Monday, April 14, 2008

Yaoundé, le 14 avril 2008

Bonjour à tout le monde!

Il est difficile de croire que cela fait plus d’un mois depuis que j’ai affiché de quoi au blogue. C’est vrai que j’ai été très occupé, tant du côté professionnel que du côté personnel, et qu’il n’y a pas eu beaucoup de temps à passer au balcon ou à écrire.

Aux dernières nouvelles, j’avais loué une maison non loin d’ici, et le travail de construction de la toilette extérieure avait été (presque) terminé. Vous serez heureux de savoir que la toilette est toujours dans le même état – complète sauf pour le réceptacle majeur et le lavabo. Je crois que l’agent immobilier espère que je vais terminer la besogne (je n’ai pas pu résister!), mais si je fais ça, ça indiquerait sans doute que ce serait à moi de tout payer, ce que je n’ai aucune intention de faire. Le cher homme est introuvable – aucune réponse quand je lui téléphone et aucune réaction aux courriels envoyés. Il a pourtant été aperçu par André, le vigile à la nouvelle maison. On verra bien ce qui va se passer à ce sujet.

Du point de vue des installations électriques, il y avait pas mal à faire. Je crois vous avoir promis un récit amusant, et je ne vous décevrai pas, même si à l’occasion c’était frustrant!

Un beau samedi (ils sont tous beaux, remarquez), je faisais un tour d’inspection de la maison avec Roger, mon collègue du Centre, et André, le vigile toujours souriant, lorsque la sonnette de la portière extérieure a retenti. Et voilà qu’un monsieur s’y trouve, représentant de la société d’électricité et lecteur de compteur. Il était venu pour livrer la facture du mois, et m’a demandé qui j’étais! En examinant la facture, il était clair que l’ancien locataire (ou le propriétaire) avait quitté les lieux sans régler ses factures et que, pour que j’aie accès à l’électricité, il fallait que les impayés soient réglés. J’ai fait valoir que ce n’était pas à moi de régler les factures des anciens résidents, et le type a convenu avec moi que c’était à l’agent immobilier de le faire. Ce dernier, M. Olli, m’avait assuré, bien sûr, qu’il n’y aurait aucun problème à faire en sorte que les nouvelles factures sortent à mon nom – il ne s’agissait que de remplir certains formulaires à la Société nationale d’électricité (SONEL) et le tour serait joué.

Le poste de radio d’André était en marche, à plein volume, et même de la portière il était clair qu’il était branché, indiquant que nous avions accès au courant. M. Ben, le type qui venait de me remettre la facture, était étonné, étant donné que le courant avait été coupé au moins deux fois de puis le mois de novembre, à sa connaissance. Avec ma permission, il est allé inspecter le compteur – imaginez notre surprise de constater qu’on avait installé une ligne frauduleuse qui contournait le compteur et que la maison était alimentée directement du réseau, sans aucune protection! Mon Dieu… comme l’a dit M. Ben, cela n’était pas seulement dangereux mais très illégal (sa façon de le dire!). Évidemment, j’étais d’accord avec lui, et nous avons décidé que M. Ben ferait couper le courant dès le lundi matin, et que je pourrais par la suite m’abonner à la SONEL.

Ce soir-là, Roger et moi avons téléphoné à M. Olli. J’ai demandé à Roger de lui parler, en me disant que les messages seraient peut-être plus clairs entre deux Camerounais. Pauvre Roger a eu bien de la difficulté, car M. Olli n’écoute pas, il ne fait que baragouiner et parler sans arrêt, un peu comme un bulldozer. Ce dernier a insisté que tout allait bien et que je n’avais pas à me mêler de choses qui ne me regardaient pas. J’ai répondu qu’au contraire cela me regardait grandement, car je n’avais aucune envie de me retrouver traîner devant la justice camerounaise pour délit et vol contre l’état – l’amende serait énorme et la prison une possibilité. Nous lui avons annoncé que l’électricité allait être coupée le lundi – un grand silence à l’autre bout de la ligne.

Le lundi, Aurel (le vigile de nuit bavard), à la demande de Roger, est passé à la SONEL pour voir ce qu’on devait faire pour régler toute la question. Il y avait bien sûr des formulaires à remplir, et il fallait que je débourse pour l’installation d’un nouveau compteur et tout l’équipement qui l’accompagnerait et qu’il faudrait également que je dépose une somme en acompte. Tout a été fait, et on m’a dit que tout serait réglé le vendredi, et que le courant serait de nouveau branché. Ouf!

