le premier des trois voyages que nous avons fait au Cameroun nous a amenées dans la région de Lolodorf, au sud-est de Yaoundé. Mon père ne se sentait pas très bien et voulait se remettre en forme avant le grand voyage dans le Nord, ainsi ma mère et moi sommes parties avec Roger au volant de la camionnette, et André. Ces deux derniers sont originaires de cette région, ce qui a rendu la visite intéressante. En route vers Ebolowa, notre premier arrêt, nous avons remarqué des formes humaines découpées dans du bois qui se trouvaient le long de la route. Parfois, il y avait de petits panneaux qui indiquaient « Ici, trois morts ». Il paraît que ces avertissements sont placés par le gouvernement dans des endroits où il y a eu des accidents mortels (et étant donné le mode de conduite, ça ne m’étonne pas qu’il y ait tant de ces avertissements; j’en reparlerai plus tard). À Ebolowa, nous avons rencontré Judith qui s’y trouvaient pour rendre visite aux quelques onze neveux et nièces dont elle a la charge. Elle nous a fait visiter la ville : nous avons traversé le marché et, bizarrement (du moins, de mon point de vue), l’hôpital (et je veux dire traverser : d’un bout à l’autre, en passant par les chambres des malades), de retour au marché pour nous rendre au Centre Don Bosco d’Ebolowa (plus grand que celui de Yaoundé). La route qui nous a menés à Ebolowa était goudronnée, mais dès que nous avons quitté cette ville en direction de Lolodorf, le goudron cessait. Roger et André nous ont cassé les oreilles tout le long du voyage à se lamenter que cette première route du Cameroun n’était pas goudronnée et que c’était une honte. J’ai compris, à la fin, que cette route avait la première a être construite pendant la colonisation allemande, et qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on évitait de la goudronner. Nous avons eu droit également aux critiques à l’égard des Français qui n’ont rien laissé de tangible au Cameroun, pas comme les Allemands, les Espagnols et les Américains (pas tous des colonisateurs, évidemment) qui, eux, avaient pu doter le Cameroun d’installations durables, tandis que les Français n’avaient laissé qu’une bureaucratie lourde, et ainsi de suite. En exemple, Roger et André nous ont montré un pont construit par les Allemands qui durait toujours, tandis que le pont français, juste à côté, avait perdu le pilier du centre et seuls les piétons et les cyclistes pouvaient l’utiliser, ce qui prouvait que la construction française n’était pas durable (remarquez, je ne me serais pas aventurée sur le pont allemand puisqu’il lui manquait sa surface inférieure). Un autre thème qui est revenu souvent était le fait que les routes du Nord étaient en bien meilleur état que les routes du Sud. D’après eux, toutes les routes du Nord étaient goudronnées, ce qui n’est pas ce que nous avons constaté lors de notre voyage dans le Nord. La route principale offrait des nids de poule est seulement deux voies, tandis que la route principale dans le sud offrait des voies pour doubler de temps en temps ainsi que des accotements. Ni Roger, ni André n’était allé dans le Nord, donc l’état des routes n’était qu’un mythe du sud.
M’enfin, nous sommes arrivés à Lolodorf, ayant passé un grand nombre de plantes et de montagnes. C’est très vert dans cette région, presque la jungle. J’ai trouvé intéressante la construction de maisons dans la région. On construit une charpente de planches de bambou, les planches verticales séparées de 30 cm et les planches horizontales séparées d’environ 15cm. Ensuite, on rempli les espaces de taille de briques d’un mélange de terre et d’eau. Ceux qui en ont les moyens recouvrent ensuite le mur d’une couche de ciment et peignent peut-être les murs; si non, on laisse les murs de boue. Les murs durent assez longtemps, quoiqu’on me dise qu’il faut les réparer de temps en temps. La maison de famille d’André a été construite par la mère d’André il y a plus de vingt ans et on y retrouve encore les briques originales. À notre arrivée à Lolodorf, Roger, ma mère et moi sommes allés prendre un verre pendant qu’André s’est évertué à nous trouver une chambre d’hôtel (cela afin que le prix de la chambre n’augmente pas à la vue de notre peau blanche, ce qui arrive souvent). Une dame nous a invités à nous asseoir avec elle, nous disant qu’elle voulait nous parler (mais à part de dire « bonjour », ne s’est pas adressée à nous). En face de nous se trouvait un type militaire à l’air morose, sirotant une bière tout en s’accoudant sur sa carabine automatique – pas ce à quoi je m’attends à trouver dans un bar. André est revenu ayant trouvé une chambre pour nous – l’hôtel était pas mal fondamental – les salles de bain n’avaient pas d’eau courante, mais l’hôtelier nous a offert un bac contenant de l’eau suspecte ainsi que deux seaux pour que nous puissions vider la cuvette (au besoin) et nous « laver ». Une autre promenade « à l’André » a eu lieu, aussi intéressante que la première, ce qui nous a permis de parcourir Lolodorf par les petits chemins et de voir un grand nombre d’églises de diverses dénominations, toutes dotées d’une « cloche » qui consistait en une roue de voiture (sans pneu). Et encore, de la verdure, ainsi qu’une rivière qui traversait le centre de la ville. Nous avons pu persuader Roger et André que nous pourrions manger de la nourriture locale, à condition qu’elle soit bien cuite, et André nous a procuré deux très grands et délicieux poissons. Nous étions assises à la terrasse de l’hôtel lorsque la musique (très forte) a commencé, et nous avons décidé de nous retirer vers la terrasse supérieure pour y déguster notre repas et d’éviter les danseurs. Notre hôtel était le seul endroit où il y avait du courant ce soir-là (il avait un groupe électrogène); il paraît que le courant manquait depuis le jour précédent et que, souvent, des semaines peuvent se passer avant que cela soit réparer. Nous avons réussi à nous endormir (enfin, moi), et Roger et André se sont également couchés tôt afin d’éviter de payer les consommations de tout le monde, car ils avaient de la famille et des amis dans le coin. Ils rentrent rarement au village car, étant donné qu’ils vivent dans la grande ville, les membres de la famille et les amis s’attendent toujours à des cadeaux (de préférence en forme de don monétaire) lorsque Roger/André rentrent au village, et ça peut revenir cher. Même s’ils vivent à la ville, la vie y coûte cher et ils ne peuvent pas cultiver une terre. La vie des citadins n’est pas très facile et si on y perd son travail, on peut toujours rentrer au village – mais pour cela, il faut s’assurer d’un bon accueil en offrant des cadeaux à chaque visite. On s’attend également à ce que nous (les étrangers) offrions de l’argent à droite et à gauche; mon père, souvent, offre l’excuse qu’il n’est pas la Banque mondiale afin de s’en sortir.
Le lendemain, nous nous sommes rendus au village d’André, Mvile, sans pouvoir faire réparer la crevaison à cause du manque de courant. C’était quelque peu inquiétant puisque le chemin à suivre invitait à d’autres crevaisons. En premier lieu, nous nous sommes arrêtés pour rendre visite à la grand-mère de Roger qui, à l’âge impressionnant de 103 ans, se remettait d’une maladie (Roger s’était occupé de ses besoins médicaux le soir précédent). Nous sommes entrés dans la maison pour la saluer. C’était intéressant de voir l’intérieur d’une maison – plancher de terre, un lit en bambou, une petite aire pour faire la popote, une étagère où elle gardait quelques assiettes, etc. Les autres intérieurs que j’ai vus ressemblaient beaucoup à celui-ci.
