Tuesday, November 11, 2008

Yaoundé, le 10 novembre 2008

Bonjour à tous et à toutes!

Un an déjà depuis mon arrivée au Cameroun. Le temps passe vite, surtout quand on prend plaisir à son existence.

Les six dernières semaines ont été très calmes, sans doute une bonne affaire, mais n’offrant que peu d’incidents amusants. Je ferai de mon mieux, pourtant, de rendre le récit de mon train-train habituel intéressant.

Lors du dernier affichage à ce blogue, j’étais aux prises d’une existence professionnelle intensive, puisque deux consultants canadiens se trouvaient à Yaoundé pour contribuer leur expertise aux activités du projet pour lequel je travaille. L’un d’eux, Cyrille Simard, a passé une semaine avec nous à la conception du nouveau site Web pour le Centre ainsi que sur le Plan stratégique de pérennité qui permettra au Centre, nous l’espérons, à assurer son avenir. Le deuxième consultant, Lorio Roy, a passé trois semaines ici. Son rôle est d’apporter de l’appui au niveau du renforcement institutionnel et de proposer des pistes à suivre pour améliorer le système de gestion du Centre. Étant donné qu’il n’existe pas de système en ce moment, c’est tout un défi. En fin de compte, c’est le père Natalino qui mène la barque.

Toutefois, le père Natalino a exprimé le souhait, que nous croyons sincère, de faire en sorte que tout fonctionne de façon différente. Il a mis sur pied un Comité directeur qui, espère-t-il, pourra à l’avenir être en mesure de prendre des décisions par rapport aux orientations du Centre ainsi que par rapport à son administration générale. Le père est conscient que lui-même en a beaucoup à apprendre dans ce domaine, car il est autocrate de nature et sait qu’il devra apprendre à déléguer. Il se connaît bien, remarquez, et se rend compte qu’il éprouvera énormément de difficultés à lâcher prise et permettre à d’autres de prendre des décisions avec lesquelles il ne sera pas nécessairement d’accord. Ce que nous ne savons pas encore, et Lorio essaie de dénicher la réponse, c’est dans quelle mesure le père Natalino a reçu carte blanche de la part des Salésiens, la congrégation qui a mis sur pied le Centre. On connaît la hiérarchie rigide de l’Église catholique et de ses congrégations, le patron ayant toujours raison, en remontant jusqu’au pape (infaillibilité papale), et nous ne savons pas jusqu’où nous pouvons aller pour « moderniser » l’administration du Centre. Il faut dire que tout cela est un défi qui me plaît, puisqu’une de mes responsabilités est d’apporter du renforcement institutionnel, et j’en apprends beaucoup de Lorio (et avec lui!). Et comme il est d’agréable compagnie, cela rend le tout très agréable. De réunion en réunion, nous prenions des notes, décidions comment nous pourrions instituer les diverses modifications qui s’imposent, en commençant avec le fonctionnement du Comité directeur (comment gérer une réunion, distribuer l’ordre du jour avant la réunion, etc.) afin que celui-ci puissent être capable d’exercer un pouvoir décisionnel. Un des grands projets de Lorio est de s’assurer que le père Natalino pourra être en mesure de créer un budget logique avec l’aide des chefs de département. Cela prendra sans doute un bon deux ans pour atteindre cet objectif.

Et comme si je n’avais pas suffisamment à faire, une de mes collègues, Jean-Philippe, qui enseigne le graphisme, m’a demandé si j’aurais la gentillesse de traduire un petit livret qu’on lui avait offert, de l’anglais vers le français. J’ai presque refusé, car je n’aime pas traduire, mais j’ai accepté tout en annonçant que cela me prendrait du temps. Heureusement, il ne s’agit pas d’un gros bouquin, dans le sens qu’il y a peu de texte, mais c’est très technique et me demande pas mal de recherches. Enfin, je suppose que c’est une petite tâche qui permet d’assurer que je mène une vie rangée et ça me donne quelque chose à faire en soirée, car j’y travaille un petit peu tous les soirs.