Non, non, l’histoire n’est pas encore terminée – ce serait trop beau! Le nouveau compteur a été installé le vendredi matin. À midi, André est passé à l’appartement, l’air un peu penaud, pour me dire qu’on venait de couper le courant! Il m’a dit qu’il avait eu du courant pendant à peu près une heure, et qu’une équipe de la SONEL était par la suite passée avec un ordre de coupure. Comme André n’avait pas les papiers pour prouver que le courant qui passait était légal, l’équipe a fait son travail. Pauvre André! Je l’ai renvoyé à la maison, lui disant que je lui enverrais Aurel tout de suite. Aurel est arrivé à la maison, l’équipe est revenue avec son patron, M. Ben! Ce dernier, qui m’avait promis que le courant serait coupé le lundi, avait négligé de le faire le lundi, et c’était l’explication. Ben et Aurel sont donc allés voir le gérant de la SONEL du coin, qui s’est morfondu en excuses, car il avait signé l’ordre de coupure sans noter qu’il s’agissait de la maison pour laquelle il avait également signé l’ordre d’installation! Tout est bien qui finit bien – le courant a été rétabli l’après-midi même, vers 15h.

Je suis certain que j’ai rendu malheureux un certain nombre de personnes dans le quartier, car je suis convaincu que ma ligne frauduleuse alimentait plusieurs maisonnées. Faudra faire avec, comme on dit! Il n’est pas question que je paie les frais d’électricité de tout le monde, ça coûte déjà assez cher!

Évidemment, la rapidité avec laquelle tout ceci s’est fait accomplir n’aurait pas été possible sans des bakchiches à droite et à gauche (et une bouteille de whisky pour le gérant)! Je ne devrais pas encourager ce genre de comportement, évidemment, mais, comme l’a dit Aurel : si on veut que les choses se fassent, il faut suivre les pratiques locales, si non on attendrait longtemps (des mois ou des années) pour avoir une installation. Pauvres Camerounais. Heureusement que c’était Aurel qui négociait, car les bakchiches auraient été bien plus élevés.

Pendant ce temps, il y avait des évènements côté appartement aussi. Je crois avoir mentionné que Dahirou, le plus âgé des vigiles, est un adepte de petits sachets de whisky, ainsi que Mustafa. Cet engouement a été la cause de moments également amusants et frustrants.

L’entente entre les divers vigiles s’était beaucoup dégradée depuis quelques semaines. Je suppose que l’importance que se donne toujours Aurel, couplée au fait qu’il s’était beaucoup démené par rapport au dossier de la SONEL, n’avait pas aidé. C’est vrai qu’il se donne des airs d’importance, et la jalousie dont fait preuve tous les Camerounais à l’égard de tous les autres Camerounais y est pour beaucoup aussi. Je suis certain que Dahirou et Mustafa se demandent pourquoi je n’ai pas demandé leur aide par rapport au dossier SONEL. La réponse est très simple : Mustafa, tout sympathique qu’il est, est plutôt spaghetti mou et Dahirou, quant à lui, est toujours en train de ronfler!

En tout cas, la dernière crise remonte au vendredi où le courant a été rétabli à la nouvelle maison, lorsque Dahirou et Aurel se sont disputés. Comme je l’ai dit plus haut, Aurel avait passé la semaine à régler le dossier SONEL le jour, tout en continuant d’être vigile la nuit. En conséquence, le vendredi, il était épuisé. Le vendredi après-midi, donc, une fois qu’il m’avait dit que le courant avait été rétabli, vers 15h, je lui ai dit de rentrer se reposer et que je l’attendrais vers 21h (normalement, il commence à travailler à 18h). À 18h, j’ai dit à Dahirou qu’il pouvait partir, puisqu’Aurel aurait du retard. Dahirou a dit qu’il attendrait tout de même, et j’ai rajouté que c’était à lui de décider, mais qu’il était libre de partir – il n’est pas vrai que je vais commencer à payer des heures supplémentaires! À 20h, Dahirou est rentré et vers 20h45, Aurel est arrivé. Il a garé sa mobylette dans la cour, a fermé le portail et était sur le point de monter me demander sa bouteille d’eau filtrée lorsqu’on a entendu des grands coups au portail. C’était Dahirou, et Aurel a ouvert le portail pour lui demander ce qu’il voulait. Je n’ai pas entendu ce qu’a dit Dahirou, mais Aurel s’est éclaté en disant qu’il avait reçu la permission d’arriver en retard et en quoi est-ce que ça regardait Dahirou? Des injures de part et d’autres, et Dahirou voulait récupérer des bûches dont il avait besoin pour son feu du soir. Aurel les lui a lancés par-dessus le mur, ce qui n’a pas aidé les choses! Du haut du balcon, il était clair que Dahirou avait bien bu entre 20h et 20h45, car il titubait pas mal. Aurel était furieux (évidemment, il n’y est pour rien, hem, hem) et a téléphoné à Roger pour lui faire part de ce qui venait de se passer. Il faut comprendre que les vigiles se rapportent à Roger en temps et lieu, un peu parce que c’est lui qui les a trouvés et aussi parce que Roger veut être tenu au courant de ce qui se passe. Aurel voulait que Roger aille faire la leçon à Dahirou tout de suite, mais Roger a proposé de le voir le lendemain. Et bien sûr, j’ai confirmé auprès de Roger que j’avais donné permission à Aurel d’arriver « en retard », et nous nous sommes donnés rendez-vous, Roger et moi, pour discuter de tout cela soit le jour suivant, soit le dimanche, une fois que tout le monde se serait calmé.

