Bonjour à tous et à toutes!
Oui, cela fait longtemps! Suite à mon dernier affichage, mon temps a été très occupé par le boulot et, de ce fait, un peu routinier, ce qui fait que je ne me trouvais aucune raison pour en ajouter à mon blogue. J’étais convaincu, et le suis encore, qu’un déferlement des mes activités professionnelles et de mes menus ne saurait intéresser grand monde! Ce sont mes excuses, du moins!
Les derniers mois ont été assez calmes (dans le sens Macfarlane du mot) : boulot, dodo, sortie du samedi (bibliothèque, supermarché), repos le dimanche. J’ai réussi à faire deux petits voyages dont je vous parlerai ci-dessous, et j’ai été très heureux de profiter de quatre semaines de vacances, de la fin juillet au 20 août. Je ne vous ferai pas le détail des vacances car je suis certain qu’elles feront l’objet d’une bonne partie de la lettre annuelle qui sortira peut-être avant janvier 2010 (ou peut-être plus tard, qui sait?). En résumé, Marion et moi avons passé deux semaines en Grande Bretagne et ensuite deux semaines au Canada avant mon retour à Yaoundé.
Ici, au Cameroun, je profite des jours fériés locaux. J’aurais pu, selon les termes de mon contrat, choisir de profiter des jours canadiens, mais il me semblait un peu bizarre d’être en congé pendant que mes collègues travaillaient, et vice-versa. Tout ça pour expliquer que le 1er mai, Fête du travail partout dans le monde sauf en Amérique du Nord, tombait cette année un vendredi, m’offrant ainsi une longue fin de semaine. Bien sûr, il y avait plusieurs célébrations auxquelles j’aurais pu assister, y compris un grand repas au Centre, mais j’avais informé mes collègues que je n’y serais pas, expliquant qu’un jour férié pour les travailleurs, de mon point de vue, voulait dire qu’on se reposait et qu’on avait pas d’obligations professionnelles. Quel rebelle! J’ai décidé qu’une longue fin de semaine m’offrait une occasion superbe pour un petit voyage, et j’ai choisi d’aller à Dschang (prononcer Tchang, comme dans Tintin au Tibet), une ville universitaire tapie dans les montagnes à environ 400 km de Yaoundé.
Préférant ne pas voyager seul, j’ai invité un de mes collègues, Serge (enseignant en métallerie, âgé de 23 ans, avec qui je travaille beaucoup côté pédagogique) à m’accompagner. Serge m’avait raconté, un jour, qu’il avait un cousin qui étudiait à Dschang et m’avait aussi dit, en passant, qu’il (Serge) n’avait pas beaucoup voyagé au Cameroun. J’ai été soulagé quand Serge a accepté l’invitation, car je craignais qu’il ne se sente obligé de participer aux célébrations organisées par le Centre. J’aime bien voyager, mais il est quand même plus agréable de le faire en compagnie et plus sûr aussi, surtout lorsque les biceps de la personne qui vous accompagne impressionnent plus d’un (et une!). J’ai passé une bonne partie de la semaine qui précédait le départ à tenter de rejoindre l’hôtel qui m’avait été recommandée et, finalement, deux jours avant le départ, j’ai réussi à y réserver une chambre. Le Centre climatique de Dschang a été construit pendant la Deuxième guerre mondiale afin de permettre aux expatriés (administration coloniale et autres) de s’y prélasser, étant donné qu’ils ne pouvaient rentrer au pays en vacances. C’était le seul hôtel à recommander à Dschang, m’a-t-on dit.
