Tuesday, February 26, 2008

Yaoundé, le 26 février 2008

Bonjour à tous et à toutes!

Je continue à me la couler douce au Cameroun, malgré les événements récents – lorsque je reçois les nouvelles météorologiques du Canada, j’avoue que je me sens très satisfait d’être ici!

Vous avez peut-être entendu parler des événements qui ont eu lieu au cours de la fin de semaine qui vient de se terminer, et en voici un bref résumé. Il y a deux volets à l’histoire, une économique et une politique, qui semblent s’être réunis, du moins à Douala, la capitale économique.

À Yaoundé, les chauffeurs de taxi ont décidé d’adhérer au mouvement de grève national des chauffeurs de taxi, qui devait avoir lieu le lundi 25 février, dans un climat calme. La raison de la grève est simple : la hausse du prix de l’essence, qui est passé à 600 francs, soit environ 1,50 $, sans pour autant permettre la hausse du prix de la course de taxi, légiféré par le gouvernement. De plus, le prix des denrées de base accuse aussi une hausse, puisque les coûts du transport de marchandise a également augmenté. Même les moto-taxis se sont mis en grève, et les quelques-uns qui ont tenté de faire fortune hier se sont faits arrêtés par les grévistes. Comme plusieurs centaines de milliers de personnes dépendent sur cette forme de transport en commun, cela voulait dire que les rues étaient remplies de gens qui se rendaient au travail ou à l’école à pied. La plupart appuie le mouvement de grève, même si cela leur causait des problèmes hier. Il y a eu très peu de casse, à ce qu’on sache.

À Douala, à 240 km d’ici, ça s’est passé de façon très différente, quoique la radio vienne d’annoncer que le calme est revenu. Je ne suis pas certain de tous les détails encore, mais une manifestation politique avait été organisée pour samedi après-midi, afin de protester contre une modification aux articles de la constitution, plus précisément, l’article qui limite le nombre de mandats présidentiels. Il paraît que la manifestation a été interdite à la dernière minute et, même si les manifestants ont commencé à rentrer tranquillement chez eux, les agents de sécurité s’en seraient pris aux passants quand même. Évidemment, le reportage officiel indique le contraire, et allez savoir qui dit la vérité! Toujours est-il que des « bandes de jeunes voyous et de badauds » on tiré avantage de la situation pour saccager une partie de la ville, et deux jeunes personnes ont été tuées, ce qui a causé une relance dans la violence, toujours samedi. Le dimanche a été calme, paraît-il, mais les violences ont repris lundi, les « jeunes voyous et badauds » profitant de la grève des taxis pour s’attaquer à plusieurs édifices publics et pour piller les magasins. Le calme est revenu la nuit dernière, nous dit-on, et nous attendons aujourd’hui des annonces de la part de quatre ministres quant aux solutions.

Au moment où j’écris, tout est revenu au calme, semble-t-il, et la vie devrait reprendre son cours normal aujourd’hui.

Dans mon dernier blogue, vous vous rappelez, je vous ai raconté mes malheurs par rapport à mes ongles d’orteil. Vous serez ravis d’apprendre que, moins d’une heure après avoir affiché le blogue, mon frère Neil, qui habite le Ghana (nous sommes presque voisins, le Ghana n’étant qu’à 2 000 km, quatre pays plus loin) et qui souffre du même problème m’a offert la solution : se servir de ciseaux pour fil de fer! Quel soulagement de pouvoir, enfin, assurer la séparation d’ongles d’orteil du haut du pied. Ouf!

En parlant de séparation, après beaucoup de temps passé à réfléchir, à ruminer, à cogiter, à consulter et à échanger de longs courriels, Marion et moi en sommes arrivés à une décision qui risque de surprendre quelques-uns d’entre vous. Hé, hé… ne vous inquiétez pas – je ne pouvais pas résister la composition de la phrase précédente! Comme vous le savez, Marion devait me rejoindre ici à Yaoundé, mais son employeur éprouvait des réticences à permettre un congé non payé pour une période de temps si longue. Un congé d’un an aurait été acceptable, mais pas deux ou trois. En conséquence, car Marion est beaucoup plus pied-à-terre que moi, nous avons décidé que Marion devrait conserver son poste, and nous ferons la navette entre les deux continents pour l’avenir prévisible. Cette décision sert d’assurance, si vous voulez, car si je ne trouve pas de poste suite à celui-ci, nous pourrons survivre, ou si par hasard je me faisais écraser par un éléphant pendant mon séjour, Marion ne se retrouverait pas sans mari et sans travail. Je n’ai pas osé demander à Marion lequel des scénarios était le pire. D’autres avantages : nous conservons la maison à Fredericton et j’évite la neige! Nous verrons comment cela va se présenter et, peut-être, revoir la décision plus tard. Pour l’instant, Marion pourra venir à Yaoundé une fois par an, et moi, je pourrai me rendre au Canada une fois par an également. Qui sait, on pourra peut-être en faire plus!