Aurel a passé la soirée du vendredi à se plaindre de Dahirou de vive voix – il ne l’apprécie guère – en me faisant remarquer que ses propres qualifications en tant que vigile, son expérience et ses connexions avec le monde étaient meilleures que celle de toutes les autres personnes aux alentours, et ainsi de suite. Ça a duré longtemps! Ce genre de discours n’est pas fait pour plaire aux autres, soit dit en passant…

Roger est donc passé le samedi en soirée et a décrété qu’on devrait tenir une autre réunion afin de tout éclaircir. Il ne trouvait pas normal que des adultes se comportent comme des enfants, et bien sûr, pour Roger, le fait qu’il y ait des problèmes entre les vigiles le désole, puisque c’est lui qui les a trouvés pour moi. Et moi, zebigboss, il faudrait que j’y sois aussi… Mon Dieu…

Le samedi et le dimanche se sont passés normalement, dans le sens que Dahirou, qui était de garde, a bien dormi, et Mustafa s’est présenté, comme de raison, le dimanche soir à son tour (il travaille de jour les mardis et jeudis, de nuit les samedis et dimanches). Vers 19h ce dimanche-là, Mustafa est monté pour me demander si j’avais vu l’arc et les flèches qui sont normalement gardées sous l’escalier. J’ai répondu que non, la dernière fois que je les avais vus était le soir auparavant. Ils avaient disparus. Mystère…!!! L’éclaircissement est venu un peu plus tard, lorsque Dahirou, de passage pour dire bonjour à Mustafa, a annoncé à ce dernier que c’était lui qui avait rapporté les armes à la maison, car elles lui appartenaient. Une fois Dahirou parti, Mustafa m’a demandé si c’était véritablement le cas; j’ai répondu qu’à ma connaissance, ces armes m’appartenaient, car j’avais un reçu prouvant l’achat au mois de décembre, et que les armes devaient servir à tous les vigiles (ainsi que d’autres achats). Mustafa n’a rien dit, mais avait l’air un peu perplexe.

Si vous commencez à penser qu’il s’agit d’un téléroman, vous n’avez pas tort…

Donc, le lundi soir, tout le monde était présent à 18h, y compris Roger et André. Nous nous sommes réunis en bas, moi assis sur une marche de l’escalier, et nous avons commencé. En tant que patron, c’est moi qui ai pris la parole en premier – j’ai indiqué que je m’étais aperçu qu’il semblait y avoir de la discorde entre les vigiles, et que j’espérais que tout cela soit résolu, puisque je tenais à avoir une équipe soudée pour m’appuyer. J’ai aussi remarqué qu’on buvait encore de l’alcool au boulot et que ceci constituait un dernier avertissement – non seulement ne devait-on pas boire pendant les heures de travail, ni à l’intérieur de la concession, ni à l’extérieur, mais aussi qu’on devait se présenter au travail sobre.

Et là, tout a commencé! Roger était en quelque sorte le président de la réunion, et il a demandé s’il y avait quelqu’un qui avait quelque chose à dire. Bien sûr, Aurel s’est lancé tout de suite dans une condamnation de Dahirou – comment ce dernier avait osé, mais osé, l’insulter le vendredi précédent, qu’il n’avait aucun droit que questionner ses heures d’arrivée, que lui, Aurel, avait beaucoup plus d’expérience (etc., etc., lire ci-dessus!). Aurel cherchait des excuses de la part de Dahirou, évidemment (avec raison, à mon avis). Et bien sûr, Aurel a fait valoir que Dahirou était ivre quand tout cela s’était passé et qu’à plusieurs reprises au courant de la semaine il avait du frapper très fort à la portière pour se faire entendre, etc. Aurel ne sait pas quand s’arrêter…