Serge et moi nous étions mis d’accord de nous rencontrer à la gare routière à 6h30 le vendredi matin, afin de prendre le premier autobus en direction de Dschang qui devait partir à 7h (en principe). Njikam, un de mes chauffeurs de taxi, a eu la gentillesse de se lever plus tôt que d’habitude afin de m’amener à la gare routière et, heureusement, a décidé d’attendre que Serge se pointe avant de partir. À 6h40, j’ai téléphoné à Serge (normalement ponctuel), pour comprendre qu’il essayait toujours de trouver un taxi, ceux-ci se faisant rares un 1er mai. Njikam est parti à la course le chercher et l’a déposé à la gare routière à 7h15 et a pris congé de nous. Serge et moi avons acheté nos billets, et comme nous étions les premiers (!!!) passagers (sur 70), nous avons pu réserver les sièges de la première rangée de l’autobus. Le responsable nous a annoncé que l’autobus partirait à 9h au plus tard – hem! Le véhicule a mis beaucoup de temps à se remplir (vous vous souviendrez qu’un autobus ne part jamais avant d’avoir rempli tous les sièges) et il était 11h30 avant que ce but ait été accompli. Heureusement que j’avais avec moi une revue et plusieurs bouquins, sachant bien que j’aurais à attendre. Enfin, à 11h30, les portes de l’autobus ont claqué, et dans un vrombissement de moteur diésel, nous sommes partis. Après quelques manœuvres compliquées pour sortir de la gare routière, l’autobus s’est installé devant cette dernière, le chauffeur a éteint le moteur et est sorti. Quelques minutes plus tard, un type est entré dans le bus pour contrôler les billets, et un certain nombre de passagers ont quitté l’autobus et sont retournés à la caisse. C’était les passagers à qui on devait de la monnaie… et nous avons attendu, attendu. Finalement, à 12h45, nous sommes partis pour de bon! Ah, patience, patience…
Le trajet a été long et pas très confortable, avouons-le. Nous étions bien placés pour tout voir et admirer, et c’était une belle journée pour voyager, sans pluie mais sous un ciel couvert. La route principale est en assez bon état, et autre que deux ou trois « arrêts-pipi » en route (« C’est un vrai taureau, celui-là, il n’arrête jamais de pisser! »), un arrêt à un marché et deux contrôles policiers, le voyage s’est passé sans accrocs. À l’un des contrôles, nous avons dû patienter environ 45 minutes, car – nous l’avons appris par la suite – le bus était « surchargé » (code pour un pourboire obligatoire) et que le chauffeur n’avait pas de permis de conduire. On n’a jamais su si cela voulait dire qu’il n’en avait pas du tout, ou s’il l’avait tout simplement oublié à la maison (!). C’était, au départ, un chauffeur pas très avenant, et cet arrêt n’a rien fait pour améliorer son humeur, surtout qu’il a dû être obligé de verser une somme assez importante pour que lui permettre de poursuivre son chemin. Passant au dessus des cahots et dans tous les nids de poule qu’il pouvait trouver, nous nous sommes arrêtés dans une ville, Bafoussam, ou un certain nombre de passagers nous ont quitté, et en avons reçu d’autres. Une heure plus tard, vers 18h30, nous sommes partis vers Dschang, à une cinquantaine de kilomètres de Bafoussam. Cela nous a pris environ 30 minutes pour négocier les trois kilomètres pour sortir de Bafoussam (état de la route, piétons, véhicules, etc.). Une fois hors de la ville, la route était en excellent état, mais, bien sûr, nous avons dû nous arrêter pour laisser descendre des passagers près des palmiers qu’ils indiquaient. Nous sommes finalement arrivés à Dschang à 20h30.
Une fois descendus de l’autobus, Serge et moi avons cherché des yeux un taxi – on n’en voyait aucun! Il n’y avait qu’un seul moto taximan qui nous a gentiment informés qu’il n’y avait pas de taxis du tout à Dschang, alors où voudrions-nous être déposés? (De fait, nous n’avons vu aucun taxi pendant notre séjour.) Nous ne voyions qu’un seul moto taximan, et ce dernier n’allait certainement pas appeler un copain!)… donc, Serge et moi avons grimpé sur la moto (mobylette, plutôt!); le moto taximan a placé ma petite valise sur les guidons devant lui, derrière lui, Serge a porté son petit sac sur les genoux, et je me suis installé sur le porte-bagages, portant mon petit sac et tenant fermement mon parapluie multicolore, qui ne me quitte jamais, afin d’être certain qu’il ne pleuve jamais. Superstitieux, vous direz, mais je vous assure qu’il ne pleut pas quand j’ai mon parapluie avec moi…
Le trajet a été assez court, heureusement, car il faisait pas mal frais, et nous sommes arrivés sous peu au Centre climatique, où tout était en noirceur et ne brillait qu’une seule petite lumière à la réception, et où le personnel brillait par son absence. Finalement, nous avons réussi à trouver quelqu’un pour nous aider, pour découvrir que la chambre que j’avais réservée avait été vendue à une tierce personne (« Il aurait fallu que vous confirmiez aujourd’hui, Monsieur! »); finalement, on m’a montré une chambre dans un des bungalows. Le moto taximan patientait pendant que nous nous installions et que Serge essayait de rejoindre son cousin, sans succès. Le téléphone de ce dernier ne sonnait même pas, ce qui n’était pas pour plaire à Serge, surtout qu’il avait dit à son cousin qu’il arrivait le vendredi soir. Il n’y avait pas grand choix, évidemment, alors Serge a dû passer la nuit sur le canapé (divan, sofa) du petit salon. Mais avant de dormir, il fallait bien manger; le restaurant étant fermé, nous sommes remontés sur le mototaxi pour aller se ravitailler dans une boutique non loin de l’hôtel, tandis qu’à l’hôtel, on éteignait le courant (21h). Nous avons réussi à trouver de vieux biscuits (sans larves, heureusement) et de l’eau, et nous sommes rentrés à l’hôtel.
