Yaoundé
Bonjour à tous!
Je ne sais pas si j’ai expliqué la nature du poste que j’occupe – au risque d’ennuyer certains d’entre vous, je vais profiter de cette lettre pour le faire.
Le Centre de formation professionnelle de Mimboman est géré par l’ordre Salésien. Il est situé en banlieue de Yaoundé, à environ vingt minutes en voiture (si ça passe bien!), et offre une formation en menuiserie, en métaillerie, en couture et en technologie de communication et d’information. C’est ce dernier secteur qui fait l’objet du projet éducatif dont je suis la personne responsable sur le terrain – j’entends déjà le rire incrédule de certains – et qui est subventionné par l’ACDI (Agence canadienne du développement international). Hem, hem. Mes responsabilités sont surtout administratives (respect de l’échéancier des activités, vérification du budget alloué au projet), mais il y a aussi un volet pédagogique, car je dois assurer un appui aux enseignants. Ces derniers, heureusement, connaissent bien leur matière technologique, et ont déjà reçu une première formation d’ordre pédagogique (approches, gestion de classe) qui a été offerte par des membres du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, campus de Dieppe, l’un des deux administrateurs du projet, l’autre étant un organisme qui s’appelle SavoirSphère, basé à Fredericton.
Un des buts du gouvernement du Cameroun, dans le cadre d’un plan économique décennal, est l’intégration de jeunes non employés dans le marché du travail. Pour ce faire, on propose d’offrir des formations qui peuvent répondre aux besoins des employeurs dans l’avenir, tant dans des filières classiques (secrétariat, par exemple) que dans les nouvelles filières (technologie de l’information de la communication, à la fine pointe). Ainsi, au sein du projet dont je suis coresponsable, un certain nombre de cours sont-ils offerts : secrétariat-bureautique, secrétariat-comptable, secrétariat bilingue et, bien sûr, une gamme de cours dans le domaine de la technologie, tel l’infographie, le résautage, etc. Le Centre est maintenant le fier propriétaire d’un bon nombre d’ordinateurs dernier cri (et bien sûr, de connexion à Internet!) et est doté d’une équipe d’enseignants bien motivés. Le seul problème à l’horizon, d’ailleurs, c’est que la formation qui sera offerte à partir de maintenant se fera sur des ordinateurs, et avec des logiciels, plus à jour que ce que l’on peut retrouver sur le marché du travail (en supposant qu’il y ait des ordinateurs…). Mais, au moins, on pourra dire que nos étudiants seront prêts pour l’avenir!
La semaine qui vient de terminer s’est bien passée. Bien sûr, il faut s’habituer à bien des choses, et, même si on s’y attend, des évènements bizarres peuvent survenir! Par exemple, l’autre jour, j’avais besoin d’une agrafeuse. Pas une agrafeuse normale, mais une des agrafeuses d’ordre industriel qui peut agrafer des documents comportant entre quarante et cent pages. La section où je travaille n’en possède pas (ça, ça va changer bientôt!), mais on m’a dirigé vers le bureau du directeur, où, m’a-t-on dit, il y en avait une du genre que je cherchais. Une fois rendu dans ledit bureau, Laurentine, la secrétaire charmante du directeur, a commencé à fouiller un peu partout pour le trouver, en me disant « Il y en a une, je sais, je l’ai vue l’autre jour. » Après quelques minutes infructueuses, elle avoua « Elle est allée se promener. Je vais la chercher, et je vais vous apporter ça. » Je suis donc rentré à mon propre bureau (lieu agréable, je dois dire, et au moins trois fois la taille de mon ancien bureau) pour continuer mon travail portant sur les documents, sur lesquels je devais me prononcer avant la fin de la journée, et en essayant de ne pas mêler les pages des différents documents. Enfin, environ trois heures plus tard, Laurentine s’est présentée avec, effectivement, une agrafeuse plus grande que les autres, mais qui ne pouvait pas faire ce que j’espérais, malgré les efforts de Laurentine à faire passer les agrafes. C’était tellement gentil de sa part… Enfin, ce n’était pas la fin du monde, mais puisqu’il n’y avait de grandes pinces, ni d’élastiques, j’ai dû me résoudre à fonctionner avec des documents qui risquaient s’envoler au vent. Cet après-midi-là, de retour à l’hôtel, je passe au Centre des affaires et je demande si on y a une agrafeuse de la force industrielle dont j’ai besoin. « Hmmm, » me dit-on, « en quelque part, on a ça. Patientez… ». De nouveau, une recherche infructueuse, mais, suite à un coup de fil à un autre service, on m’apprend qu’il y en a une et qu’on va l’apporter sous peu. « Prenez place, s’il vous plaît. » Très obéissant, je prends place, et, moins d’un quart d’heure plus tard, voilà qu’apparaît la plus belle agrafeuse du monde! Victoire! Comme quoi on se réjouit pour peu… héhé!