Roger a attendu qu’Aurel ait terminé et a demandé à Dahirou d’offrir sa version des évènements. Dahirou a soutenu qu’il n’était passé que pour ramasser ses bûches et avait demandé à Aurel, par simple curiosité, pourquoi il était arrivé si tard, et qu’Aurel avait tout de suite commencé à le disputer. Je ne pouvais pas corroborer, étant donné que je n’avais pas pu entendre ce que Dahirou avait dit ce soir-là… Et Dahirou de continuer et de dire comment les choses allaient mal depuis le début. Le premier poste de radio, par exemple, que j’avais acheté pour les vigiles, où était-il? (Ça remonte à décembre, au moment où j’avais donné de l’argent à Aurel pour l’achat d’un poste de radio pour les vigiles; quelques jours plus tard, on m’a annoncé qu’il ne fonctionnait plus et qu’on ne pouvait pas le réparer, alors j’en avais acheté un deuxième, le premier ayant disparu, sans doute chez Aurel). Dahirou trouvait que ce n’était pas bien tout ça. Aurel s’est éclaté et a interrompu (ce qui ne se fait pas du tout!), disant que si Dahirou n’avait pas joué avec ce poste-là, il ne se serait pas endommagé et pourquoi est-ce qu’il devait ramasser tous les mégots que Dahirou laissait traîner dans la concession, sans oublier qu’il avait apporté un carton sur lequel tous pouvait se reposer et qu’il devait constamment remplacer parce que Dahirou déchirait le carton pour « faire ses besoins » avant de jeter le tout par-dessus le mur et qu’on fouillait dans ses affaires tout le temps et qu’il n’y avait jamais plus d’allumettes quand il rentrait le soir, etc. etc. Mon Dieu… il s’est finalement arrêté quand Roger lui a rappelé à voix forte que la parole était à Dahirou. Évidemment, Dahirou en a profité pour sortir toutes ses doléances, en particulier le fait que depuis qu’Aurel avait sa mobylette, il était toujours en retard.

Pendant tout ce temps, je sirotais mon thé glacé, souhaitant que ce soit un bon verre de whisky (il y a une bouteille de Lagavulin qui n’est pas ouverte au placard – combien de temps pourrais-je me retenir?). Roger a ensuite demandé ce qui était arrivé à l’arc et aux flèches, car Mustafa était allé lui raconter l’histoire. Dahirou a répondu que ces armes lui appartenaient et qu’il avait décidé de les rapporter chez lui. C’est alors que je suis intervenu, attisant le feu sans le savoir, disant j’avais payé l’achat des armes, que j’avais un reçu à l’appui, et que j’avais donné l’argent à Aurel pour faire cet achat. Mon Dieu! Qu’est-ce que j’avais déclenché! Aurel a renchérit en disant que lorsqu’il était allé acheter les armes en question qu’il n’en avait pas trouvé. En annonçant la nouvelle à Dahirou, ce dernier lui aurait proposé d’acheter l’arc et les flèches qu’il avait à la maison pour 5000 francs (environ 12,50$), et le tour était joué. À ceci, Dahirou a répliqué que ce n’était pas du tout ce qui s’était passé, qu’il avait tout simplement proposé de prêter les armes jusqu’à ce qu’on puisse en acheter, et qu’il n’avait rien reçu pour les armes. Oh, que d’éruptions de colère de part et d’autres, de « il a dit », « tu as dit »… Il est évident qu’il y avait du louche en quelque part, même si la somme n’était pas énorme, mais tout de même…

Pendant tout ce temps, Mustafa et André ne faisaient qu’observer, Mustafa incapable de dire quoique ce soit puisqu’il a des liens de famille avec Dahirou et André, en tant que nouveau venu, se tenait avec un grand sourire.

Finalement, Roger a repris le contrôle de la situation et a dicté ce qui devait maintenant être le comportement de tout un chacun et a noté qu’on ne connaîtrait jamais toute la vérité ni de l’histoire des armes ni de la dispute du vendredi soir, mais que de toute les façons, il y avait du bizarre. Il a ajouté que nous, Roger et moi, avions autre chose à faire dans la vie que de se préoccuper d’un comportement enfantin (« vous me faites honte ») et qu’il y avait bien des gens qui se cherchent de l’emploi. De plus, Roger a rappelé aux buveurs (Mustafa et Dahirou) qu’ils feraient mieux de cesser, car ceci constituait leur deuxième avertissement officiel. À ce moment, Mustafa a miaulé qu’il n’avait jamais manqué à ses devoirs, Roger répliquant avec humeur que Mustafa avait été mal en point à sa dernière visite, il y avait dix jours, et que M. David avait bien noté. Mustafa m’a lancé un regard dans l’espoir que je vienne à son appui, mais j’ai dû donner raison à Roger que Mustafa avait été en état d’inébriété et que j’avais même dû descendre ouvrir la portière à un invité parce que Mustafa avait refusé de l’ouvrir.

