Friday, March 14, 2008

Yaoundé, le 14 mars 2008

Bonjour à tous!

Il faut dire que la vie a été assez palpitante ces dernières semaines, alors vous trouverez peut-être ce texte un peu long. Je suppose que je pourrais en garder pour une autre fois, mais enfin…

Dans mon dernier épisode, j’ai fait mention du fait qu’une grève générale avait été déclenchée. Elle a duré près d’une semaine… Tel que mentionné, les événements à Douala, la capitale économique, à environ 250 km d’ici, sont tombés dans la violence, avec de la casse, comme on dit ici, un peu partout, ainsi que du pillage et du vandalisme. Plusieurs édifices publics ont été saccagés et mis à feu, et beaucoup de magasins se sont fait piller par des voyous et des badauds. Un certain nombre de personnes ont perdu la vie – 16 au dire du gouvernement, plus de 100 au dire de la section camerounaise de Human Rights Watch. Les forces de l’ordre, suite au premier jour, ont été très visible, en particulier une élite anti émeute venue du nord du pays – des centaines de jeunes gens au visage impassible et avec qui on ne voudrait pas voir se promener notre fille! À Yaoundé, l’ambiance était au calme, si on peut dire ça, dans le sens qu’il y a eu des manifestations mais très peu de violence, hormis des pneus brûlés. Les taxis ont continué à faire la grève pendant tout ce temps-là, ainsi que les gros transports, ce qui a fait que le ravitaillement de base est devenu assez difficile pour les gens d’ici (j’avais des stocks). Le président s’est finalement adressé à la nation le jeudi soir, pour rappeler le peuple à l’ordre, en annonçant que toutes les mesures légales serait prises pour que ces actes inacceptables cessent. Il faut dire qu’il n’était pas de bonne humeur, le président, et il l’a fait sentir! Le vendredi, donc, le un calme tendu régnait à Yaoundé, mais la vie a repris son cours normal. Il y a eu, bien sûr, des arrestations à droite et à gauche, et des centaines de personnes ont été arrêtées, y compris des personnes qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. La justice prend son cours un peu trop rapidement, la parution devant le juge durant environ 5 minutes, et les condamnations à prison pleuvent. D’après la radio locale, plus de 1600 personnes ont été arrêtées.

Le président a convenu que la grève des taximan et des autres transporteurs était légale, et que cela ne posait pas de problème. Le problème, a-t-il dit, se situait au niveau de partis de l’opposition qui ont voulu profiter de la grève pour réussir ce qu’ils n’avaient pas pu réussir par les urnes, et qui ont encouragé les jeunes badauds et voyous à l’émeute. Bien sûr, les partis de l’opposition se sont récriés, disant que le gouvernement utilisait tous les moyens pour porter atteinte à leur réputation. Lors de son discours, le président n’a pas fait mention de la cause à la base du mécontentement populaire : la hausse du prix des produits alimentaires de base, qui cause des difficultés aux ménages camerounais. Ces prix ont augmenté à mesure qu’augmentait le prix du carburant, et le président a accordé une baisse de 2,5 cents le litre pour le carburant (après l’avoir augmenté de 12,5 cent le litre!), et c’est tout. Et le prix des denrées de base a augmenté, en général, de 140% au cours de la dernière année, et dans un cas de 400%, et, bien sûr, les salaires n’ont pas augmenté.

La semaine qui a suivi les émeutes a été tendue – la population n’est pas certaine de ce qui va se passer une fois que le président dépose sa proposition de modification à la Constitution, modification qui lui permettrait de briguer un troisième mandat de sept ans à la magistrature suprême. Pour l’instant, il y a une limite de deux septennats, et Paul Biya approche de la fin de son deuxième mandat, en 2011. Évidemment, l’homme a été président avant la dernière révision constitutionnelle de 1993 – il a pris le pouvoir lors d’un coup d’état paisible en 1982, et avant ça, avait été premier ministre de l’ancien président depuis 1962. Il n’y a eu que deux présidents depuis l’indépendance… M. Biya, qui vient d’avoir 75 ans, comme beaucoup de présidents dans beaucoup de pays, souhaiterait continuer jusqu’à la mort – après tout, qui pourrait mieux gouverner que lui?