Passons de ce mini problème à un qui était un peu plus majeur – celui de me trouver où loger. Je suis heureux de vous annoncer que le problème de bail est réglé (ou presque! Ce sera fait lundi.) et que l’ouverture du compte en banque pourra aller de l’avant dans les jours qui suivent – sans fanfare, mais quand même avec des réjouissances. À moins qu’un autre hic ne se présente, évidemment! Et oui, j’ai trouvé un logement…
La recherche a continué pendant toute la semaine, et, finalement, j’ai décidé de prendre un logement non loin du Centre. À vrai dire, c’est quasiment dans sa cour. Je ne fais pas allusion à l’appartement dont j’ai parlé la semaine dernière, mais un autre, non meublé, un peu plus petit, mais qui fera l’affaire pendant que je serai célibataire. Situé à l’étage, il comprend deux chambres à coucher, une salle de bains (avec douche seulement), une toilette (un W.C, comme on dit ici), une cuisine et un assez grand salon qui donne sur un balcon. Étant donné son loyer raisonnable, le fait qu’il est à deux pas du bureau (important, car je serai à pied pour un bout de temps) et, surtout, le fait qu’il a été trouvé par un de mes collègues (donc, diplomatie obligeait…), j’ai décidé de le prendre. J’ai demandé à ce qu’on fasse repeindre en blanc les murs du salon et du passage, car ils étaient d’un jaune foncé à rendre mala-a-ade. Au moment où je vous écris, on est en train de faire ce travail – je suis allé voir – et le tout avance bien. Demain, on installe le chauffe-eau.
Vous pouvez vous demander pourquoi on a besoin d’un chauffe-eau dans un pays tropical – bien sûr, c’est pour chauffer l’eau! En effet, l’eau qui sort du robinet est très, très froide (ça vient du fond des montagnes), et les matins frisquets, lorsque la température frôle les 20 C, il est difficile de contempler une douche froide – ces eaux froides-là sur ces vieux os-ci, à mon âge… Si tout va bien, je pourrai emménager dès la fin de semaine prochaine!
J’ai ouïe dire que, jeudi dernier, Montréal et les provinces Atlantiques ont eu la joie de se retrouver en pleine tempête de neige! Vous vous réjouirez, sans doute, de savoir que ce temps froid à traversé rapidement l’océan pour venir s’abattre sur Yaoundé! En effet, vendredi matin, au lever du jour, il pleuvait et il faisait à peine 20 C. Pour les gens du coin, c’était l’équivalent d’une de nos journées canadiennes du mois de janvier; sous les parapluies, on apercevait les gens emmitouflés contre le froid – tuques, manteaux et tout et tout. Lorsque je suis passé voir Laurentine (dont il était question ci-haut), la pauvre était gelée – elle portait des mitaines (le genre qui permet de sortir les doigts pour taper à la machine), un béret de laine épaisse, deux foulards et deux chandails sous son manteau d’hiver. La pauvre, elle faisait pitié. J’ai presque proposé de lui commander des collants à la canadienne (long-johns), mais je suis dit que ce serait un peu déplacé de ma part! Ses doigts étaient gelés, la pauvre…
Une des difficultés auxquelles je dois faire face, c’est de me rappeler du nom des personnes. En général, c’est assez facile, car ils portent des noms comme Philippe, Jean, Marie, etc. Évidemment, quand on rencontre des tas de nouvelles personnes, c’est un peu difficile de tirer ça au clair, surtout quand les noms se ressemblent. Par exemple, il y a trois secrétaires au Centre : Laurentine, Laurence et Laurencienne… misère! J’ai résolu le problème en leur annonçant que je les appellerais toutes Laurie, bien plus sûr comme ça!