Finalement, la réunion s’est terminée, et Dahirou, Mustafa et André sont partis, Aurel demeurant sur place car il était de service. Il était environ 20h30, et Roger est rentré lui aussi. Il n’a pas fallu dix minutes pour qu’Aurel monte me dire qu’il était toujours en colère contre Dahirou et qu’il trouvait que Roger avait mal mené la réunion. Évidemment, étant donné qu’Aurel n’avait pas reçu des excuses de la part de Dahirou, ça se comprenait. Il était aussi très ému (c’est comme ça qu’il l’a dit) de s’être vu accusé de vol quand il ne faisait qu’essayer d’aider Dahirou qui n’a jamais d’argent et il savait qu’il me fallait un reçu de par son expérience antérieure avec des projets canadiens. Il a continué dans cette veine pendant longtemps, pendant que je ne faisais que grogner, dans l’espoir qu’il me laisse tranquille. Enfin, il m’a quitté.

Et voilà que dix minutes après ça, la sonnette a retenti de nouveau, ce qui m’a fait sortir sur le balcon pour voir qui c’était à une heure si tardive. Dahirou était dans la rue et m’a annoncé avec un grand sourire que Mustafa allait rapporter l’arc et les flèches sous peu, et il est reparti. Et moi de retour dans mes papiers pour me faire interrompre de nouveau dix minutes plus tard par la sonnette – cette fois, c’était Mustafa avec les armes qu’il a refusé de remettre à Aurel, préférant plutôt de grimper l’escalier et me les remettre en mains propres, avec un petit discours disant que les armes n’étaient qu’un prêt jusqu’à l’achat de nouvelles armes.

Là, j’en avais assez, et j’ai dit à Aurel que j’avais du travail à faire avant de me coucher et j’ai claqué la porte. Franchement…

Le jour suivant, qui était un mardi, j’ai dû faire face à Mustafa qui est arrivé à 7h pile, au lieu de 7h15, et lui aussi m’a dit ce qu’il avait pensé de la réunion. Il soutenait Dahirou dans le malentendu par rapport à l’arc et aux flèches, a ajouté qu’il ne voulait pas être mêlé à ce genre de dispute et que, de surcroît, il n’avait jamais manqué à ses engagements même s’il avait pris une coupe de trop. Je lui ai fait remarquer, doucement, que s’il n’était pas sobre, il ne pouvait pas exécuter ses tâches de façon acceptable. Il m’a juré que ça n’aurait plus lieu, et j’ai exprimé le souhait que ce soit le cas, car son contrat prenait fin à la fin mai et qu’il ne serait pas renouvelé si cela se reproduisait (son contrat est d’une durée de 6 mois).

J’avais donc espoir que tout demeurerait calme – hélas, je me trompais! Si vous avez besoin de répit, chers amis et chères amies, c’est un bon moment! Peut-être un petit verre de whisky…?

Le vendredi suivant la réunion, j’ai fait une insomnie – heureusement que cela n’arrive pas souvent depuis que je suis ici – et je me suis éveillé vers 2h45. À 3h, il était clair que je n’allais pas me rendormir à moins d’avaler une tisane, et je me suis levé pour m’en préparer une tasse. En attendant que l’eau soit assez chaude, je me suis dit qu’Aurel aimerait peut-être encore de l’eau ou une tasse de café. J’ai donc ouvert les portes (c’est un peu comme ouvrir les barrières d’une prison, il y en a beaucoup avant de pouvoir sortir!), et je l’ai appelé. Pas de réaction. Un peu inquiet, je suis descendu voir s’il était en forme ou s’il dormait (ce qui doit arriver souvent, même si Aurel n’avouerait jamais dormir pendant les heures de travail). Imaginez ma surprise de constater qu’Aurel n’y était pas et que sa mobylette non plus. J’avais déjà noté une absence pareille auparavant et j’avais averti Aurel de ne pas récidiver, donc je n’étais pas très content, évidemment. Et lui qui se dit le vigile sans pareil!

Le samedi, donc, je n’étais pas très en forme, pour en dire le moins. Je m’étais recoucher vers 5h pour me faire réveiller un peu avant 7h par la sonnette annonçant l’arrivée de Dahirou. Normalement, il ne tire pas la sonnette, mais il m’a annoncé avec un grand sourire que Mustafa était là aussi. Dans mon état somnolant, je n’ai rien compris, j’ai souri et refermé la porte. Lorsque je suis sorti plus tard, Mustafa n’y était plus, et Dahirou dormait de nouveau, comme d’habitude. Il ne m’a pas entendu ouvrir la portière, ni la claquer derrière moi. Je suppose qu’il avait bu toute la nuit… enfin! Ma sortie du samedi, vous comprenez, est le point culminant de la semaine, un tour dans les supermarchés avec Njikam, mon chauffeur de taxi. Une petite vie, quoi…