Vendredi dernier, soit le 7 mars, le président a annoncé une série de mesures pour rehausser le pouvoir d’achat des ménages camerounais (et pour s’assurer que sa proposition de modification constitutionnelle passe!), soit une augmentation salariale de 15% pour les fonctionnaires et les militaires ainsi qu’une baisse dans les droits douaniers des aliments de première nécessité, cette baisse commençant le 1 avril (poisson d’avril?). Ceux qui ne sont pas fonctionnaires ni militaires, évidemment, ne jouissent pas de cette augmentation, et se demandent comment il se fait qu’il y a l’argent pour tout ça tout d’un coup… On verra donc…

Le plus amusant, pendant toute cette semaine (enfin, une façon de parler!), c’est qu’une collègue canadienne était ici en mission. Le lundi, elle a réussi à se rendre de l’hôtel au Centre en utilisant un taxi de l’hôtel (ce sont des voitures non identifiées, donc perçues comme des véhicules privés). Le mardi, je suis allé la chercher à l’hôtel avec mon taximan Njikam, car les taxis roulaient entre 7h et 10h. À midi, ma collègue est rentrée à l’hôtel avec le chauffeur du Centre dans la camionnette, et le mercredi, elle a pris de nouveau le taximan de l’hôtel, et en fin d’après-midi, je l’ai raccompagnée à l’hôtel avec le même taximan, au cas où on se fasse arrêter par les foules. Le jeudi, Liane est restée à l’hôtel et a téléphoné aux personnes à qui elle devait parler, et le vendredi, la situation étant redevenue normale, elle a pu se rendre au Centre sans problème. Tout un plaisir!

La grève et ses conséquences ont ajouté du piquant à la vie, puisque, quelques jours avant le début de la grève, j’avais trouvé une maison à louer. Une belle petite villa, trois chambres à coucher, un salon énorme, une salle à manger, et une cour complètement bétonnée (afin de décourager la poussière)! La maison a une belle finition et n’est pas loin du Centre, et me plaît beaucoup, même si elle est peu trop grande pour mes besoins à moi tout seul. Mais, comme j’ai BEAUCOUP de meubles, il faut bien avoir assez d’espace pour emmagasiner tout ça. À dire la vérité, j’avais trouvé la maison environ deux semaines auparavant, mais cela a pris un peu de temps avant de conclure le marché. Il y avait un bail à négocier (j’ai consulté un avocat, à la suggestion de mes employeurs, idée excellente), des papiers à signer, etc., etc. Il restait quelques petites choses à faire à la maison, mais rien de très important, et on m’a assuré que le tout serait prêt dans un jour ou deux. Puisque je n’étais pas pressé à déménager (je ne peux pas rompre le bail de six mois pour l’appartement, hélas… j’ai pourtant fait de mon mieux), cela m’arrangeait bien, surtout qu’il y a certaines modifications que je veux apporter à la maison, par exemple, des moustiquaires aux fenêtres et portes, et la construction d’une toilette extérieure pour les vigiles. Ici, à l’appartement, les vigiles ont accès à un terrain vague juste à côté qui fait bien l’affaire, quoique Aurel, le vigile de nuit, a tendance à vouloir utiliser les w.-c. intérieur – je crois que c’est parce il est doté d’une curiosité immense et se demande ce que je peux être en train de faire au lieu de venir causer avec lui au balcon!

Bon… les négociations ont mis quelques jours à prendre fin et à répondre aux attentes de tout le monde, mais finalement, les papiers ont été signés. M. Olli, l’agent immobilier, trouvait que l’ajout d’une toilette extérieure était une bonne idée (surtout que ce serait à mes frais) et nous nous sommes mis d’accord sur l’emplacement de la dite toilette. Je lui ai dit que les travaux ne pouvaient pas commencer tout de suite, car je n’avais pas réuni les fonds nécessaires et que, de toute façon, il me fallait trois devis avant de permettre la construction. La grève est intervenue tout de suite après, donc rien n’a pu être fait. La semaine dernière, cependant, je suis allé à la maison pour mesurer certains endroits, et j’ai rencontré M. Olli, qui m’a dit que la propriétaire aimerait bien faire construire une petite dépendance dans la cour arrière – une sorte de remise, si vous voulez, où les vigiles pourraient stocker leurs affaires (ou y dormir, sans doute!). Cela ne me causait aucun problème, bien sûr, surtout que c’était au frais du propriétaire, car je n’ai pas besoin de dépendance.