En arrivant à Mvile, nous avons dû nous arrêter pour acheter des bonbons pour les enfants de la famille d’André et aussi pour distribuer aux pygmées qu’on continuait à nous dire que nous allions rencontrés. Cela nous semblait étrange d’offrir des bonbons à ces derniers, mais André a insisté, car, selon lui, les pygmées aiment beaucoup les bonbons. Suite à cet achat, nous nous sommes rendus à la mission catholique (mission/ hôpital/école) où habitent un nombre de pygmées et où le frère d’André travaille. La mission est bien située sur le haut d’une petite colline avec un panorama superbe. De nouveau, un tour de l’hôpital où nous avons rencontré des pygmées. On nous a ensuite informées que nous irions à une maison où habitaient des pygmées, où nous pourrions même leur parler (on nous a assurées qu’ils étaient instruits et pouvaient parler français). Franchement, j’aurais préféré éviter cette visite, cela me semblait vraiment bizarre. Enfin, nous nous sommes rendus à la dite maison, avons offert les bonbons achetés pour l’occasion (le contenu duquel a tout de suite été distribué). On m’a ensuite demandé de prendre une photo d’une pygmée âgée, ce que j’ai fait (pour ensuite me faire demander de payer pour le privilège accordé). Ma mère a tenté de faire de la conversation et finalement (ouf!) nous nous sommes rendus chez le frère d’André, en s’arrêtant de nouveau pour remplir le stock de bonbons, car nous avions dû distribuer ce qui nous restait à des enfants qui se trouvaient sur la route. Nous avons rencontré la famille d’André, avons visité des maisons, et pris connaissance de la distillerie de vin de palme; il s’agissait de deux grandes cruches liées par des tubes. Un tube sortant d’un des côtés d’une des cruches déversait, goutte par goutte, le vin distillé. Une scène un peu « scientifique déraisonné », quoi. Ça faisait longtemps qu’André attendait ce vin et il est rentré à Yaoundé avec un contenant en plastique de 4L plein. Après une conversation au salon avec le frère d’André (il habite une maison dont les murs sont revêtus de ciment) – le thème étant que la jeunesse du village avait besoin d’activités œcuméniques (ou quelque chose comme ça) – et ayant offert un don pour la cause (sans doute dirigé vers la poche du frère en question), nous avons repris le chemin pour nous rendre à deux chutes. Au premier site, j’ai lancé un défi à André pour une course à pied (c’est lui qui a proposé que je me monte la colline à la course) et, un, deux, trois, nous voilà partis! La course n’a pas duré très longtemps, car les cigarettes d’André lui ont échappé, mais il avait l’air de trouver la course amusante.
Le prochain arrêt a eu lieu un peu plus loin, pour trouver le « pied de Jésus ». La chasse au pied s’est faite le long d’une rivière et a consisté en essayant de trouver une pierre dans la rivière où on trouverait l’empreinte d’un pied. André en a trouvé une, mais a été incapable d’en trouver une meilleure. De toute façon, c’était agréable de se laisser glisser sur les pierres mouillées. L’arrêt touristique final se trouvait à être les chutes Bidjoka, où Roger a insisté à nous conduire (en voiture) le long de la piste, même si cela voulait dire qu’il fallait descendre dans un grand fossé et d’en ressortir, presque en s’y faisant prendre. Arrivés au haut de la colline, il a fallu tourner le dos pour quelques minutes, pour permettre à un vieillard qui se baignait dans la rivière de s’habiller. Pénétrant dans la jungle, traversant à pied la rivière et précédés d’un troupeau d’enfants, nous sommes arrivés aux chutes. Une fois rendus, les enfants se sont déshabillés et ont offert une démonstration de leurs prouesses maritimes en sautant de rochers vers l’eau ou vers les chutes. Ces dernières étaient impressionnantes et les enfants voulaient se faire photographier, évidemment. Oups, j’ai oublié de dire que nous avions passé ce qu’on appelle un campement de pygmées (où nous avons laissé descendre un pygmée). Très propre et intéressant du fait que les maisons identiques étaient peintes d’une même couleur (elles paraissaient mieux que les autres maisons dans le coin). Apparemment, c’est le gouvernement qui les a construites afin d’encourager les pygmées à mener une vie un plus sédentaires. Également apparemment, ça ne marche pas bien, car les pygmées ont tendance à disparaître dans la brousse pour ne revenir que de temps en temps habiter les maisons. J’ai aussi négligé de mentionner que dans certains villages on retrouvait des maisons construites entièrement de ciment, vestiges de la colonisation allemande. Un des sites les plus étranges a été une intersection en plein milieu de nulle part où se situe une énorme église construite de briques. Rien d’autre. En général, j’ai trouvé que les villages dans cette région étaient bien plus propres que ceux dans d’autres pays que j’ai visités. Il y avait beaucoup moins d’arbres à plastique. J’ai remarqué plus tard que même si les cours étaient propres, souvent les détritus se trouvaient amassés sur le terrain voisin.
Après le repas de midi au village d’André, où nous avons mangé du rat de brousse (l’autre choix, c’était du hérisson, et bien sûr, vous choisiriez également le rat) et des bâtons de manioc. Et là, c’est devenu une course pour se rendre à Yaoundé. Nous avions mis pas mal de temps pour nous rendre aux divers villages et aux chutes puisque les chemins étaient parsemés de nids de poule, de roches et, bien sûr, de la poussière. Roger voulait à tout prix rentrer avant la noirceur et moi, je voulais rentrer vivante. Dès que le goudron a été atteint, la vitesse a augmenté. La première section de la route était assez étroite, juste assez large pour que deux voitures se croisent, aucun accotement et des buissons frôlant la carrosserie. Des nids de poule se trouvaient à des endroits stratégiques, ainsi que des piétons en plein chemin. Roulant au centre de la voie (je suppose que c’était pour éviter les piétons et les nids de poule) à 140 km/h, j’étais certaine que qu’il serait inévitable de tuer quelqu’un ou que la voiture s’envolerait si une roue sombrait dans un nid de poule. Heureusement qu’il y avait peu de circulation et nous nous sommes rendus à une ville assez large où il y avait du courant et où on a pu faire réparer le pneu crevé. Pendant que Roger s’occupait du pneu, André était chargé de s’occuper de nous à un bar où nous nous désaltérions. Stressé par le fait qu’il risquait de se faire voler son contenant de vin de palme qu’il avait oublié à l’arrière de la camionnette, il nous a quittées pour garder son trésor. Une fois le pneu réparé, nous avons continué notre course effrénée. Pour ajouter à notre frayeur, Roger commençait à s’endormir, mais refusait de s’arrêter pour se reposer, ne fût-ce que quelques minutes, malgré les suggestions douces de ma mère. On s’est arrêté un moment, mais ce n’était pour que Roger se « soulage », comme on dit, et on a repris la route immédiatement. Le dernier bout de chemin, toujours à 140 km/h, offrait au moins des accotements et, de temps en temps, des voies pour doubler les voitures, même si Roger n’avait pas la patience d’attendre 100 mètres avant de commencer à doubler un véhicule qui avait le malheur de se trouver devant nous. Sa technique pour doubler laissait à désirer, puisqu’il s’agissait toujours de doubler à une courbe en montant une colline. Il a néanmoins ralenti un peu après que nous avons failli faire un accident. Nous étions en train de doubler un énorme transport (sur une courbe, bien sûr) quand une voiture a osé se présenter devant nous sur l’autre voie. Le milieu du transport était à notre côté, il n’y avait plus de temps pour terminer la manœuvre, on ne pouvait se tasser à droite à moins d’aller sous le transport. Roger a freiné fort, mais ce n’était pas assez pour que nous puissions reprendre notre place à l’arrière du camion. Heureusement, l’autre voiture a pu rouler sur l’accotement. Il faut dire que la méthode utilisée par Roger pour doubler des véhicules n’est pas la sienne seule. Enfin… même rendus à Yaoundé et à environ 100 mètres de chez nous, Roger insistait à doubler les voitures. J’ai décidé que cette promenade était plus effrayante que celle effectuée au Népal, dans un autobus rempli de monde qui doublait un autre autobus sur une route à une voie, un abîme à droite. Nous sommes arrivées saines et sauves, mais jamais plus je ne voyagerai avec Roger comme chauffeur.
Il a bien fallu faire une autre petite course avec Roger, le jour où nous sommes allés visiter l’orphelinat pour lequel mes parents cherchaient des fonds pour y construire une nouvelle latrine. C’est un orphelinat non officiel, commencé par une dame et son mari, et ils s’occupent d’environ 45 enfants dans une maison assez petite. Il y a une grande aire de séjour, et ensuite quatre chambres à coucher (grands/petits garçons, grandes/ petites filles), les enfants partageant les lits. La cuisine est à l’extérieur de la maison, et on cultive un peu sur le terrain. L’eau provient d’une rivière qui se trouve au bas du jardin, mais elle ne paraît pas très propre – j’espère que l’eau à boire vient d’ailleurs. Les enfants fréquentent tous des écoles privées dans le quartier, car les écoles publiques sont beaucoup trop loin. Je ne sais pas comment la dame fait pour payer tous les frais de scolarité, la nourriture et les autres besoins, car elle ne reçoit rien du gouvernement et, je suppose, ne travaille pas à l’extérieur de la maison (il y a assez de travail à l’intérieur!). Elle doit avoir le don de trouver des dons.