Il n’y a pas eu grand évènement récemment. Le soleil se lève et se couche à peu près la même heure tous les jours, et la température demeure stable, sèche et chaude, quoique les derniers matins ont été un peu frisquets, selon les normes camerounaises, offrant une brume qui peut durer jusqu’en début d’après-midi.

J’ai dû sermonner les sentinelles l’autre jour, car un certain laxisme s’était installé chez eux : retard à l’arrivée au travail, départ avant l’heure et, souvent, des absences parfois prolongées pendant les heures du travail. J’ai donc convoqué une réunion très matinale pour faire la loi : respect des heures de travail, aucune absence sans permission (et courte!), et surtout, aucune ingestion (comme ils disent!) d’alcool au boulot! Comme j’ai expliqué à la sentinelle qui adore son whisky acheté en petits sachets, lorsqu’il boit, il dort si profondément qu’il n’entend pas lorsqu’on frappe à la portière de la cour (en l’occurrence, moi!). En effet, c’est ce comportement en particulier qui m’a persuadé de convoquer la réunion. Un dimanche matin, j’ai quitté l’appartement pour aller acheter du pain à la boulangerie qui se trouve non loin d’ici. La sentinelle dormait dur! J’ai déverrouillé la portière, j’ai retiré la barre, le tout en m’assurant de faire beaucoup de bruit. Je ne crois pas qu’il se soit rendu compte de mon départ, car à mon retour, je l’ai entrevu au snack bar d’à côté en train de s’acheter un petit sachet. Il ne m’a pas vu rentrer, donc j’ai pu être témoin de cet acte. J’espère que le petit sermon fera son effet (je suis sans doute naïf!). J’ai expliqué aux sentinelles qu’ils risquaient leur poste s’ils enfreignaient au règlement. Et, bien sûr, j’avais un témoin lors du sermon! Comme l’appartement est situé juste à côté du Centre, je peux rentrer à l’improviste pour surveiller mes gens.

Vous vous souviendrez sans doute de mes tractations lors de l’ouverture du compte en banque au mois de décembre. Et ça continue…

La banque avec laquelle je fais affaire est reconnue pour l’attention qu’elle porte à toutes ses transactions financières, ce qui n’est pas pour être mal vu, au contraire! Les procédures imposées ralentissent les opérations, mais, dans le fond, on ne peut pas se plaindre. Je crois vous avoir dit que l’une de mes responsabilités est d’administrer une partie des fonds du projet pour lequel je travaille. Une fois le compte ouvert et que des sommes avaient été transférées du Canada, j’ai payé un certain nombre de factures qui n’attendaient que cela! Imaginez ma surprise lorsqu’un jour j’ai reçu un appel de la banque me convoquant à une réunion avec le chef du Service à la clientèle, M. Moukoury. Il faut comprendre que se rendre à la banque n’est pas simple : il faut appeler le taxi, il faut attendre le taxi, il faut négocier la circulation et, une fois arrivé à la banque, il faut attendre! Je me suis donc présenté à la banque et j’ai attendu une bonne demi-heure avant de me faire inviter dans le bureau dudit M. Moukoury. Il m’a regardé très sérieusement, a tiré une feuille de papier d’une chemise qui se trouvait sur son bureau et me l’a passée. La feuille de papier était une photocopie d’un chèque que j’avais fait environ dix jours auparavant. J’avoue que je commençais à me demander quelle erreur j’avais commise! « Avez-vous écrit ce chèque? » « Oui, » ai-je répondu, « Pourquoi? » « Vous êtes certain que c’est vous qui avez écrit ce chèque? » « Si, si, » ai-je repris, « absolument certain. Laissez-moi vous montrer mon chéquier. » Enfin, satisfait que j’avais bel et bien émis le chèque, M. Moukoury m’a expliqué que la banque où avait été déposé le chèque n’avait pas bonne réputation, et que la Standard Bank (ma banque) voulait être certaine que le chèque n’était pas frauduleux avant de verser la somme qui y était inscrite. J’ai exprimé mon appréciation envers cette attention minutieuse, et je suis rentré au bureau, impressionné par cette action rassurante de la part de la banque, même si cette attention peut ralentir le processus.

Vous avez le droit, chers amis et chères amies, de prendre une petite pause ici, car l’histoire bancaire continue…

Il faut comprendre que la monnaie locale est le franc CFA, dont la valeur est très petite. Par exemple, mille francs valent environ 2,25 $ canadiens, donc les achats peuvent parfois atteindre les dizaines de milliers de francs (et bien des articles coûtent cher!). Ceux d’entre vous qui avez eu le malheur d’essayer de décrypter mon écriture savent que j’écris, au mieux, illisiblement. Je fais donc très attention lorsque j’écris un chèque de le rendre très lisible, ce qui me demande de pratiquer plusieurs fois sur un bout de papier, car les sommes doivent être inscrites dans un espace très restreint. Lorsqu’on fait un chèque pour trois millions neuf cent mille trois cents francs, ça doit entrer dans l’espace prévu, sans dépasser la ligne. Donc, ayant pratiqué, j’inscris le montant en toutes lettres et en chiffres, le nom de la personne à qui je remets le chèque, je note le lieu et la date et, enfin, je le signe. Rien de plus normal, quoi!

Il y a quelques semaines (je dois vous dire que je retiens certaines histoires pendant quelque temps avant de les raconter, si non les blogues seraient encore plus longs!). Il y a quelques semaines, j’ai émis un chèque au profit du Centre. Supposons qu’il s’agissait de la somme dont j’ai parlé plus haut, soit trois millions neuf cent mille trois cent francs. C’était le premier chèque que j’émettais pour le Centre, et j’étais tout fier du fait que j’accomplissais, enfin, une des tâches qui m’incombait. J’ai remis le chèque à Laurentine (secrétaire comptable), qui a s’est bien assurée que tout était correct et, à un certain moment, elle est partie déposer le chèque dans le compte de banque du Centre (en l’occurrence, à la même banque que la mienne). Il faut savoir que ça prend de deux à trois jours avant qu’un chèque ne passe, même s’il s’agit du même établissement, et plus s’il s’agit d’un autre établissement. Toujours est-il que, quelques jours plus tard, Laurentine se présente à mon bureau, un peu agitée, pour me dire que le chèque avait été refusé, et pouvais-je me rendre à la banque pour voir quelle en était la raison. J’étais, vous le comprendrez, pas mal mystifié et surtout gêné! Un retour à la banque s’imposait donc, en suivant toutes les étapes dont j’ai parlé ci-dessus. Arrivé à la banque, il a fallu que j’attende que la personne qui s’occupe des chèques refusés soit a) à son poste et b) prête à recevoir des clients. J’ai expliqué, avec ma courtoisie habituelle, pourquoi j’étais là, et j’ai exprimé ma surprise que le chèque en question avait été refusé. La responsable a sorti le chèque (pas un sourire), l’a regardé, m’a fixé de son regard, a regardé de nouveau le chèque et m’a dit : « Il y a erreur sur le chèque. Il n’est pas conforme. ». J’ai examiné le chèque, et ça m’a pris un certain temps avant de découvrir l’erreur – moi, ancien prof de français et réviseur linguistique! Eh oui, mes amis, j’avais oublié le « s » au mot « cent », et c’est pour cela que le chèque avait été refusé. Mon Dieu…

Je suis donc rentré au bureau, j’ai émis un autre chèque (ayant pratiqué son écriture plusieurs fois!) et je l’ai donné à Laurentine, qui a trouvé très amusante la raison pour laquelle on l’avait refusé, et elle est repartie déposer le chèque. Vous l’avez deviné… quelques jours plus tard, je reçois une Laurentine beaucoup plus agitée et dont la perruque penchait un peu sur un côté (beaucoup de dames ici portent la perruque, souvent des merveilles architecturales) pour me dire que la banque avait de nouveau refusé le chèque, et pouvais-je me rendre à la banque pour voir de quoi il s’agissait cette fois? La première fois, c’était amusant, mais là, ça dépassait les bornes, surtout que le Centre avait grand besoin de l’argent en question. Cette fois-ci, Laurentine m’a accompagné à la banque, où, après avoir attendu etc., la même personne nous a éventuellement reçus à son guichet. La raison pour le refus du chèque, m’a-t-elle annoncé, c’était que la signature était non conforme. « Votre signature a évolué, » me dit-elle. J’ai examiné ma signature, et j’ai dit que c’était bien la mienne mais qu’il était possible qu’elle différait un peu de celle qui avait été numérisée lors de l’ouverture du compte. J’ai expliqué que j’avais expliqué, à ce moment-là, que ma signature pouvait varier, selon que j’étais assis ou debout, le genre de stylo que j’utilisais et peut-être l’humeur que je ressentais au moment de l’écriture. La responsable n’a pas bronché, aucun sourire, car il s’agissait, tout de même, d’un cas sérieux. Toujours est-il que j’ai émis un troisième chèque, devant la responsable. Elle l’a examiné et m’a dit qu’elle ne pouvait pas l’accepter, car la signature n’était toujours pas conforme (elle m’a montré la petite différence, difficile à expliquer).

Que faire? Il fallait bien trouver une solution, surtout par rapport au Centre qui avait grandement besoin de ses fonds. J’ai donc proposé à Laurentine que je sorte l’argent en espèces, que je lui remettrais et qu’elle pourrait déposer tout de suite. J’ai donc fait un autre chèque, à mon nom cette fois, devant la responsable, qui, de nouveau, intransigeante, a refusé le chèque (une autre variante de la signature!). Ça devenait sérieux! Je suis allé voir M. Moukoury, le chef du Service à la clientèle, pour lui expliquer ce qui se passait et de trouver ensemble une solution. Après une réflexion mûrie, des consultations avec diverses personnes, des hochements de tête incrédules, il a été décidé que je devrais remplir un autre formulaire de signature. Je leur ai fait comprendre que cela ne garantissait pas la stabilité de ma signature et que, de plus, c’était la première fois que je faisais face à ce problème, même si je n’en étais pas à mon premier pays! Finalement, il a été décidé que, sous ma signature, je devrais écrire mon nom au complet (lisiblement!). J’ai expliqué que mon écriture variait beaucoup, mais que la lettre « f » était toujours formée de la même façon. Il a donc été noté sur la carte de signature (qui allait être numérisée) que le « f » était le seul élément stable, et que, en cas de problème, il fallait consulter M. Moukoury ou me téléphoner. Une fois tout ceci terminé, j’ai écrit un autre chèque que j’ai signé à la nouvelle façon, le chèque a été visé par trois personnes, et j’ai pu, enfin, retirer l’argent pour le donner à Laurentine. Évidemment, j’aurais pu faire un chèque au compte du Centre, mais la seule personne qui peut déposer un chèque au nom du Centre est le père Natalino, son directeur, à moins qu’il ne donne une lettre d’autorisation de dépôt à Laurentine (ce qu’il doit faire à chaque fois!). Il fallait donc, pour les besoins de la cause, que je retire l’argent en espèce.

Le billet de dix mille francs est la dénomination la plus grande, ainsi, après quelques minutes, le chèque ayant enfin été accepté par la responsable, toujours l’air sévère), on m’a remis une liasse de billets : des dix mille francs, des cinq mille francs et des deux mille francs. Avant de remettre l’argent, la responsable a dû le compter le tout, et moi, par la suite, j’ai dû tout compter également. J’ai remis l’argent à Laurentine, qui l’a compté et qui l’a remis à la responsable pour le déposer, et la responsable l’a recompté de nouveau…

En tout, cinq heures à la banque!

Vous pouvez être certains que je fais très attention, depuis, à la façon dont j’écris les chèques! Heureusement, aucun autre chèque n’a été refusé. Mais c’était quand même agréable de m’être retrouvé avec plus de trois millions entre les mains…

À la prochaine!

David

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