Thursday, June 19, 2008

Yaoundé, le 19 juin 2008

Bonjour à tous et à toutes!

Le silence a duré plus longtemps que prévu, je l’avoue, et par conséquent vous aurez droit à une très longue narration. Des évènements amusants, d’autres moins amusants, le tout se passant en même temps, évidemment. Mais, afin de conserver une certaine logique et de vous rendre la lecture un peu plus facile, je vous propose des récits séparés.

Je vous ai quitté, la dernière fois, en vous promettant des histoires amusantes par rapport au déménagement vers la nouvelle maison, déménagement qui a finalement eu lieu le 24 mai, beaucoup plus tard que je ne l’avais espéré. Les retards accusés par rapport aux petites réparations m’ont énervé, il faut le dire, mais, finalement, les réparations majeures (y compris une fuite d’eau) ont été terminées. Mais, hélas, mes amis, rien d’amusant à raconter par rapport au déménagement – tout s’est passé sans accrocs, à ma grande surprise!

Roger m’avait dit que le déménagement allait commencer à 7h, le premier chargement devant être les meubles emmagasinés au Centre qui seraient véhiculés vers la nouvelle maison. Je m’étais dit que cela voulait dire que rien ne commencerait avant 8h au plus tôt, et je prenais tout mon temps pour emballer les derniers petits trucs en attendant l’arrivée de Judith, qui voulait jeter un dernier coup d’œil à l’appartement avant de se rendre à la nouvelle maison.

À 8h précises, deux de mes collègues, Raoul (le préfet des études) et Manga (un des menuisiers au Centre), se sont présentés à l’appartement, portant une longue échelle en aluminium entre eux, et ont annoncé que les meubles étaient en route pour la maison, et qu’ils avaient reçu les ordres de descendre les meubles de l’appartement dans la cour. Ils se sont mis à l’œuvre tout de suite, et Judith, arrivée vers 8h15, a décidé de se rendre directement à la nouvelle maison avant que « ces hommes » ne placent les meubles aux mauvais endroits!

Le camion est arrivé vers les 9h, au moment où Raoul et Manga, aidés de Njikam et Simplice (« mes » deux taximen), avaient terminé de tout descendre - j’avais retenu les services des taximen pour le transport des effets délicats. Dans l’appartement, il ne restait qu’un gros meuble à vaisselle dont la taille exigeait qu’on le hisse par dessus la balustrade du balcon afin de le laisser glisser vers la cour du voisin d’en bas. Cette opération faisait plutôt peur que faire rire, je l’avoue, mais tout s’est bien passé. L’échelle a été dressée contre le mur, son bout atteignant un niveau juste au dessous de la balustrade. Une deuxième échelle, empruntée de Dahirou, a été placée à côté de la première. Roger a grimpé une des échelles et un jeune homme dénommé Dieudonné a grimpé la deuxième, tandis qu’une troisième personne, dont je ne connais pas le nom, s’est placée derrière (et en dessous) des échelles. J’ai annoncé que je n’avais pas les sous pour payer un séjour à l’hôpital et j’ai exhorté tout le monde à faire bien attention. Cela m’a valu des rires mais aussi des regards méprisants, car après tout, on savait ce qu’on faisait! Donc, le vaisselier est passé tête-bêche par la balustrade, tenu par trois gars (heureusement, il dispose de petites étagères qui permettent une bonne prise), qui l’ont laissé descendre lentement jusqu’à ce que les deux hommes sur les échelles puissent s’en saisir, aidés du troisième larron. De barreau en barreau, l’échelle est descendue jusque dans la cour – le tout n’a pas pris 5 minutes!

Et voilà – tout sorti de l’appartement; comme toujours à chaque déménagement dans ma vie, un grand étonnement par rapport à ce qu’on peut accumuler dans si peu de temps!

À la maison, la générale Judith avait mis tous les hommes présents à l’œuvre. Frédéric, un de ses cousins qu’elle avait invité à venir nous aider, a été mis au nettoyage des planchers, André a été renvoyé à l’appartement avec Njikam pour y faire le ménage et Simplice, qui a ma grande surprise avait décidé de rester au lieu de retourner à ses tâches de taximan, a été chargé du nettoyage des fenêtres. Quant à moi, Judith a annoncé que j’étais le patron et que je devais me tenir tranquille sur la véranda et qu’on viendrait me chercher si on avait vraiment besoin de moi! En fin d’après-midi, le gros du travail avait été accompli, mes gens partis, et j’ai passé le demeurant de la soirée à déballer des boîtes et des valises.

Je dois avouer que je me sentais un peu perdu dans tout cet espace qui tout d’un coup m’appartenait, mais ça n’a pas pris grand temps à s’y habituer! Cela a pris deux ou trois jours pour décider où placer tous les meubles, mais finalement tout a été bien rangé. Le seul hic, c’est que la promenade à pied pour se rendre au bureau est un peu plus longue, un bon dix minutes au lieu d’une, mais je m’y ferai sans doute!

Côté travail, on m’a tenu pas mal occupé également. Des collègues canadiens sont venus en mission offrir des formations dans plusieurs domaines, et la logistique s’est avérée un peu compliquée, car tous les membres du Centre portent plus d’un chapeau, et il fallait faire en sorte que tous puissent profiter de toutes les formations qui leur étaient destinées, portant sur le marketing et la publicité, le travail en équipe et certains thèmes administratifs.

C’était aussi le moment de la réunion annuelle du Comité directeur du projet, et il y avait pas mal à faire pour préparer cet évènement. SavoirSphère, l’agence d’exécution qui m’a embauché, gère aussi un projet à Douala, et il avait été décidé que, accompagné du père Natalino, directeur du Centre et de Spyros, chef du département des TIC, je devais me rendre à Douala afin de rencontrer les gens qui travaillaient au sein de ce projet-là, dans l’espoir qu’on puisse établir un partenariat avec cet établissement qui offre le même genre de formation en TIC.

Douala se trouve à environ 250 km de Yaoundé, et j’avoue avoir pris plaisir à l’idée que je pourrais enfin quitter la capitale et voir un peu de pays! Je suis descendu à Douala avec mes collègues canadiennes, dans une Toyota 4 X 4 (très confortable, je l’avoue!) que nous avions louée auprès du Haut commissariat du Canada (un des services qui y est offert), et nous sommes arrivés vers 16h. Notre hôtel se trouvant en plein quartier administratif de Douala, j’ai pu en profiter pour me promener un peu avant la noirceur. Très beau quartier, il faut dire, très propre. Douala étant la capitale économique du pays, on y trouve beaucoup de grands magasins et de commerces dans tous les domaines. Notre réunion s’est tenue le lendemain matin, et je suis rentré à Yaoundé l’après-midi du même jour, cette fois dans la camionnette du Centre, avec le père Natalino et Spyros, bien sûr! C’est Roger qui était au volant, et le voyage de retour a pris moins de temps que l’aller, car Roger conduit comme le mari de Marion! Le pays est très vert, ce qui n’est pas une surprise étant donné la pluviométrie, mais comme la route passe par des vallées pour arriver à Yaoundé (à 700 m d’altitude), il n’y avait pas de points de mire superbes. Un déplacement très court, dans l’ensemble, mais très agréable.

Revenons à l’appartement où tout a été calme pendant quelques semaines. Aurel, un soir, m’a demandé permission d’aller rendre visite à mère, malade, à Ebolowa, à 120 km de Yaoundé. On venait de lui apprendre qu’elle était dans le coma – que pouvais-je faire? Je lui ai donc accordé la permission demandée et je me suis organisé avec André pour que ce dernier monte la garde pendant l’absence d’Aurel. Aurel a réussi à me soutirer de l’argent avant son départ, 5000 francs (environ 12,50$), malgré le fait que j’avais annoncé au début du mois que je n’avais pas les moyens d’offrir de l’aide supplémentaire ce mois-ci. À son retour, quelques jours plus tard, il s’est essayé de nouveau pour me faire payer les médicaments pour sa mère, environ 200 $, mais je lui ai répété (sans mentir) que je n’avais pas l’argent pour ce faire. Il faut dire que je n’étais pas très content d’Aurel en ce moment et c’était donc plus facile de lui refuser de l’aide. Lisez, lisez….

André, donc, a monté la garde pendant l’absence d’Aurel. Le jeudi soir, Aurel m’a téléphoné pour dire qu’il était de retour, mais comme il avait été pris par la pluie, il était tout mouillé, très fatigué, etc., et pouvait-il recevoir une permission afin de se reposer encore une nuit avant de reprendre le travail le vendredi soir. Je n’avais aucune objection (suis-je trop gentil?), même si je savais qu’André accuserait un peu de retard ce soir-là, car l’épouse d’André avait été emmenée à l’hôpital ce matin-là. Ce n’est qu’après avoir donné la permission à Aurel, que j’ai reçu un coup de fil d’André pour m’annoncer que sa femme venait d’accoucher (un peu prématurément) d’un gros garçon. André voulait savoir, bien sûr, si Aurel était de retour. Tout en félicitant André, j’ai expliqué ce qui venait de se passer avec Aurel, mais j’ai ajouté qu’André n’avait pas besoin de se présenter, étant donné les circonstances (suis-je trop bon?). L’appartement étant pas mal sécuritaire, se trouvant à l’étage et ayant plusieurs grilles bien verrouillées, je n’avais aucune crainte à passer une nuit sans sentinelle. Néanmoins, vers 23h, André s’est présenté, à ma grande surprise. Il était, bien sûr, tout heureux de la nouvelle naissance, mais pas très content par rapport à Aurel, à qui il avait téléphoné pour expliquer la situation et lui demander de bien vouloir se rendre au boulot au lieu de toujours faire le fainéant. Aurel, bien sûr, a refusé (très égoïstement). J’avoue que je n’étais pas très content non plus, surtout qu’Aurel est celui qui parlait toujours de solidarité entre les vigiles. Évidemment, si j’y avais pensé, j’aurais dû appeler Aurel moi-même pour retirer ma permission, mais enfin… Par conséquent, Aurel n’avait pas la cote pour un bout de temps.

Bon, enfin, passons à l’évènement principal du mois de mai! Je vous conseille une petite pause avant de continuer la lecture…

Le mardi 20 mai on célébrait la Fête nationale, et le lundi avait été déclaré férié également afin que « le peuple » puisse profiter d’une très longue fin de semaine. Une de mes collègues du Canada, qui avait offert une formation, était toujours en ville, et nous avions convenu de manger ensemble le lundi midi afin de discuter de sa semaine à Yaoundé ainsi que de ce qu’elle proposait dans le domaine du marketing et de la publicité, le tout pour que j’aie une idée du suivi à faire. Après le repas, conduit par Njikam, comme presque toujours, je me suis rendu à la banque pour y vérifier le solde du compte à même le guichet automatique – eh, oui, ça existe ici, mais seulement à la banque même, donc il faut se rendre à l’établissement pour la consultation.

Cela fait, l’étui dans lequel je garde la carte bancaire et ma carte de crédit (en cas de besoin) a été retourné dans la poche où il vivait (vous me voyez venir, bien sûr!), acte dont Njikam a été témoin. Je lui ai demandé de me déposer au bureau car je voulais vérifier mes courriels, étant donné que ce n’était pas jour férié au Canada. Je ne suis pas resté longtemps au bureau, peut-être trois quarts d’heure, pour rentrer à l’appartement par la suite. Dahirou, qui était de garde, dormait comme d’habitude! Et comme d’habitude, j’ai sorti ma carte d’identité (qu’on doit avoir en tout temps avec soi) et l’étui de la poche où je les gardais, pour les mettre sur la table de mon bureau à la maison. Éventuellement, l’étui s’est retrouvé dans ma serviette, où il demeure jusqu’à ce que j’en aie besoin. La serviette, voyez-vous, ne quitte jamais mes mains lorsque je me rends au bureau, et je verrouille le bureau lorsque j’en sors, quelque soit la durée de mon absence.

En soirée, je m’occupe normalement à répondre aux courriels qui demandent un peu de réflexion, à jouer aux cartes ou à faire de la lecture, si possible. Je dis « si possible » parce qu’Aurel a tendance à entrer et venir me jaser au lieu de monter la garde, une remarque que je lui avais faite à maintes reprises, sans réussir à lui faire comprendre.

Nous étions un lundi, comme je l’ai dit, et Aurel est entré et sorti plusieurs fois, car le pauvre homme ne m’avait pas vu depuis le vendredi précédent. Je ne me souviens plus exactement de quoi il s’agissait, mais il me semble qu’il était question, encore une fois, d’un projet à but lucratif dont je serais l’investisseur principal. Il est plein d’idées, il faut le dire, toutes destinées à me soutirer de l’argent. Il espérait aussi, je crois, que j’aurais « trouvé » de l’argent pour l’aider avec l’achat des médicaments pour sa mère et pour lui aussi (il commençait une autre maladie, me disait-il), mais j’ai tenu bon en expliquant je n’avais pas les sous. Un peu excédé, je lui ai montré les photos de l’inondation à Fredericton, en lui expliquant que notre maison avait été touchée et que les réparations allaient coûter cher. De toute façon, comme je l’ai écrit ci-dessus, je n’étais pas très satisfait d’Aurel!

Le mardi, je suis resté à la maison toute la journée, m’occupant à de petites besognes, à faire du thé glacé, par exemple, un peu de lecture, une sieste, jeux de cartes et un peu de travail, car je planifiais une première formation. Rien de très épuisant, comme vous le constatez. C’était une journée où Mustapha était de garde et jour de lessive, donc il est entré et sorti de l’appartement plusieurs fois dans le courant de la journée. Comme il arrivait souvent à cette époque, je sentais bien qu’il avait bu – il a une façon différente de marcher (titubant!) et marmonne encore plus bas. Et Aurel, bien sûr, était là de nouveau en soirée.

Enfin nous arrivons au mercredi matin, où je me suis rendu au bureau. J’ai suivi ma routine quotidienne qui consiste à allumer l’ordinateur, à vider la serviette des dossiers que j’empile dans les tas « à faire aujourd’hui », et, sachant que je devais aller à la banque plus tard, j’ai jeté un coup d’œil dans la serviette pour m’assurer que l’étui était à sa place. Le chéquier y était, ainsi que le carnet de reçus, mais pas d’étu!. Un peu contrarié à l’idée que j’avais laissé l’étui à la maison, j’ai assisté au rassemblement quotidien avant de regagner l’appartement pour le récupérer. Pauvre Dahirou, de garde le mercredi, devait se demander ce qui me prenait, puisque je ne rentre pas normalement à 8h15 et que j’avais interrompu sa (première) sieste. Et, mes amis, vous avez bien deviné, l’étui ne s’y trouvait pas! La panique m’a pris, je vous le dis (pas étonnant!), et j’ai commencé à fouiller partout dans la pièce de l’appartement, en soulevant chaque feuille de papier, ouvrant tous les livres qui se trouvaient sur le bureau, en vain. Pas d’étui. Je suis donc retourné au bureau, afin de mieux fouiller là-bas. J’ai vidé la serviette, je l’ai retournée sens dessus-dessous, j’ai soulevé chaque feuille de papier sur chacun des bureaux (j’ai un bureau pour l’ordi, un bureau pour des papiers et une table de conférence), cherchant partout, au cas où j’aurais sorti l’étui à mon passage au bureau le lundi, quoique, si cela avait été le cas, il se serait retrouvé dans la serviette. Pas d’étui! Toujours pris de panique, j’ai appelé Njikam et je me suis rendu à la banque pour informer le personnel de la perte de la carte, avant qu’on puisse s’en servir. Évidemment, la carte est inutile à moins d’en connaître le NIP, et le NIP était en mémoire personnelle; par contre, on me dit qu’il y a des gens avec de l’équipement spécial qui peuvent décoder les cartes, et il faut dire que l’esprit n’était pas clair à ce moment-là. C’est lors de cette course que Njikam a confirmé qu’il m’avait vu remettre l’étui dans ma poche le lundi.

Une fois à la banque, on a bloqué la carte tout de suite, en m’annonçant que la nouvelle arriverait dans les dix jours, car elles sont fabriquées au Ghana. Cela ne représentait pas un gros problème, puisque je peux consulter le solde à la réception de la banque et sortir de l’argent au besoin en me présentant au guichet intérieur. Je suis rentré au bureau (il était environ 10h30), et j’ai refouillé le bureau et la serviette. C’est alors que je me suis rappelé que la carte de crédit se trouvait également dans l’étui, et j’ai essayé de communiquer avec VISA au Canada, afin d’annoncer la perte de la carte. Comme il arrive souvent, n’est-ce pas, je me suis trouvé en attente, et comme je ne pouvais pas me permettre une heure en attente en appel international, j’ai écrit à Marion pour lui demander de s’occuper de cette tâche-là. Et voilà, la carte bloquée, enfin! Après cela j’ai décidé de retourner à l’appartement pour faire des recherches encore plus approfondies, réveillant Dahirou de nouveau (ce qui n’a pas aidé à améliorer mon humeur, je dois vous le dire). Judith, pour que vous le sachiez, n’y était pas, car je lui avais donné congé pour la longue fin de semaine pour qu’elle puisse aller rendre visite à sa famille à Ebolowa, et je ne l’attendais pas avant l’après-midi du mercredi. J’ai refouillé la pièce où je travaille dans l’appartement, et ensuite le reste de l’appartement, vérifiant toutes les poches de toutes les chemises et de tous les pantalons, j’ai regardé dans le frigo (sait-on jamais?) et j’ai fouiné dans la poubelle (je cherchais partout!), ayant recouvert mes mains d’un sac de plastique pour ce faire. Toujours rien. La panique s’était amoindrie, puisque je savais que les cartes étaient maintenant inutiles, mais cela voulait dire que je n’avais pas accès à mes fonds personnels, ce qui était un moindre mal. C’est plutôt la colère qui m’envahissait… À 13h, j’ai décidé qu’il valait mieux que je retourne au travail, et en quittant l’appartement, j’ai annoncé à Dahirou, de façon un peu sèche, que je convoquais une réunion du personnel à 18h, heure à laquelle Aurel arrivait. Je lui ai demandé de faire le message à Mustapha, qu’il verrait sans doute.

Évidemment, étant donné que je n’avais pas réussi à retrouver mes cartes, j’étais convaincu qu’on me les avait volées. Au courant de la journée du mardi, et les deux soirées du lundi et du mardi, autant Aurel que Mustapha aurait pu entrer dans l’appartement pendant que j’étais à la salle de bains (en train de me soulager, comme on dit ici), pendant ma sieste (le jour, car je dors dur) ou pendant que je prenais une de mes douches (le 20 mai a été chaud, et j’ai pris une douche à midi également). Dahirou aurait pu entrer le lundi après-midi, mais comme il n’avait jamais fait ça auparavant, je ne le soupçonnais pas vraiment. De plus, il n’y avait pas grand temps entre mon retour le lundi après-midi et son départ, et il reste toujours en bas lorsqu’il est de garde (à dormir, bien sûr!).

De retour au bureau, j’ai encore une fois fouillé partout au cas où j’aurais manqué un endroit, mais toujours rien. J’ai donc préparé trois lettres de licenciement et je les ai montrées à mon collègue, Achille, qui détient un diplôme en gestion de ressources humaines et qui connaît bien le Code du travail. Achille était d’accord que j’avais le droit de licencier tous les vigiles, étant donné les circonstances. Roger, que j’avais bien sûr mis au courant, est venu me dire qu’il croyait que je devrais tout simplement annoncer la perte de l’étui, puisque je n’avais pas de preuve qu’il y avait eu vol, et il y avait toujours une petite chance que je le retrouve. Ma colère, a ce point, s’était amenuisée, et j’ai décidé que la proposition de Roger avait du mérite.

À 14h30, je suis retourné à l’appartement pour fouiller de nouveau, cette fois-ci avec l’aide de Judith qui venait d’arriver. Elle était très perturbée, évidemment, par l’incident.

Ce soir-là, donc, les quatre vigiles m’attendaient dans la cour – j’avais fait venir André aussi, car je lui avais rendu visite au courant de la journée au cas où l’étui m’aurait échappé lors d’une visite antérieure – et j’ai tout simplement annoncé que j’avais perdu mon étui, qu’il avait été dans mon bureau le lundi après-midi, et j’ai demandé de l’aide afin de le retrouver. Roger, voulant aider, a ajouté que si l’étui réapparaissait, il n’y aurait pas de problèmes. J’ai aussi annoncé que les cartes étaient maintenant inutiles, et que, malheureusement, leur perte faisait en sorte que je ne pouvais plus retirer de l’argent de mon compte au Canada et que, par conséquent, je ne savais pas quand je pourrais verser le salaire du personnel. Bien sûr, tous ont juré qu’ils étaient innocents, en tentant de placer le blâme sur les autres – belle solidarité!

Une fois la réunion terminée, Roger m’a accompagné dans l’appartement et, ensemble, nous avons de nouveau tout fouillé, y compris des boîtes que j’avais préparées pour le déménagement qui devait avoir lieu dans quelques jours. On a renversé les divans/sofas/canapés, on a passé la main partout, rien. Après quelques moments de réflexion, Roger m’a soudainement demandé d’écrire mon nom sur un bout de papier et, plus bas, d’y inscrire le nom des quatre vigiles. Il m’a dit qu’il venait d’avoir eu une idée, et partait consulter quelqu’un. Sans rien dire de plus, il est parti avec Simplice, l’autre taximan qui a eu la gentillesse d’accepter la course tout en ne sachant pas quand il se ferait payer (Njikam ne travaille pas après 18h, m’a-t-il déjà dit). Il était environ 19h30 à ce moment-là.

Dès le départ de Roger, Aurel est monté, tout fâché et plein de regrets par rapport à cette perte, protestant son innocence, me disant qu’il était honnête homme et quel dommage que tout le monde n’était pas comme lui. Il n’est pas resté longtemps, et est redescendu dans la cour, où il s’est tout de suite coucher sous l’escalier pour s’endormir, comme j’ai découvert plus tard! Franchement…. Vers 20h30, Roger est revenu, et j’ai dû descendre le laisser entrer (c’est comme ça que j’ai découvert qu’Aurel dormait dur). Roger avait l’air pas mal sévère, et m’a demandé la permission d’amener avec lui les quatre vigiles. Ayant réussi à réveiller Aurel, Roger est parti chercher les trois autres. Tout ce que Roger m’a dit, c’est qu’ils allaient consulter des « voyants ». Je me demandais ce qui se tramait, je l’avoue, mais comme Roger est un homme honorable et a toute la confiance du père, je n’ai rien dit. Ils sont partis, et je suis rentré, en m’assurant de tout bien verrouiller. À 23h30, ils n’étaient pas de retour, et ce n’est qu’à 1h que j’ai entendu la sonnette qu’Aurel a tiré pour m’avertir qu’il était de retour.

Lorsque je me suis levé, le lendemain matin (jeudi), j’ai ouvert les portes à 7h, ce qui était un peu plus tard que d’habitude. Aurel était toujours là (normalement, il partait à 5h30, si non plus tôt!), qui m’attendait. Il avait l’air pas mal ému par rapport aux évènements de la nuit précédente (il ne m’a pas offert de détails, j’en ai pris connaissance plus tard), m’a dit que rien de la sorte ne lui avait jamais arrivé, jura de nouveau qu’il était innocent, qu’il ne ferait pas en sorte de perdre le poste qui lui permettait de nourrir sa famille, etc. Il a ajouté qu’il espérait que je ne croyais pas que c’était lui le coupable. Je crois avoir réussi à demeurer imperturbable pendant tout ce discours, ne disant que tout ce qui s’était passé la nuit d’avant avait été du ressort de Roger, et que ma seule préoccupation était de récupérer mes cartes. Aurel a renchéri en me disant que tous ces « voyants » étaient des charlatans, du moins ceux qu’on trouvait en ville, qu’on ne trouvait les bons qu’au village et qu’il était certain que c’était un coup monté par les autres, car certains des « voyants » parlaient le même dialecte que Dahirou et Mustapha, etc. etc. Vous comprenez qu’à ce moment-là, je n’avais aucune idée de ce qui s’était passé, mais de la façon dont il parlait, il était évident que c’était Aurel qu’on avait indiqué comme la personne coupable. J’avoue tout de suite que c’est ce que je croyais aussi, et je vous explique pourquoi (je reprends la narration sous peu!).

Au mois de janvier ou février, lors d’une de ses incursions dans le bureau de l’appartement, Aurel avait aperçu l’étui sur le bureau et, comme toujours curieux de tout (« Je dois tout savoir afin de mieux vous garder »), il m’avait demandé ce que l’étui contenait. J’avais tout simplement dit que l’étui contenait ma carte bancaire qui me permettait de retirer de l’argent du compte, sans rien ajouter de plus. Bien sûr, j’aurais pu lui dire que ce n’était pas de ses affaires, mais j’avoue que je ne voyais pas le mal de lui dire de quoi il s’agissait. Ah, avait-il ajouté, j’aimerais ça avoir une carte comme ça, on peut prendre de l’argent quand on en a besoin. J’avais ri en disant qu’il fallait avoir de l’argent dans le compte pour en retirer, et j’avais placé l’étui dans la serviette. Vous voyez donc qu’il savait ce que contenait l’étui et que la carte permettait une opération miraculeuse à la banque. Ce n’est pas que le fait de savoir cela le rendait coupable, mais…

De retour à la narration…

Enfin, une fois Aurel parti, je suis allé au bureau. Roger est passé me voir tout de suite après le rassemblement quotidien, pour me dire qu’il avait demandé à Simplice de revenir le matin afin de continuer les consultations avec les « voyants ». Aurel, qui s’était plaint à Roger également que c’était un coup monté, avait demandé qu’on aille consulter des « voyants » que lui, Aurel, choisirait, ou du moins que personne du groupe n’aurait choisis. J’ai découvert plus tard qu’Aurel avait téléphoné à l’une de ses tantes qui lui avait recommandé une « voyante » en particulier, et que le groupe, suite aux insistances d’Aurel, s’est présenté là en premier, sans Roger qui, lui, devait travailler. André m’a raconté plus tard que ladite tante avait envoyé son fils pour accompagner le groupe à la résidence de la « voyante », mais que celle-ci aurait refuser d’entendre le cas et leur a proposé de consulter une autre personne. Lorsque le groupe s’est présenté à la deuxième « voyante », il paraît qu’Aurel aurait mentionné le nom de Judith, et cette « voyante » avait dit par la suite que c’était une femme qui avait touché la carte! Aurel, donc, a téléphoné à Roger qui est venu me demander si Judith pouvait se joindre au groupe pour d’autres consultations. J’ai dit que je n’avais aucune objection, mais que je n’en voyais pas l’utilité, puisque Judith avait été absente jusqu’au mercredi après-midi. J’ai téléphoné à Judith pour lui demander ce qu’elle pensait de l’idée et ça n’avait pas l’air de la déranger outre mesure. Les voilà donc tous repartis, toujours avec Simplice – si j’ai bien compris, ils sont allés voir trois autres « voyants » qui ont tous accusé Judith d’être la coupable! André m’a dit plus tard que les membres du groupe étaient horrifiés de ce qui se passait (sauf Aurel), puisqu’ils savaient que Judith ne pouvait pas être coupable. C’est André qui m’a dit, et cela a été confirmé par Simplice plus tard, qu’Aurel avait trouvé une façon d’insister sur le nom de Judith à chaque consultation.

À midi, Simplice m’a appelé pour me dire qu’il était à l’entrée du Centre et pouvait-il me rencontrer pour quelques minutes? Roger y était aussi, ainsi qu’Aurel, qui était en train de discuter très sérieusement avec Roger. Ce dernier a renvoyé Aurel, et est venu me dire que les « voyants » du jour avaient tous dit que c’était Judith la coupable! J’étais furieux, bien sûr, et j’ai fait remarquer à Roger que Judith n’aurait pas pu voler l’étui. Roger a suggéré que Judith aurait pu rentrer le lundi, car Aurel disait l’avoir vu entrer dans l’appartement cette journée-là!!!!!! J’ai rétorqué que a) Judith avait été amenée à la gare routière par Njikam et un collègue canadien qui lui avait acheté son billet d’autobus et avait attendu le départ avant de continuer son chemin; b) j’avais accordé un congé à Judith jusqu’au mercredi; c) Judith n’avait pas été dans l’appartement avant le mercredi après-midi, ce que Dahirou pourrait confirmer et d) comment Judith aurait-elle su que l’étui était là qui l’attendait, surtout que je ne crois pas que Judith ne l’ait jamais vu et e) que il y avait là un autre exemple de mensonge de la part d’Aurel. J’ai ajouté que c’était bizarre que les « voyants » du mercredi soir avaient tous indiqué que c’était Aurel le coupable et que ceux du jeudi avaient indiqué que c’était Judith, me menant à conclure qu’on ne pouvait rien y croire. De toute façon, il n’y avait plus rien à faire, les cartes étaient dorénavant inutiles et seraient remplacées un jour. Voilà donc…

Aurel était de bien bonne humeur jeudi soir, tout émerveillé par les superbes « charlatans » du jour qui avaient indiqué qui était la vraie coupable. Toute une modification à la chanson qu’il m’avait faite le matin! Je n’ai réagi ni à son discours, ni à sa profession de loyauté envers moi, un peu parce que je voulais voir où on s’en allait. Et bien sûr, je réfléchissais à ce que j’allais faire suite à tout ça.

Le lendemain matin (nous sommes donc le vendredi, le jour avant le déménagement), je me suis rendu à la nouvelle maison vers 7h30 pour y attendre le plombier que j’avais convoqué pour installer la toilette extérieure (à mes frais à soustraire du prochain versement du loyer) et pour parler à André qui m’avait téléphoné le soir précédent pour me dire qu’il y avait « beaucoup à parler ». C’était pas mal intéressant, car c’est là que j’ai appris ce qui s’était passé lors des consultations avec les « voyants ». Il paraît qu’il y a des incantations (bien sûr), et qu’un cercle est dessiné à même le sol. Deux petits balais sont placés juste à l’extérieur du cercle, et chaque personne demande « Est-ce que c’est moi qui ai pris l’étui? » et essaie d’entrer dans le cercle. Les personnes innocentes passent, les personnes coupables sont bloquées par les balais dont émane une force contre les personnes néfastes – du moins, c’est ce qu’André a dit. Et il est impossible de forcer les balais à vous permettre d’entrer dans le cercle. On se demande comment ça marche! Le mercredi soir, tous les balais avaient bloqué Aurel, et le jeudi matin, l’avaient bloqué une fois et Judith deux fois, quoique tous les « voyants » du jeudi aient indiqué que Judith était impliquée, d’une façon ou d’une autre. La première fois que Judith a été bloquée c’était auprès de la « voyante » qui avait été prévenue de leur arrivée (André pense que la tante d’Aurel a téléphoné à la première « voyante » pour l’avertir, et que celle-ci a averti la deuxième; si vous suivez toutes ces dédales, vous êtes forts!). André m’a aussi raconté en détail la façon dont Aurel s’était comporté, s’assurant que c’était lui, Aurel, qui expliquait la situation et s’assurant également que le nom de Judith était mentionné. C’est à ce moment, paraîtrait-il, qu’Aurel aurait dit qu’il avait vu Judith entrer dans l’appartement le lundi. Pas très agréable comme comportement, et Dahirou, pauvre nouille, n’a pas osé contredire Aurel. Plus tôt, lorsque j’avais dit à Roger que Dahirou pourrait confirmer que Judith n’avait PAS été présente le lundi, Roger avait simplement dit que Dahirou avait peut-être quitté les lieux, ce qu’il faisait souvent…

Le plombier est finalement arrivé, et bientôt après Njikam, que j’avais convoqué, sachant que nous serions obligés d’aller chercher des pièces pour que le plombier puisse terminer son travail. Nous sommes donc partis faire les courses nécessaires, et à notre retour, Judith était là. Pour en dire le moins, elle n’était pas de bonne humeur. Heureusement, ce n’est pas à moi qu’elle en voulait, mais à Aurel (et à Roger pour avoir proposé les consultations). Pendant que le plombier s’affairait, Judith, André et Njikam se sont défoulés par rapport à Aurel – je ne m’étais pas rendu compte à quel point cet homme avait un effet négatif sur tout le monde. Njikam, bien sûr, connaissait Aurel du fait qu’il l’avait promené avec sa belle-mère et nous a raconté certaines des histoires à dormir debout dont Aurel leur avait fait part; André nous a raconté la fois qu’Aurel avait essayé de faire dire à André qu’Aurel était venu le voir pendant la nuit, afin d’expliquer une absence, et ainsi de suite. Le temps que le plombier termine son travail, tout le monde s’était calmé, et j’avais pris la décision qu’Aurel devrait être renvoyé, ainsi que les deux autres, si je voulais qu’on retrouve la bonne humeur et l’harmonie dans la maisonnée. Et évidemment, je ne serais jamais certain de sa présence toute la nuit, et l’accusation contre Judith m’agaçait autant que le manque de volonté à aider André lorsque celui-ci le lui avait demandé.

Le samedi, une fois que le déménagement terminé, j’ai annoncé à Dahirou que je lui offrais une semaine de congé payé, et je lui ai demandé d’en faire part à Mustapha, en ajoutant que j’espérais avoir des fonds pour payer les salaires le vendredi suivant. Dahirou était content du fait qu’il avait un congé, même s’il avait l’air un peu perplexe. Je lui ai expliqué, comme je l’avais fait à Aurel le soir précédent, que ce serait une bonne chose que nous prenions tous un peu d’écart après les évènements, et que, étant donné que je payais André pour être vigile 24/7 jusqu’à la fin du mois de mai, que c’était un bon moment d’accorder un congé à tout le monde.
Le jeudi de la dernière semaine du mois de mai, donc, j’ai préparé mes enveloppes, y compris les attestations de travail pour les trois vigiles que j’allais licencier. J’ai vérifié auprès d’Achille de nouveau pour m’assurer que j’agissais conformément aux dispositions du Code du travail et des contrats que j’avais signés avec ce personnel.

Le vendredi matin, j’ai envoyé un message à Aurel, de la part de qui je n’avais reçu aucune nouvelle pendant la semaine, lui demandant de se présenter au bureau à 13h30, et j’ai laissé un message au bar pour Dahirou et Mustapha, sachant qu’ils y passeraient dans le courant de la matinée. Aurel s’est présenté le premier, peu après 13h, a signé tous les reçus nécessaires, et m’a demandé l’horaire de garde pour la nouvelle maison. Je lui ai dit, doucement, que je lui donnais son mois de préavis, et qu’il devrait passer le mois à se chercher autre chose (il aurait donc deux mois, juin et juillet, pour se placer). Il avait l’air étonné à la nouvelle, quoique je croie qu’il s’y attendait un peu (il n’est pas stupide, pour en dire le moins, certainement très rusé, et comme je l’ai dit ailleurs, bon acteur). Mustapha, puant l’alcool (même notre secrétaire lui a passé la remarque!) s’est présenté dès qu’Aurel est parti, a pris son argent, n’a exprimé aucune surprise que je ne reconduise pas son contrat, et m’a annoncé qu’il partait pour le Nord avec ses enfants, me salua et est sorti tout en titubant. Enfin, Dahirou est arrivé, a pris son argent et a accepté la nouvelle du non renouvellement de contrat assez bien (on voyait qu’il s’y attendait), et est parti à son tour. Pas une tâche agréable à accomplir, je vous le dis.

Et voilà, c’est la fin de la saga des vigiles – du moins, je l’espère. Au moment où je vous écris, j’attends encore ma nouvelle carte bancaire, et la nouvelle carte VISA m’attend à Fredericton. À la maison se trouvent Judith, André et le cousin de Judith, Frédéric, que j’ai engagé à l’essai en tant que vigile de jour pour un mois. J’ai aussi engagé un type dénommé Oumarou qui va travailler deux nuits par semaine, afin qu’André puisse se reposer de temps en temps! Oumarou est un de mes collègues menuisiers au Centre, qui a déjà travaillé en tant que vigile, et se cherchait un petit quelque chose pour arrondir les mois.

Pour changer de sujet et d’ambiance, j’ai eu l’occasion de quitter la ville encore une fois! Youpi! Le Centre a organisé une excursion de fin d’année pour son personnel et bien que la participation n’y était pas obligatoire, je me suis dit que ce serait une bonne occasion de côtoyer tous mes collègues dans un cadre différent – surtout qu’on planifiait offrir une séance de formation portant sur le travail d’équipe, et qu’il fallait bien faire partie de l’équipe. Nous sommes allés à Kribi, un port de mer au sud de Douala, où se trouvent, me dit-on, les plus belles plages du Cameroun. Les Salésiens y tiennent une sorte de camp de vacances à environ 10 km de la ville, et c’est là que nous sommes restés. Nous avons quitté Yaoundé le vendredi 6 juin, moi assis dans la cabine du camion (oui, celui qui a transporté les enfants et qui a été utilisé pour mon déménagement, vous voyez le genre, délabré, sans bâche) et nous sommes rentrés le dimanche. J’aurais bien voulu me jucher avec mes collègues à l’arrière du camion, à ciel ouvert, mais tous y ont apporté leur véto – sans doute pour le mieux, car il faisait beau soleil et j’aurais sans doute attrapé un bon coup de soleil au cours du voyage qui a duré cinq heures (à cause des arrêts le long du chemin). Kribi se trouve également à environ 250 km de Yaoundé.
Une fois arrivés au « camp », nous nous sommes installés. Il y a deux dortoirs, chacun pouvant accueillir jusqu’à 50 personnes, et un petit nombre de chambres plus petites, l’une desquelles m’a été accordée. Premier item à l’ordre du jour : visite à la plage où nous tous nous nous sommes amusés pendant deux heures. Cette période de relaxation a été suivie d’un bon repas (des spaghettis, avec une bonne sauce, miam! Ça faisait changement de l’éternel poulet ou poisson servis à tous les autres repas). Un peu plus tard, une fois la vaisselle faite, nous sommes allés en ville – et l’honneur a été sauvé car on m’a permis de voyager dans l’arrière du camion. Comme il faisait noir, on n’y voyait très peu, et c’est au centre-ville qu’on nous a déposés afin que tous puissent se trouver un petit bar où nous avons siroté notre bière en attendant l’heure du retour. À 22h30, il fallait éteindre les lumières.

Au lever du jour, il faisait beau – d’ailleurs, il a fait beau tout le temps que nous étions à Kribi, ce qui a réconforté les voyageurs du camion – et certains d’entre nous sommes allés nous baigner dès l’aube, faisant preuve d’une énergie peu commune, du moins dans mon cas! Un bon petit déjeuner (une baguette par personne avec tartinade au chocolat, miam) a été servi, et, peu après, la séance de formation a commencé. Tout se passait très bien lorsque, tout à coup, une vision de mon enfance est apparue! Un prêtre, soutane noire au vent et portant un chapeau noir dont il devait tenir les rebords, a fait son entrée, nous a salué et est disparu dans le bureau du « camp ». Polis, nous avons tous murmuré un « bonjour », demeurant éberlués devant l’irruption des lieux par des dizaines et des dizaines d’autres prêtres, une vraie armada, tous en soutane et chapeau noirs, accompagnés d’une seule bonne sœur. Il y avait 120 de ces prêtres – nous avons appris par la suite qu’il s’agissait de séminaristes – qui venaient se reposer et se détendre pendant une semaine avant les examens de fin d’année! Ils avaient réservé les lieux pour le dimanche, mais avaient décidé d’arriver le samedi, sans avertir, et se sont étonnés de trouver du monde dans LEUR « camp ». Notre séance de formation, bien sûr, a pris fin, car il a fallu décider comment héberger tout ce beau monde dans l’espace qui se trouvait dans les dortoirs. Finalement, nous avons déménagé « nos femmes » de l’un des dortoirs pour leur offrir un certain nombre des petites chambres (et il y a eu déménagement de lits aussi) et « nos hommes », moi compris, se sont tous installés dans l’autre dortoir, laissant aux séminaristes le plaisir de décider comment coucher 120 personnes à même 50 lits. On s’est dit que c’était à eux de décider de leur sort! Tout ceci s’est passé dans la bonne humeur, quoique le père Natalino était un peu fâché que son atelier portant sur le travail d’équipe ne puisse être terminé. Ah, dit-il, c’est ça l’Afrique!

La ville de Kribi, où nous avons passé l’après-midi du samedi, n’est pas spectaculaire, mais agréable, tout de même. Tout plat, bien sûr, des boutiques et des marchés intéressants. Je n’ai pas pu tout visiter, malheureusement, mais on me dit que c’est un lieu pour les touristes. On parle aussi d’agrandir le port, donc il se peut que la ville prenne plus d’ampleur dans les années à venir.

***
En ce moment, je suis en pleine planification pour une formation que je dois animer du 28 au 31 juillet, m’assurant que les leçons apprises lors de la formation que je viens tout juste de terminer y soient intégrées. Le Centre sera calme, car mes collègues sont en vacances, et c’est moi qui détient la responsabilité technologique du Centre – hem, faut pas rire trop fort, mes amis!

Voilà, vous êtes maintenant à jour – il y aura peut-être un autre affichage avant le 31 juillet, date à laquelle je pars pour trois semaines au Canada, mais je ne promets rien. Comme toujours, je vous enverrai un courriel pour annoncer le nouvel affichage.

Ciao!

David

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