Après quelques jours de repos, le moment était arrivé pour le départ vers LE voyage vers le Grand Nord. Nous nous sommes dirigés vers la gare en début de soirée. Il n’y a pas de route goudronnée qui lie le sud du Cameroun au nord (allez savoir pourquoi!), donc prendre l’autobus ou s’y rendre en voiture aurait été l’affaire de quelques jours. Donc, le train… qui est parti à l’heure à 18h10. L’heure d’arrivée est flexible. Nous étions logés dans le wagon-lit dont chaque cabine comportait quatre lits. Oumarou, l’autre vigile de mon père (celui de fins de semaine) s’est joint à nous en tant que guide, car il est de la région du Grand Nord (Extrême Nord, on dit au Cameroun), et il allait profiter de ce voyage pour rester quelques semaines dans son village pour y rendre visite à sa famille qu’il n’avait pas revue depuis trois ans environ. Les wagons-lits étaient protégés par des gardes armés qui s’assuraient que personne ne viendrait nous déranger, ou viendrait s’installer dans le couloir. Nous avions aussi des hôtesses qui sont venues nous demander ce qu’on voulait pour notre repas du soir et nous l’ont ensuite livré. Très chouette. Il y aussi des voitures de première classe où tous les voyageurs ont des places assises et des voitures de deuxième classe qui, selon ce qu’on nous a raconté, débordent de monde et de valises et d’objets divers. Il y a également un wagon-restaurant, mais il est également bondé de personnes à qui on a vendu des billets frauduleux. Hem. J’avoue que je n’aimerais pas voyager pour 18 heures ou plus assise ou debout au milieu d’une allée.
Dès notre départ, le premier brouhaha! Des gens criaient « Arrêtez-le! Arrêtez-le! », pendant que les gardes poursuivaient quelqu’un qui avaient sauté du train (le train s’est arrêté pour la circonstance). Il paraît que c’était un malfrat que la police recherchait. Les gardes ont réussi à l’attraper et l’ont ramené dans le train et, je crois, l’ont remis à la gendarmerie à la première gare. Il faisait pas mal chaud dans le train, et il n’y avait qu’une seule fenêtre dans notre compartiment. On se trouvait bien dans le couloir, mais le compartiment était vraiment un fourneau. J’ai pris une des couchettes supérieures et, au milieu de la nuit, je me suis réveillée en grosse sueur (le train s’était arrêté et il n’y avait aucun mouvement d’air). Les gares où nous nous sommes arrêtés étaient amusantes. Il y avait différents « modèles » de gare : l’élégant (peu utilisé), la gare où on entendait qu’on allait s’arrêter à mesure que chaque wagon heurtait celui qui se trouvait devant lui (avertissement utile pour la secousse à venir) et la gare où on s’arrêtait subitement, où la secousse nous atteignait sans avertissement et où il fallait faire attention de ne pas tomber de la couchette (ou de renverser son assiette, si on était en train de manger). À chaque arrêt, quelque soit l’heure de la nuit, il y avait des dames et des enfants qui vendaient de la nourriture et de la boisson. Les enfants demandaient aussi les bouteilles vides – un thème qui est revenu partout dans le Nord, où partout où on s’arrêtait, on nous demandait des bouteilles vides. Le lendemain matin, nous n’étions toujours pas arrivés à destination à 8h (heure officielle) et nous semblions être encore pas mal loin de Ngaoundéré, le terminus, situé à mi-pays. C’était quand même agréable de pouvoir regarder passer le paysage – des villages, beaucoup d’arbres, des nids d’abeilles construits dans les arbres (par des humains; je suppose que les abeilles doivent choisir de s’y loger et puis ensuite les humains récoltent le miel), des termitières en forme de champignon et du bétail. Finalement, nous sommes arrivés à Ngaoundéré à midi.
Le chauffeur dont Oumarou avait réservé les services pour notre séjour dans le nord ne s’était pas rendu à Ngaoundéré, prétextant que sa voiture était tombée en panne (Oumarou, plus tard, a supposé qu’il n’avait jamais quitté Maroua). Oumarou nous a donc trouvé un autre chauffeur pour nous amener à l’hôtel, mais celui-ci devait conduire un autre client à sa destination et devait ensuite revenir nous chercher. Une heure plus tard, ce chauffeur n’était toujours pas revenu, et Oumarou est parti à la recherche d’un deuxième; c’est comme cela que nous avons fait la connaissance d’Aboubakar. Il nous a amenés à l’hôtel et ensuite nous avons réservé ses services pour nous faire faire un tour de ville pendant l’après-midi. Bref, nous avons décidé de réserver ses services pour notre voyage vers Maroua et aussi pour les journées que nous allions y passer.
Ngaoundéré est une ville assez grande. Des tas de rochers agréables à voir : on aurait dit que les collines avaient été créées à partir de gros rochers (il y avait sans doute de la terre sous ça). Nous avons grimpé un des rochers (ben, moi, au moins) afin d’admirer la ville et son paysage avoisinant (quelques montagnes, mais plutôt plat). Nous avons aussi vu l’habitation de l’homme le plus riche de Ngaoundéré, un palace dans une cour énorme et dotée de sa mosquée privée, très beau et très orné tout ça. Outre cela, nous avons fait un tour au marché, avons vu d’autres mosquées (le Nord étant à dominance musulmane, le Sud à dominance chrétienne), ainsi que l’extérieur de l’habitation du chef local (nous avons décliné l’invitation de la visiter à cause des frais d’entrée très élevés).
Le lendemain, nous avons parcouru les 473 km qui séparent Ngaoundéré de Maroua. La première partie de la route nous a menés au haut d’une montagne et ensuite sur l’autre versant. Il y avait pas mal de forêt au haut de la montagne, et nous avons aperçu ce qui semblaient être des drapeaux bleus suspendus à des arbres. On nous a expliqué que ces « drapeaux » servaient à attraper une sorte de mouche, mais ni Aboubakar, ni Oumarou, pouvait nous expliquer à quoi servaient les mouches. Après la montagne, nous avons passé un grand nombre de villages. En cet endroit, les maisons étaient construites d’adobe, plusieurs cases regroupées autour d’une cour intérieure, où se trouvait le grenier. Les murs de la cour étaient faits soit de roseaux, soit qu’il s’agissait des murs des cases qui se rejoignaient. Nous avons passé beaucoup de troupeaux de bétail – différent du bétail qu’on retrouve en Amérique du Nord car les vaches et les bœufs ont une sorte de bosse au dos. Et toutes ces belles bêtes avaient des cornes impressionnantes. Pour le reste, nous avons vu des personnes qui marchaient sur du coton empilé dans des conteneurs (c’était la saison de la récolte du coton), des villages, de la forêt, des ânes cherchant un peu d’ombre le long des murs de cour (je ne m’attendais pas à voir des ânes, aucune idée pourquoi) et des lits de cours d’eau sans eau (il y avait une seule rivière avec de l’eau, à Garoua) – c’était la saison sèche. C’était quand même bizarre de voir des gens qui lavaient leur linge à même le lit desséché de la rivière (j’en reparle plus tard). Il n’y avait pas beaucoup de circulation sur la route, mais à un moment donné on s’est retrouvé au milieu d’un convoi ministériel (apparemment, le ministre évaluait l’état de la route qu’on était en train de réparer à plusieurs endroits – heureusement, elle en avait besoin) et nous avons également vu une voiture bizarre qui roulait assez lentement; on aurait dit qu’elle avait roulé sous un camion, et il y avait tout juste assez d’espace du côté du conducteur pour qu’il puisse conduire la voiture dont le moteur semblait bien fonctionné. Impossible de s’asseoir ailleurs dans la voiture, laissez-moi vous le dire. Il faut dire qu’il y avait des épaves de voitures un peu partout dont il ne restait rien que la carrosserie – on aurait dit que les vautours s’y étaient attaqué. Nous avons aussi passé une fausse barrière : des enfants avaient placé des mottes de terre sur la route dans l’espoir que les voitures s’arrêteraient et que les passagers leur offre de l’argent. Ailleurs, il y avait des personnes qui remplissaient les nids de poule avec le même espoir de recevoir un petit cadeau. Sans parler des nombreux barrages de la gendarmerie ou de l’armée et des postes de péage. Au Cameroun, il faut toujours avoir sur soi son passeport (ou une photocopie certifiée), si non on est passible d’une amende. Nous avons eu à montrer nos passeports qu’une seule fois, et le pauvre type avait l’air bien triste de trouver que tout le monde (et la voiture) était en règle. Finalement, nous sommes arrivés à Maroua en fin d’après-midi et nous nous sommes installés à l’hôtel, qui était très agréable à voir – les chambres avaient la forme de case, le tout sous un parasol d’arbres. Le seul « hic », c’était que l’hôtel est situé au carrefour de deux rues principales, et que l’air semblait pas mal bleu.
Le lendemain matin, nous nous sommes levés tôt pour notre prochaine aventure : nous rendre en voiture à Rhumsiki, au sud-ouest de Maroua, où on peut trouver des formations rocheuses impressionnantes. La route vers la ville principale voisine était goudronnée, et nous avons passé des champs de mil, des personnes à bicyclette et, bien sûr, beaucoup de villages. C’est après ça que l’aventure a commencé : une route de terre en très mauvais état. Impossible de rouler vite sur ce genre de route, alors nous avons cahoté lentement vers notre destination (cela permettait de prendre des photos par la fenêtre, cependant). Le paysage était beaucoup plus sec que ceux que nous avions vus auparavant et très rocailleux. On voyait également de l’agriculture pratiquée en terrasse. Il y avait des tas d’endroits intéressants où nous nous sommes arrêtés, car Aboubakar avait le don d’apercevoir ce qui pourrait nous intéresser question photographie, avec excursions à pied. Nous avons inspecté un champ de coton (nous n’avions jamais vu un plant de coton de près) et, au retour, avons remarqué des dames qui portaient ce qui semblait être un demi-tronc d’arbre sur la tête (incroyable ce que les gens peuvent porter sur la tête). Nous nous sommes ensuite arrêtés devant une maison pour demander la permission de voir leur installation grenier : une plateforme surélevée sur laquelle on plaçait le grain (plutôt qu’un grenier fait d’adobe). Il y avait aussi du maïs qui séchait, accroché aux arbres. En remarquant des personnes qui récoltaient du coton, nous nous sommes joints à elles pour en faire un peu aussi. Et puis il y a eu un arrêt (à vrai dire, des dizaines!) pour prendre des photos du paysage. À l’un des arrêts, j’ai décidé qu’il était temps de prendre la photo « Sonja au Cameroun » (j’ai une série de photos prises dans divers pays, où on peut me trouver dans la distance; le tout pour mon amusement personnel), j’ai donc remis mon appareil photo à ma mère et j’ai couru vers des gros rochers qui se trouvaient à une distance convenable pour la photo. C’est là que j’ai aperçu des dames derrières les rochers. Elles m’ont fait signe de venir les voir, invitation que je n’ai pas refusée. Elles étaient en train de récolter des arachides – cela paraissait très pénible et très lent comme travail : elles battaient la terre avec un outil de métal émoussé afin de trouver les arachides et les placer dans un panier. C’est à ce moment que nous avons rencontré notre premier guide potentiel pour Rhumsiki (il nous restait encore deux heures ou plus en voiture lente avant d’y arriver), mais nous avons refusé ses services. On commençait à voir les rochers en forme de fuseau que nous recherchions.
Ensuite, la motocyclette avec chèvre : une motocyclette qui est passée, portant deux hommes, et entre eux, une chèvre, placée sur son ventre, qui observait placidement le paysage passant. Elle avait l’air content. On voyait des tas de choses sur les bicyclettes : des familles de cinq personnes, trois ou quatre adultes, d’énormes emballages. Il n’y avait pas beaucoup de voitures et la plupart des taxis et des minibus était bondés de personnes et on aurait dit que leurs essieux allaient toucher la route. Il y avait également des gens qui s’accrochaient à l’extérieur du véhicule.
Finalement, nous sommes arrivés à Mogodé, le village avant Rhumsiki, où nous sommes descendus de la voiture pour admirer des formations rocheuses. Un jeune garçon a décidé qu’il deviendrait notre guide; je ne voulais pas de guide, puisque il était évident où se trouvait les rochers en question, mais il était évident que nous n’avions pas le choix. À la fin, c’était correct car il était sympathique, n’a pas parlé d’argent et nous avons eu une conversation intéressante. Nous nous sommes dirigés vers les rochers (laissant mon père garder la voiture, son occupation préférée lorsqu’il s’agit de marcher), et avons vu des petits regroupements de cases, dont certaines avaient des pneus de bicyclette pour retenir la toiture de paille. Nous avons aussi vu deux gros vautours qui nous évitaient à petits bonds (ils ne comprenaient pas que je voulais faire leur connaissance). Le rocher était pas mal impressionnant, sortant verticalement de la terre en forme de pouce. Au retour à la voiture, le guide potentiel no. 2 pour Rhumsiki s’y trouvait, tentant de nous faire commander un repas très cher au restaurant où il travaillait; de nouveau, ce guide a essuyé un refus de notre part. Nous avons repris le chemin de Rhumsiki, et avons trouvé une vallée superbe sculptée dans la roche devant nous, ayant une colline en forme de cône au centre. Très impressionnant. On pouvait voir Rhumsiki de l’autre côté de la vallée. Et encore un guide potentiel pour Rhumsiki qui nous attendait à la voiture… j’ai donc proposé aux autres de rebrousser chemin. Jusque là, la journée avait été très agréable, et ça ne me tentait pas de me faire harceler par des gens habitant une ville touristique. Nous avons donc fait demi-tour et sommes rentrés lentement vers Maroua (la condition des routes prouvant, une fois pour toutes, que pas toutes les routes du Nord étaient goudronnées). Une chose qui m’a étonnée lors de ce périple est le nombre d’églises que j’ai vues, puisque la région est à dominance musulmane. Toutes les dénominations avaient l’air de s’y trouver, y compris les Témoins de Jéhovah.
Le lendemain, nous nous sommes retrouvés sur la route menant à Pouss où nous devions voir les « Cases Obuso-Mousgoum » (j’aime bien ce nom). Le premier bout de route était bitumé (ce qui veut dire que c’est une route de terre bien tassée, sans pierres mais beaucoup de nids de poule), le deuxième bout était goudronné (un peu bizarre, puisque cette section se trouvait au beau milieu de nulle part et aucune autre route s’y joignait), et le troisième bout de route était bitumé également. À un certain moment, du côté droit de la voiture, une élévation est apparue – elle paraissait artificielle car elle mesurait des kilomètres. On voyait des gens qui s’y promenaient à pied et à vélo. Éventuellement, nous nous sommes arrêtés pour que ma mère puisse prendre des photos d’oiseaux, et mon père et moi avons décidé d’aller voir ce qui se trouvait de l’autre côté de cette petite élévation. Et voilà, il s’agissait du Lac Maga, un lac artificiel énorme. Malheureusement, ma mère a glissé et est tombée au retour vers la voiture et s’est fait mal aux côtes; pour l’aider à récupérer, nous avons poursuivi nos randonnées en voitures sur des routes cahoteuses pendant cinq jours. Finalement, nous avons trouvé les cases Obus. Faites d’adobe, elles sont de forme coniques, avec des rives sur les côtés et un trou au haut du toit. Il y avait plusieurs cases à l’intérieur d’une cour, entourée d’un mur construit d’adobe. Les murs des cases Obus, à l’intérieur, étaient peints. D’ailleurs, j’ai vu plusieurs murs peints dans cette région (très différente des autres). Nous avons pu pénétrer à l’intérieur des cases (c’était un genre de musée car on ne construit plus ce genre d’habitation), où on nous disait qu’il faisait toujours 10 C. Selon mon thermomètre, il faisait plus chaud que ça, mais il est vrai que c’était plus frais qu’à l’extérieur. Une série de cases avait une sorte de passage secret entre deux cases (en fait, la deuxième case n’avait pas de porte qui donnait sur l’extérieur). C’était amusant de se pencher pour entrer dans la deuxième case. On suppose que c’était pour tromper l’ennemi. Ce qui était le plus agréable, c’est qu’on peut grimper l’extérieur des cases à l’aide d’une corde, ce que j’ai fait. Je suis certaine que ma mère a pris une photo de cet exploit.
