Bonjour à toutes et à tous!
Vous vous souviendrez sans doute que lors de ma dernière communication, j’avais mentionné qu’Aurel, le vigile de nuit, avait disparu vers 1h du matin un samedi, ce qui m’avait causé une grande amertume, pour en dire le moins! Il était clair que je me trouvais face à encore plus de problèmes côté vigiles, et je commençais à en avoir assez, pour en dire le moins! J’ai reçu un coup de fil de la part d’Aurel dans le courant de la journée du samedi, m’expliquant qu’il avait eu un accès de fièvre, et qu’il s’était dit qu’il devrait se rendre à l’hôpital tout de suite. Il a ajouté qu’il était sous traitement contre la malaria. Je ne savais pas trop si je devais le croire ou non, mais que pouvais-je y faire ou dire?
Le lundi, Aurel s’est présenté au travail d’un air triste et fatigué : il était évident qu’il souffrait toujours (ou qu’il était bon acteur!). On lui avait donné deux perfusions anti-malariales, et il devait en avoir une troisième le lendemain matin – c’était d’ailleurs la raison pour laquelle il s’était rendu au service, car il voulait emprunter de l’argent pour payer sa troisième perfusion. Je lui ai remis 5 000 francs, mes derniers d’ailleurs. Je ne crois pas qu’il m’a cru, car il est revenu le lendemain pour me dire qu’il avait besoin d’une quatrième perfusion. Je lui ai dit que je n’avais pas d’argent sur moi (ce qui était vrai) et je l’ai renvoyé chez lui pour se reposer. Il avait l’air pas mal découragé, je l’avoue, mais je commence à me fatiguer des demandes d’aide à l’infini. Il est vrai que je soustrais les sommes avancées du salaire à la fin du mois, mais ça veut dire que je suis souvent à court d’argent moi-même. Et je dois dire que les Camerounais n’ont qu’à humer l’air pour sentir l’odeur de l’argent – c’est la raison pour laquelle j’ai rarement de l’argent en poche; quand je n’en ai pas, on ne me dérange pas. C’est quand même extraordinaire le nombre de demandes d’aide que je reçois aux occasions où j’ai de l’argent en poche (il faut bien en avoir, de temps en temps!).
Le médecin d’Aurel, qui est le cousin de son épouse, si j’ai bien compris, lui a dit de passer moins de temps sur sa motocyclette – ô ironie! – car cela pouvait aggraver les possibilités d’attraper la malaria. J’avoue ne pas comprendre la logique de cela, car la malaria est transmise par une seule espèce de moustique, et je n’aurais pas cru que le moustique, en s’écrasant sur le visage du conducteur, aurait le temps de piquer la peau et d’y injecter le venin ou le virus. En tous les cas, à cause de sa maladie, Aurel est resté à la maison, me téléphonant une fois par jour pour me faire part de tous les détails de sa maladie, sa voix triste et morne, le pauvre homme.
Hé! Hé! Le « pauvre » Aurel était vraiment bon acteur! J’ai presque envie de le féliciter de sa performance, sauf qu’il se douterait de comment j’ai découvert le pot de roses, et je ne veux pas qu’il le sache! Le samedi de la semaine pendant laquelle Aurel était malade, je suis allé en ville pour y faire mes courses hebdomadaires, conduit, bien sûr, par mon fidèle Njikam. Ce dernier et moi passons des moments agréables à bavarder, Njikam repérant les jours où je ne suis pas d’humeur à ce faire et vice versa. Cette journée-là, cependant, tout allait bien. J’ai tendance à discuter de mes vigiles avec Njikam parce qu’il les connaît et les a vus dans tous leurs états. De plus, il a été témoin de certains des évènements palpitants de la résidence Macfarlane. Il connaît Aurel aussi, car ce dernier avait demandé à Njikam, deux semaines auparavant, de l’amener à l’aéroport pour y rencontrer sa belle-mère le jour qu’elle était arrivée de la Suisse, où elle travaille en tant qu’infirmière. Pardonnez tous ces détails, mais ils sont nécessaires pour tout roman-feuilleton!
Tout en causant, j’ai raconté à Njikam qu’Aurel avait été malade depuis près d’une semaine, et qu’il était sous perfusion quotidiennement. Vraiment? a réagit Njikam, d’un air ironique, et il a commencé à rire. « Il ment, » me dit-il. Évidemment, j’ai demandé à Njikam de s’expliquer. Hé, hé… il appert que le mardi précédent (un des jours où Aurel « recevait » une perfusion que j’avais payée), Aurel avait fait appel à Njikam pour qu’Aurel et sa belle-mère puissent faire quelques courses en ville (la belle-mère avait trouvé Njikam de son goût). C’est ainsi qu’ils ont passé une bonne partie de la journée ensemble! C’était amusant d’écouter Njikam en parler, car il trouve qu’Aurel a) parle trop et que b) Aurel est bien trop curieux (j’étais heureux d’entendre cette confirmation!), voulant même savoir combien je payais Njikam etc. Et, bien sûr, Njikam n’a pas de patience avec les vantardises d’Aurel par rapport à son excellence en tant que vigile, toutes ses relations importantes, etc. Il paraît que même la belle-mère lui a dit de se la fermer! Héhé, j’aimerais bien rencontrer la dame, elle doit être bien sympathique! Il faut dire que Njikam et moi avons bien ri de toute cette histoire. Comme j’ai expliqué à Njikam, Aurel n’aurait eu qu’à me demander des jours de congés pour s’occuper de sa belle-mère ou pour se reposer, et je les lui aurais accordés. Enfin, je ne sais pas trop que faire de cette histoire, car je ne veux pas qu’Aurel sache que Njikam a vendu la mèche. J’ai trop besoin de l’amitié et des conseils de ce dernier. Mais j’ai bien ri!
Évidemment, la « maladie » d’Aurel a causé de petits remous quant à l’horaire de la garde de nuit. Après en avoir discuté avec Roger, il a été décidé qu’André veillerait la nuit à l’appartement, et que Dahirou passerait la nuit à la nouvelle maison. La solution me paraissait bonne, même si je supposais que Dahirou aurait pu être le vigile de nuit à l’appartement. Roger m’a dit que la façon qu’il proposait me permettrait de me faire une meilleure idée des compétences d’André et, de surcroît, qu’il n’y avait pas de bar près de la maison où Dahirou pourrait se réfugier pour une partie de la nuit! Très logique, je l’avoue. Dahirou était très heureux du fait que je lui offrais du travail supplémentaire, et, sans que je comprenne pourquoi, Mustafa était de la partie lui aussi, quoique je ne le paierai pas d’heures supplémentaires! Je ne sais pas quand Mustafa voit ses enfants… il est toujours avec Dahirou! André, tout en étant heureux qu’on lui demande de protéger « le patron », s’est dit soucieux par rapport à la maison. Étant donné que la maison était toujours vide, je lui ai dit que je n’avais pas trop d’inquiétudes.
C’était un mardi que tout cela a été mis en place, et le mercredi, je me suis rendu à la nouvelle maison vers 7h, car je devais rencontrer M. Olli, l’agent immobilier, pour discuter de plusieurs questions avec lui. L’heure avait été la suggestion de M. Olli, et bien sûr, Roger m’accompagnait. André, qui était rentré à la maison à 6h, m’a dit qu’il avait passé pas mal de temps à nettoyer, car Dahirou et Mustafa avaient jeté des mégots un peu partout et qu’il avait trouvé de la cendre à travers toute la maison. Tout en faisant un tour d’inspection, j’ai aperçu un morceau de sachet de whisky que j’ai montré à André. André ne boit pas (du moins, je l’espère!)… Malgré cette évidence, j’ai décidé, de concert avec Roger, que nous attendrions d’autres preuves – après tout, étant donné que les deux, Mustafa et Dahirou, avaient été dans la maison, on aurait pu dire que seul Mustafa buvait de l’alcool tandis que Dahirou demeurait sobre. Histoire à dormir debout, mais…
M. Olli ne s’étant pas présenté à l’heure (ce n’était pas une surprise), et que Roger et moi devions être au boulot à 7h30, nous sommes partis aux environs de 7h20. J’avais un tas de choses qui m’attendaient, alors lorsqu’Olli m’a téléphoné un peu avant 8h, je n’ai pas pu répondre. Je l’ai rappelé un peu après midi (heureusement que ces petits téléphones portables indiquent les « appels en absence »; c’est du nouveau pour moi!) pour lui dire que j’avais été en classe toute la matinée, ce qui était vrai. Olli a proposé qu’on se fixe un nouveau rendez-vous, pour 18h le même jour, ce qui me convenait parfaitement. Bien sûr, j’ai avisé Roger!
Ce même mercredi, on célébrait l’anniversaire de naissance d’un de mes collègues, et on avait décidé d’aller prendre un pot ensemble, tous les collègues, après le travail. J’ai donc déposé mes affaires à l’appartement, j’ai téléphoné à Aurel pour savoir s’il était toujours malade (ceci se passait avant la sortie avec Njikam, évidemment), et par la suite, j’ai dit à Dahirou que j’aimerais bien qu’il passe de nouveau la nuit à la nouvelle maison (Mustafa peut-il venir? Oui, ai-je répondu, mais je ne paie que pour une personne.). Mustafa était aussi à l’appartement, ce qui me vexait un peu, car lors de la dernière grande réunion des vigiles, j’avais précisé qu’il ne devait y avoir aucun visiteur (même les autres vigiles) dans la concession. Bien sûr, Mustafa m’a dit qu’il était venu pour s’enquérir de l’état de santé d’Aurel. Hem, hem… Mustafa a aussi profité de l’occasion pour me demander s’il pouvait avoir une avance sur son salaire. J’ai dû refuser, car je n’avais pas de sous et j’ai ajouté que je ne savais pas quand l’argent allait rentrer. (Désolé de vous abasourdir de tant de détails, mes amis, mais ils sont tous nécessaires, sûr, sûr!)
Bon! Me voilà parti pour prendre un seul verre – au grand chagrin de mon collègue, je n’ai pris qu’une boisson gazeuse (un « jus », on dit ici); après tout, c’était une célébration, et on devrait avaler au moins une bière (et mes collègues savent que c’est ma limite, les bouteilles étant en format 675cl). J’ai expliqué que j’avais une réunion à 18h et que je devais conserver l’esprit clair afin de confronter mon M. Olli. À 17h55, j’ai donc quitté mes collègues et je suis arrivé à la maison peu après 18h. En route, deux de mes futurs voisins m’ont demandé, séparément, si j’avais emménagé le jour précédent. J’ai répondu que non, en leur demandant pourquoi ils me posaient la question. « Oh, ce n’est rien, ont-ils dit, c’est juste qu’il semblait y avoir fête chez vous et ça s’est terminé tard, alors on se demandait ». Hem, ai-je dit, désolé de ça, et je vais m’assurer que ça n’arrivera plus. Les voisins n’étaient pas contents, évidemment, d’avoir mal dormi, et moi non plus je n’étais pas content d’apprendre la nouvelle, même si cela confirmait que bière et whisky avaient été consommés pendant les heures de travail, et que mes deux vigiles alcooliques s’étaient bien amusés!
La réunion avec M. Olli s’est bien passée, dans l’ensemble, même si, comme d’habitude, il était en mode « bulldozer » - il attaque toujours en premier dans l’espoir d’intimider. Mais j’ai tenu bon, ainsi que Roger, puisque l’objectif de la réunion était de faire en sorte qu’Olli termine les travaux qui devaient être faits afin que je puisse intégrer la maison. Olli n’était pas content du tout de la façon dont j’avais fait installer l’électricité à son insu, me disant que tout avait été résolu et comment est-ce que je pouvais agir de la sorte. Je lui ai cloué le bec (enfin, un peu!) en lui indiquant qu’on m’avait menacé de m’imposer de lourdes amendes et la possibilité d’emprisonnement à cause du branchement illégal. Enfin, sans aller dans trop de détails, Olli a finalement accepté de terminer les travaux dans les quelques jours qui suivraient. Et la toilette extérieure? La bonne nouvelle c’est que c’est Olli qui va la terminer et à ses frais (ouf!). Il a d’ailleurs exprimé de la surprise que ce n’était pas déjà fait, puisqu’il avait déjà payé le plombier pour le travail – un gros mensonge, car personne au Cameroun ne paie à l’avance pour des travaux. Et, au moment où j’écris, j’attends toujours la fin des travaux…
Évidemment, toute cette discussion a mis du temps, et il était passé 19h quand Roger et moi sommes revenus à l’appartement. Dahirou avait déjà quitté les lieux à 18h, et Mustafa, qui était toujours là, est parti sans dire un mot dès notre arrivée (et il puait la bière, soit dit en passant), et je n’ai donc pas pu l’avertir de ne pas fêter à la maison ce soir-là. J’ai mis Roger au courant de la situation, et nous avons décidé de réfléchir à la situation. Enfin… André est arrivé vers 20h, annonçant que ses deux collègues avaient mis bien du temps à arriver au travail, mais qu’ils s’étaient finalement présentés. Pour une raison ou une autre, ni Dahirou, ni Mustafa, n’avait remis une clé du portail de l’appartement à André, même si ce dernier leur avait remis les clés de la maison. Cela voulait dire, bien sûr, que j’ai dû laisser entrer André et ensuite l’enfermer dans la concession pour la nuit. Ça n’avait pas l’air de le déranger plus que ça, heureusement. Il est toujours de bonne humeur, chantonnant en accompagnant la musique à la radio et jouant des cuillères avec deux couteaux.
Vers 21h, la sonnerie a retenti et, bien sûr, il a fallu que j’aille ouvrir en bas, puisque j’avais la seule clé du portail. Je n’attendais personne, et j’ai été surpris de voir Mustafa qui voulait me voir. Il a réussi à me faire comprendre, en marmonnant et mâchant ses mots (il était en boisson, quelle surprise!), qu’il voulait entrer car Dahirou ne se sentait pas bien, et comme je n’avais pas d’argent pour aider, il voulait prendre les médicaments traditionnels qui se trouvaient sous l’escalier. Bien sûr, je l’ai laissé entrer pour le voir ramasser des noix de kola (il doit penser que je ne sais pas ce que c’est, héhé). Mustafa s’est ensuite adressé à André, d’un ton sévère, pour lui dire qu’il ne pouvait pas tolérer qu’André ait de la visite dans la maison, puisque ce n’était pas permis, et que faisait la jeune dame là quand Dahirou et lui étaient arrivés. Sur ce, Mustafa nous a quitté, en titubant – ça ne présageait pas très bien pour la soirée, avouons-le! Le pauvre André avait l’air bien malheureux! Pourtant, j’avais fait la connaissance de la jeune dame en question, et André m’avait demandé la permission de la laisser entrer dans la cour de la nouvelle maison (c’est une voisine, seulement une copine, m’a-t-il dit; à mon avis, ce n’était pas de mes affaires!). Je lui avais donné permission, à condition qu’elle n’entre pas dans la maison, et je suis pas mal certain que cette consigne a été suivie. Et puis, même si elle ne l’a pas été, il n’y a rien dans la maison, et le pauvre homme est là tout seul jour et nuit. Je crois qu’André était plus soucieux par rapport à ce qui allait se passer à la maison cette nuit-là, étant donné l’état de Mustafa, car André a fait de gros efforts pour établir de bonnes relations avec le voisinage. Il est clair que je ne veux pas m’embrouiller avec les voisins avant même de déménager! Enfin, j’ai dit à André de ne pas s’inquiéter, même si je n’étais pas très heureux de la situation moi-même!
Le lendemain, vers midi, je suis allé faire un tour à la maison, car André m’avait téléphoné pour me dire qu’on venait d’installer les lampes au mur (des « appliques » qu’on dit ici), et que le plombier y était. En arrivant à la maison, une autre voisine m’a hélé et m’a dit que je devais savoir que mes autres vigiles avaient quitté la maison peu après 20h le soir avant, et qu’ils étaient rentrés bien après minuit. Elle a ajouté, cependant, qu’ils avaient été calmes.
Ce soir-là, Mustafa, qui était de service, m’a demandé si Dahirou et lui devaient se présenter à la maison pour la garder de nouveau, alors j’ai menti en disant qu’Aurel arriverait peut-être un peu plus tard, et que je communiquerais avec eux si j’avais besoin de leurs services. À 18h, Mustafa est parti, et ce n’est que vers 19h qu’André s’est présenté, navré qu’il avait manqué mon coup de fil plus tôt. Le pauvre homme avait été en train de faire une sieste, car il n’avait pas eu l’occasion de se reposer pendant la journée, étant donné que les ouvriers y avaient été, et il n’avait pas entendu sonner le téléphone. Je lui ai dit qu’Aurel ne viendrait pas ce soir-là, et je lui ai donné le choix de rester à la maison et de s’y reposer, ou, s’il préférait, de venir monter la garde ici, et que nous laisserions la maison se débrouiller seule, ce que nous avions déjà fait. André a décidé de venir monter la garde ici, et je lui ai demandé de se présenter vers 22h.
Que de va-et-vient! Le tout est bien amusant, mais ça confirme que je ne renouvellerai pas le contrat de mes deux saoulards – et il se peut que nous nous séparions avant cela. Je ne suis pas certain qu’ils s’en rendent compte, même si je les ai avertis de façon formelle, par écrit, qu’il faudrait qu’ils se surveillent. Je doute fort, cependant, que les avertissements aient le résultat escompté!
Bon! Passons à des sujets plus agréables!
Un des mes collègues s’est marié il y a deux samedis, et avec l’ensemble du personnel, j’ai assisté à la cérémonie à la mairie et à la réception dans la soirée. L’invitation pour la cérémonie civile indiquait qu’il fallait que les invités arrivent à 10h30 précises, puisque la cérémonie devait commencer à 11h. À ma manière toujours ponctuelle, et avec l’aide de Njikam, je suis arrivé à 10h27. Njikam m’a dit que j’arrivais bien trop tôt, mais j’ai répliqué que je supposais qu’il y aurait plusieurs cérémonies ce jour-là, et qu’il était sans doute important d’être à l’heure à la mairie. Njikam m’a lancé un sourire narquois – avec raison, en effet, car j’étais le premier arrivé de notre groupe. Je me suis donc armé de patience et j’ai attendu que les autres invités arrivent. Il était assez facile de reconnaître les personnes qui venaient assister au même mariage (il y en avait plusieurs, en effet), car la plupart des convives portaient soit une robe, soit une chemise (selon le sexe) confectionnée du même tissu, tout comme moi. C’est une tradition ici, et dans beaucoup de pays d’Afrique, de porter un genre « d’uniforme » fait du même tissu lors d’évènements importants. Normalement, le tissu est choisi par l’hôte. Malheureusement, les couleurs du tissu choisi ne m’allaient pas du tout, mais tant pis! La plupart des dames portaient le même tissu, coupé dans de styles innombrables. Je ne crois pas qu’il y avait une robe qui ressemblait à une autre!
Le couple, Raoul (mon collègue) et Edwige sont arrivés en Mercedes recouverte de fleurs à 11h15, lui resplendissant dans un costume blanc (et leur fils, âgé de 18 mois, portant une version réduite du même costume) et elle étincelante dans une robe argentée et une coiffure dont l’architecture était à faire mourir d’envie (enfin, pour ceux qui n’ont pas de cheveux!). La cérémonie a finalement commencé à 11h45, la plupart des invités s’étant présentés vers 11h30.
La salle un peu exigüe était pleine à craquer et, avec une seule fenêtre, il y faisait pas mal chaud. Le maire a commencé en souhaitant la bienvenue à tous et en faisant faire la lecture des statuts portant sur le mariage. Par la suite, il a commenté chacun des statuts (il y en avait quatre) : le mariage était un devoir patriotique qui légitimait l’issu du mariage et rendait les héritages plus faciles; l’homme est le « chef de famille » et il lui incombe d’assurer le bien-être de la famille; il incombe à la femme d’assurer le bien-être de son mari et d’éduquer les enfants dans tout ce qui est morale (ce statut, de toute évidence, a été écrit par quelqu’un qui croyait à Saint Paul!); et le dernier statut répétait les consignes des trois autres, tout en ajoutant que la femme pouvait élire de vivre dans une autre demeure que celle de son mari, si ce dernier ne pouvait pas assurer un endroit décent pour la famille (toutefois, on émettait le souhait que le choix de la demeure soit fait ensemble). Le maire, il faut le dire, mettait beaucoup d’humour dans ses explications, et le temps est passé assez rapidement.
Finalement est venu le moment pour échanger les alliances. Lorsque le maire a dit « C’est maintenant le temps de lever le doigt », tout le monde s’est éclaté de rire, car c’est le titre d’une chanson qui fait fureur en ce moment au Cameroun. Le couple a donc levé le doigt, accompagné de toute la salle qui a fait de même, et les alliances placées, avec les paroles d’usage. « Oups! » dit le maire. « J’ai oublié de vous demander l’option que vous choisissez? » J’avoue que je ne comprenais pas du tout ce que le maire voulait dire, et je n’ai pas entendu la réponse donnée par le couple, car cela a été fait d’une voix très tranquille. Toute la salle, cependant, a éclaté en hourrah à la réponse! J’ai demandé à la personne qui était assise à mes côtés quelle avait été la réponse, et elle m’a répondu : « La monogamie. Il a choisi la monogamie. » Hé, hé…! La polygamie est légale, comme me l’a expliqué Njikam plus tard en me ramenant à la maison, mais il faut annoncer à l’occasion du premier mariage que c’est l’option choisie, afin que la première femme en soit au courant et, on suppose, qu’elle accepte la situation. Et chaque mariage additionnel doit également se passer à la mairie pour en assurer la légitimité. Amusant… Njikam était étonné de mon étonnement et pris de court à l’idée que la polygamie était illégale au Canada. « Mais ça ne marcherait pas… qu’est-ce qu’on fait quand on veut un changement? »
Après la cérémonie, il y avait tout un moment pour la prise de photos, suivi d’un « tour de ville » traditionnel auquel je n’ai pas participé, puisque je n’avais pas mon propre véhicule.
Il y avait une réception au domicile du couple cet après-midi-là, mais je n’y suis pas allé – seuls les intimes y avaient été conviés, ce qui a dû représenter un nombre impressionnant de toute façon. Le soir, cependant, il y avait un dîner formel suivi d’un bal auxquels j’avais été invité. Les festivités avaient lieu au Centre, dans une grande salle aménagée pour la cause, et j’ai donc pu m’y rendre à pied. L’invitation disait 20h précises, que j’ai interprété vouloir dire 21h au plus tôt, l’heure à laquelle je m’y suis rendu. Je n’étais pas le premier et loin d’être le dernier à arriver! Une hôtesse m’a placé à ma table et j’ai bavardé avec les gens qui s’y trouvaient également. L’heureux couple se mélangeait aux invités, lui dans un costume fait du tissu porté par la plupart des gens (le même dont j’ai parlé plus tôt), elle dans une robe superbe du même tissu, l’architecture toujours en place. Vers 21h30, on s’est excusé du retard du repas, expliquant que le traiteur avait eu un accident de voiture en cours de route – pas très grave, nous a-t-on assuré, mais comme le « patron traiteur » n’y était pas, ses employés ne savaient pas trop quoi faire. Finalement, vers 22h15, le programme a commencé, avec l’entrée officielle du nouveau couple dans la salle. Ils avaient de nouveau changé de tenu, lui portant un costume noir et elle portant un ensemble doré qui brillait à en faire mal aux yeux. Très jolie, il faut dire, la mariée! Au son de la Marche nuptiale de Mendelssohn, le couple a fait le tour de la salle en empruntant un style royal à pas de tortue, précédé de six hôtesses et suivi de deux autres. La promenade a duré un bon quart d’heure, les invités tous debout et applaudissant jusqu’à la fin, et le repas a enfin pu être entamé. Un beau buffet, offrant les plats habituels d’ici (du moins, selon mon expérience de deux autres buffets), salade de pâtes, un mélange de riz et de légumes (hélas, il y avait de l’aubergine, mais j’ai fait un effort et j’ai avalé!), du poisson plein d’arêtes, quelque chose qui ressemblait à de la viande de bœuf, mais je n’en ai pas pris (je suis presque végétarien maintenant!), du plantain frit, du manioc (je n’y ai pas touché!) et divers fruits. Le vin, la bière, les boissons gazeuses et l’eau minérale coulaient à flots. Le tout a dû coûter une fortune au couple, car nous étions au moins 150 personnes!
Vers 23h, à ma grande surprise, j’ai commencé à fléchir. J’avais pourtant profité de l’après-midi pour faire une longue sieste, et je ne pouvais pas me permettre de partir tout de suite. Enfin, le maître de cérémonie a annoncé l’ouverture officielle du bal. À cette fin, l’heureux couple s’est fait escorté (lentement!) au centre de la piste par les hôtesses et s’est mis face à face pendant que le maître de cérémonie nous a parlé de la beauté du mariage et de la façon dont Raoul avait rencontré Edwige (il aurait trébuché et tombé à ses pieds, ou peut-être que c’est elle qui lui avait fait un croc-en-jambe, a dit le maître de cérémonie). Enfin, la première chanson a commencé, le Con tì partiro d’Andréa Bocelli. Le couple n’a pas bougé, en s’embrassant, pendant le récitatif d’ouverture et a commencé à tournoyer lentement au refrain, auquel moment, la musique s’est arrêtée! Le maître de cérémonie a ensuite invité six autres couples à se joindre aux nouveaux mariés sur la piste – il s’agissait des témoins (deux couples), un frère et son épouse, les parents des mariés ainsi qu’un ami intime et son épouse. Le maître de cérémonie a exhorté les couples de se regarder dans les yeux et de se remémorer le moment où ils s’étaient rencontrés pour la première fois, et la musique a repris. Même scénario, embrassade pendant le récitatif et tournoiement lent pendant le refrain, après quoi le bal était lancé!
D’après le programme, la « remise des cadeaux » allait avoir lieu une bonne heure après le début du bal. Il était déjà minuit, et je me suis dit qu’il serait bien 1h30 avant qu’on arrive à ce moment, et j’ai décidé que je n’en pouvais plus. J’ai donc demandé à l’un de mes collègues d’offrir le cadeau en mon nom, et je suis parti. Je n’étais pas le premier à ce faire, alors je ne me sentais pas trop mal. Roger, qui était là lui aussi, a insisté à m’accompagner jusqu’au portail de l’appartement, prétextant que ce n’était pas sécuritaire pour moi de marcher seul la nuit – une distance d’à peine 150 mètres! C’était très gentil de sa part, il faut le dire. Mustafa, qui était de garde, m’a laissé entré, offrant un profil sournois, mais, je crois, sobre, même si je crois avoir humé un air de bière. Au moins il ne titubait pas et n’avait pas refusé d’ouvrir le portail!
Le dimanche matin a été pas mal calme, mais même si j’ai fait la grasse matinée (jusqu’à 7h30, tard pour moi!), je me sentais toujours fatigué, et, suivant la tradition dominicale, j’ai fait une sieste, mais la commençant plus tôt que d’habitude, vers 11h30. Je me suis éveillé vers 14h, complètement gelé (il devait faire 35 C à l’extérieur!) et emmitouflé dans le duvet qui sert de descente de lit. Moi qui ne me sers jamais de duvet, quel que soit le pays ou la température, car j’ai trop chaud sous ça! De toute évidence, ça n’allait pas et je me suis rendu compte que je faisais de la fièvre. N’ayant pas de thermomètre (j’en ai un maintenant, rassurez-vous), je me suis dit que je ferais mieux de trouver un médecin et de me faire examiner. Malheureusement, mon voisin d’en bas, qui est médecin, était en déplacement, et comme je ne savais pas trop quoi faire, j’ai fait appel à mon autre taximan, Simplice (Njikam ne travaille pas le dimanche, quoique je sois certain qu’il aurait fait exception cette journée-là). J’ai demandé à Simplice de venir me chercher pour m’amener à une clinique.
Il était environ 14h30 lorsque j’ai appelé Simplice, et il m’a répondu qu’il serait là dès qu’il aurait sorti sa voiture du garage où il la gare. Normalement, il travaille le dimanche, mais il avait décidé, ce dimanche-là, de se reposer! En moins d’une heure, il s’est présenté à l’appartement, et nous sommes partis. Pendant que je l’attendais, j’avais essayé de rejoindre un certain nombre de cliniques dont le nom figurait sur la liste que le Haut Commissariat du Canada m’avait remise à mon arrivée à Yaoundé, mais il n’y avait pas de réponse, même à la clinique qui disait qu’elle était ouverte 24/7 – et j’ai laissé sonner longtemps. Donc, une fois Simplice arrivé, je lui ai demandé de m’amener à la meilleure clinique qu’il connaissait. La première était fermée, mais la deuxième était ouverte, Dieu merci, et n’était pas trop achalandée (et se trouvait sur ma liste, ouf!). L’infirmière de garde m’a immédiatement reçu, et presque sans rien dire, a placé un thermomètre sous mon bras, l’a repris en moins de 30 secondes, l’a consulté et m’a dit « Perfusion immédiate contre la fièvre, température 40,2 C (je crois que c’est l’équivalent de 102 F). Pas question de refuser, pas question de rentrer chercher des vêtements, directement au lit, et branché à une intraveineuse! Je ne sais pas ce qu’on utilise pour faire baisser la fièvre, mais en moins de 30 minutes, je me sentais beaucoup, beaucoup mieux. J’ai demandé si je devais rester toute la nuit, et j’ai eu droit à un regard méprisant. On m’a fait comprendre qu’il s’agissait de la première perfusion seulement, et que le médecin viendrait faire un tour dans un moment. Et il fallait attendre les résultats des analyses sanguines, car on avait prélevé du sang avant de commencer la perfusion.
J’ai téléphoné à Roger pour lui dire ce qui se passait, et il m’a dit qu’il serait là tout de suite. Je crois qu’il était un peu insulté que je ne l’avais pas averti dès le début, au lieu d’appeler Simplice, mais je lui ai dit que je n’avais pas eu les idées très claires au moment où je prenais des décisions et que le dimanche n’était pas une journée pour déranger le monde. « Ouais, ouais » qu’il m’a dit, ou quelque chose comme ça! Enfin, à son arrivée, j’ai envoyé Roger avec Simplice à l’appartement avec des directives d’où ils pouvaient ramasser tout ce dont j’avais besoin pour que mon séjour en clinique soit confortable, car on n’offre rien à la clinique. 90 minutes plus tard, ils sont revenus pour me trouver assis confortablement dans un fauteuil, en train de lire Jeune Afrique, pendant que la perfusion continuait à déverser lentement dans mes veines. Roger était accompagné du père Natalino, du père Roland (le curé de la paroisse) et André. « Mon père, » ai-je dit, « je n’ai pas besoin de l’Extrême onction! » Ils ne sont pas restés longtemps, mais le père Natalino m’a dit de prendre le temps qu’il fallait pour me remettre. À leur départ (avec Roger), André m’a expliqué que c’était la coutume que quelqu’un de la maisonnée reste en clinique avec le patient, et que Roger avait décrété que ce serait lui l’heureux élu, et qu’on avait laissé Dahirou et Mustafa en charge des deux résidences (!!). Simplice, soucieux du fait que je n’avais pas mangé, m’avait apporté un ananas et me l’a décortiqué et j’en ai avalé autant que j’ai pu. La ville entière doit savoir que j’adore les ananas!
Simplice est reparti vers 21h (je ne suis pas très certain des heures, évidemment), et vers 22h, le médecin est venu faire un tour. Après m’avoir tâté un peu partout, il s’est dit étonné que je n’avais pas de symptômes autre que la fièvre, mais que, au cas où ce serait un cas de malaria, on commencerait un traitement à la quinine tout de suite, car les résultats des analyses ne seraient connus que le lendemain matin. Les infirmières m’ont donc rebranché pour la nuit, et en toute gentillesse ont apporté un matelas pour André. Ce dernier l’a installé au travers de la porte afin que personne n’ose entrer pendant la nuit. J’ai bien dormi, malgré le fait que j’étais sur le dos (j’ai tendance à dormir sur un côté), car je craignais enlever l’aiguille pendant la nuit. Mais tout s’est bien passé, et le matin est arrivé rapidement.
Simplice s’est présenté de nouveau vers 8h, avec un autre ananas, et est reparti presque tout de suite pour travailler. Les infirmières sont venues me rajouter une perfusion à la quinine, et le médecin est passé pour confirmer que, en effet, je faisais une malaria, mais pas un cas sérieux, malgré la fièvre, et que ça ne durerait pas longtemps. Il m’a félicité de mon état physique général (hem, hem, c’est bien la première fois qu’on me dit ça!), a exprimé son étonnement qu’une personne de mon âge ait si peu de « bobos », que ma tension artérielle était extrêmement normale (c’est ce qu’il a dit), bref, que tout allait bien. Il m’a dit qu’après la quatrième perfusion, je pourrais rentrer si je le voulais, ou je pourrais rester en clinique pour terminer le traitement (deux autres perfusions en clinique, des comprimés pendant quelques jours à la maison). Étant donné les frais à la clinique, j’ai choisi de terminer le traitement à la maison, même si cela voulait dire que je devrais m’absenter du travail (du jamais vu!!!).
Vers 18h30, j’ai enfin eu le droit de rentrer. Bien sûr, pour sortir de la clinique, il fallait payer, et pour payer, il faut de l’argent, car on n’accepte pas les chèques. Donc, accompagné de Simplice, d’André et de deux infirmières, je me suis rendu à l’appartement afin d’y récupérer ma carte bancaire, pour ensuite me rendre au guichet automatique de la banque (un emplacement seulement, au centre-ville), en espérant que le guichet serait fonctionnel (ouf, il l’était), et enfin retour à la clinique pour payer la facture. Une fois cela fait, un arrêt dans une pharmacie pour acheter les médicaments prescrits, et enfin, arrivée à l’appartement. Pas très reposant, avouons-le!
Le lendemain, un mardi, je me sentais bien, quoique la fièvre, tel que promis par le médecin, est revenue mais moins forte. J’ai passé la plupart du temps à dormir et à lire, de temps en temps à faire un peu de travail quand j’estimais être assez en forme pour en faire. Un bon répit, quoi! Je suis allé au bureau de temps en temps afin de récupérer des courriels, mais il a fallu une bonne semaine pour que je regagne toute mon énergie, et je suis heureux de vous dire que tout va bien, merci beaucoup!
Le jeudi 1er mai, c’était la Fête internationale du travail et une journée fériée ici. Je ne suis pas allé en ville pour participer aux réjouissances populaires, décidant que j’étais encore convalescent, quoique beaucoup de mes collègues espéraient que je les accompagne. Vers 14h30, je suis allé au Centre, puisqu’un repas devait y être servi pour les travailleurs à leur retour. On m’avait dit que le repas serait prêt à 13h30, mais je me suis dit que si j’arrivais avec une heure de retard, je serais à l’heure (j’apprends lentement, mais j’apprends!). En effet, le repas était prêt, mais tous n’étaient pas encore là, et ce n’est que vers 15h15 que le repas a été servi. Je suis rentré vers 16h, car je devais ressortir à 17h pour me rendre chez un collègue pour participer à une fête qu’il offrait pour célébrer le premier anniversaire de son rejeton. Je vous dis, toute une vie sociale!
Carlos, le collègue en question, s’attendait à recevoir environ 40 personnes, mais nous devions être près de 70 quand on tient compte de tous les enfants qui s’y trouvaient, tous habillés en grande tenue. J’étais le seul blanc. Un bon repas – manger deux fois en trois heures m’en demandait beaucoup (même menu!), donc je n’ai pas pris grand-chose. L’ambiance était celle qu’on retrouve dans toutes les fêtes d’enfants partout dans le monde, des enfants criant à tue-tête, de tous les âges et tout le monde s’amusait. Les enfants se sont mis à danser après un bout de temps, et il y en avait qui faisaient des merveilles, âgés d’environ 9 ans. Et les bébés qui pouvaient se tenir debout n’étaient pas mal du tout! Je suis parti un peu après 19h, lorsqu’un de mes collègues m’a annoncé qu’il rentrait à pied. Comme je n’avais pas apporté de lampe de poche et qu’il faisait noir, j’ai décidé qu’il valait mieux rentrer avec lui, même si il y aurait sans doute eu quelqu’un d’autre plus tard qui aurait pu me raccompagner.
La saga des vigiles, soit dit en passant, a continué pendant tout ce temps, mais je vous fais grâce des détails. Il suffit de dire que c’était du pareil au même et qu’à la fin de ce mois, si ce n’est pas plus tôt, deux d’entre eux, Mustafa et Dahirou, se retrouveront sans emploi. Je ne suis pas certain encore ce que je vais faire dans le cas d’Aurel, car il a quitté la concession plusieurs fois très tôt, contre tous les ordres, et je l’ai déjà averti. Ah, que c’est difficile de trouver de bons domestiques de nos jours!
André continue d’être de bonne humeur, surtout que l’une de ses femmes est en visite du village, avec les deux enfants. Je ne sais pas combien de temps ils vont rester, mais je crois que c’était le temps que les enfants voient leur papa. Je ne sais pas si je vous ai beaucoup parlé de mon jeune vigile virile et ses deux femmes, ses deux enfants et les deux enfants à venir (un par femme)? Sans parler de la copine ici… André, qui se dit catholique pratiquant, m’a expliqué tout sérieusement que les choses au Cameroun changeaient beaucoup, car il devenait de plus en plus difficile aux hommes de se permettre, du point de vue économique, autant de femmes que dans le passé. Il a décidé de s’en tenir à deux, tandis que son père en avait eu cinq, son grand-père paternel en avait eu seize et son grand-père maternel, lui, en avait eu trente-et-une. Que ce genre de catholicisme ait existé au Canada! J’ai rencontré l’épouse numéro 1 (c’est comme ça qu’il me l’a présentée) et leurs deux enfants, des garçons âgés de 5 ans et de 3 ans. Pour l’instant, ils sont tous à la nouvelle maison, même si elle est vide. André m’a dit que l’épouse numéro 2 était rentrée dans son village natal (sans le lui dire, il venait tout juste d’apprendre la nouvelle) afin d’y accoucher. Mais André compte aller chercher l’enfant peu après la naissance (attendue au mois de juin, si je ne me trompe), car « l’enfant est à moi, et l’épouse peut revenir si elle veut. » Bien sûr, la copine de Yaoundé sera peut-être en lice pour remplacer l’épouse numéro 2, ou – qui sait – pour devenir l’épouse numéro 3.
Je devais déménager dans la nouvelle maison cette fin de semaine, mais cet évènement tant attendu a dû être reporté à la semaine prochaine, car le camion du Centre n’était pas disponible. En effet, les sœurs salésiennes, qui gèrent un orphelinat pas loin d’ici, en avait besoin pour offrir une sortie à leurs petits bouts de chou. Je peux voir la réaction au Canada – une centaine d’enfants entassés à l’arrière d’un camion délabré, à ciel ouvert, en train de négocier les nids d’éléphants sur la route!
Côté travail, la prochaine étape dans la conception des programmes d’études est à la veille de commencer. Un consultant a été embauché pour coordonner le tout (avec moi en surveillance rapprochée), car nous devons faire vite, la première version des documents devant être prête pour le 15 mai. La première réunion des experts a eu lieu ce dernier vendredi, à 18h – jour férié de surcroît, car le 2 mai a été décrété férié également. Nous en sommes sortis à 21h. Heureusement que je n’étais pas en déménagement après tout! Tous les documents doivent être finalisés pour la fin juin, et je serai soulagé lorsque cette activité sera terminée. Entretemps, je suis en pleine planification d’un programme de formation pour le personnel enseignant du Centre – très ambitieux, car il s’agira de sessions de formations, d’observations de classe et de rétroaction individuelle. Ce sera agréable, je crois, et ça me tiendra certainement très occupé. Je vais travailler de pair avec deux de mes collègues afin de partager les tâches.
Bon, voilà où j’en suis, mes amis. J’espère que tout va bien chez vous. Le prochain épisode ne sera pas affiché avant deux ou trois semaines, et j’aurai sans doute l’occasion de vous régaler d’histoires amusantes par rapport au déménagement!
Ciao!
David
Tuesday, May 6, 2008
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