Oui, j’ai parlé d’un salon. Toutes les chambres du Centre climatique se trouvent dans des bungalows, deux chambres et un salon par maisonnette, une toilette à partager mais une douche pour chaque chambre. Les appointements sont très basiques, pour en dire le moins, mais le salon est doté d’une cheminée (mais pas de bois à brûler, hélas). La chambre à coucher était correcte, quoique j’aie trouvé le matelas un peu trop mou à mon goût. Puisque je n’avais réservé qu’une chambre, nous n’avions pas accès à la deuxième chambre, mais nous pouvions utiliser le salon. J’étais pas mal éreinté par le voyage et à 21h30, j’étais couché, et Serge ronflait au salon. Il faisait froid et (Ô! Quelle surprise!) je me suis servi de la couverture posée sur le lit les deux nuits que j’y ai passées. Mis à part la fois où j’ai fait mon paludisme en avril 2008, c’est la seule fois que j’ai utilisé une couverture depuis que je suis au Cameroun. Il n’y avait pas de moustiques, sans doute à cause du froid de canard (!), ce qui était tant mieux, car il n’y avait pas de moustiquaires.
Le lendemain matin, sous un ciel dégagé et un air frais (j’ai mis mon chandail, il faisait sans doute environ 14 C, l’hiver, quoi!), Serge a réussi à rejoindre son cousin qui a expliqué qu’il avait éteint son téléphone à 20h le soir avant afin de le charger. N’ayant pas eu de nouvelles de Serge au courant de la journée du vendredi, il s’était dit que Serge n’arriverait pas avant le samedi. Enfin… Serge a invité son cousin à se joindre à nous pour le petit déjeuner, et une heure plus tard, Max s’est présenté à l’hôtel, accompagné de sa copine. On ne peut pas refuser l’hospitalité… Au moins Max n’avait pas invité toute la résidence universitaire à le suivre! Après un petit déjeuner relax, vers 11h, j’ai décidé qu’il faudrait bien que fasse un petit tour de ville (quel touriste je fais!), et nous avons fait venir le moto taximan qui nous avait amenés à l’hôtel le soir précédent. Il est arrivé assez rapidement; Serge, son cousin et la copine sont partis à pied et j’ai grimpé à bord de la moto.
J’étais un peu nerveux, avouons-le, car je n’aime pas ces engins du tout et j’ai été témoin de beaucoup d’accidents de moto à Yaoundé. Pas de casque, bien sûr! Le soleil avait quelque peu réchauffé l’air (quoique beaucoup de personnes portaient un chandail; j’avais enlevé le mien), et j’ai expliqué au moto taximan que je voulais tout simplement me faire une idée de la ville, et de conduire prudemment. Très gentiment, Augustin, car c’était son nom, m’a fait visiter la ville, m’indiquant les endroits intéressants. « Voici la station Texaco, et voici l’Hôtel de ville. Ça, c’est l’hôtel Miramar et ça, c’est Texaco 2. On l’appelle Texaco 2 parce que c’est la deuxième station Texaco. » Hé, hé…Il m’a amené à l’hôpital, tout un complexe d’édifices, géré par les Sœurs Saint Vincent de Paul (j’ai refusé de visiter l’intérieur) et nous avons fait un tour à l’université, ayant réussi à négocier l’entrée à la barrière (« Le gardien, c’est mon ami » = 500 francs [1,25$]).