De retour à Maroua, nous avons pris le temps de visiter cette ville très verte. Mis à part la qualité de l’air, je crois que j’ai mieux aimé Maroua que Yaoundé. On y trouve de larges rues où sont plantés des arbres (très utile étant donné le soleil ardent). Nous avons traversé le pont et avons regardé des gens qui avaient l’air de laver leur linge dans le sable. Finalement, nous avons compris ce qu’ils faisaient – ils creusaient dans le lit de la rivière pour trouver l’eau, lavaient ensuite leur linge et l’étendaient sur le sable par la suite pour le faire sécher! Après nous être promenés le long d’une rue principale pas très intéressante, nous avons traversé le lit de la rivière (très amusant!) pour retrouver l’autre côté ombragé et nous rendre à l’hôtel. Nous avons passé des gens qui, je croyais, vendaient du miel dans des bouteilles de 2L recyclées. Mais ce n’était pas du miel, mais du carburant (erreur facile à faire, car la couleur et les contenants se ressemblent; la consistance peut-être que non). Par la suite, nous nous sommes dirigés, en voiture, vers la Dent de Mindif, une formation rocailleuse bizarre dans le sens qu’elle ressemble à une dent. Ce qui était le plus impressionnant, c’est le fait que la « dent » sortait tout droit du sol et toute seule de la plaine qui l’entourait. La plaine s’étendait à perte de vue, et nous avions l’impression d’être dans la savane. Nous avons aussi vu des endroits où on faisait sécher des peaux d’animal – il paraît qu’on travaille beaucoup le cuir dans le nord du Cameroun.
Notre périple suivant nous a vu nous diriger vers Mora pour y déposer Oumarou (nous croyions qu’il venait de cette ville, mais il vient d’un village à une heure de là, en moto – on peut seulement se rendre à son village en moto ou à pied). En route vers Mora, nous avons vu beaucoup de personnes à vélo portant des contenant de 16L en plastique – pleins de carburant à bon marché en provenance du Nigéria (les frontières du Nigéria et du Tchad ne sont pas loin dans le nord du Cameroun). Une fois à Mora, nous nous sommes rendus à la petite clinique où travaille un cousin d’Oumarou. Après avoir fait le tour de la clinique, le cousin nous a amené, en camionnette 4X4, à Oudjilla. Lors de ma planification du voyage, j’avais espéré que nous puissions faire un circuit qui nous ramènerait par un chemin différent à Moral. Heureusement que nous avons changé d’idée, car d’aucune manière aurions-nous pu suivre ce chemin en voiture « normale ». La « route » grimpait en spirale et était franchement rocailleuse et pleine de trous. Il y avait de superbes panoramas de la vallée et des villages avoisinants. Oudjilla est un village assez grand, construit sur le haut de la montagne, et qui consiste en cases construites de pierre et beaucoup de terrasses pour l’agriculture. Le terrain y est très rocailleux. Nous sommes allés voir l’habitation du chef, et le chef était assis devant l’entrée. Nous l’avons salué avant d’entrer et avons demandé permission de visiter sa « maison ». Le chef a cinquante femmes mais seulement cent douze enfants (je dis seulement car c’est un petit nombre d’enfants par femme). Une fois dans l’enceinte de l’habitation, nous sommes entrés dans la case où se situe le tribunal, ensuite dans la case qui contient la tombe du père du chef (un chef ne peut pas être enterré au soleil et est normalement enterré dans sa case). La troisième case (les cases dont je parle ici communiquaient entre elles) contenait un taureau qui n’avait jamais vécu à l’extérieur et dont le destin est d’être sacrifié à un festival quelconque. Dans une autre case se trouvaient trois contenants, un représentant le village actuel, un deuxième l’ancien village et je n’ai aucune idée de ce que représentait le troisième. Nous sommes sortis de cette série de cases pour nous retrouver à l’air frais et dans une des cours où vivent les femmes. Chaque femme a une case où elle dort, une cuisine et deux greniers. Environ huit femmes partagent une cour; les filles couchent avec leur mère, et les garçons aussi jusqu’à l’âge de huit ans (ensuite, ils partagent un dortoir). Vingt-cinq des femmes préparent le petit déjeuner pour tout le monde, et les vingt-cinq autres préparent le repas du soir. Les greniers. Les greniers sont pas mal haut de taille, et nous avons eu la chance de voir une dame en sortir d’un. Lorsque nous sommes entrés dans la cour, on nous a dit qu’il y avait quelqu’un dans le grenier, ce qui nous semblait impossible puisque l’ouverture pour y entrer se trouvait à environ deux mètres du sol et avait un diamètre d’environ soixante centimètres. Mais là, la dame a sorti sa tête pour nous saluer… elle a ensuite remis un plat d’arachides à notre guide, et s’est glissée hors du grenier , les pieds en premier, réussissant à poser ces derniers sur une branche en forme d’Y qui était posé contre le mur du grenier. Il paraît qu’il y a une échelle à l’intérieur du grenier, mais je ne comprends pas encore tout à fait comment les dames font pour y entrer, surtout quand il n’y reste plus grand-chose. J’imagine qu’il faudrait qu’elles entrent la tête en premier, mais je ne sais pas comment elles pourraient ensuite se placer sur l’échelle. M’enfin, je ne crois pas qu’elles peuvent se permettre de trop engraisser, si non elles ne pourraient pas entrer dans le grenier (c’est peut-être ça le secret – trop grasse pour entrer, on ne mange pas et ensuite on peut y entre de nouveau!). De toutes les façons, c’est un événement que j’ai bien apprécié. Nous avons poursuivi notre visite de la cour vers le haut d’où on voyait la vallée et les montagnes autour. À la sortie, nous avons remercié le chef en lui faisant nos adieux; ce dernier était en train de regarder des vidéos musicales avec un nombre d’enfants. On voit bien que l’endroit est touristique car les enfants du coin au lieu de nous souhaiter « bonne année » à tue-tête demandaient « cadeau, cadeau ». Au retour, à la descente, nous avons croisé un minibus qui transportait des touristes.
Nous sommes retournés à Mora pour y récupérer notre voiture et pour fouiner un peu au marché, ce qui était pas mal intéressant : des tas de sandales en plastique de différentes couleurs (des babouches, comme on dit au Cameroun), beaucoup de maïs, des haricots et autres légumes et légumineuses et des fruits à vendre.
Nous avons laissé Oumarou à Mora, pour qu’il se rende à son village, et nous avons remarqué, sur le chemin du retour (avec Aboubakar au volant, bien sûr) un village qui s’appelait « Village Obama ». Je crois que le vrai nom du village était « Ojabama » mais on avait effacé le « ja » pour le renommer. C’était ahurissant de voir le nombre de bars et de boutiques qui s’étaient dotés du nom « Obama » à travers le pays. Tout le monde parlait de lui (cela se passait juste avant son inauguration) et Roger, entre autres, répétait souvent « Un jour peut-être, nous aurons notre Obama. »
Notre dernière destination dans le Nord était la Réserve nationale Waza. C’est le plus au nord que nous nous sommes dirigés et la route s’empirait à mesure qu’on avançait. De plus en plus de gros transports sur le chemin (se rendant à Ndjamena, capitale du Tchad, situé à la frontière avec le Cameroun). Nous avons même croisé un convoi du Programme alimentaire mondial et un autre convoi qui transportait des camions et tracteurs destinés à ramasser les détritus (il paraîtrait qu’une société camerounaise s’est vu accorder le contrat de ramassage d’ordures pour la ville de Ndjamena). Notre premier arrêt en direction de la réserve Waza n’a pas été très agréable. Pour l’occasion, nous avions loué une camionnette 4X4 avec chauffeur, et comme nous étions partis très tôt, Aboubakar et le chauffeur n’avaient pas mangé. Nous nous sommes donc arrêtés dans une petite bourgade où il y avait un marché, et pendant que nos compagnons sont allés se remplir la panse, en nous disant qu’ils n’en avaient que pour dix minutes, nous les avons attendus dans la voiture. Celle-ci a vite été entourée d’enfants qui mendiaient et ne se fatiguaient pas d’essayer d’ouvrir les portières et de toquer aux vitres. Finalement, nous sommes repartis et avons passé un endroit intéressant où des gens étaient en train d’arroser de petits terrains où poussaient des oignons, en utilisant une poutre en porte-à-faux pour puiser l’eau. La route longeait les bordures de la réserve, et nous avons commencé à regarder de près la nature dans l’espoir d’apercevoir des animaux. Les premiers qu’on a vus étaient des phacochères, ce qui, pour nous, ne présageait rien d’intéressant – souvenirs du Togo où, lors d’un voyage dans une réserve, nous n’avions vu que des phacochères. Un peu plus tard, on vu des homo sapiens qui pêchaient dans la boue (aucune quelle espèce de poisson ils en retiraient). Enfin, rendus à l’entrée du parc, nous avons engagé le guide obligatoire et, installés à l’arrière de la camionnette, on a pu voir des tas d’animaux. Très intéressant de se promener à l’arrière d’une camionnette jusqu’au moment où se sentait brûlé par le soleil. Nous avons vu des faisans, des troupeaux de damalisques, des hippotragues (un beau nom, n’est-ce pas? C’est une sorte d’antilope/cheval), beaucoup d’oiseaux et de cobs. Le seul aperçu que nous avons eu de lions était de leurs traces (pour voir des lions, apparemment, il faut se lever très tôt) et des éléphants, des pâtés de matières fécales. Aboubakar, ce qui nous a fortement amusés, a ramassé de ces pâtés pour apporter à sa sœur qui n’en n’avait jamais vu, mais avec lequel, nous a-t-il dit, on prépare un médicament quelconque (beuk!). Les pâtés nous accompagnés pour le reste du voyage… À un certain moment, nous essayions de photographier un oiseau bleu, et le chauffeur s’est gentiment arrêté dans toutes sortes d’endroits, faisant marche arrière lorsque c’était nécessaire, pour satisfaire nos désirs. Hélas, les oiseaux s’envolaient à chaque fois (évidemment, ils n’étaient pas conscients que nous avions payé les frais de photographie à l’entrée du parc). Ce que je voulais vraiment voir, c’était des girafes. Nous en avions vu une dans le lointain, mais vers la fin de notre promenade, nous nous sommes approchés d’un troupeau d’environ une dizaine de ces bêtes. Le guide, ma mère et moi avons quitté le véhicule et nous nous sommes rapprochés le plus tranquillement possible. Elles étaient très drôles, les girafes, car certaines tentaient de se cacher derrière les arbres et sortaient la tête un petit peu pour nous regarder d’un air curieux. À un moment donné, nous nous sommes arrêtés et, sans bouger, avons regardé les girafes nous regarder. Pour moi, cela représentait le point culminant de cette sortie. Un peu plus tard, nous avons vu une girafe qui s’éloignait à pas de course ainsi qu’une autruche. Notre guide, une fois que nous avions trouvé les girafes, avait perdu intérêt, et s’était mis à lire notre guide touristique. Ce n’est que grâce à mon père et Aboubakar, qui se trouvaient toujours à l’arrière de la camionnette que nous avons aperçu l’autruche. Un autre moment amusant était la fois où on s’était arrêté pour grignoter un peu, et Aboubakar, ayant terminé son paquet de biscuits, a jeté l’emballage à terre (comme le font presque tous les Camerounais). Le guide s’en est aperçu et a ramassé l’emballage sans rien dire à Aboubakar. Au moins, on forme bien les guides…
De retour à Maroua, Aboubakar a placé les pâtés et quelques fruits qu’il avait ramassés dans le coffre de la voiture, avec toutes les bouteilles d’eau vides qu’on lui remettait chaque jour. Le coffre en était plein! Sa sœur (celle des pâtés) prépare un genre de jus (on n’a pas posé trop de questions) et avait besoin de bouteilles à remplir pour son commerce. On ne pouvait pas laisser les bouteilles vides dans la chambre d’hôtel, sachant qu’elle disparaîtrait. J’avoue que c’était un peu difficile de dire à tous les enfants qui nous en demandaient que nous n’avions pas de bouteilles vides quand ils voyaient le coffre qui en débordait. Enfin…
Le voyage dans le Grand Nord tirait à sa fin, et nous avons repris la route en direction de Ngaoundéré, tout en prenant des détours. Le premier arrêt était un champ de marbre où nous devions pouvoir trouver des peintures rupestres et des empreintes de dinosaures. On a fait le tour du terrain, y compris l’enclos qui ressemblait à la description dont on en faisait dans le guide touristique (clôture à réparer, disait le guide), mais on n’a rien trouvé. Mais c’était quand même super de se promener dans un champ de marbre. La prochaine attraction, c’était la Gorge de Kola. Nous avons réussi à suivre la piste qui menait à un lit de rivière qui semblait être rempli de rochers noirs avec des rayures blanches. Là-dedans, en quelque part, il y avait une gorge. Un guide (évidemment, il y en a toujours!) nous a montré le chemin à suivre, et voilà, en effet, une gorge, d’environ cinq ou 6 mètres en profondeur, mais invisible du haut. J’y suis descendu avec Aboubakar et le guide (mes parents n’étaient pas chaussés convenablement) et j’ai marché le long du bas de la gorge, avec son filet d’eau. Les rochers étaient très lisses et il y avait de petites cavités qui ressemblaient à de petites caves. C’était très joli à cause des rayures blanches sur la roche noire. Nous sommes ressortis de la gorge à l’autre bout, et y sommes redescendus avec ma mère, car ce chemin était plus praticable. Si jamais vous êtes dans les parages, ça en vaut la visite. Peu après notre visite à la gorge, nous avons eu droit à une crevaison (ça nous a surpris que nous n’en ayons pas fait avant). Lorsque Aboubakar a arrête la voiture, on croyait que c’était à cause d’un gros tracteur semi-remorque qui s’était retrouver sur son côté le long de la route, mais non, c’était une crevaison. Nous avons vu plusieurs voitures accidentées, y compris un camion citerne, ce qui expliquait le nombre de contenants de carburant à vendre le long de la route. Nous avons aussi vu un troupeau de singes, juchés sur des arbres. Il y avait eu un grand nombre de feux de brousse entre nos deux passages sur la route, dont un dans une autre réserve faunique, malheureusement.
De retour à Ngaoundéré, à l’hôtel, personne ne s’est précipité pour nous aider avec nos valises, même pas pour recevoir un pourboire. Il y avait quelqu’un à la réception, mais c’est tout. Ah… c’était l’heure de regarder l’inauguration d’Obama! Nous nous sommes installés dans notre chambre et avons allumé la télé, et, finalement, avons choisi la chaîne locale, CRTV pour cet événement, cela parce qu’on pourrait entendre les discours en anglais, sans traduction. Au cas où vous ne le sauriez pas, l’anglais et le français sont les langues officielles du Cameroun, et la CRTV présente ses émissions dans l’une ou l’autre des langues, et parfois en même temps! Nous avons donc écouté un panel d’experts qui s’exprimaient, les uns en français, les autres en anglais (et en répondant aux questions posées dans l’autre langue). Très intéressant, mais je me demande comment la majorité des Camerounais comprennent ce genre d’émission car, en général, j’ai trouvé que les francophones ne parlaient pas anglais. Enfin, le fait que la CRTV retransmettait l’émission de CNN faisait en sorte qu’on n’avait pas besoin d’écouter un interprète au lieu du nouveau président américain lui-même.
Nous avions à passer une journée à Ngaoundéré, car il fallait acheter le billet de train le jour-même du départ. Aboubakar nous a proposés des endroits à visiter, donc nous sommes allés voir un lac volcanique, où j’ai vu de très jolis oiseaux mauves pendant que je faisais le tour du lac à pied. Le prochain arrêt, une chute d’eau impressionnante, où nous avons pu nous rendre jusqu’où l’eau se déverse dans l’abîme. Elle n’était pas aussi volumineuse que d’habitude car nous étions en saison sèche, mais c’était bien. Notre destination finale a été un ranch pour touriste, auquel mon père a décidé de retourner. Le ranch est situé près d’un lac où j’ai pu faire un peu de kayak et est très tranquille. Les routes sont tellement sèches que toute la végétation est recouverte de poussière rouge. De retour à Ngaoundéré, nous avons eu le temps de faire une petite sieste et une douche avant de reprendre le train. Ce voyage en train n’a pas été aussi agréable que le premier car nous avons dû manger dans le wagon-restaurant, où on se sentait reluqué comme si on prenait des places réservées aux autres. Pour une raison ou une autre, il n’y avait pas d’hôtesse pour notre wagon. Mais, du bon côté, nous sommes arrivés avant l’heure prévue, un peu avant 8h.
Notre dernière randonnée au Cameroun a été un voyage de trois jours en direction nord-ouest de Yaoundé. Nous sommes allés à Foumban avec Njikam (un des taximen de mon père et originaire de Foumban). Le trajet s’est passé sans incidents, et nous avons trouvé la région de Foumban plus fraîche que Yaoundé. Apparemment, il n’y a qu’une petite saison sèche de trois mois. Je ne peux pas m’imaginer vivre à Foumban le reste du temps, car il y a beaucoup de collines et très peu de rues goudronnées. Il doit n’y avoir que de la boue le reste du temps. Aux environs de Foumban, nous avons commencé à voir des cases dont le toit est rectangulaire, une particularité de la région. Je crois que, en route, on a vérifié nos papiers une fois ou deux, mais tout était en règle. Comme nous voyagions dans une voiture jaune, donc indication que c’était un taxi, on se faisait rapidement repéré. Njikam avait dû couvrir le numéro du taxi sur les portes, ainsi que la fiche faisant état des tarifs afin de ne pas avoir à payer une amende pour conduite de taxi hors Yaoundé. Heureusement, il s’était également procuré une lettre lui permettant de conduire son taxi hors de la capitale. Avec Aboubakar, nous nous étions promenés dans une voiture « normale », donc on ne s’était pas fait arrêter si souvent. Mais nous n’avons pas eu à payer des bakchichs, alors c’était bien.
Nous sommes restés à l’Hôtel du Prunier rouge, qui était sombre et pas mal délabré, mais correct mis à part ça. Une belle vue sur la ville, avouons-le. De l’autre côté de la rue se trouvait un restaurant où nous avons pris tous nos repas (matin et soir) : La Fourchette, géré par une très gentille famille. La fille aînée mettait le couvert avec attention et les deux filles et la mère nous servaient nos délicieux repas.
Il y avait un lac en particulier que nous voulions voir, mais nous avons raté l’intersection, et sommes allés en voir un autre pour commencer – le lac Petponoun. Sur place, on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’une propriété privée d’un club très chic (et cher!), doté d’un golf superbe, des petites cabines où séjourner, un restaurant hyper-cher (ça coûtait cinq fois plus cher pour y boire une boisson que dans un bar normal!). La seule façon de devenir membre du club était de s’y faire inviter par un autre membre. Il y avait même une piste d’atterrissage (pour de petits porteurs). Franchement, pas l’endroit pour un taxi jaune un peu bossé, mais nous avons fait semblant que mon père voulait en devenir membre. Finalement, en rebroussant chemin, nous avons trouvé la piste qui menait au lac que nous désirions voir. Hélas, au bas de la colline qui menait au lac, on nous demandait un prix d’entrée ridicule. Njikam a essayé de marchander, mais ça n’a pas marché, et se fâchant, nous sommes repartis. Une fois de retour à l’hôtel, j’ai regardé ma mère et je n’ai pas pu m’empêcher de rire, tellement que sa figure était recouverte de poussière qui avait pénétré la voiture par la vitre ouverte, seule forme d’air climatisé que nous avions. Il faut dire qu’après une promenade en voiture, nos cheveux étaient raides de poussière. Cet après-midi-là, Njikam nous a amenés à différents endroits d’où on pouvait admirer la ville et toutes ses collines.
Cette même journée-là, sur la route de retour vers Foumban, nous nous sommes arrêtés pour regarder un type qui faisait des briques de boue. C’est un mélange de terre et d’adobe (ou de glaise) qu’on mélange avec un bâton et qu’on piétine. Ensuite, le mélange est placé dans un seau et verser dans des moules (quatre côtés seulement). On mouille l’intérieur du moule et on le remplit de boue, on s’assure de bien rendre le haut lisse et, par la suite, on enlève le moule, et la brique tient sa forme. Il faut qu’elle sèche pendant deux semaines. Il est donc important de construire pendant la saison sèche, si non les briques se détérioreraient. Et il faut construire une charpente pour soutenir un toit avant que la saison des pluies ne commence.
Le lendemain, nous avons essayé de nous rendre au Musée des Beaux arts à pied (Foumban est reconnu comme un des grands centres des arts en Afrique). Malheureusement, la rue qui mène au musée est remplie de boutiques d’artisans. Nous avons dû entrer dans l’une d’elles, car le gérant était un homme d’un certain âge (ça aurait été plus facile de refuser si nous avions été seuls, mais nous devions faire attention de ne pas causer des ennuis à Njikam). Puisque nous avions visité cette boutique-là, tous les autres vendeurs s’attendaient à ce que nous venions regarder leur marchandise. Bref, nous nous sommes rendus compte que nous n’arriverions pas au musée à l’heure que nous le voulions (nous voulions également visiter le palais), donc nous avons prétexté une rencontre et avons fait demi-tour. Mais il faut dire qu’on a vu des sculptures impressionnantes à Foumban, plus grande que nature. Le palais du sultan (Foumban a un sultan au lieu d’un chef, je ne sais pas pourquoi) était pas mal intéressant. L’édifice lui-même avait un air européen (le sultan qui l’avait dessiné s’était inspiré des allemands), mais le musée à l’intérieur était très bien, et présentait des artéfacts intéressants, par exemple des œuvres d’art faites de petites perles multicolores, une cape faite de scalpes humains, des calebasses ornées de mâchoires humaines (retirées des ennemis), des vêtements et la cane d’un sultan qui mesurait 2m60! À la fin, on nous a permis de jeter un coup d’œil dans la salle du trône, où on voyait des trônes recouverts de perles multicolores. Malheureusement, on ne pouvait pas prendre de photos. À l’origine, le trône d’un sultan était enterré avec lui, mais suite à la conversion à l’islam, on ne fait plus ça. Chaque nouveau sultan peut utiliser les trônes de ses prédécesseurs mais doit, à un certain moment, en faire fabriquer un pour lui. Souvent, les trônes comportent des sculptures de jumeaux (où s’adosser) car les jumeaux étaient considérés sacrés. En fait, on donnait les jumeaux au sultan une fois qu’ils avaient atteint l’âge de 8 ans (peut-être que cela se fait encore?), les filles devenant des épouses et les garçons des employés de la cour. Un des sultans a même inventé un alphabet pour transcrire sa langue, et on voyait, à certains endroits à Foumban, des panneaux où on la voyait inscrite (très peu de personnes peuvent lire, écrire ou même parler cette langue, car je crois que c’était, à l’origine, la langue secrète de la cour). À chaque année, il y a un festival pendant lequel le peuple peut critiquer le sultan, et celui-ci doit défendre ses décisions. Je crois que c’est possible pour le peuple de le déposer. Le prochain sultan est choisi par le sultan en place, le seul critère étant qu’il doit être un homme et que sa mère doit venir de Foumban (donc, par exemple, le sultan actuel qui était monogame, avec une femme de Kribi, a dû prendre une deuxième femme de Foumban lorsqu’il a accéder au trône. Suite à cette visite du palais, nous sommes allés directement au marché et la mosquée afin d’éviter toutes les boutiques d’artisanat. Nous avons traversé le marché et sommes sortis de façon à éviter toutes sortes d’autres boutiques. J’aurais bien aimé admiré des œuvres d’art, mais je n’étais pas prête à passer tout l’après-midi à ce faire, et nous aurions été obligés de nous présenter à toutes les boutiques.
Donc, un retour à l’hôtel pour une courte pause et ensuite la visite aux familles. La première visite nous a menés au village de l’épouse de Njikam, où nous sommes restés assis pendant un bout de temps au salon de la mère de celle-ci. La maison était très sombre et il y avait un énorme vaisselier qui contenait au moins 4 séries de casseroles qui n’avaient pas l’air d’avoir été utilisé. Elle était enceinte de nouveau (sa fille, l’épouse de Njikam, aussi, soit dit en passant). Apparemment, son mari lui a dit de se rappeler qu’il était un homme et qu’elle était une femme et qu’elle se devait d’avoir plus d’enfants… elle en a déjà huit, et le père a quatre femmes (et environ vingt-huit enfants). Bref. Pour nous rendre au village, nous avons dû traverser un pont qui avait été construit de planches de bois non usinées. Nous sommes tous sortis du taxi, sauf Njikam et nous l’avons guidé, car à certains moments, il devait passer d’une planche à une autre pour éviter celles qui étaient pourries. À notre surprise, nous avons réussi à aller et au retour. Une fois la visite à la mère de l’épouse de Njikam, nous avons fait un tour du village, saluant des tas de gens et sommes allés offrir nos condoléances à une des familles qui était en deuil (les funérailles étaient en cours). C’est un peu étrange, ce genre de visite, car on se fait inviter au salon et tout le monde s’assoit en cercle (sur des chaises) et ne dit rien jusqu’au moment c’est le moment de repartir (je ne sais pas trop comment on décide que c’est le bon moment). Après cela, nous sommes rentrés à Foumban, où nous avons rendu visite à toute la famille de Njikam. Il y avait beaucoup plus de monde à voir, mais les visites ont été rapides car nous avons passé très peu de temps à chaque endroit, y compris à la maison de l’imam de Foumban, un des oncles de Njikam.
Sur le chemin de retour à Yaoundé, nous avons pris le temps de visiter le palais du chef de Bandjoun (chefferie des Bamilékés). La case centrale était en reconstruction car elle avait été détruite par un incendie il y a quelques années. Les cases dans l’enceinte étaient énormes, et des piliers sculptés (un peu comme des totems) ornaient la case centrale. Très chouette. Nous ne pouvions pas entrer dans cette case, mais nous avons pu visiter le musée qui présentait beaucoup de trônes de chefs, des costumes et des masques de danseurs. Il y avait tellement de postes de vérification de cartes d’identité au retour, ce n’était pas drôle du tout. À un moment, on s’est fait arrêté à deux postes séparés d’à peine deux kilomètres (différents genres de policiers/soldats). Mais on a réussi à passer à chaque fois sans rien payer, même si les gendarmes ont tout fait pour trouver une raison de demander une « amende ».
Deux jours plus tard, j’ai quitté le Cameroun. En route vers l’aéroport, on a vu des militaires, armés de grosses carabine, à environ tous les 500 mètres. Il y avait des militaires également sur des balcons et sur des toits. On a appris que le président, Paul Biya, s’était rendu dans son village le matin et qu’on attendait son retour en soirée, en avion, on supposait. Nous avons réussi à nous rendre à l’aéroport sans avoir à attendre le président. Je me suis enregistrée (ainsi que les valises) et j’ai passé les points de sécurité, y compris celui de Swiss Air où nous avons eu au traitement total et tous les sacs ont été fouillés. Il faisait très chaud à l’intérieur de l’aéroport (beaucoup plus chaud qu’à l’extérieur, et je transpirais beaucoup, car je portais une chemise à manches longues (en préparation pour l’arrivée froide à Paris). Nous avons embarqué et on nous a annoncé que l’aéroport venait de fermer car le président arrivait. Le pilote ne savait pas combien de temps nous devrions attendre car ce n’était pas lui le président. Je suppose que c’est une raison intéressante pour accuser un retard (plus intéressant qu’un problème mécanique ou intempérie). Finalement, nous avons décollé avec une heure de retard, ce qui m’a inquiété car je ne disposais que d’une heure à Zurich pour ma correspondance. Après le saut à Douala, la capitale économique à à peine 300 km (vingt minutes – le temps de décoller et d’atterrir), l’avion a continué vers Zurich où nous sommes arrivés à l’heure, j’ai eu ma correspondance et j’ai pu admirer les Alpes qui pointaient leurs pics à travers les nuages.
***
Comme vous avez pu le constater, les différentes voyages ont été très agréables. Sonja se trouve en ce moment au Nicaragua, où elle fait du bénévolat pendant quelques mois avant de rentrer à Vancouver, et Marion est enneigée à Fredericton, où elle fait de son mieux pour traduire les énoncés de politiciens. Je dois ajouter, ici, qu'une soirée très agréable a eu lieu à Maroua, où nous avons pris un repas avec Sid Woolfrey, un Terre-neuvien, que j'ai connu il y a quelques années. Sid est l'une des personnes qui m'a formé lorsqu'on implantait le français intensif au Nouveau-Brunswick (le programme qui m'a tenu très occupé pendant mes trois dernières années au ministère de l'Éducation) et cela a été chouette de renouer connaissance. Sid a pris sa retraite il y a environ dix-huit mois, et a rejoint VSO Canada, qui l'a envoyé faire de la formation d'enseignants dans une école normale à Kaélé, petite ville située à une heure de Maroua. C'était clair qu'il adorait son expérience.
La vie a été un peu ennuyeuse pendant quelques jours après le départ de ces dames, avouons-le. Mais tout a changé avec l’arrivée du Canada de deux collègues, une pour deux semaines et l’autre pour trois semaines. C’est le moment de l’année où on doit préparer le rapport annuel et préparer le plan d’action pour l’année à venir, les deux devant être déposés auprès de l’ACDI pour approbation. Comme vous pouvez vous l’imaginer, il s’agissait de beaucoup de réunions, de consultations, de rédactions, de révisions, etc. Beaucoup de travail, bien sûr, mais l’exercice fait comprendre ce que nous avons accompli et ce qu’il reste à faire. C’est très bien pour l’esprit, j’en suis certain. Le deuxième collègue est reparti le 28 février, et ça m’a pris près de dix jours pour me remettre de l’allure canadienne en matière de travail! Il reste encore de quoi à faire (la fin de l’année étant le 31 mars), mais en général, tout est bien bouclé.
Ce qui fait bouger Yaoundé, en ce moment, ce sont les préparatifs pour l’arrivée du Pape. Il arrive à Yaoundé le 17 de ce mois pour passer quelques jours avant de se rendre en Angola, où il doit participer aux célébrations marquant le 500e anniversaire de l’évangélisation de ce pays. Le séjour à Yaoundé, c’est pour préparer un grand congrès qui se tiendra à Rome à l’automne (Congrès de l’Église catholique en Afrique, je crois). Un certain nombre de chefs d’état sont attendus, ainsi que des prélats de partout en Afrique. Par conséquent, Yaoundé se refait une beauté. Cela consiste en la construction (enfin) des deux tours pour la cathédrale, et en le repavage des routes (l’itinéraire du Pape en ville est un secret de Polichinelle). Cela consiste aussi à « déguerpir » (comme on dit ici) les vendeurs qui ont installé leurs étalages le long des rues du centre-ville, ainsi que les mendiants. Le peuple n’est pas heureux, et avec raison. Hier, en me rendant au supermarché avec Njikam, nous avons dû faire demi-tour à un certain moments, car le chemin était bloqué par des vendeurs qui résistaient les ordres de quitter les lieux. L’armée et les forces anti émeutes s’y trouvaient, menaçant les gens et un camion citerne arrosait les gens avec des jets d’eau, afin de les renvoyer de force. Comme a dit Njikam, comment ces gens-là pourront-ils manger pendant les trois prochaines semaines. Un peu triste, avouons-le. Moi, je compte rester à la maison jusqu’au départ de sa Sainteté.
Aujourd’hui, c’est la Journée internationale de la femme, et il y a fête au Centre et j’y suis attendu. Bien sûr, tout a été préparé par les femmes (c’est le travail des femmes de préparer la bouffe, m’a dit un collègue)! Ça va faire deux événements passionnants dans une même fin de semaine, presque trop pour mon cœur!
Sur ce, mes amis, je vous quitte. J’espère que vous vous portez tous bien et que vous me pardonnerez mon long silence.
Ciao!
David
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