Hmmm, quoi d’autre? J’ai animé une autre formation, d’une journée, à la mi-octobre, et je me suis promené de classe en classe pour y faire des observations qui me permettraient de cerner les besoins en formation pédagogique. Je me suis acheté un nouveau matelas – ah! Les nouvelles sont passionnantes, je vous le dis! Vous vous souviendrez que j’avais hérité d’un gros tas de mobilier à mon arrivée à Yaoundé, et le matelas du lit que j’occupe est maintenant défunt – un matelas de mousse ayant passé près de deux ans sans respirer dans un conteneur, son état de santé se comprend. Mon dos avait trouvé le matelas bien trop mou et s’en ressentait fortement; j’avais même essayé les deux autres matelas, mais, hélas, tous souffraient de la même maladie terminale. Ah! La chasse… faire des courses au Cameroun, c’est un peu comme la chasse au petit gibier du bois : il y en a beaucoup, mais il s’agit de le trouver et de l’abattre! Il existe des tas de boutiques où on peut acheter des matelas, mais trouver un matelas convenable, c’est-à-dire dur, c’est toute une histoire. Ce genre de matelas coûte pas mal cher et la plupart des Camerounais ne peuvent pas se le permettre, donc difficile à trouver. Des sorties quotidiennes ont eu lieu pendant quatre ou cinq jours, avec Njikam, avant que nous trouvions, enfin, une petite boutique (plutôt une niche dans un mur) qui vendait ce que je cherchais. Deux heures de négociations ont été nécessaires afin de ramener le prix demandé à une somme abordable – il ne fallait tout de même pas que le vendeur soit conscient que j’aurais acheté le matelas à n’importe quel prix! Enfin, le matelas a été ficelé sur le toit du taxi, et nous sommes rentrés, Njikam suivant des chemins cahoteux pour éviter les points de vérifications policières. D’après Njikam, les taxis n’ont pas le droit de porter des objets sur le toit (on ne dirait pas!!), et les policiers prennent plaisir à arrêter ceux qui commettent cette infraction grave afin de leur soutirer un « cadeau » qui permet d’éviter l’amende plus importante. Nous sommes rentrés sans problèmes, et je dors très bien depuis, vous en êtes certainement enchantés, et plus de mal de dos! Ouf…

Du côté santé, j’ai réussi à prendre froid (!) et je me suis vu affligé d’un gros rhume. Je suis sûr que vous me prenez en pitié; c’était vraiment un gros rhume et il a duré un bon deux semaines avant enfin tirer sa révérence. L’autre problème de santé mineur est une « attaque » d’eczéma aux oreilles. Il faut dire que cela fait plusieurs années que j’ai ce petit problème, mais il ne me dérangeait pas outre mesure jusqu’à récemment, où je me retrouvais à me gratter les oreilles sans arrêt, un peu comme un chien (enfin…). J’ai consulté un médecin (je l’avais fait également au Canada) qui m’a prescrit une crème magique que j’utilise depuis quelques semaines, avec de très beaux résultats. En effet, le picotement a cessé et l’eczéma est presque disparu, la vie est belle. Un effet secondaire, inattendu, a été la croissance de champignons (soupe?) dans une des oreilles, celle de droite (moitié sourde); d’après le médecin, il n’y a pas à s’inquiéter, c’est juste que la haute humidité actuelle de pair avec l’utilisation de la crème qui ne permet pas à l’oreille de respirer a encouragé ce foisonnement. Enfin, ne vous inquiétez pas, tout est sous contrôle; je suis certain que ces détails vous fascinent…

Vous vous souviendrez peut-être que j’ai fait mention, dans mon dernier affichage, du fait que plusieurs enseignants travaillant pour l’un de nos « concurrents » avaient participé à la formation que j’ai offerte au mois de juillet. L’un d’eux, Jacques Jude (sans « s »), le Directeur des études de PowerBache, que j’avais rencontré lors de mes activités auprès du ministère lors de la conception des référentiels, m’a téléphoné un bon vendredi pour m’inviter à une célébration en l’honneur de son anniversaire (c’est ainsi qu’il en a parlé), et a insisté sur le fait que sa mère (70 ans) serait présente.

Ben, ce n’est pas comme si je mène une vie sociale hyperactive (une réception par mois au Haut Commissariat du Canada, en résumé!), et, bien sûr, j’ai accepté l’invitation avec plaisir. L’invitation était pour 17h, mais je me suis dit qu’il vaudrait mieux arriver un peu en retard. Jacques Jude avait proposé que je lui téléphone lorsque je me trouverais à un endroit en particulier, près de l’Université et qu’il viendrait alors me rejoindre. Ainsi dit, ainsi fait. Simplice, « l’autre » chauffeur de taxi, est venu me chercher à 17h, et à 17h30 nous nous trouvions à l’endroit indiqué. Jacques Jude s’est joint à nous à peine vingt minutes plus tard, accompagné de deux autres invités, et a indiqué à Simplice le chemin à suivre parmi les dédales cahoteux des petits chemins derrière l’Université. Il s’agit d’un quartier où habite beaucoup d’étudiants (ce n’était pas une surprise!) et on y trouvait des tas de petites boutiques vendant de tout, ainsi que plusieurs petits bars. Je suis certain que nous n’avons pas parcouru une grande distance, mais à mesure qu’on avançait, j’avais l’impression qu’on s’enfouinait dans les profondeurs de Yaoundé, et il commençait à faire noir. Toujours est-il que j’ai dit à Simplice que je l’embauchais pour la soirée, car je voulais m’assurer qu’il était aux alentours lorsque viendrait le temps de quitter les lieux. Je n’avais pas envie d’être obligé d’attendre une demi-heure ou plus à l’attendre après un coup de fil, ou qu’il ne réussisse pas à retrouver ma destination. En général, il est vrai, je ne m’inquiète pas outre mesure, les chauffeurs de taxi possédant une mémoire extraordinaire, mais sait-on jamais…

Finalement, nous sommes arrivés au lieu de la célébration, une aire avec une toiture en tôle, où des gens dansaient déjà. J’avoue avoir été pas mal étonné que la fête ait déjà commencé, puisque normalement ça ne « bouge » qu’après 22h. Toujours est-il que Jacques Jude nous a souhaité formellement la bienvenue et nous sommes entrés – oui, les gens dansaient, il est vrai, mais c’était au rythme d’un chant d’église, car nous nous trouvions dans une chapelle. Ceux qui ne dansaient pas se tenaient debout et tapaient des mains, et c’est que Simplice et moi avons fait également. Simplice avait verrouillé sa voiture et m’accompagnait car il se donne le rôle de protecteur lorsque je me trouve à explorer des endroits reculés – c’est très gentil de sa part, et j’avoue bien apprécier ça. La soirée a continué de bon train, la célébration étant une « messe », et il y a eu beaucoup de chants de louanges, des prières et le sermon du pasteur. Un sermon comme on peu s’y attendre, avec interprétations à mon avis originales de sections de la Bible, et des imprécations contre le mensonge, le vol, la fornication, etc. Rien de mal en tout ça, mais c’était amusant que pendant le sermon on entendait tonitruer la musique des bars voisins! Ce qui était particulièrement intéressant, de mon point de vue, c’est qu’on offrait une interprétation instantanée, du français vers l’anglais. L’église prend évidemment au sérieux la nature bilingue du pays, et le pasteur était passé maître à garder ses énoncés assez courts pour permettre aux deux interprètes de se tirer d’affaire facilement. Je les ai bien admiré, car le travail a été bien fait, même si certains des termes utilisés étaient inusités en langue courante – une influence biblique, je crois. Il y a eu un seul moment où l’interprète a commis une erreur grave, telle que je me suis presque mis à rire, ce qui n’aurait pas été de mise. Le pasteur parlait de « cœur de pierre » que l’interprète a émis comme « cœur de Pierre (Peter’s heart). Il va sans dire, chères amies, et cela a été répété plusieurs fois pendant le sermon, que les femmes sont la source de tout mal (il s’est évertué à condamner les femmes qui se promènent d’homme en homme, sans pour autant parler des hommes et leurs maîtresses!) et, bien sûr, a informé tout le monde à la fin que le chemin vers le salut éternel passait par l’abandon des richesses mondaines. À la fin de tout cela, le pasteur a demandé s’il y en avait parmi les invités qui avaient été touchés par son dire, mais personne n’a levé la main… Pauvre homme, il a fait de son mieux, pourtant.

Outre le pasteur, Jacques Jude a aussi offert un petit discours portant sur les choix qu’il avait faits avant sa conversion finale, et d’autres ont suivi son exemple. Le repas a été servi et c’était la fin, à mon grand soulagement, car les bancs étaient très durs et mon postérieur en souffrait pas mal, surtout que le dit postérieur n’est plus autant coussiné qu’antan. Avant de partir, Jacques Jude m’a présenté à sa mère, qui ne parle ni anglais ni français, ce qui fait que j’ai passé très peu de temps avec elle. Il m’a aussi présenté à plusieurs autres personnes, dont le pasteur, et puis Simplice m’a ramené à la maison, un peu avant 21h.

Et voilà, c’était là la célébration pour le 30e anniversaire de Jacques Jude. À la relecture des paragraphes ci-dessus, je voudrais me défendre d’un air peut-être un peu moqueur – ce n’était pas mon intention, car les personnes qui ont la foi et qui la mette en pratique ont toute mon admiration. C’est seulement que le côté « mendiant » de ce genre de secte me trouble – vous savez, les Jerry Falwell de ce monde qui se ramassent des richesses aux dépens des pauvres de ce monde. Ici on voit beaucoup de cela, et on sait que beaucoup de personnes se ruinent en donnant tout ce qu’elles possèdent à ce genre d’église ainsi qu’à leurs pasteurs qui mènent un beau train de vie.

En parlant de célébrations, j’ai décidé qu’il était temps de faire la fête à la maison et qu’il serait de mise de souhaiter la « bienvenue à Yaoundé » à la nouvelle épouse de Njikam. J’ai invité ceux et celles de mon entourage qui connaissent Njikam, et les préparatifs ont occupé Judith et André pendant un bon moment. On dirait que c’était un évènement majeur que de recevoir une petite quinzaine de personnes, car Judith a mis deux semaines à se préparer. Elle était tellement heureuse d’avoir enfin une bonne raison d’acheter un service de vaisselle ainsi que d’autres plats et outils qui manquaient à la cuisine. La pauvre, je crois que je l’inquiète avec mon manque de soucis pour ce genre de convenances! Elle a choisi le menu et m’a dit de rester ailleurs qu’à la cuisine, ce que j’ai trouvé très difficile, avouons-le et a mis au moins deux jours à popoter. Mon rôle, comme lorsque j’ai déménagé ici, se tenait à rester coi dans un coin et de sortir de l’argent au besoin. André et sa femme, Josiane, ont été mis à l’œuvre pour le ménage, ainsi qu’Oumarou, le gardien de fin de semaine, et on m’a permis d’acheter ce qu’il fallait à boire et de placer les bouteilles au frigo, lequel a eu de la difficulté à suffire à la tâche (il est en train de mourir, j’en suis convaincu). La maison n’a jamais été témoin d’une activité si effervescente depuis mon arrivée!

La fête a eu lieu le samedi 8 novembre, et au courant de la journée, Manga, un de mes collègues du Centre (un menuisier, celui qui a fait mes cadres de moustiquaire pour les fenêtres) s’est présenté avec un système de son. Tout le monde sait que je n’ai pas de télé, ni de lecteur CD/DVD et Manga, en tant que l’un des invités, s’était dit que ça ne pouvait pas être une fête sans musique. Le jeune homme (il a 26 ans, je crois) a donc installé le système au salon, surveillé de près par son petit bonhomme de fils, âgé de six ans, l’a testé et est reparti pour se changer. J’avais invité les gens pour 19h, en supposant que personne n’oserait se présenter avant 20h, mais à ma grande surprise, les premiers invités se sont annoncés à 19h15, presque à l’heure! À 10h, tout le monde y était, Njikam dans un complet superbe, et sa très jeune épouse, Alima, qui n’a pas encore dix-huit ans, je crois, étincelante dans une robe vert pâle avec voilures; on voyait toutes sortes d’apparat, du plus simple au complexe! Tout le monde s’est assis, causant poliment – les fauteuils avaient été installés à l’africaine, c’est-à-dire tout au long des murs du salon, de sorte que personne ne faisait face à une autre personne, mais aussi personne ne tournait le dos à une autre. Manga, qui avait opté pour le rôle de disc-jockey, a choisi de la musique assez légère à écouter pendant qu’on dégustait le repas. À la fin du repas, la table a été desservie et mise à l’extérieur, et Manga a annoncé l’ouverture du « bal » et a insisté que le nouveau couple prenne place seul au centre. Njikam et Alima ont obtempéré et suite à première danse d’un rythme mesuré, la musique est devenue un peu plus déchaînée, ainsi que les danseurs. André dansait comme un maniaque, un peu en homme caoutchouc, et son fils, Cyrille, âgé de 5 ans, a montré qu’il allait suivre les traces de son père. La soirée a été agréable, je crois – du moins, moi je l’ai beaucoup apprécié, tout en étant éberlué par la quantité de liquide que les gens d’ici peuvent avaler. Pas tous prenait de l’alcool, mais c’est comme si il fallait vider tous les casiers que j’avais achetés avant de partir. Et il y avait de ses mélanges… un type qui buvait du vin rouge coupé de Coca Cola – ce n’est pas un mélange qui me donne envie! À 22h30, Njikam et son épouse sont partis, signal que les autres pouvaient également partis et à 23h15, la maison avait repris son calme.

Et voilà, mes amis… vous êtes à jour! J’espère que vous vous portez tous bien et que l’hiver ne se fait pas trop sentir encore. Ici aussi il fait « froid », surtout le matin…

Ciao!

David

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