Deux ou trois jours plus tard, je suis retourné à la maison pour trouver, à mon grand étonnement, que la dépendance était presque terminée! Quel travail rapide! Ce qui était encore plus étonnant, cependant, c’était que les murs de la toilette étaient à moitié terminés. J’ai téléphoné à M. Olli qui m’a dit qu’il restait un certain nombre de parpaings (il y en avait encore, d’ailleurs), et qu’il pensait m’aider en commençant le travail. Je lui ai répondu que c’était très gentil de sa part de me faire ce cadeau, car je n’avais pas l’argent pour payer ça, et que, d’ailleurs, les devis n’avaient pas encore été préparés. Il y a eu un long silence et ensuite des bredouillements (il n’était pas content!).

Entretemps, la maison n’était pas gardée. M. Olli m’avait juré qu’il y avait un vigile, et en une fin d’après-midi, je suis allé à la maison pour le rencontrer. Il était environ 18h30, et il n’y avait personne. J’y suis retourné le lendemain, un peu plus tard, toujours personne. J’ai envoyé Mustafa, le jour suivant, vers 21h00, et le jour suivant également, vers 22h00, et toujours personne. Mustafa a rapporté qu’un voisin lui avait dit qu’il n’y avait personne là du tout. Un peu perturbé, j’ai écrit à M. Olli le lendemain, pour lui dire que j’allais embaucher un vigile tout de suite, et j’ai demandé à Roger, mon copain au Centre et qui a été d’une aide inestimable depuis le début, de m’en trouver un. Ce qu’il a fait, et, deux jours plus tard, j’ai rencontré André, un jeune homme très en forme, venu d’un village en quelque part, que j’ai embauché de façon provisoire. Nous sommes donc partis pour la maison – pour y trouver le vigile manquant!

Ces deux événements, la toilette et le vigile (peut-on parler d’événement?) ont fait que l’esprit s’est réveillé – le cerveau fonctionne encore de temps en temps – et il est devenu clair qu’on allait me présenter une facture qui comprendrait le prix de la construction de la dépendance, caché dans le prix de la construction de la toilette. J’ai donc demandé à Roger d’intervenir auprès de M. Olli pour moi, au cas où ce dernier ne me comprenne pas (ou ne veuille pas comprendre!). Non seulement était-ce énervant de trouver le deuxième vigile sur place, le fait est que le vigile avait toutes les clés de la maison! J’avais compris qu’on m’avait remis toutes les trousses à la signature du bail, sauf celle du portillon, afin que M. Olli puisse laisser entrer les ouvriers pour la construction de la dépendance. Et, bien sûr, puisque je venais d’embaucher André, il a fallu que je remercie le vigile aux clés!

Malgré nos disputes avec M. Olli, ce dernier à continuer de faire à sa guise, et les murs de la toilette sont maintenant complets, et la plomberie installée. Roger, avec raison, insiste que je n’ai pas à payer ces travaux, puisque M. Olli n’écoute pas. Là, bien sûr, il faudra aussi que je change les canons de toutes les portes extérieures, chose que j’aurais voulu éviter. Enfin…

Il reste encore l’électricité à installer – le courant passe en ce moment, mais il faut que l’abonnement soit à mon nom, alors on verra bien ce qui va se passer à ce compte-là (pardonnez le vilain jeu de mot!). Les devis pour les moustiquaires sont en train de se faire – un par jour, car il ne faut pas que les menuisiers se rencontre – ensuite le choix, suivi des travaux. On verra bien combien de temps cela va prendre avant de pouvoir déménager.

Sur ce, je vous quitte! Et, au cas où vous vous posiez la question, je réussis à faire mon travail malgré toutes ces tractations. On ne s’ennuie pas…

Ciao!

David

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