Dahirou s’était réveillé à mon retour et le reste de la journée s’est passée assez tranquillement. Vers 15h30, la sonnette a retenti de nouveau, et c’était Mustafa qui venait chercher de l’argent qu’il m’avait demandé le jeudi précédent. J’avais complètement oublié, et c’est ce qui expliquait sa présence le matin. Il m’avait dit, le jeudi, qu’il n’avait plus d’argent et que ses pauvres enfants avaient faim (je ne paie qu’à la fin du mois, suivant la coutume camerounaise) et il m’avait demandé une avance de salaire. Comme je n’avais pas un sou le jeudi, je lui avais dit de revenir le samedi. Je lui ai donc remis 5000 francs, et Dahirou, qui ne manque pas une occasion de demander une avance lui non plus, a eu droit à son 5000 francs aussi. Dahirou est tout de suite parti payer une facture (sans doute les petits sachets de whisky achetés à crédit; je suis méchant…), mais il est revenu presque tout de suite et est resté jusqu’à 18h, lorsque Mustafa prenait le service.

Par hasard, j’étais au balcon quand Mustafa est arrivé, avançant avec grand soin devant l’appartement, venant de la direction du bar (ce n’est pas difficile, c’est dans le même édifice). Il se concentrait très fort sur où il mettait les pieds, était en train de se parler à haute voix et d’indiquer quelque chose avec le doigt. Ce n’était pas la première fois que je le voyais dans cet état, et j’avoue que j’étais non seulement déçu, mais enragé! Non seulement qu’il avait reçu un avertissement, mais aussi le fait que le 5000 francs que je lui avais donné quelques heures plus tôt avait servi au whisky et non à la famille.

Vous vous souvenez que Mustafa avait dit qu’il pouvait bien travailler même s’il n’était pas sobre. Alors, je l’ai regardé faire : il a réussi à ouvrir la portière, grimper lentement en s’équilibrant au mur de l’escalier pour venir me saluer et prendre la bouteille d’eau filtrée pour faire son café. J’ai admiré la façon dont il a examiné la boîte dans laquelle nous gardons ce qu’il faut pour faire le café (bouilloire, café, sucre, etc.) et a décidé qu’il devrait descendre tout ça en deux fois. J’espérais presque qu’il tombe en descendant… Je ne savais pas trop quoi faire, surtout que j’étais en colère et que je ne voulais pas perdre le contrôle et, même s’il est maigre, Mustafa est très fort. Je ne voulais pas non plus lui faire du mal par accident et je voulais, de toutes les façons, qu’il y ait un témoin à tout cela. J’ai donc téléphoné à Roger, pour lui demander de venir faire un tour. Roger est arrivé quelques minutes plus tard et a sonné à la portière. Mustafa s’est dirigé cahin-caha vers la portière, n’a pas réussi à trouver la clé dans ses poches (il verrouille et ferme la gâchette, ce qui est normal), et est retourné s’asseoir. Roger a sonné de nouveau, et je suis descendu le laisser entrer et Mustafa de surveiller d’un air un peu surpris. Roger n’a rien dit, mais une fois à l’intérieur de l’appartement a constaté que Mustafa était bien saoul.

Comme on avait dit à la réunion, cet état devait mener à un renvoi immédiat. Roger, cependant, m’a demandé de donner une dernière chance à Mustafa et surtout de suivre les règlements du code du travail, qui comprennent un avis écrit par rapport à un licenciement possible, ce que je n’avais pas encore fait. Nous avons donc décidé que Roger irait chercher André, que ce dernier garderait l’appartement cette nuit-là et que Mustafa serait invité à rentrer chez lui pour « se reposer ». Aussitôt dit, aussitôt fait, et Roger était de retour avec André vingt minutes plus tard. Mustafa, malgré son état, se demandait pourquoi André était là, et j’ai dit que Mustafa n’avait pas l’air en forme, et que je croyais qu’il devait rentrer se reposer. Oh, non, de répliquer Mustafa, je vais très bien, tout va bien, je ne suis pas fatigué, André peut retourner à l’autre maison. Roger s’est tout de suite fâché et a dit qu’il était évident que Mustafa était saoul et qu’en plus, il venait de refuser un ordre direct de son patron, ce qui ne se fait pas. J’aurais aimé être en mesure d’enregistrer la conversation qui s’est ensuivie, Mustafa mâchant ses mots, disant que le patron n’était qu’un vieux qui l’appréciait beaucoup, qu’il n’était pas saoul, que c’était au patron de dire ce qu’il fallait faire, le tout pendant que le patron ne faisait que répéter que Mustafa devait rentrer. J’ai un contrat, dit Mustafa, qui devait se rendre compte qu’il jouait avec son avenir. Oui, j’ai dit, mais seulement jusqu’à la fin mai, et le contrat a une clause contre l’abus de l’alcool. Je ne suis pas saoul, dit-il, etc.…