Malgré le froid dont je viens de parler, on se préoccupe ici aussi du réchauffement planétaire. Mon taximan préféré (il faut dire taximan, pas chauffeur de taxi, car chauffeur implique un uniforme, m’a-t-on expliqué), Njikam, m’a expliqué, un jour, qu’il avait déménagé à Yaoundé il y a quelques années afin d’échapper à la chaleur humide qui sévit sur les côtes du pays. Il faisait peut-être 32 degrés cette journée-là à Yaoundé (je ne suis pas certain, mais c’était une journée à deux chemises, donc…) et Njika m’a dit que la chaleur à Yaoundé augmentait d’année en année, et que cela le préoccupait pas mal, parce qu’il n’aime pas la chaleur. Il a ajouté qu’il serait peut-être nécessaire de déménager vers le nord, plus haut dans les montagnes, puisque là il fait plus frais. Il a avoué que ce serait difficile de gagner sa vie comme taximan là-bas, mais que la température ressemblait beaucoup plus à celle de mon pays et qu’on y serait bien. Il a eu énormément de difficulté à croire qu’il pouvait faire plus froid que dans un congélateur dans mon pays. C’est peut-être un peu trop froid, a-t-il dit…
Puisque je n’ai pas de voiture, je dois me servir de taxis pour me rendre de l’hôtel au travail. Il y a des taxis rattachés à l’hôtel, mais qui coûtent un prix fou, même si c’est agréable d’arriver au bureau en Mercedes, donc j’utilise les taxis normaux, tous peint d’un jaune très vif. Cela fonctionne comme des mini bus, et on ramasse des clients à mesure qu’on avance. Le futur passager, lui, se tient au bord du chemin et crie sa destination et, si un taximan l’entend, et qu’il va dans la bonne direction et qu’il a de l’espace (on peut mettre pas mal de monde dans une petite voiture!), il s’arrête et on monte. C’est toute une aventure, croyez-moi, mais un moyen efficace et peu cher de se déplacer (entre 0,50$ et 1,50 $, selon le trajet), même si on n’est pas certain d’arriver à l’heure à destination. L’autre façon, et celle que je mets en pratique, c’est de louer un taxi « en dépôt » : cela veut dire qu’on loue le taxi pour soi-même, et que le taximan nous dépose à l’endroit-même où on souhaite aller, à la porte. J’aime beaucoup mieux ça, car ça veut dire que je n’ai pas à crier ma destination, et je peux espérer d’arriver à l’heure, puisqu’on n’a pas à s’arrêter pour prendre d’autres passagers. Veuillez noter que je n’arrête pas n’importe quel taxi – il faut quand même qu’il ait l’air de pouvoir arriver à bon port! Il y a de ces taxis – on se demande comment ils font pour rouler… des cannettes tenues avec des élastiques… Avant d’entrer dans le taxi arrêté, il faut annoncer sa destination et le montant qu’on va payer (mes collègues m’ont dit ce que ça doit coûter), environ 4,00 $, et voilà qu’on est parti…
C’est l’heure de pointe lorsque je quitte l’hôtel, il y a donc des embouteillages un peu partout. Ce n’est peut –être pas le boulevard Métropolitain de Montréal, mais quand même! J’ai demandé à Njikam, un jour, comment il faisait pour conduire dans tout ça. « Ben, il faut faire attention aux cahots » qu’il m’a dit – et moi de me dire « Mon Dieu, plutôt faire attention au chaos. » Premièrement, il faut comprendre que, afin de pouvoir conduire ici, il faut savoir où on veut aller, et s’y rendre, sans tenir compte de ce qui se trouve sur le chemin et qui pourrait vous empêcher d’arriver à bon port. Que ce soit les autres voitures (au centre de la voie, sur les côtés de la voie, en face de vous, pas grave), les taxis qui s’arrêtent pêle-mêle pour des clients, les piétons qui tentent de traverser la chaussée pour se rendre de l’autre côté (sans doute pour héler un taxi qui va dans la bonne direction), des vendeurs qui installent leur kiosque, des colporteurs avec baluchon sur la tête ou poussant une brouette surchargée, et les mobylettes, tous se retrouvent sur le chemin en même temps, chacun conscient qu’il a le droit d’être là où il se trouve au moment où il s’y trouve. En se serrant les dents (du moins, c’est ce que je fais, et je ne suis que le passager!), on va et on vient entre tout ça, doublant comme on peut (même deux voitures à la fois, tout en priant que la Land Cruiser qui se dirige vers le pare-brise réussisse à nous éviter), évitant les nids-de-poule (des fois, non) et tout ce beau monde qui fourmille (en passant, je n’ai pas encore vu de fourmis… tiens…). Bien sûr, il arrive que la circulation bloque (on peut souffler un peu), parce qu’il y a trop de monde qui s’arrête en même temps; c’est à ce moment qu’entrent en jeu les klaxons qu’on fait aller avec insistance (de quoi réveiller les morts, même si incinérés!) et qu’on commence à lancer des injures surtout envers les passagers des autres taxis qui ont le malheur de vouloir ouvrir leur porte et donc d’égratigner la « limousine » dans laquelle je circule, et ce, pendant que mon taximan essaie de contourner tout le monde, à un millimètre près! Il faut comprendre que je ne mets pas le coude sur le rebord de la portière de voiture…
Enfin, ayant trouvé un taximan qui me fait moins peur que d’autres (eh, oui…même moi!), ledit Njikam, mes déplacements se passent assez bien. Toujours heureux de venir me chercher, Njikam se fait un plaisir de répondre à mes appels lorsque je lui annonce que je suis prêt à partir. Vous comprendrez que je possède maintenant un téléphone cellulaire (à 0,60 $ la minute, on n’appelle pas trop souvent!), même si j’en suis toujours à apprendre comment ça fonctionne – j’ai réussi à trouver comment placer un appel, et comment y répondre, c’est déjà beau! Le reste viendra…
Pour en revenir à Njikam, il est clair qu’il peut se trouver n’importe où dans la ville au moment où je l’appelle (inutile de donner une heure de rendez-vous, ça ne marche pas… il faut toujours téléphoner) et que cela peut lui prendre un peu de temps pour venir me chercher. « Je serai là dans quinze ou vingt minutes » me dit-il, ce qui veut dire au moins quarante-cinq minutes; et quand il dit « J’arrive tout de suite », je sais que j’en ai pour au moins vingt minutes. On s’habitue… et ça vaut la peine d’attendre, car sa voiture est en assez bon état (il lui reste encore des ressorts), qu’il conduit bien (enfin… je n’ai pas trop, trop peur!) et qu’il prend plaisir à choisir un chemin différent chaque jour pour que je puisse voir différents quartiers. L’autre avantage, c’est que si j’ai besoin de quelque chose, il connaît juste la personne qui peut me trouver ça, et on peut s’arrêter en route, sans que cela ne coûte plus cher. Donc, en rentrant, je peux me ravitailler en eau minérale, par exemple.
Hier, donc, j’ai demandé à Njikam de me faire visiter des quartiers de la ville que je n’avais pas encore vus (il y en a beaucoup!). Nous avons passé un bon deux heures, très agréables, à faire le tour du quartier administratif, là où se trouve la plupart des ministères et où, malheureusement, il est interdit de prendre des photos. Et si on en prend, les développeurs de pellicules (comme on dit ici) sont tenus de rapporter des infractions… Dans ce quartier, il y avait beaucoup d’espaces verts et quelques édifices datant du régime allemand, à la fin du dix-neuvième siècle. Certains des édifices sont très beaux, mais il n’y a pas la quantité d’architecture grandiose qu’on retrouvait à Lomé (Togo) lorsque nous y étions. Tout est de bon goût. Il y a un beau petit lac au centre du quartier, où l’on peut louer une pirogue avec pilote pour faire un petit tour – très charmant, j’en suis certain, même si l’eau avait l’air quelque peu verdâtre et gluante. L’ambassade de France se trouve dans ce quartier, une vraie forteresse à l’intérieur de laquelle vit le personnel nombreux de l’ambassade. Njikam m’a expliqué qu’on a déménagé tout un quartier pour faire place à l’ambassade – ça ne l’impressionnait pas, de toute évidence. L’ambassade américaine, également une forteresse construite après les évènements de 2001, se trouve près de l’aéroport. Le Haut commissariat du Canada (le Cameroun étant membre du Commonwealth), quant à lui, se trouve au centre ville, dans un édifice « normal » et discret; c’est vrai qu’il faut quand même passer par les gardes de sécurité avant d’y entrer.
Après cela, nous avons exploré un autre quartier de la ville qui s’appelle Mokolov (je crois!), où il y avait un autre grand marché, entouré d’une multitude de commerces et de boutiques. Ensuite, un petit tour de la Cité universitaire Yaoundé I (il y a trois campus en ville, je crois), un endroit plein de monde, de petits casse-croûtes et de petites boutiques de tous genres. Finalement, nous avons emprunté l’autoroute – quatre voies, avec séparation au centre! – à une vitesse pharamineuse, et nous nous sommes dirigés vers le Mont Fébé, en passant par le Palais présidentiel (tout un gâteau!). À mi-chemin de la montagne, il s’y trouve un hôtel, appelé, quelle coïncidence, l’Hôtel Mont Fébé, avec une vue splendide sur la ville entière. J’ai pris des photos que je vous enverrai (vous comprendrez que j’ai acheté un appareil!), mais je ne sais pas comment les prises vont tourner, car je n’ai pas les dons de mon épouse pour la photographie, et la chaleur était telle que le ciel était un peu trouble. En plus, qui sait quel âge a l’appareil que j’ai acheté (appareil jetable, quelle honte, je le sais!). Enfin, on fait ce qu’on peut…
Aujourd’hui, dimanche, la journée à été calme. J’anticipe avec plaisir l’ouverture du compte en banque, l’aménagement du logement, l’achat du nécessaire de maison – sans doute encore des aventures à raconter plus tard – et l’installation dans ma nouvelle demeure la fin de semaine prochaine. Ensuite, je verrai à l’installation d’Internet à la maison – on me dit que ça se fait facilement, mais bien sûr, je ne connais pas encore le prix d’installation, ni le prix d’exploitation ni combien de temps que ça peut prendre pour faire le branchement! Mais, on sait que ça se fera!
Ciao!
David
Sunday, November 25, 2007
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