Dschang est un très bel endroit, situé dans une vallée très agréable. Le moto taximan a offert de m’amener à une falaise dont j’ai oublié le nom, en me disant que cela prendrait environ trente minutes pour s’y rendre. J’ai refusé, en disant que je profiterais de mon prochain séjour à Dschang pour faire cette visite-là. Vers 13h, j’étais de retour au Centre climatique. Et non, il n’y a rien à faire à Dschang… le cousin nous a dit que c’était une ville universitaire, donc personne n’avait beaucoup d’argent; par conséquent, il n’y a même pas « une vie normale de nuit, c’est un endroit très sérieux. On y vient pour étudier, et à 19h30, tout est fermé. »
13h, c’est l’heure de la sieste, et je me suis étendu sur le lit pour me faire réveiller par Serge vers 15h. Il se demandait s’il pouvait aller se baigner dans la piscine. J’ai été très surpris de le revoir si tôt, mais il m’a expliqué que son cousin avait un travail à rédiger. Serge se trouvait donc au dépourvu. Comme j’avais moi aussi prévu me baigner, nous nous sommes rendus à la piscine, la seule à Dschang. Une musique forte nous y accueillis, et un grand nombre de jeunes personnes profitaient du beau temps. La piscine est pas mal grande, et j’ai pris du plaisir à y nager et ensuite à passer du temps à l’ombre à observer les gens. Mon crâne étincelait suite à la promenade en moto, et non, je n’avais pas apporté de chapeau avec moi! Il faut dire que c’était agréable de regarder tout le monde se laisser aller au son de la musique, qu’il se trouvait à l’eau ou sur les bords de la piscine. Les jeunes hommes, en particulier, se pavanaient pas mal; l’un d’eux nous a fait toute une démonstration de pas de danse sur le plongeoir avant de piquer vers l’eau. Il avait l’air très fier de son corps et était très bon danseur, il faut l’avouer. Je ne sais pas comment il l’a fait, mais je vous jure que ses mamelles très musculaires rythmaient chacune différemment! Il y avait aussi une jeune dame, vêtue d’un maillot à jupe, qui s’enguirlandait autour de poteaux avant de se rendre à l’eau en dandinant au rythme de la musique. Un bel après-midi, croyez-moi, et beaucoup plus agréable que de passer du temps devant la télé!
Vers 18h, j’ai demandé à Serge quels étaient ses projets pour la soirée; il a proposé que nous invitions son cousin et sa copine pour le repas du soir (un couple sympa, je l’avoue), et je n’ai pas pu lui refuser ça. Enfin, je suppose que j’aurais pu, mais j’avoue que je prenais Serge en pitié, forcé qu’il était de passer son temps avec un « p’tit vieux » au lieu de faire le fou avec son cousin, comme il l’avait sans doute espérer. Bien sûr, personne ici ne refuse une invitation, et le couple s’est présenté vers 19h pour partager le bon repas avec nous. C’est alors que nous avons appris qu’il n’y avait pas de lit pour Serge chez son cousin (le couple loue une petite chambre), et le pauvre a dû se résigner à passer une autre nuit au salon de notre bungalow.
Le lendemain, après notre petit déjeuner, vers 10h (aucune raison de se précipiter vers la gare routière), nous avons pris le chemin de retour. Nous avons trouvé l’autobus à moitié plein, ce qui était encourageant, pour en dire le moins, et vers 11h30, nous avons commencé à partir, suivant la même séquence qu’à Yaoundé (départ, arrêt, contrôle de billets, remboursement) et nous avons quitté Dschang à 12h30. Dès la sortie de la ville, un jeune homme, très correctement vêtu, s’est levé et a commencer un sermon en anglais, un collègue à ses côtés qui offrait l’interprétation simultanée en français. Il s’est fait un silence mortuaire au début avant que certains passagers ne réagissent quand il est devenu évident que le sermon allait durer jusqu’à Bafoussam au moins. À la demande vivement exprimée par beaucoup, le chauffeur a arrêté l’autobus et a réussi à faire taire le jeune homme. Le tout a causé une dispute dans l’autobus, car certains passagers étaient de l’avis qu’il n’y avait pas de tort à entendre la parole de Dieu, quelle que soit la personne qui pérorait, tandis que la plupart insistait qu’ils n’avaient pas payé pour devenir une congrégation captive et que s’ils voulaient être à l’église, c’est là qu’ils se seraient rendus!
L’autobus était comble, et Serge et moi avions réussi à trouver deux places côte-à-côte sur le dernier banc à l’arrière, pas très confortables car elles se trouvaient au dessus des roues et nous nous trouvions projetés vers le plafond à chaque cahot. Cela ne nous a pas pris beaucoup de temps à nous rendre à Bafoussam, où nous nous sommes arrêtés pour très peu de temps, et ensuite, c’est à l’allure de course Formule 1 que nous nous sommes lancés vers Yaoundé, où nous sommes arrivés vers 17h. Il y a eu quelques arrêts, bien sûr, pour permettre aux passagers d’acheter des vivres aux marchés situés le long de la route (des mangues, des ananas, de la viande de rat, etc.). À ma gauche se trouvait une dame africaine de « constitution traditionnelle » qui ne s’est pas privé de se ravitailler à chaque arrêt, ce qui voulait dire que je me suis rapidement retrouvé entouré de mangues, d’ananas, un genre d’épinards, et deux sacs de viande de rat que je portais dans un panier sur mes genoux. Pas gênée, la dame! Vive la vitesse de Formule 1!
Ce matin-là, avant notre départ, Njikam m’avait téléphoné pour annoncer la naissance de sa fille et pour confirmer qu’il viendrait nous chercher à la gare routière, à condition que nous donnions trente minutes d’avis, ce que nous avons fait. Nous avons dû l’attendre un peu, car il avait été étonné du fait que nous étions arrivés si tôt et avait dû aller chercher son taxi dans la garderie (comme on dit ici) où la laisse quand il ne s’en sert pas. Bien sûr, il était de très bonne humeur, et ayant déposé Serge chez lui, j’étais rentré chez moi à 18h.
Une fin de semaine exténuante, mais agréable. C’est ici un bon moment pour prendre une pause, mes amis, avant d’entamer le récit du prochain voyage qui a eu lieu il y a six semaines environ.
***
Un de mes collègues, Jean-Vincent, l’enseignant de maths et de physique au Centre, m’avait proposé, au mois de juin, que je l’accompagne à son village afin d’y admirer la ferme familiale. Malheureusement, il n’avait pas été possible d’entreprendre ce petit voyage avant mon départ en vacances à la fin juillet, et nous nous sommes mis d’accord de reporter ce petit périple à la deuxième fin de semaine après mon retour. Pour ce voyage, j’ai réservé les services de Simplice, mon autre taximan, car j’étais certain qu’il apprécierait d’aller « au village » et, soyons francs, je n’avais pas particulièrement envie de me rendre audit village en autobus et taxi-brousse. Il a donc été décidé que nous partirions à 13h un vendredi après-midi et que nous rentrions le dimanche après-midi.
Jean-Vincent est venu déposer ses bagages chez moi à l’heure convenue, mais a demandé qu’on vienne le chercher en haut de la colline du coin, afin de s’assurer les curieux du Centre n’observerait pas notre départ ensemble (il faut passer devant le Centre pour sortir de la ville, et il fallait éviter de créer des jalousies). Une demi-heure plus tard, Simplice et moi sommes partis rejoindre JV qui nous attendait avec deux cousins, à notre grande surprise : Stéphanie, invitée pour qu’elle puisse aider « la maman » à s’occuper de nous et Jean-Pierre (je crois; on l’appelait toujours JP) dont la famille habite le village voisin de celui de JV. Des valises et des sacs partout, y compris la nourriture que j’avais apporté comme contribution car, en tant qu’invité « principal » (et blanc!), il était entendu que j’arriverais avec un stock impressionnant : deux sacs de 10 kg de riz, une grosse boîte de poisson, et des litres et des litres de vin! Le voyage a été agréable, car il ne pleuvait pas, et la voiture de Simplice n’est pas tombée en pièces – c’est un vrai tacot, pour en dire le moins, mais le moteur fonctionne bien. La route était pavée pour la plupart du trajet, sauf les avant-derniers 50 km qui étaient bitumés et les derniers 3 kilomètres n’étaient qu’une piste de brousse dans la meilleure tradition de pistes de brousse. Je ne sais pas comment Simplice a fait pour faire avancer la voiture chargée, mais il a réussi!
Il était 19h quand nous sommes arrivés, il faisait donc noir et nous, les hommes, se sont assis à l’extérieur tandis que les dames s’affairaient dans la cuisine à préparer rapidement un repas. Il n’y a pas d’électricité au village, et à la lumière des lanternes, il était difficile de distinguer les visages des voisins qui venaient nous saluer. Pour souper, du poulet (y compris les entrailles et les pattes) accompagné de plantains frits. On m’a offert du vin de palme, que j’ai refusé, mais j’ai accepté un alcool préparé à partir de ce même vin, en me disant qu’il n’y aurait aucune retombée néfaste de cette ingurgitation. J’avais apporté beaucoup d’eau en bouteille, bien sûr. Comme il n’y avait pas d’eau courante, si on ne tient pas compte de la rivière qui roucoulait à 300 mètres de là, le vin de palme est la boisson de choix, matin, midi et soir. Finalement, vers 23h, on m’a montré ma chambre. À ma grande surprise, j’allais être logé dans la chambre des parents de Jean-Vincent (j’étais certain que j’allais dormir dans le dortoir réservé aux hommes), lit double et moustiquaire. J’ai bien dormi, malgré le fait que les lattes du lit se faisaient sentir à travers le matelas de mousse très mince, et je n’ai même pas eu à me lever pour me servir du pot de chambre qu’on avait placé au pied du lit.
Le samedi matin, il faisait un beau soleil, et à 6h30 nous étions tous debout. Édouard, le beau-père de Jean-Vincent, m’a accueilli avec un grand sourire et m’a annoncé qu’on visiterait la ferme après le petit déjeuner. Très sympathique, le type, plein d’idées pour améliorer sa ferme et de bonnes habiletés de gestion (j’ai découvert ça au cours de la journée, bien sûr). Il avait travaillé aux Brasseries du Cameroun avant de se faire « débaucher » lors d’une des crises économiques et avait décidé de rentrer au village pour vivre en autosuffisance. Il n’a pas d’enfants à lui (chose rare pour un homme de son âge, à peu près le même que le mien) et il n’a pas eu d’enfants avec la mère de Jean-Vincent, Agnès.
En attendant que le petit déjeuner soit servi, deux gros lièvres sont apparus, tenus par les oreilles. Ils avaient été pris dans une trappe au cours de la nuit précédente, et on nous a annoncé que nous aurions droit à cette viande au courant de la journée. Il y avait aussi une file de visiteurs qui venaient nous saluer avant de passer à la cuisine pour recevoir leur petit cadeau – une partie des vivres que j’avais offerts à la maisonnée. Certain sont repartis avec du poisson, d’autres avec un litre de vin. On m’a expliqué qu’il était attendu que mes hôtes partagent la manne dont ils profitaient; un peu désolant pour moi, mais je ne crois pas que mes hôtes avaient le choix, tradition oblige.
Le petit déjeuner a consisté d’une sauce avec des morceaux de bœuf (il fallait de bonnes dents!) et du plantain frit, et vers 9h, nous avons commencé notre périple autour de la ferme, moi, équipé de mes bottes en caoutchouc toutes neuves, car Jean-Vincent m’avait averti qu’il y aurait beaucoup de boue. En faisant le tour de certains champs, on m’a montré comment on « récolte » le vin de palme. On abat le palmier, on en découpe le haut et on scie à un certain endroit dans le tronc de l’arbre, et de là coule le vin. Il n’y a qu’une certaine partie de l’arbre qui produit la sève en question, et j’avoue que ça ressemble à la récolte du sirop d’érable. C’est un peu dommage d’être obligé d’abattre l’arbre, mais il serait très difficile, je l’imagine, de faire des entailles à 10 mètres de hauteur! Le vin de palme se boit tel quel, sans aucun traitement, mais, bien sûr, j’ai refusé d’en prendre. Il faut dire qu’observer Jean-Vincent, JP et Édouard enlever les fourmis, les mouches et autres insectes qui se trouvaient dans le seau n’était pas pour m’encourager à participer à l’ingestion de ce liquide sans doute délicieux. Heureusement, JV a pu confirmer que je buvais rarement de l’alcool, et le moment est passé sans incident culturel. Eh oui, la sève est légèrement alcoolisée naturellement, et Édouard, JV et JP n’ont pas lésiné à en boire pendant toute notre promenade, car il y avait des palmiers producteurs abattus un peu partout!
Ayant admiré les palmiers, le mil, les plants de tabac, les caféiers (Édouard cultive peu de café depuis que les cours ont baissé sur le marché mondial) et d’autres cultures, nous sommes rentrés à la maison pour une petite pause avant de continuer la visite. Je dois dire que les habitudes de travail d’Édouard méritent mon admiration, car il entreprend lui-même les travaux de ferme. Il embauche de temps en temps des dames pour l’aider (le travail de champs est la responsabilité des femmes), mais en général, c’est lui qui se paie tout l’effort.
Passant à côté des latrines (une pour les hommes, une pour les femmes), nous avons pénétré la forêt dense – la jungle, en effet, Édouard et Jean-Vincent nous frayant le passage avec leur machette, et JP se tenant derrière moi, au cas où je glisserais. Nous avons dégringolé une berge très boueuse pour arriver à la rivière dont nous avons remonté le cours, pataugeant dans l’eau (vive les bottes!), patinant sur de la boue pour enfin arriver à destination, le champ numéro 2. Mes compagnons ont fait le chemin en soulier ou nu-pieds, et plusieurs fois j’ai observé des regards portés vers mes bottes, sans doute dans l’espoir que je les laisserais au village à mon départ (ce qui n’est pas arrivé!).
Le champ numéro 2 était celui où on cultivait le maïs, les arachides et la canne à sucre, et j’ai admiré, comme il le fallait, toutes les gerbes qui y poussaient, tout en discutant avec Édouard des difficultés de gérer une ferme par les temps qui courent (oui, on espère que je vais y investir, et non, cela ne m’a pas étonné!). Par la suite, nous avons retracé nos pas vers la maison pour le repas du midi – les lièvres étaient au menu avec, vous le devinerez, des plantains frits. Je commençais à me demander ce qui était arrivé au riz que j’avais apporté…
Après le repas, il a été proposé qu’on ne visite pas le champ numéro 3 (ouf! Plantation de bananes et de plantains) afin qu’on puisse rendre visite à la famille de JP au village voisin, à environ 4 km de là. Tous empilés dans la voiture de Simplice, nous nous y sommes rendus. Même s’il n’y a pas de couverture de réseau téléphonique dans la région (et pas de courant ni d’eau courante), nous étions attendus, car le télégraphe de brousse avait annoncé notre arrivé par tam-tam le soir avant, et l’invitation avait été reçu par la même voie de transmission. Des tas de gens à rencontrer et à saluer, et deux heures après, nous sommes rentrés à la maison, pour y retrouver Stéphanie; cette dernière ne nous avait pas accompagnés, car elle avait du laver la vaisselle et commencer à préparer le repas du soir, où étaient conviés les hommes de l’autre famille (des frères d’Agnès) qui venaient nous saluer, même si venions tout juste de nous quitter.
Les hommes se sont pointés sous peu, et nous sommes restés assis sous les frondes du grand palmier dans le jardin. Les invités se gavaient de vin de palme, allant jusqu'à oublier ou négliger d’en enlever les insectes ou buvaient du vin que j’avais apporté. Mon Dieu, que ces gens boivent des quantités extraordinaires d’alcool! Le repas, un festin, a été servi vers 20h, et offrait du varan (une sorte d’iguane, le dictionnaire l’appelle lézard varanus, et, oui, du plantain frit, mais aussi du plantain bouilli et en purée. Le varan est d’un très bon goût, beaucoup plus agréable que le crocodile. Finalement, les gens sont partis, et je me suis couché, très fatigué par cette vie sociale inaccoutumée!
Le lendemain matin, ce n’est qu’à 7h que je me suis réveillé! Nous devions partir à 8h30, mais il y avait des préparatifs dont il fallait s’occuper avec de quitter les lieux. Dans la voiture, on a placé trois gros régimes de plantain, un gros régime de bananes, un gros sac d’arachide, un autre de maïs, de la canne à sucre, un peu de tout cela pour moi, mais la plupart pour JP, Stéphanie et JV. Bien sûr, avant de placer tout ça dans la voiture, il a fallu aller récolter… À un certain moment, Édouard est arrivé avec un gros sourire, tenant un varan vivant par la queue. La pauvre bête s’était fait prendre dans un des pièges tendus un peu partout sur la ferme. Édouard lui ayant tranché le cou, il l’a vidé de son sang, et le varan s’est retrouvé dans le coffre de la voiture avec les autres denrées. Vers 11h, presque à l’heure à l’horloge camerounaise, nous avons quitté Édouard et Agnès pour aller retrouver JP qui était resté dans sa famille. Là, nous avons dû passer un peu de temps à visiter, pendant qu’on nous préparait un repas. JV a réussi à persuader la famille de nous donner la nourriture préparée en forme de pique-nique, donc nous avons pu partir, enfin, vers 12h30. En l’occurrence, il s’agissait d’un ragoût de cochons d’Inde, très bon.
Il pleuvait à boire debout quand nous sommes partis, un vrai déluge, mais heureusement, nous n’avions pas à négocier la piste de boue. Du bitumé jusqu’au goudron, et une bonne route jusqu’à Yaoundé et il a plu presque tout le long. Nous nous sommes fait arrêter seulement une fois par les policiers, qui prétextait, en examinant le contenu du coffre, qu’on n’avait pas le droit de partir avec du varan qui venait des terrains qui environnent le village du président (le village d’origine de ce dernier n’est pas loin d’où on était et était bien gardé!). Ça nous a coûté 3 000 francs (environ 7,50 $), ce qui a dû payer la bière des policiers assoiffés. Ce genre de truc n’est guère amusant, mais on s’y fait. On s’est arrêté un peu plus loin pour mettre le varan sur le plancher du siège arrière, au cas on où se ferait arrêté une autre fois.
Comme on dit ici, on a commencé à arriver à Yaoundé vers 17h, et avons déposé JP chez lui (avec visite obligatoire des lieux, il est tailleur, ce qui est bon à savoir); ensuite, c’était au tour de Stéphanie à déposer ses valises chez elle (une autre visite) ainsi que le varan dont elle allait s’occuper. Ensuite, elle nous a accompagnés pour déposer JV chez lui, car elle devait partager un certain nombre de « médicaments du village » avec la sœur de JV, Nathalie. La maison de Jean-Vincent n’est pas loin de la mienne, et il a insisté que Simplice pourrait le déposer chez lui, que le chemin serait passable malgré la pluie, ce dont je doutais fort. Simplice a réussi à se battre contre le mauvais chemin jusqu’au moment où nous étions en train de grimper une colline, glissant à droite et à gauche, pour enfin se retrouver les quatre roues dans des ornières creusées par la pluie. Pauvre Simplice! Il ne savait pas s’il devait jurer contre JV ou non, car Simplice avait été convaincu que le chemin ne serait pas passable (il avait déjà ramené JV chez lui auparavant et connaissait donc la route). Enfin, nous étions dans de beaux draps. Nous sommes sortis de la voiture, et un nombre de jeunes hommes forts se sont regroupés autour de la voiture pour la soulever et la remettre (plus ou moins) sur le chemin. Simplice a réussi à reculer et garer la voiture que nous avons vidée de son chargement et avons abandonné JV et Stéphanie sur le bord de la route à chercher une solution au transport des bananes, des plantains etc. qui devait être livrés chez JV.
Simplice m’a ramené à la maison, a déchargé ma part du butin (plantains et bananes donnés à la famille d’André). J’avais aussi un lièvre entier qui m’était destiné et j’ai demandé à André de m’en découper des morceaux, que j’ai congelés, et de garder le reste. André était un peu déçu qu’il n’y avait pas d’entrailles (ça s’était fait manger au village). Le soir suivant, Jean-Vincent et Stéphanie sont passés me remettre ma part de varan qui attend lui aussi son occasion au congélateur.
Sur ce, mes amis, je vous quitte! Du côté professionnel, c’est assez occupé puisque la nouvelle année scolaire a commencé et la routine s’est établie. Il y a des nouvelles par rapport à la vie d’André (mon Dieu, les gardiens…), mais cela devra attendre un nouvel élan d’énergie de ma part, surtout que ce texte est déjà suffisamment long!
Bien des choses à tous!
Ciao!
David
Sunday, October 11, 2009
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