Pendant cette discussion infructueuse qui a duré plus de vingt minutes, André faisait de son mieux pour amadouer Mustafa, mais rien n’y faisait. Finalement, Roger, excédé, a tout simplement pris Mustafa par l’épaule et l’a éjecté (le mot n’est pas trop fort! Au Canada, on dirait garrocher!) dans la rue et a refermé la portière derrière lui. Tout un mélodrame, je vous le dis! Roger a ensuite dit que Mustafa devrait faire l’objet d’une mise à pied d’une semaine (avec perte de salaire) et avis écrit. J’étais parfaitement d’accord.

Mustafa a donc eu sa semaine de mise à pied, et il n’en était pas très enchanté, surtout lorsque le jour de paie est arrivé. Tout le monde au Cameroun se fait payer à la fin du mois, et au mois de mars, c’était un lundi. À 17h, tout le personnel avait été payé. Le lendemain, Mustafa est arrivé au service à 7h, avec un air un peu minable (gueule de bois, je crois). Je suis rentré comme d’habitude à midi pour le repas, et Mustafa, comme d’habitude également, est sorti pour manger. Normalement, les vigiles doivent revenir après 20 minutes et manger sur place, mais quand je suis reparti, juste avant 13h, Mustafa n’était toujours pas rentré. Judith, la ménagère, m’a dit plus tard qu’il était rentré un peu après 13h, et qu’elle l’avait envoyé au petit marché du coin pour acheter de l’ananas. Il y est allé, mais a mis bien du temps à revenir, prétextant à Judith qu’il s’était arrêté pour manger (!!). Judith m’a dit qu’elle n’était pas certaine ce qu’il avait mangé…

Quant à moi, je devais me rendre au Hilton, en ville, pour une réunion avec des collègues canadiens, et j’étais attendu vers 16h. J’avais une course que je voulais compléter avant la réunion, donc je suis rentré à l’appartement vers 14h30 pour y déposer mes affaires. J’ai toqué à la portière, mais aucune réaction. J’ai jeté un coup d’œil par l’espace entre la portière et le mur, et tout ce que je voyais, c’était les pieds de Mustafa qui dépassaient l’espace sous l’escalier. Dahirou, voyez-vous, quand il dort, dort dans une chaise de sorte qu’on peut tout le voir. J’ai toqué plusieurs fois, à chaque fois plus fort, sans réaction de la part de Mustafa. Judith, heureusement, était encore là (elle part souvent vers 14h, quand elle a terminé son travail, avec ma permission), et j’ai tiré la sonnette. Une fois que Judith était au balcon, je lui ai crié que Mustafa dormait, et pouvait-elle m’ouvrir. Ce qu’elle a fait, s’assurant de faire bien du bruit, et moi également lorsque j’ai fermé la portière derrière moi. Toujours pas de réaction. Franchement inquiet, je me suis approché du corps gisant de Mustafa, craignant le pire. Je l’appelé, je l’ai secoué, sans que rien n’y fasse. Il y avait une odeur d’alcool et deux ou trois bouteilles de bière vides, mais je n’avais pas de preuve que c’était lui qui les avait bues. Puisqu’il était impossible de le réveiller, je l’ai laissé là – trop gentil de ma part, je le sais, mais je n’avais pas le temps de le faire mettre à la porte tout de suite. Lorsque je suis reparti, 20 minutes plus tard, il n’y avait pas eu de changement, et j’ai remarqué que Mustafa avait laissé ses clefs à ciel ouvert. Je les ai donc ramassées et j’ai demandé à Judith de bien refermé derrière elle à son départ. Je lui ai téléphoné un peu plus tard et elle m’a dit qu’il n’y avait eu aucun changement dans la position de Mustafa à son départ vers 16h.

Je ne suis rentré que vers 21h, pour trouver Aurel dans tous ses états et il m’a tout de suite mis au courant du fait que les clés que j’avais prises étaient celles de Dahirou. À l’arrivée d’Aurel au service, il avait trouvé Mustafa et Dahirou qui se parlaient à travers la portière, et que Dahirou n’était pas content, puisqu’il ne pouvait pas entrer chez lui et, de plus, une des clés ouvrait la porte de chez son voisin. Mustafa se demandait s’il avait laissé tomber les clés au restaurant où il avait « mangé », ce qui démontre son état, puisqu’il avait eu besoin des clés pour entrer dans la concession! La conclusion de tout ce beau monde (naturelle, je suppose), c’était que Judith s’était emparée des clés à son départ. Bien sûr, j’ai dit à Aurel que c’était moi qui les avait prises, pour des raisons de sécurité.

Le lendemain matin, mercredi, Dahirou est venu se plaindre à moi que « la dame » avait pris ses clés. Je lui ai dit également que c’était moi qui les avait prises et que je n’avais pas su que c’était les siennes. J’ai ajouté que Mustafa dormait si fort que n’importe qui aurait pu escalader le mur et pénétrer dans l’appartement. Lorsque je suis rentré le midi, Dahirou m’a remis une lettre d’excuse de la part de Mustafa. Je n’ai fait que grogner et dire que j’aurais une réponse en fin d’après-midi. Dans cette lettre, je donnais à Mustafa un dernier avertissement et que toute transgression aux règlements, si petite soit-elle, serait cause de licenciement immédiat. Voilà donc le deuxième avertissement écrit, tel que prescrit par la loi!

Le vendredi, Mustafa a passé presque toute la journée ici, avec Dahirou, même si ce n’est pas une journée de travail pour Mustafa. Je suis certain qu’il buvait, car Mustafa a une façon particulière de parler quand il a bu. Je leur ai demandé d’être un peu plus calmes de temps en temps, car je travaillais à la maison avec une collègue (du Canada, ici pour trois semaines). À 14h30, nous sommes partis, ma collègue pour rejoindre son hôtel, et moi pour passer à la banque. Lorsque je suis rentré, ni Mustafa ni Dahirou n’y étaient, et la portière n’était pas verrouillée! Avant même que je puisse entrer, Dahirou est arrivé en courant, me disant qu’il venait juste de sortir pour s’acheter des cigarettes, et j’ai exprimé mon mécontentement non seulement à son absence non autorisée mais aussi au fait que la portière n’avait pas été verrouillée. Mon Dieu, mon Dieu, je commençais à perdre patience…

Et ça continue! Le dimanche, Dahirou m’a demandé permission d’aller manger vers 11h30 (accordée) et il est revenu dans les 20 minutes prescrites – juste le temps d’ingurgiter deux ou trois sachets de whisky (j’espère qu’il les ouvre avant de les vider; je ne suis pas charitable). Vers 13h15, je me suis rendu sur le balcon et j’ai remarqué que la gâchette était tirée, signe, normalement, que le gardien est sorti et parle à quelqu’un dans la rue. Curieux, parce que je ne voyais rien, je suis descendu et j’ai ouvert la portière pour n’apercevoir personne. ET LA PORTIÈRE, DE NOUVEAU, N’AVAIT PAS ÉTÉ VERROUILLÉE! J’étais enragé, pour en dire le moins. J’allais justement fermé la portière quand Mustafa est arrivé à la hâte me disant que Dahirou étant en discussion avec un monsieur au bar (ouais, ouais) et que lui, Mustafa, venait le remplacer. J’ai exprimé mon mécontentement vivement, disant que c’était Dahirou que j’étais en train de payer pour garder le jour, et de quel droit était-il sorti sans m’aviser et en laissant encore une fois la portière déverrouillée? J’ai claqué toutes les portes que j’ai pu claquer… Ce que j’aurais dû faire, évidemment, c’est de fermer la portière en laissant Mustafa à l’extérieur, mais lorsque j’y ai pensé, c’était trop tard, Dahirou était de retour. J’ai donc écrit une lettre à Dahirou également…

J’ai presque terminé, mes amis! Le lundi, j’ai annoncé qu’il y aurait une réunion le jeudi soir, avec tous les vigiles. J’ai reproduit les règlements et mes attentes qui figurent à tous les contrats, j’ai invité Roger à être présent, et j’ai sermonner tout le monde. J’ai ensuite lu les règlements, un à un, m’arrêtant à chaque fois pour être certain que tout le monde comprenait, et j’ai répété que c’était le dernier avertissement pour tout le monde. Ensuite, ils ont tous signé un exemplaire de la feuille sur laquelle était inscrits les règlements, et je leur en ai remis un autre, et je leur ai demandé de rentrer.

On verra bien ce qui va se passer…

Pendant tout ce temps de tracasseries, mes deux collègues canadiennes étaient ici, car c’est le moment de l’année où il faut préparer le rapport annuel et de planifier les activités pour l’année à venir. Pour dire que j’étais occupé… et préoccupé!

Bon, ceci a été très long, mais j’espère que ce n’était pas trop ennuyant! En relisant, c’est quand même amusant, même si frustrant. Je crois, cependant, que je vais vous quitter pour tout de suite et revenir à la charge dans quelques jours… On ne s’ennuie pas au Cameroun!

Ciao!

David

No comments: